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Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna

Contexte

1.1 Description de l’espèce

Les becs-croisés sont des roselins de taille moyenne pourvu de mandibules croisées qui leur permettent de se nourrir des graines des cônes de conifères. Les Becs-croisés des sapins sont associés aux forêts de conifères de l’île de Terre-Neuve et se distinguent de leurs congénères sur l’île par leurs mandibules croisées et par l’absence des bandes alaires blanches qui caractérisent le Bec-croisé bifascié (Loxialeucoptera) (COSEPAC, 2004). Le plumage des mâles adultes est presque entièrement rouge et marqué de brun par endroit alors que celui des femelles adultes est olive grisâtre et jaune au niveau du croupion (Godfrey, 1986). Les mâles et les femelles ont des rémiges brun noir et une queue très ciselée (Godfrey, 1986; Adkisson, 1996). Les juvéniles ressemblent aux femelles adultes et sont généralement d’une couleur gris pâle teintée d’olive et de jaune. Ils se distinguent des adultes par la présence de rayures sur la tête et le corps de même que de bordures chamois sur les tectrices des ailes (Godfrey, 1986; Adkisson, 1996). Les Becs-croisés des sapins cherchent souvent leur nourriture en groupe.

La sous-espèce percna se distingue des autres Becs-croisés des sapins nord-américains par sa plus forte taille, par son bec plus large et plus foncé, et par son plumage plus sombre. Toutefois, puisqu’il est difficile d’identifier une sous-espèce uniquement par sa morphologie, le chant de l’oiseau peut être la meilleure méthode pour distinguer les différents types de Becs-croisés des sapins sur le terrain. La sous-espècepercna appartient à un groupe de huit formes isolées sur le plan reproductif présentes en Amérique du Nord et son cri serait distinct (Groth, 1993).

Depuis la publication du rapport de situation du COSEPAC (COSEPAC, 2004), des données additionnelles sur la population et/ou la distribution de la sous-espèce percna sont devenus disponibles. Des études récentes sur les espèces congénères en Europe soulignent l'importance du chant pour l'identification du Bec-croisé des sapins (Bijlsma, 2004; Edelaar et Terpstra, 2004). Edelaar et Terpstra (2004) apportent leur appui aux suggestions de Benkman (1989) et de Groth (1993) selon lesquelles les Becs-croisé des sapins de l'Amérique du Nord représenteraient fort probablement des espèces distinctes et non des sous-espèces; ces suggestions s'appuyaient sur des études de la morphologie, du chant et des caractéristiques génétiques.

1.2 Répartition du Bec-croisé des sapins

Pour une description plus détaillée de l’aire de répartition de l’espèce, consulter le rapport de situation du COSEPAC (COSEPAC, 2004).

1.2.1   Aire de répartition mondiale

Le Bec-croisé des sapins est présent dans les forêts boréales d’Amérique du Nord et d’Eurasie, et, au sud, jusque dans les forêts de conifères du nord de l’Espagne, du nord de l’Afrique, des îles de la Méditerranée, du nord de l’Inde, du sud de la Chine, du Japon et du nord des Philippines (Godfrey, 1986).

1.2.2   Aire de répartition au Canada

Godfrey (1986) signale que le Bec-croisé des sapins se reproduit au Canada dans les forêts conifériennes du sud du Yukon et du sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest, de toute la Colombie-Britannique (y compris les îles côtières), de l'Alberta (dans le sud, seulement dans la région montagneuse de l’Ouest), du nord-ouest et du centre de la Saskatchewan, du sud du Manitoba, du centre et du sud de l’Ontario (sauf dans l’extrême sud-ouest), du sud du Québec, du Nouveau-Brunswick (sauf peut-être dans la région nord-ouest; Erskine, 1992), de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve (mais pas au Labrador) (Todd, 1963; Godfrey, 1986).

La sous-espèce percna a été observée sur toute l’île de Terre-Neuve et à l’occasion dans les Maritimes. Le rapport de situation du COSEPAC signale que, les années où la production de cônes a été mauvaise, la sous-espècepercna a été observée en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse (COSEPAC, 2004), et peut-être même dans les États limitrophes du nord-est des États-Unis (Dickerman, 1987). On ignore si la sous-espècepercna s’est déjà reproduite au Labrador car les mentions de reproduction du Bec-croisé des sapins n’ont pas été confirmées (Todd, 1963). On ne connaît pas précisément l’aire de répartition sur l’île de Terre-Neuve puisqu'il n'est pas certain qu'il y ait des aires de reproduction principales autres que les associations de l'espèce avec les forêts de conifère (COSEPAC, 2004). L’aire de répartition canadienne est illustrée à la figure 1.

1.2.3   Pourcentage de l’aire de répartition mondiale comprise au Canada 

On croit que la sous-espèce percna niche uniquement dans l’île de Terre-Neuve, au Canada.

