Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Cryptanthe minuscule

Contexte

1.1 Description

La cryptanthe minuscule(Cryptantha minima Rydb.) est une plante annuelle de la famille des Boraginacées. Ses tiges à poils rigides commencent à se ramifier près de la base de la plante et atteignent une hauteur de 10 à 20 cm. Les feuilles sont spatulées et portent également des poils rigides; celles de la base peuvent atteindre 6 cm de longueur et 0,5 cm de largeur, mais les feuilles deviennent de plus en plus petites à mesure qu’on s’éloigne de la base (Moss, 1994). La cryptanthe minuscule fleurit de la fin mai au début juillet (Smith, 1998; Kershaw et al., 2001; Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Les fleurs sont en forme de tube, avec des pétales blancs et un centre jaune, et disposées le long du dessus des ramifications de la tige (figure 1). Une petite feuille, ou bractée, se trouve à la base de chaque fleur. Les fleurs peuvent atteindre 2 mm de diamètre et 3 mm de longueur. Les sépales sont verts et portent des poils raides; leur nervure médiane est épaissie et blanchâtre. Ils forment un calice autour des pétales (figure 1). À l’intérieur du calice se forment quatre petites nucules (assimilables à des « graines ») qui arrivent à maturité à la fin juillet ou en août; une des nucules est grosse et lisse, alors que les trois autres sont plus petites et couvertes de petites bosses. Les calices brunissent à maturité (figure 2), et la ante prend une teinte grisâtre en septembre,avant de mourir.

Figure 1. Cryptanthe minuscule en fleurs.

Figure 1. Cryptanthe minuscule en fleurs.

Figure 2. Cryptanthe minuscule à maturité, avec les calices brunis

Figure 2. Cryptanthe minuscule à maturité, avec les calices brunis.

1.2 Répartition et abondance

La cryptanthe minuscule est une plante indigène de l’Amérique du Nord. Au Canada, on en dénombre 28 populations[1],2 en Alberta et 4 en Saskatchewan (Alberta Sustainable Resource Development, 2004; C. Bradley, comm. pers.; C. Elchuk, obs. pers.; D. Nernberg, obs. pers.) (figure 3; tableau 1). La cryptanthe minuscule est associée à des systèmes fluviaux et principalement à la vallée de la Saskatchewan-Sud, dans la moitié est de l’Alberta et près de la frontière ouest de la Saskatchewan. Des populations ont également été signalées à proximité du cours inférieur de la Bow et du cours supérieur de l’Oldman, en Alberta, et le long de la Red Deer, en Saskatchewan. Aux États-Unis, le site le plus rapproché se trouve au Montana, à 450 km du site le plus méridional de l’Alberta (Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Le nombre de populations des États-Unis n’a pas été répertorié; on ignore donc quelle proportion de la population mondiale de l’espèce, en termes de répartition et d’effectif, se trouve actuellement au Canada, mais celle-ci est sans doute très faible (figure 4). On dispose de trop peu de données historiques et de données recueillies à long terme pour pouvoir déterminer le taux de déclin des populations.

Figure 3. Aire de répartition connue de la cryptanthe minuscule au Canada.

Figure 3. Aire de répartition connue de la cryptanthe minuscule au Canada

Figure 4. Aire de répartition connue de la cryptanthe minuscule en Amérique du Nord (d’après Alberta Sustainable Resource Development, 2004).

Figure 4. Aire de répartition connue de la cryptanthe minuscule en Amérique du Nord (d’après Alberta Sustainable Resource Development, 2004).

On a attribué à la cryptanthe minuscule la cote S1 en Alberta et en Saskatchewan, et la cote N1 à l’échelle du Canada, ce qui signifie qu’elle est considérée comme extrêmement rare, avec cinq occurrences ou moins, ou très peu d’individus survivants (Vujnovic et Gould, 2002; NatureServe, 2004; Saskatchewan Conservation Data Centre, 2004).

Aux États-Unis, l’aire de répartition de la cryptanthe minuscule occupe les plaines centrales (figure 4), mais aucune cote n’a été attribuée à l’espèce à l’échelle du pays. Le statut de la cryptanthe minuscule n’a pas été établi ou est en cours d’examen au Colorado, au Kansas, au Montana, au Nebraska, au Nouveau-Mexique et en Oklahoma. L’espèce est cotée vulnerable (S3) (vulnérable) au Wyoming et apparently secure (S4) (apparemment non en péril) au Dakota du Sud.

