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Raie tachetée (Leucoraja ocellata)

Biologie

Généralités

En dépit de la grande étendue de l’aire de répartition de la raie tachetée et d’une intensification de l’effort de pêche (Sulikowski et al., 2003), il existe très peu d’information sur la biologie et la répartition de l’espèce et des raies en général. Des données sur la raie tachetée ont été recueillies à l’occasion d’autres relevés scientifiques dans le nord-ouest de l’Atlantique, mais elles n’ont pas été analysées de très près (Kulka et al., 1996).


Reproduction

Comme tous les Élasmobranches (requins et raies), la raie tachetée a une croissance lente et produit un très petit nombre de petits par an. Il est donc presque certain que ses populations ne peuvent croître que lentement. La population de l’est du plateau néo-écossais et celle du banc Georges, de l’ouest du plateau néo-écossais et de la baie de Fundy acquièrent la maturité à une taille nettement plus grande que la population du sud du golfe du Saint-Laurent. Dans les eaux du banc Georges et du golfe du Maine, les individus arrivent à maturité entre 70 et 109 cm de longueur (longueur totale). Dans les eaux de l’est du plateau néo-écossais, la longueur à laquelle 50 p. 100 des femelles acquièrent la maturité a été estimée à 75 cm (Simon et al., 2003). Les individus vivant dans le sud du golfe du Saint-Laurent acquièrent la maturité à une plus petite taille (50 cm) et n’atteignent pas la taille maximale observée chez les autres populations (McEachran et Martin, 1977).

Les analyses préliminaires des données d’âge de la population de l’est du plateau néo-écossais indiquent que la taille à laquelle la moitié de la population acquiert la maturité correspond à 7 ou 8 ans. Il importe toutefois de souligner que ces estimations reposent sur un échantillon très limité. La longévité maximale chez cette population se situerait entre 20 et 30 ans (Simon et Frank, 2000; Sosebee et Terceiro, 2000). Les études sur lesquelles sont fondées ces estimations étaient restreintes à l’est du plateau néo-écossais, et elles n’ont pas été validées.

Ces estimations de l’âge à la maturité et de la longévité maximale de la raie tachetée diffèrent de celles issues d’une étude réalisée dans le golfe du Maine (Sulikowski et al., 2003). Les auteurs de cette étude ont estimé l’âge à la maturité et la longévité maximale de l’espèce à partir du nombre d’anneaux des vertèbres, de la variabilité morphologique, de données histologiques et des concentrations d’hormones stéroïdes. Ils ont examiné 96 mâles et 88 femelles et ont estimé que 50 p. 100 des femelles étaient arrivées à maturité entre 769 et 776 mm de longueur, à un âge de 12 à 13 ans, et que 50 p. 100 des mâles, à 730 mm, à 11 ans. La longévité maximale a été estimée à 18 ans pour les femelles et 19 ans pour les mâles (Sulikowski et al., 2003). L’étude de Sulikowski et al. (2003) portait uniquement sur la population américaine de l’espèce, et les résultats ne sont pas forcément directement transposables à la population canadienne. Il s’agit cependant de la plus importante source d’information sur l’âge de la raie tachetée à la maturité. Il n’existe pas d’information détaillée sur l’accouplement, mais celui-ci se produit probablement en tout temps de l’année (Scott et Scott, 1988)

La durée d’une génération a été estimée à l’aide de la formule suivante : âge à la maturité + 1/M, M étant le coefficient instantané de mortalité naturelle. L’âge à la maturité a été fixé, d’après les estimations de Sulikowski et al. (2003), à 12 ans pour la population du sud du golfe du Saint-Laurent et pour celle du banc Georges, de l’ouest du plateau néo-écossais et de la baie de Fundy. D’après les données limitées disponibles pour la population de l’est du plateau néo-écossais, la maturité chez cette dernière serait acquise à 7 ans. Le coefficient M a été fixé à 0,1 d’après les estimations de J. Simon (MPO, Institut océanographique de Bedford), valeur jugée raisonnable pour une espèce longévive comme la raie tachetée. La durée d’une génération a ainsi été estimée à 17 ans pour la population de l’est du plateau néo-écossais et à 22 ans pour la population du banc Georges, de l’ouest du plateau néo-écossais et de la baie de Fundy.

