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Raie tachetée (Leucoraja ocellata)

Facteurs limitatifs et menaces

On observe chez les Rajidés du monde entier une répartition latitudinale étroite et un degré élevé d’endémisme. Ces particularités peuvent être signe d’un potentiel de dispersion relativement faible. Par ailleurs, elles augmentent le risque de disparition à l’échelle locale. Des 58 espèces disparues de poissons marins répertoriées par Dulvy et al. (2003), 13 appartiennent à la famille des Rajidés. On voit donc l’intérêt d’évaluer la situation des raies à des échelles spatiales restreintes.

Les facteurs de mortalité chez la raie tachetée n’ont pas été étudiés. Cependant, une des principales menaces pour la population canadienne de l’espèce réside dans la quantité excessive de prises accessoires dans les pêches de poissons de fond, peut-être celles de poissons plats plus particulièrement, et dans les pêches d’invertébrés, surtout celles de pétoncles. Les chaluts à panneaux et les dragues pour la pêche des pétoncles peuvent compter pour plus de 90 p. 100 des rejets de raies (Sosebee et Terceiro, 2000). Simon et Frank (2000) ont estimé les volumes de raies tachetées prises accessoirement dans la division 4VsW entre 1989 et 1999. Selon les estimations de ces auteurs, fondées sur un échantillon relativement restreint, le maximum aurait été de 2 193 tonnes en 1990. Il y a eu réduction des prises accessoires de raies tachetées à 150 tonnes en 1994, parallèlement à celle des débarquements des espèces traditionnellement pêchées par les navires canadiens et étrangers. Il n’existe aucune estimation pour la division 4X.

La raie tachetée fait l’objet d’une pêche dirigée au Canada comme aux États-Unis. Les nageoires pectorales, ou « ailes », se vendent pour la consommation humaine sur les marchés canadiens et américains; cependant la majeure partie des prises est exportée vers les marchés européens et asiatiques (Simon et Frank, 2000; Sosebee et Terceiro, 2000). Dans l’est du plateau néo-écossais, la pêche de la raie tachetée se pratique à petite échelle. En 1994, les autorités canadiennes ont imposé un total admissible de captures (TAC) de 2000 tonnes par an; le TAC a par la suite été réduit progressivement jusqu’à 200 tonnes par an, niveau en vigueur depuis 2002. Aux États-Unis, l’exploitation commerciale de l’espèce remonte au début des années 1960.

Bien qu’on puisse penser que la pêche au chalut de poissons de fond et la pêche à la drague de mollusques (pétoncles et autres bivalves) présentent une menace pour la raie tachetée, on ne connaît pas l’incidence de ces pêches sur la survie de l’espèce. En plus de perturber l’habitat des organismes benthiques, les chaluts de fond et les dragues peuvent remettre les sédiments en suspension, ce qui est susceptible de causer l’obturation des branchies et l’envasement des frayères (Messeih et al., 1991). Cependant, comme la raie tachetée vit de préférence sur les fonds de sable et de gravier, il est peu probable que la pêche au chalut ou à la drague ait une incidence sur les adultes; elle pourrait avoir un effet sur la survie des embryons durant la période d’incubation. Cependant, il n’y a jamais eu d’étude sur l’incidence du chalutage sur la survie des raies.

On trouve peu d’information concernant la prédation sur la raie tachetée, sinon que des débris de l’espèce ont été identifiés dans le contenu stomacal de requins, de phoques et d’autres raies (Simon et Frank, 2000). La raie tachetée peut servir d’hôte à plusieurs invertébrés parasites, mais aucune étude n’a été entreprise pour déterminer si ces parasites peuvent être cause de mortalité.