 À l’échelle mondiale, la cryptanthe minuscule est jugée demonstrably secure under present conditions (G5) (manifestement non en péril dans les conditions actuelles) (NatureServe, 2004).

 

Tableau 1. Sommaire des populations de cryptanthe minuscule au Canada.a,b
SiteEstimation récente de la populationbRégime foncierMenaces
ALBERTA
Rivière Oldman>500Fossé, terrain privéEntretien des routes, herbicides, espèces exotiques
Rivière Bow   
3-8 km en amont>568Terres de la Couronne louéesActivités pétrolières/gazières, agriculture, espèces exotiques envahissantes
6 km en amont62c
9 km en amont5
11 km en amont3
Rivière Saskatchewan-Sudd   
Medecine Hat, Seven Persons Creek9Terrain municipalPétrole/gaz
Medecine Hat, Terrain de camping Gas City1 100Terrain municipalDégradation de l’habitat
Medecine Hat, Ranchlands40 000Terrain municipalExpansion urbaine
Medecine Hat, Box Springs Road60Terrain municipalEspèces exotiques envahissantes
Km 120-123, côté Est450Terrain privé 
Km 131, côté Ouest>1 000Fossé, terrain privéHerbicides, espèces exotiques, entretien des routes
Km 136-141, côté Ouest>2 600Terrain privéPétrole/gaz, agriculture
Km 157, côté Est11 500eTerres de la Couronne louéesPétrole/gaz, ensemencement de plantes non indigènes pour le pâturage, agriculture, espèces exotiques
Km 158, côté Est40f
Km 160, côté Est110
Km 167-169, côté Est80g
Km 174, côté Est0h
Km 178, côté Est7 500
Km 181, côté Est37
Km 190, côté Est2
Km 263, côté Ouest, vallée20Terrain privéPétrole/gaz
Empress S, côté Est900Terres de la Couronne louées 
Rivière Saskatchewan-Sud, BFC Suffield et Réserve nationale de faune de la BFC Suffield   
Km 156-175, sud Fish Creeki172 174Terres fédérales (ministère de la Défense nationale, BFC Suffield)Absence de broutage (certaines zones), pétrole/gaz (toutes les zones), activités militaires (certaines zones)
Km 196-198, nord Casa Berardi72 475
Km 200-201, nord Nishimoto Flats16 011
Km 198-200, nord-ouest Koomati1 390
Km 208, nord Mule Deer Springs1
Km 230, Ypres399
SASKATCHEWAN
Rivière Saskatchewan-Sud   
Estuary366Terres de la Couronne louées 
Sud de l’île Ebenau45Terrain privéAgriculture
Red Deer Forks14 363Terres de la Couronne louées, terres privées 
Westerham0Terrain privé 

aLa taille des populations est difficile à quantifier à cause de ses fluctuations annuelles et de l’utilisation de techniques de dénombrement non uniformisées.

bLes valeurs indiquées dans le tableau sont en date d’avril 2005 et à moins d’indication contraire, elles se fondent sur un relevé de 2004. Une nouvelle population de 4 018 plants a été trouvée sur le territoire domanial Onefour d’AAC-ARAP au cours de l’été 2006, augmentant ainsi la répartition de l’espèce au Canada en direction sud (C. Wallis, comm. pers.)

cRelevé de 2002.

dLes distances indiquées relativement à la rivière Saskatchewan-Sud sont fondées sur Alberta Sustainable Development (2004) et sur les cartes de Dickinson et Baresco (1996)

eRelevé de 2003.

f  >725 individus observés en 2003.

g17 500 individus observés en 2003.

h12 individus observés en 2003.

iLes noms des sites (p. ex. Casa Berardi, Ypres) réfèrent aux subdivisions des terrains d'entrainement utilisé par la BFC Suffield (carte : CFB Suffield Reduction – Navaids, Series GSGS 5826-N, Sheet 156, Edition 1-GSGS)

 

1.2.1 Répartition canadienne par région

Alberta

On trouve la cryptanthe minuscule dans le sud-est de l’Alberta à proximité du cours supérieur de la rivière Oldman et du cours inférieur de la rivière Bow ainsi que le long de la rivière Saskatchewan-Sud, depuis Medicine Hat jusqu’à la frontière de la Saskatchewan (tableau 1).