On pense que la raie tachetée pond entre six (Bigelow et Schroeder, 1953) et cinquante (Holden, 1977) sacs ovigères, mais on ne peut rien dire de plus précis (Collette et Klein-MacPhee, 2002). Un pêcheur d’Isle aux Morts a compté 4 à 6 sacs ovigères dans le corps de femelles capturées. L’incubation pourrait durer jusqu’à 22 mois (Simon et Frank, 1998); si cette estimation est exacte, cela pourrait signifier que les femelles adultes ne pondent que tous les deux ans, mais cette hypothèse n’a pas été vérifiée.

Dans les eaux du sud de la Nouvelle-Angleterre, la ponte s’étale sur toute l’année, tandis que dans les eaux de la Nouvelle-Écosse, elle a lieu seulement à l’été et à l’automne (Vladykov, 1936; Collette et Klein-MacPhee, 2002). À l’ouest de l’île de Sable, les pêcheurs signalent des pontes de sacs ovigères complets uniquement à la fin de l’été et au début de l’automne. Certains auteurs croient que ce secteur est une frayère de l’espèce (Simon et Frank, 2000). Chaque embryon est enfermé dans un sac ovigère dur de couleur brune mesurant entre 5,5 et 8,6 cm de longueur et entre 3,5 et 5,2 cm de largeur, cornes non comprises (Scott et Scott, 1988). Le sac ovigère est muni de quatre longs filaments qui font probablement office d’ancres (Collette et Klein-MacPhee, 2002). Des spécimens examinés si tôt après la sortie de l’œuf que leur abdomen était encore plein de vitellus mesuraient environ 112 à 127 mm de longueur (Collette et Klein-MacPhee, 2002).


Survie

Outre ses nombreux prédateurs, au nombre desquels on compte les requins, d’autres raies (notamment la raie hérisson) et le phoque gris, on connaît peu de choses concernant la prédation sur la raie tachetée (Scott et Scott, 1988). L’espèce peut servir d’hôte à plusieurs parasites, notamment des protozoaires, des myxosporidies, des hématozoaires, des trématodes et des nématodes (Scott et Scott, 1988).

La raie tachetée fait l’objet d’une pêche dirigée au Canada et aux États-Unis. On la pêche surtout au chalut à panneaux. L’espèce est également prise accessoirement dans les chaluts à poissons de fond, à pétoncles et à crevettes; ces prises sont le plus souvent rejetées (Sosebee et Terceiro, 2000). On croit que les chaluts de fond perturbent l’habitat de la raie tachetée et des autres raies (Sosebee et Terceiro, 2000).


Déplacements et dispersion

Les données recueillies par les navires de recherche dans les eaux du plateau néo-écossais indiquent qu’en hiver les plus fortes concentrations de raies tachetées se trouvent en eaux profondes, moins froides, et que l’espèce se déplace vers les eaux moins profondes au printemps et à l’été. Trois spécimens marqués dans le golfe du Maine ont été recapturés 130 à 190 km à l’est du lieu de leur remise à la mer (Whitehead et al., 1984). Une étude récente réalisée dans la mer du Nord sur la raie bouclée (Raja clavata), où des sujets ont été marqués selon des techniques classiques et électroniques, a montré que le cycle des migrations annuelles de cette espèce, apparentée à la raie tachetée, se déroule dans une zone couvrant un degré de latitude et un degré de longitude (environ 110 km x 110 km) (Hunter et al., présenté). Clay (1991) est arrivé à la conclusion que dans le sud du golfe du Saint-Laurent, la raie tachetée quitte les eaux côtières avant l’hiver pour gagner les profondeurs, où les eaux sont plus chaudes (voir également Darbyson et Benoît, 2003).


Alimentation et relations interspécifiques

Le crabe commun et le calmar sont recherchés par la raie tachetée, mais celle-ci se nourrit également d’annélides, d’amphipodes, de crevettes, de couteaux et de n’importe quels petits poissons (Collette et Klein-MacPhee, 2002). Selon les données historiques, la raie tachetée dévorerait des raies de petite taille, et le lançon serait parmi ses poissons préférés (Simon et Frank, 2000).

McEachran et al. (1976) ont étudié les habitudes alimentaires de la raie tachetée et de la raie hérisson et ont constaté que ces deux espèces sympatriques, dont les aires de répartition se recoupent très largement, évitent probablement de se livrer une trop forte compétition en exploitant dans des proportions différentes les ressources alimentaires qu’elles partagent. Ainsi, la raie tachetée exploite principalement l’endofaune, et la raie hérisson, l’épifaune. La partie nord de l’aire canadienne de la raie tachetée chevauche également l’aire de la raie épineuse (Amblyraja radiata), mais il existe peu de données sur les relations entre ces deux espèces.


Comportement et adaptabilité

On connaît très peu de choses sur le comportement de la raie tachetée.