1.3 Tailles et tendances des populations

Il n’existe aucune information quantitative qui permettrait d'évaluer les effectifs ou les tendances de la population historique de Becs-croisés des sapins de Terre-Neuve. Toutefois, les Becs-croisés des sapins ont déjà été considérés comme abondants avec un effectif comparable à celui des Becs-croisés bifasciés (COSEPAC, 2004). Depuis le milieu des années 1900, les observations de cette espèce ont fortement chuté, et on croit que la population a connu un déclin de 75 % par décennie entre 1968 et 2002 (selon les Newfoundland Christmas Bird Counts; COSEPAC, 2004). Le rapport de situation suggère une population actuelle de 500 à 1 500 individus mais précise que cette estimation est plutôt incertaine (COSEPAC, 2004). Cette incertitude est probablement due à la nature sporadique et irrégulière des relevés menés dans l’aire de répartition de la sous-espècepercna, et au manque de relevés ciblant spécifiquement les becs-croisés.

1.4 Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitatifs

En raison de la morphologie de leur bec, les becs-croisés sont hautement spécialisés pour s’alimenter dans les habitats de conifères. Ces habitats sont également importants pour le repos et la nidification (Adkisson, 1996). Les Becs-croisés des sapins font des irruptions locales, et leur présence dans un secteur est généralement associée à une abondance de cônes. Ils cherchent leur nourriture en groupe, ce qui suggère que les comportements sociaux sont importants, et ils nichent à n’importe quel moment de l’année, selon la disponibilité des cônes. Les besoins spécifiques de la sous-espèce percna et son cycle vital sont toutefois très peu connus.

La survie et le rétablissement de la sous-espècepercna peuvent être limités par des changements à l’habitat et/ou à la disponibilité de la nourriture qui pourraient résulter d'une combinaison de facteurs anthropiques et naturels (COSEPAC, 2004). La concurrence interspécifique, l’effet d'Allee [1]et les effets cumulatifs de ces facteurs peuvent également compromettre la survie du Bec-croisé des sapins.

Figure 1. Aire de répartition du Bec-croisé des sapins

Figure 1. Aire de répartition du Bec-croisé des sapins (Loxia curvirostra) au Canada (tiré de Adkisson, 1996).

1.5 Besoins en matière d’habitat

Tel que mentionné précédemment, on croit que le Bec-croisé des sapins dépend d’une mosaïque de conifères producteurs de cônes pour l’alimentation, le repos et la nidification (COSEPAC, 2004). Cependant, en raison de sa tendance aux irruptions et de sa capacité à se reproduire à n’importe quel moment de l’année en fonction de la disponibilité des cônes, les associations à l'habitat du Bec-croisé des sapins sont difficiles à cerner et sont actuellement inconnues pour la sous-espèce percna. Les lacunes dans les connaissances concernant les associations à l'habitat sont considérées comme une priorité pour les recherches futures.

De manière générale, les becs-croisés à gros bec sont associés aux gros cônes, comme ceux des pins. Certaines des récentes observations de Becs-croisés des sapins à Terre-Neuve ont été faites dans des pinèdes (COSEPAC, 2004). On croit que les peuplements indigènes de pins rouges (Pinus resinosa)et de pins blancs (P. strobus) étaient autrefois un habitat important pour le Bec-croisé des sapins à Terre-Neuve et qu’ils pourraient actuellement avoir un lien avec la survie de l’espèce (voir section 2.2.2; W. Montevecchi, comm. pers., 2005). Benkman (1993a, 1993c) et Parchman et Benkman (2002) soutiennent cependant que la sous-espèce percnas’est adaptée à consommer des graines de l’épinette noire (Picea mariana) à Terre-Neuve et ils affirment que les cônes de cette espèce sont différents de ceux que l’on trouve sur les épinettes noires du continent. Malheureusement, Parchman et Benkman (2002) ne précisent pas si les cônes des conifères du continent sont inutilisables par la sous-espèce percna; ils suggèrent seulement que les différences sont attribuables au fait que les épinettes du continent ont évolué en subissant la prédation des becs-croisés et des écureuils, alors que les épinettes de Terre-Neuve ont évolué en ne subissant que la prédation des becs-croisés (Benkman, 1993c). Des recherches visant à comparer les cônes des épinettes noires du continent à ceux de Terre-Neuve devront être menées afin d’évaluer l'assertion de Benkman et de ses collègues selon laquelle les écailles des cônes des épinettes noires de Terre-Neuve sont plus minces que celles des épinettes noires du continent, l'étude de Benkman ne reposant que sur un petit échantillon géographiquement restreint (W. Montevecchi, comm. pers., 2005). Parmi les autres espèces de conifères exploitées par le Bec-croisé des sapins figurent l’épinette blanche (P. glauca), le sapin baumier (Abies balsamea) et le mélèze laricin (Larix laricina). Certains indices suggèrent que les Becs-croisés des sapins, y compris ceux de Terre-Neuve, utilisent également diverses sources de nourriture autres que les conifères (Peters et Burleigh, 1951; Payne, 1972; Benkman, 1993a; B. Mactavish, comm. pers., 2005). De plus, il est fort probable que tous les conifères du continent soient accessibles à n’importe quel individu de la sous-espèce percna qui y serait présent.



[1]L'effet d'Allee est un phénomène biologique qui s'appuie sur la relation positive existant entre la densité de population et le taux de croissance de la population par individu,c.-à-d. le taux de natalité par individu décroît avec la diminution de la densité de population.