Rivière Oldman– Le site de la rivière Oldman se trouve 11 km en amont de la confluence de cette rivière avec la rivière Bow, dans les terrains élevés sableux des dunes Purple Springs, en sol sableux légèrement perturbé près d’une route (Bradley et Ernst, 2004).

Rivière Bow– Les sites associés à la rivière Bow se trouvent dans des terrains élevés sableux, dont certains comportent des coulées latérales vers la vallée, entre 3 et 11 km en amont de la confluence avec la rivière Oldman. Les sites des coulées latérales ne semblent pas menacés, dans la mesure où le broutage et la perturbation de petites parcelles de sol par des mammifères se poursuivent sans disparition permanente de végétation.

Rivière Saskatchewan-Sud– La première observation de cryptanthe minuscule à Medicine Hat remonte à 1894. Aucune autre occurrence n’avait été signalée avant la découverte d’un grand nombre d’individus sur des pentes de vallées et des terrains élevés sableux à l’intérieur des limites de la municipalité, en 2004. Trois sites (Seven Persons Creek, terrain de camping Gas City et Box Springs Road) se trouvent le long d’une coulée en pente abrupte. Quoique situées près de terrains aménagés (terrain de golf, camping), elles sont considérées comme non menacées, car le terrain est impropre à l’aménagement. Dans le secteur nord de Ranchlands, l’espèce pousse dans des terrains élevés vallonnés et dans le haut ou le milieu de pentes de vallées, mais plus de la moitié de l’habitat a été récemment détruit par l’expansion résidentielle et la construction de routes (Alberta Sustainable Resource Development, 2004; Bradley, 2004; Bradley et Ernst, 2004).

Les autres sites se trouvant le long de la rivière Saskatchewan-Sud, en aval de Medicine Hat, sont situées sur des terrasses fluviales, sur le haut de pentes de vallées et dans des terrains élevés adjacents de part et d’autre de la rivière, dans des secteurs utilisés principalement comme pâturages et pour quelques activités pétrolières et gazières. Ces sites, en particulier ceux des pentes abruptes des vallées, ne seront probablement pas menacés tant que continueront le broutage et la perturbation de petites parcelles et qu’il n’y aura pas de disparition permanente de la végétation ou de changements majeurs dans l’utilisation des terrains, lesquels auraient des conséquences néfastes pour la cryptanthe minuscule (Alberta Sustainable Resource Development, 2004). 

Rivière Saskatchewan-Sud, Réserve nationale de faune de la base des Forces canadiennes Suffield– La Réserve nationale de faune de la BFC Suffield est une zone fédérale de protection de la faune de 458 km2 située du côté est de la BFC Suffield à proximité de la Saskatchewan-Sud. Une petite partie de l’aire d’entraînement de la BFC Suffield traverse la Réserve nationale de faune de la BFC Suffield et enjambe la Saskatchewan-Sud. Jusqu’en 2004, seulement un petit nombre d’individus de cryptanthe minuscule se trouvaient sur la Réserve nationale de faune de la BFC Suffield (Macdonald, 1997;Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Les relevés de 2004 ont mené à la découverte de grandes populations de l’espèce dans la Réserve nationale de faune de la BFC Suffield et dans l’aire d’entraînement voisine de la Saskatchewan-Sud (D. Nernberg, obs. pers.). La plupart des populations se trouvaient sur des terrasses à mi-pente et sur les versants de collines et de vallons (D. Nernberg, obs. pers.). Bien que la Réserve nationale de faune soit une zone protégée et qu’aucun entraînement militaire motorisé n’y soit autorisé, d’autres types d’activités s’y déroulent, dont le pâturage par du bétail ainsi que des activités pétrolières et gazières. Les sites situés dans l’aire d’entraînement de la BFC Suffield mais à l’extérieur de la Réserve nationale de faune de la BFC Suffield risquent d’être le théâtre d’opérations militaires actives et d’exploitation pétrolière et gazière; le pâturage est interdit dans les aires d’entraînement de la BFC Suffield (B. Smith, comm. pers.). 

Saskatchewan

Jusqu’en 2004, la cryptanthe minuscule avait été signalée dans deux emplacements de Saskatchewan, un situé près de Westerham, et l’autre près de la frontière albertaine, à proximité d’Empress (Alberta). Les relevés à plus grande échelle de 2004 ont permis de retrouver un des emplacements historiques et de découvrir de nouveaux sites le long de la Saskatchewan-Sud, depuis l’ouest de Leader jusqu’à la frontière albertaine (tableau 1). Tous les sites sont situés dans des terres utilisées pour l'élevage et ne devraient pas être menacés, dans la mesure où ne surviendra aucun changement majeur dans l’utilisation des terres. 

