Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le ginseng à cinq folioles au Canada - Mise à jour

logo du COSEPAC

COSEPAC
Résumé

Ginseng à cinq folioles
Panax quinquefolius

Description

Le ginseng à cinq folioles, ou ginseng d’Amérique (Panax quinquefolius L.), est une plante herbacée vivace qui vit longtemps et atteint une hauteur de 20 à 70 cm. La plante se compose d’une racine pivotante allongée, surmontée d’un rhizome grêle et d’une tige aérienne se terminant par un verticille de feuilles composées-palmées. L’inflorescence est une ombelle terminale prenant naissance au centre du verticille de feuilles composées. Ce caractère permet de distinguer le ginseng à cinq folioles des espèces semblables qui lui sont associées.

 

Répartition

Aux États-Unis, le ginseng à cinq folioles est présent depuis la Nouvelle-Angleterre jusqu’au Minnesota et, vers le sud, jusqu’à la Louisiane et à la Géorgie. Au Canada, l’espèce n’est présente que dans le sud-ouest du Québec et le sud de l’Ontario. Elle est considérée comme rare ou peu commune dans la plus grand partie de son aire nord-américaine. En Ontario, la répartition de l’espèce comporte des concentrations notables le long de l’escarpement du Niagara et le long de la marge orientale du Bouclier précambrien. Au Québec, la plus grande concentration de populations se trouve en Montérégie, au sud de Montréal, et la limite nord-est de l’aire de répartition a connu un recul.

 

Habitat

Le ginseng à cinq folioles ne pousse que dans les forêts décidues [dominées par l’érable à sucre] riches, humides, non perturbées et relativement matures, dans des sols dont le pH est près de la neutralité, par exemple sur assise de marbre ou de calcaire. Les populations sont souvent situées près du bas de pentes douces à exposition sud-est à sud-ouest; ce microhabitat est relativement chaud, généralement bien drainé et particulièrement riche en espèces. Le couvert forestier est dominé par l’érable à sucre, le frêne blanc, le caryer cordiforme et le tilleul d’Amérique.

 

Biologie générale

Le ginseng à cinq folioles est une plante forestière vivace qui vit longtemps. Les populations s’accroissent lentement, et leur maintien est principalement assuré par la longévité des sujets adultes. La plante met plusieurs années à parvenir à maturité et la production de graines est son seul moyen de reproduction. La germination des graines exige une période de dormance de 18 mois. Le taux de recrutement est réduit par la prédation des graines et par la mortalité élevée des semis (70 à 90 %). Ainsi, chaque graine ne présente qu’une probabilité de 0,55 % de produire une plante adulte. Cette stratégie biologique très conservatrice peut expliquer la grande sensibilité de l’espèce à la cueillette. On a estimé que le seuil de viabilité (population minimale viable, ou PMV) des populations de ginseng à cinq folioles est d’environ 170 sujets. Si ce critère est valide, il n’existe que sept populations viables connues en Ontario, et 15 au Québec.

 