Estuary– Le site d’Estuary se trouve à l’est de la traverse d’Estuary, au fond de la vallée, sur une terrasse sableuse, ondulée et bosselée avec des dunes stabilisées.

Au sud de l’île Ebenau– Les emplacements situés au sud de l’île Ebenau se trouvent sur des terrains élevés, près des escarpements de la vallée.

Red Deer Forks– Il s’agit d’un grand pâturage naturel à la confluence des rivières Red Deer et Saskatchewan-Sud. Les emplacements de cryptanthe minuscule se trouvent près des escarpements de la vallée ou sur la pente des coulées se jetant dans la vallée.

Westerham– Le site de Westerham n’a pas été retrouvé, malgré les nombreuses tentatives faites depuis son signalement durant les années 1970. Il se trouvait en terrain élevé, sur un sol perturbé et cendreux près d’un ancien chemin de fer et d’un silo à grain. La cryptanthe de Fendler (Cryptantha fendleri) et la cryptanthe de Kelsey (Cryptantha kelseyana) poussent actuellement dans le secteur. Le spécimen de l’herbier W.P. Fraser de la University of Saskatchewan (numéro d’enregistrement 67852) est une jeune plante en fleurs dont l’identification est difficile à confirmer.

1.3 Besoins de la cryptanthe minuscule 

1.3.1 Environnement

La cryptanthe minuscule est présente dans l’écorégion de la prairie mixte de l’écozone des prairies en Saskatchewan et en Alberta, principalement dans la sous-région sèche à graminées mixtes, et certains emplacements se trouvent dans la sous-région naturelle à graminées mixtes de la région naturelle des Prairies en Alberta (Alberta Environmental Protection, 1994; Acton et al., 1998). La cryptanthe minuscule pousse dans un climat steppique caractérisé à l’année longue par la sécheresse en raison d'un fort taux d’évaporation et un ruissellement superficiel rapide (Smith, 1998; Fung, 1999). À Medicine Hat, en Alberta, les précipitations annuelles sont d’environ 334 mm et atteignent leur maximum en juin (Environnement Canada, 2004). À Leader, en Saskatchewan, les précipitations annuelles sont de 360 mm et atteignent également leur maximum en juin. Ces secteurs ont des étés chauds (température estivale moyenne de 18,5 oC à Medicine Hat et de 17,8 oC à Leader) et des hivers froids (température hivernale moyenne de ‑8,1 oC à Medicine Hat et de -11,4 oC à Leader) (Environnement Canada, 2004). Les sols des secteurs où pousse la cryptanthe minuscule sont des sols bruns généralement formés sur des matériaux sableux d’origine éolienne ou fluviale, décrits comme étant régosols orthiques ou  régo-chernozems, à texture grossière allant du loam sableux ou sable loameux au sable limoneux (Kjearsgaard et Pettapiece, 1986; Saskatchewan Soil Survey, 1990, 1993; Fung, 1999; Alberta Sustainable Resource Development, 2004; Bradley et Ernst, 2004).

1.3.2 Habitat

La cryptanthe minuscule semble toujours pousser à moins de quelques kilomètres de cours d’eau, et on la trouve généralement dans trois types d'habitats : 1) terrains élevés sableux plats à ondulés et dunes voisines des escarpements d’une vallée; 2) pentes de vallée à inclinaison maximale de 50 %; 3) terrasses plates ou légèrement inclinées, au fond de vallées, en particulier dans les lobes de méandres (Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Comme microhabitat, la cryptanthe minuscule privilégie les milieux quasi-xériques à xériques de pente généralement inférieure à 20 degrés, à orientation variée mais le plus souvent de sud à est. La cryptanthe minuscule semble avoir besoin d’un milieu présentant peu de litière et au moins 10 % de sol nu pour s’y établir.

Les communautés végétales associées à l’espèce sont dominées par la stipe chevelue (Stipa comata) et le boutelou gracieux (Bouteloua gracilis). Ces graminées sont souvent accompagnées d’un cactus, l’Opuntia polyacantha, d’un plantain, le Plantago patagonica, d’un chénopode, le Chenopodium pratericola, d’une armoise arbustive, l’Artemisia frigida, de carex, les Carex filifolia et C. stenophylla, d’une lépidie (passerage), le Lepidium densiflorum, d’un oryzopsis, l’Oryzopsis hymenoides, d’un pâturin, le Poa juncifolia, et de deux plantes exotiques, la soude kali (Salsola kali) et la bardanette épineuse (Lappula echinata) (Alberta Sustainable Resource Development, 2004; Bradley et Ernst, 2004; C. Elchuk, obs. pers.; D. Nernberg, obs. pers.).

1.3.3 Facteurs limitatifs

Il semble que la cryptanthe minuscule ait besoin d’un certain degré de perturbation. En effet, les habitats qui accueillent l’espèce sont occasionnellement perturbés par des processus naturels, notamment le dépôt de matériaux par l’effet de l’eau (terrasses de lobes de méandres), de la gravité (pentes des vallées et des terrains élevés) ou du vent (plaines et dunes des terrains élevés) et la mise à nu de superficies de sol par certains animaux (Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Les secteurs qui ont subi des perturbations intenses et répétitives, comme les champs cultivés et les barres de sable actives, de même que les pentes en érosion active et les berges érodées, ne semblent pas accueillir de populations de cryptanthe minuscule (Alberta Sustainable Resource Development, 2004).

La cryptanthe minuscule étant une plante annuelle, elle passe une grande partie de son cycle vital en dormance sous forme de graine. La pérennité des populations dépend donc du réservoir de semences du sol. Jusqu’à présent, ce réservoir n’a jamais été pris en compte pour l’estimation de la taille d’une population au Canada. Un suivi de l’effectif et de la répartition des plantes pendant plusieurs années permettrait d’estimer la répartition du réservoir de semences, de l’habitat convenable et des régimes de perturbation ainsi que les exigences pour la germination ou les effets des conditions météorologiques sur les tendances démographiques. Le nombre d’individus peut varier considérablement d’une année à l’autre (de zéro à plus de 50 000 plants dans un site) parce que l’abondance et la périodicité des précipitations, la production de graines des années antérieures et les conditions de germination sont toutes des facteurs qui entrent en jeu. Des différences entre les techniques de relevés peuvent également se solder par une variabilité dans les dénombrements d’une même année ou d’une année à l’autre (Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Ainsi, l’absence de certaines populations dans un emplacement donné, certaines années, ne signifie pas que ces populations sont disparues, car il est probable que le réservoir de semences recèle encore des graines viables. De même, les secteurs qui semblent contenir de l'habitat convenable, mais où aucun plant de cryptanthe minuscule n’a été observé, devraient être examinés de nouveau les années où les conditions de croissance sont favorables. On ignore combien de temps les graines de cryptanthe minuscule demeurent viables dans le réservoir de semences ou quel pourcentage des graines s’y dépose, mais les plantes annuelles dépendent souvent de la longévité des graines pour se prémunir contre les aléas de leur environnement (Harper, 1977).

La capacité de dispersion des graines de la cryptanthe minuscule semble limitée. La majorité des graines se dispersent probablement de manière passive, en tombant près de la plante mère, bien que la dispersion par les mammifères soit également une possibilité. Les poils raides du calice, qui renferme les graines, peuvent peut-être se fixer sur la fourrure des animaux; il se peut également que les animaux ramènent des plantes dans leur gîte pour s’en nourrir (Bradley et Ernst, 2004). Il arrive peut-être aussi que des graines soient transportées par le vent, la pluie ou les eaux de fonte des neiges. Cependant, les animaux, le vent et l’eau ne semblent pas déplacer les graines sur de grandes distances une fois que celles-ci sont au sol (Primack et Miao, 1992). En général, la plupart des graines ne s’éloignent que de quelques mètres, et les déplacements sur plus de quelques centaines de mètres sont rares (Harper, 1977; Primack et Miao, 1992; Cain et al., 2000). Par conséquent, la dispersion des graines vers d’autres populations et l’établissement de nouvelles colonies semblent improbables. Aucun pollinisateur de la cryptanthe minuscule n’a été identifié, et on ne sait pas jusqu’à quelle distance la pollinisation croisée peut avoir lieu.

1.4 Protection

En plus de la protection offerte par la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral, la cryptanthe minuscule est protégée par la législation provinciale. Elle a été déclarée espèce en péril (endangered) en Saskatchewan en vertu de la Partie V de la Wildlife Act en 1999 et bénéficie par conséquent d’une protection sur les terres privées, provinciales et fédérales de cette province. En Alberta, la cryptanthe minuscule a été proposée pour l'inscription comme espèce en péril (endangered); la province est en train d’élaborer une réglementation de protection en application de sa Wildlife Act (R. Gutsell, comm. pers.; L. Matthias, comm. pers.).