Taille et tendances des populations

Au Canada, 139 sites de ginseng à cinq folioles ont déjà été signalés, dont 65 en Ontario et 74 au Québec. Entre 1996 et 1998, 20 des sites ontariens recensés dans le rapport de 1988 ont été étudiés en détail : 25 % d’entre eux étaient disparus, tandis que 50 % avaient décliné. L’étude a permis de confirmer ou de soupçonner la pratique de la cueillette dans 55 % des sites, et la coupe forestière peut avoir causé le déclin de 25 % des sites. Des résultats semblables ont été obtenus dans le cas des 22 autres sites recensés en 1997 et 1998 : 27 % étaient disparus. On connaît actuellement sept populations viables en Ontario. Dans l’ensemble de la province, on a dénombré en tout 8 619 sujets, mais 70 % de cet effectif est constitué par les deux plus grandes populations. Au Québec, 74 sites ont déjà été signalés. Parmi les 59 populations recensées depuis 1994, dix sont disparues (17 %) et la plupart des autres sont petites. On connaît actuellement 15 populations viables dans la province, mais presque 50 % de l’effectif total de 10 956 sujets est constitué par les deux plus grandes populations, dont une seule est protégée. La répartition québécoise de l’espèce est concentrée dans le sud de la province, en Montérégie, région la plus développée et urbanisée de la province. Par conséquent, la plupart des populations sont petites et dispersées dans un paysage fragmenté où la destruction et la dégradation de l’habitat de l’espèce se poursuivent à un rythme rapide. Des signes de cueillette ont été relevés dans 15 % des sites échantillonnés. Dans les deux provinces, on connaît en tout 22 populations viables de ginseng à cinq folioles, mais aucune ne peut être considérée hors de danger.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Les principaux facteurs menaçant le ginseng à cinq folioles sont la petite taille de ses populations, la pratique de la cueillette ainsi que la destruction ou la dégradation de son habitat par le débroussaillage et la coupe forestière. Les petites populations sont très sensibles aux phénomènes environnementaux stochastiques, aux catastrophes naturelles et aux fluctuations démographiques stochastiques. La cueillette touchait 55 % des sites étudiés en Ontario et neuf de ces sites sont disparus. Il suffit d’une récolte annuelle de 5 % des racines pour entraîner la disparition d’une population viable. La destruction et la dégradation de l’habitat constituent une autre menace importante. L’exploitation forestière crée des ouvertures dans le couvert arborescent, ce qui modifie profondément les variables écologiques d’un site (augmentation de l’intensité lumineuse, abaissement de l’humidité du sol, introduction d’espèces envahissantes, augmentation de la compétition, broutage intense et prédation accrue des graines). La coupe forestière a ainsi contribué à la disparition ou au déclin de 25 % des sites recensés en Ontario. Au Québec, la disparition de sept populations est due à la destruction ou à la dégradation de leur habitat. La grande tempête de verglas de janvier 1998 a provoqué des dégâts importants dans le couvert forestier, ce qui risque de nuire de façon durable à plusieurs des populations. Par ailleurs, la culture du ginseng connaît une expansion rapide au Canada, qui est le quatrième producteur de ginseng au monde. La culture en milieu boisé est de plus en plus populaire et occupe maintenant 1 000 à 2 000 acres en Ontario ainsi qu’une centaine d’acres au Québec. Or, les travaux de préparation du terrain et d’entretien (débroussaillage et application d’engrais et de fongicides), l’introduction de pathogènes souvent présents dans les semences commerciales ainsi que l’introduction de matériel génétique étranger résultant de l’utilisation de semences d’origine inconnue risquent d’avoir un impact appréciable sur les populations sauvages.

 

Protection actuelle

Le ginseng à cinq folioles figure depuis 1973 dans l’Annexe II de la CITES. En 1988, le COSEPAC a attribué à l’espèce le statut d’espèce menacée. Au Québec, le ginseng à cinq folioles doit bientôt être désigné « espèce menacée » (catégorie correspondant au risque le plus élevé) aux termes de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables de la province (projet de loi 108). L’exportation des racines sauvages est interdite, mais la cueillette et la vente ne sont pas réglementées en ce qui concerne le marché canadien. Plusieurs populations de ginseng à cinq folioles se trouvent dans des zones protégées. En Ontario, dans le cas d’au moins deux populations, des sentiers passant à proximité ont été déplacés; de plus, une grande population menacée par le développement a été déménagée dans une zone protégée. Malgré ces mesures, le ginseng à cinq folioles est toujours en déclin. Au Québec, un projet de recherche sur la conservation du ginseng à cinq folioles a été lancé en 1994 au Biodôme de Montréal, avec les objectifs suivants : (1) caractériser les populations de ginseng à cinq folioles et leur habitat; (2) mettre au point des techniques de micropropagation aux fins de restauration; (3) restaurer dix populations appauvries. En 1997, un programme de surveillance a été établi dans 10 sites clés répartis dans la province et les travaux de restauration se poursuivent. Une collaboration a été entreprise avec les producteurs de ginseng de la province.