1.5 Menaces à la survie de la cryptanthe minuscule et à son habitat

Les menaces à la survie de la cryptanthe minuscule se résument à l’altération de son habitat, y compris la perte d’habitat en raison de changements dans l’utilisation des terres, comme la mise en culture et l’urbanisation (voir le tableau 1 pour une liste des menaces par site). Parmi les causes directes d’altération de l’habitat, on relève la diminution ou l’élimination du broutage, la lutte contre les feux de brousse, les changements climatiques et l’empiétement des plantes envahissantes. Ces menaces sont discutées en détail dans les prochaines sections et classées au tableau 2.

La gestion adaptative sera un élément important de la gestion des menaces à la survie de la cryptanthe minuscule. En outre, les recherches sur la biologie et le cycle vital de l’espèce permettront de mieux connaître les facteurs limitatifs démographiques, les stades du cycle vital les plus vulnérables et la viabilité à long terme des populations.

1.5.1 Perte ou dégradation de l’habitat

Agriculture

Les terrains sableux et les types particuliers de sols qui abritent la cryptanthe minuscule ne sont généralement pas considérés comme convenant à l’agriculture, en raison de leur faible humidité, de leur faible capacité de rétention d’eau, de leur pauvreté et de leur vulnérabilité à l’érosion éolienne (Saskatchewan Soil Survey, 1993; Commission géologique du Canada, 2001). Cependant, certains sites pourraient convenir aux grandes cultures, aux pâturages pérennes, à la fenaison ou à la culture de la pomme de terre. En Alberta, certains terrains élevés sableux ont été transformés en cultures de pomme de terre, et il est possible que des zones occupées par la cryptanthe minuscule soient touchées dans l’avenir (Alberta Sustainable Resource Development, 2004; Bradley et Ernst, 2004). En outre, certains secteurs occupés par la cryptanthe minuscule sont entourés de prairies mixtes, et ce type de milieu finit souvent par être mis en culture, ce qui se traduit par l’apparition d’îlots naturels dans un paysage dominé par l’agriculture. On estime que seulement 54 % de la sous-région sèche à graminées mixtes de la région naturelle des Prairies, en Alberta, et seulement 31,3 % de l’écorégion de la prairie mixte, en Saskatchewan, renferment encore une végétation indigène (Alberta Sustainable Resource Development, 2000; Gauthier et al., 2002). L’agriculture menace surtout les populations de cryptanthe minuscule des terrains élevés et des terrasses fluviales, lesquels milieux sont souvent ensemencés d’espèces exotiques aux fins de pâturage, ou cultivés et irrigués. L'habitat bordant les escarpements de vallée ou situé sur leurs pentes est considéré comme non menacé, puisque la topographie de ces zones est peu propice à l’agriculture. Par contre, l’irrigation et l’épandage de certains produits chimiques (herbicides, engrais, pesticides, etc.) sur les terrains élevés mis en culture pourraient altérer l’habitat dans les pentes situées à proximité (en y modifiant la flore, le couvert végétal, l’hydrologie, la stabilité du sol, ou les populations de pollinisateurs).

Expansion résidentielle 

En 2004, plus de 40 000 individus de cryptanthe minuscule ont été trouvés dans la municipalité de Medicine Hat, sur des pentes de vallées, des terrains élevés et des terrasses. Certaines parties de ce secteur ont été aménagées pour la construction d’habitations et de routes depuis le relevé de 2004. Certains des individus poussant sur les pentes abruptes des vallées n’ont pas dû être perturbés par ces travaux, mais ils pourraient souffrir de la perte d’une grande portion de la population adjacente et du réservoir de semences. Ils pourraient également être affectés par des espèces envahissantes favorisées par l’expansion résidentielle et par une prolifération de la végétation due à l’augmentation du ruissellement et à l’épandage d’engrais dans le paysage urbanisé. 

Activités pétrolières et gazières

Une partie de l’habitat de lacryptanthe minuscule a été détruit par les activités pétrolières et gazières : construction de routes, forage, installation de pipelines et autres activités liées à l’exploration active et à l’exploitation des champs pétrolifères. Dans certains secteurs, ces activités sont entreprises sans relevé préalable des plantes rares. La cryptanthe minuscule n’a pas été observée dans les zones où les perturbations sont répétitives et où la compaction est importante, par exemple près des routes. Bien que certaines de ces perturbations pourraient créer temporairement un habitat pour des espèces comme la cryptanthe minuscule, les zones ainsi créées ne constituent pas un habitat de qualité à long terme, car les plantes y sont souvent détruites par la suite. De plus, des espèces exotiques sont encore semées dans certains secteurs pour remettre en état les terrains perturbés bordant les chemins d’accès et les lieux de forage, bien que cette pratique ne soit plus permise sur les terres de la Couronne provinciales (Saskatchewan Agriculture, Food and Rural Revitalization, 2000; Gouvernement de l’Alberta, 2004). Il faut cependant souligner que, même quand des mélanges de plantes indigènes sont utilisés pour la remise en état, les plantes envahissantes finissent quand même souvent par coloniser ces terrains. En effet, ces espèces exotiques peuvent envahir l’habitat des plantes indigènes et les supplanter (Alberta Sustainable Resource Development, 2004).

Extraction de sable et de gravier

L’extraction de sable et de gravier pour la construction de routes ou un usage privé, et le nivellement des dunes sont des menaces potentielles pour les populations de cryptanthe minuscule. Une gravière a été exploitée dans un des sites, et l’extraction de gravier est pratiquée dans des secteurs renfermant de l'habitat pouvant convenir à la cryptanthe minuscule (Alberta Sustainable Resource Development, 2004). L’extraction de sable et de gravier risque de détruire des parties du réservoir de semences de la cryptanthe minuscule, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour la survie des populations dans ces sites. 

Activités militaires

On ignore dans quelle mesure les activités militaires peuvent affecter la cryptanthe minuscule. On trouve la cryptanthe minuscule en abondance dans la BFC Suffield (Bradley et Ernst, 2004; D. Nernberg, obs. pers.). La construction de routes, le passage de machinerie lourde et les opérations militaires susceptibles de nuire aux populations de cryptanthe minuscule sont des possibilités dans les zones militaires. Certaines perturbations mineures pourraient être bénéfiques pour ces populations, en créant de l’habitat et en éliminant certaines plantes compétitrices.

1.5.2 Modification des processus naturels

Altération des régimes hydrologiques

L’altération du régime hydrologique d’un secteur peut nuire à la cryptanthe minuscule. Puisque cette espèce semble confinée aux milieux quasi-xériques à xériques, tout changement dans le régime d’humidité risque d’affecter sa croissance, voire sa survie. Comme l’espèce est associée aux systèmes fluviaux, tout aménagement qui a pour effet de limiter les crues périodiques naturelles, de causer des inondations artificielles, d’empêcher la migration des chenaux ou de détourner les eaux risque également de modifier le régime de perturbation au-delà de son amplitude naturelle, ce qui peut nuire à la création et au maintien de l'habitat de la cryptanthe minuscule (Smith, 1998; Alberta Sustainable Resource Development, 2004;). Les barrages ont généralement de nombreux impacts sur l'habitat. Le territoire initial est souvent converti en terre agricole irriguée et la mise en eau du réservoir entraîne l'inondation des plaines inondables et des fonds de vallées ce qui, dans un cas comme dans l'autre, va avoir comme résultat de détruire ou de fragmenter l'habitat. En aval des barrages, la variété des espèces, la composition taxinomique et la structure de la végétation sont modifiées par la réduction des inondations, du débit et du dépôt des sédiments dans la plaine inondable. (Golder Associates, 2002). L’édification d’un barrage sur la Saskatchewan-Sud, près de Outlook en Saskatchewan, en 1967, a causé l’inondation d’un vaste territoire, et on ignore si des populations de cryptanthe minuscule s’y trouvaient (Smith, 1998). Le projet du barrage Meridian proposé pour un site situé sur la Saskatchewan-Sudprès de la frontière entre la Saskatchewan et l'Alberta (Gouvernement de l’Alberta 2002), aurait sans aucun doute eu des impacts sur l'habitat de la cryptanthe minuscule s'il avait été approuvé. D’autres altérations d’origine humaine, comme la construction de routes, l’urbanisation et l’irrigation, peuvent également changer le régime hydrologique de l’habitat en modifiant les voies de drainage et l’écoulement des eaux.

Absence de pâturage et/ou de feux de brousse 

La présence de la cryptanthe minuscule dans des milieux où des matériaux sont périodiquement déposés par le vent, l’eau, la gravité ou les animaux semble indiquer une dépendance envers les perturbations. Ces perturbations déplacent le sol et peuvent créer des ouvertures dans le couvert végétal, où les graines peuvent germer et les plantules peuvent s’établir. Les feux de brousse et le pâturage favorisent ces processus de perturbation en déstabilisant les collines de sable, en exposant des parcelles de sol et en limitant la couverture de végétation et de litière (Hayes et Holl, 2003). Le pâturage peut aussi créer des sentiers et exposer de petites parcelles de sol importantes pour l’établissement de la cryptanthe minuscule. Collins (1987) ainsi que Hayes et Holl (2003) ont démontré que le pâturage contribue au maintien ou à l’accroissement des populations de plantes annuelles dans les prairies mésiques. Aucune observation d’animaux broutant la cryptanthe minuscule n’a été signalée.

1.5.3 Espèces exotiques envahissantes

Il semble que la cryptanthe minuscule ait besoin d’une certaine mobilité du sol, d’un couvert de végétation et de litière relativement faible et de parcelles de sol dénudé permettant des cycles successifs de germination et de croissance. Il est probable que des espèces exotiques envahissantes comme l’agropyre à crête (Agropyron cristatum), qui peut stabiliser les collines de sable et produire une épaisse couverture de litière de végétation, sont capables de déloger la cryptanthe minuscule en modifiant son habitat. La cryptanthe minuscule n’a été observée que dans des pâturages indigènes et ne l’a jamais été dans des pâturages semés d’espèces exotiques ou largement envahis par de telles plantes. Certains secteurs de la vallée de la Saskatchewan-Sud, en particulier les terrasses bordant les lobes de méandres, ont été semés d’agropyre à crête, alors que d’autres secteurs sont voisins de pâturages de cette espèce, qui risquent d’envahir les pâturages indigènes (Bush, 2001; Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Par ailleurs, il est possible que des individus de cryptanthe minuscule soient éliminés ou que leur habitat soit altéré par l’usage indiscriminé d’herbicides contre les espèces envahissantes.

1.5.4 Climat et catastrophes naturelles

Changements climatiques 

Dans les Prairies canadiennes, la cryptanthe minuscule semble privilégier les climats secs et très chauds, comme en témoigne son aire de répartition actuelle. Si les changements climatiques planétaires se traduisent par un réchauffement de l’aire de répartition canadienne de l’espèce, comme le prévoient les projections actuelles, (Gouvernement du Canada, 2004), la cryptanthe minuscule pourrait étendre son aire de répartition, dans la mesure où il resterait des milieux propices. Si toutefois le climat se refroidissait dans son aire de répartition canadienne, l’inverse pourrait se produire, et l’espèce pourrait même disparaître du pays (Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Bien entendu, les effets potentiels des changements climatiques sur cette espèce ne sont que spéculatifs.



[1]La population est ainsi définie par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) : « groupe géographiquement ou autrement distinct au sein d’une espèce qui a peu d’échanges démographiques ou génétiques avec de tels autres groupes (normalement, moins d’un gamète ou d’un individu immigrant réussit à se reproduire par génération) » (COSEPAC, 2005). Cela équivaut au terme « sous-population » utilisé par l’Union mondiale pour la nature (UICN, 2001). NatureServe considère que les sites distants de moins de un kilomètre l’un de l’autre font partie de la même occurrence (population). Cette distance est de deux kilomètres s’il existe de l’habitat approprié entre les deux sites (NatureServe, 2004). Chez les espèces annuelles, quelques centaines de mètres peuvent suffire à distinguer deux populations, puisque la dispersion des graines sur de longues distances est rare (Cain et al., 2000; Alberta Sustainable Resource Development, 2004). Ces distances minimales pourraient changer à la lumière de nouvelles connaissances sur l’écologie de la cryptanthe minuscule et sur les limites de ses populations. La population totale (ou effectif de l’espèce au Canada) est le nombre total d’individus matures présents au Canada et équivaut au terme « population » tel qu’utilisé par l’Union mondiale pour la nature (COSEPAC, 2005).

2 Un autre site a été localisé à Onefour, en Alberta, pendant l’été 2006, portant ainsi à 29 le nombre total de populations. Les renseignements sur ce site n’étaient pas disponibles au moment de la révision et ne sont donc pas compris dans le présent programme.