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Raie tachetée (Leucoraja ocellata)

Taille et tendances des populations

Il y a quatre sources principales de données qui peuvent être utilisées pour déterminer les tendances des populations de raies tachetées : 1) les relevés annuels, indépendants des pêches, que le MPO effectue à bord de ses navires de recherche depuis plusieurs décennies en suivant des protocoles normalisés, 2) les relevés effectués à bord de navires de recherche avant les années 1970, alors que les protocoles n’étaient pas encore normalisés, 3) les relevés couvrant de courtes périodes effectués par des pêcheurs ou des scientifiques à partir du milieu des années 1990 au moyen d’engins fixes ou mobiles, 4) les données recueillies par les pêches commerciales de l’espèce dans les eaux du plateau néo-écossais. En règle générale, les relevés comprennent le nombre de spécimens ou le volume des prises, la latitude, la longitude, la profondeur des eaux et l’heure de la capture ainsi que le type d’engin. Certains relevés peuvent comprendre des données individuelles comme la taille, le poids et le sexe des spécimens (Simon et al., 2003). L’échantillonnage est réparti suivant les zones de pêche définies par l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord-Ouest (OPANO) (figure 3). Le présent rapport donne principalement les tendances des populations de raies adultes, ayant atteint la maturité sexuelle. Les déclins sont estimés à l’aide de la formule 100*(1-10^(b*t)), t étant le nombre d’années, et b, la pente de la courbe de régression du log10 des captures par unité d’effort (CPUE) en fonction des années.


Population du sud du golfe du Saint-Laurent

Relevés effectués en automne à bord des navires de recherche dans le sud du golfe du Saint-Laurent (division 4T)

Les données sur la population du sud du golfe du Saint-Laurent proviennent d’échantillonnages aléatoires stratifiés effectués au chalut de fond chaque année en septembre depuis 1971. Bien que le matériel d’échantillonnage (navires ou engins) ait été changé à deux reprises, en 1985 et en 1992, une comparaison des prises n’a révélé aucune différence dans l’efficacité de pêche. Un autre changement, plus important, a été apporté au protocole d’échantillonnage : avant 1985, l’échantillonnage ne se faisait que de jour; depuis 1985, il se fait à toute heure du jour ou de la nuit. Nous avons tenu compte du fait que la raie tachetée est beaucoup plus facile à capturer la nuit et avons ajusté les estimations d’abondance en conséquence.

À partir des données de ces relevés effectués à bord des navires de recherche, nous avons estimé que, entre 1971 et 2002, la population de raies tachetées adultes (> 50 cm) du sud du golfe du Saint-Laurent a connu un déclin de 98,1 p. 100 (intervalle de confiance à 95 p. 100 = 96,1-99,1 p. 100; r2 = 0,79) (figure 5). Pour la même période, le déclin de l’ensemble de la population, toutes classes d’âge confondues, a été estimé à 89,3 p. 100, soit le même que celui donné par Benoît et al. (2003a). Le nombre de raies prises par trait de chalut (CPUE) a atteint un maximum au milieu des années 1970 : il est passé de 0,6 en 1978 à moins de 0,1 pour 7 des 9 dernières années des relevés.


Figure 5 : Courbe logarithmique des captures par unité d’effort (CPUE) de raies tachetées (50-74 cm) d’après les relevés normalisés d’automne effectués à bord des NR du MPO dans le sud du golfe du Saint-Laurent de 1971 à 2001

Courbe des CPUE des relevés effectués en automne à bord des navires de recherche dans le sud du golfe du Saint-Laurent

Figure 5 : Courbe logarithmique des captures par unité d’effort (CPUE) de raies tachetées (50-74 cm) d’après les relevés normalisés d’automne effectués à bord des navires de recherche du Ministère des Pêches et des Océans dans le sud du golfe du Saint-Laurent de 1971 à 2001.

La courbe (trait continu large) représente un déclin de 98,1 p. 100 (r2 = 0,79). La probabilité que le déclin réel se situe entre 96,1 p. 100 et 99,1 p. 100 (traits minces) est de 19 sur 20. La ligne pointillée représente un déclin de 50 p. 100.

On constate en examinant les distributions annuelles des fréquences de taille (figure 6) que, depuis 1994, le nombre de grands spécimens (> 50 cm) est inférieur à la moyenne pour l’ensemble de la période des relevés (Benoît et al., 2003a; Simon et al., 2003). Il est à noter qu’aucun spécimen ne dépasse 80 cm. Par rapport aux années 1970, la pyramide de taille de la raie tachetée est sévèrement tronquée; aujourd’hui, très peu d’individus de grande taille (> 50 cm) sont capturés pendant les relevés (Simon et al., 2003).


Figure 6 : Nombre de raies tachetées capturées par trait de chalut (CPUE) dans les classes de taille de 0 à 35, de 36 à 59 et de 60 à 74 cm lors des relevés effectués en automne à bord des navires de recherche dans le sud du golfe du Saint-Laurent (4T) de 1970 à 2002

Courbes des CPUE par classes de taille des relevés effectués en automne à bord des navires de recherche dans le sud du golfe du Saint-Laurent

Figure 6 : Nombre de raies tachetées capturées par trait de chalut (CPUE) dans les classes de taille de 0 à 35, de 36 à 59 et de 60 à 74 cm lors des relevés effectués en automne à bord des navires de recherche dans le sud du golfe du Saint-Laurent (4T) de 1970 à 2002.

Les données proviennent de Simon et al. (2003).

Le pourcentage moyen de traits nuls (aucun spécimen capturé) est un des indicateurs ayant servi à déterminer la zone d’occupation de l’espèce; il donne également une indication de l’évolution de la répartition en fonction du temps. Le pourcentage de traits nuls a beaucoup varié, mais, de façon générale, a augmenté au cours des années 1970 et 1980. Depuis, il n’a pas cessé de diminuer. En 2002, la zone d’occupation était d’environ 3 000 km2, soit à peu près ce qu’elle était dans les années 1970.

Simon et al. (2003) donnent des estimations de l’effectif minimum de l’espèce (individus matures et individus immatures confondus) (figure 7). Les estimations du nombre d’individus pour la population du sud du golfe du Saint-Laurent varient de 50 000 à 1 million. La moyenne générale est de 400 000 individus, et les moyennes décennales pour les années 1970, 1980 et 1990 sont respectivement de 650 000, 450 000 et 170 000 individus. D’après les récents relevés effectués à bord des navires de recherche, l’effectif minimum de l’espèce dans le sud du golfe du Saint-Laurent est estimé pour 2002 à environ 100 000 individus (figure 7).


Figure 7 : Estimations de la population totale de raies tachetées, d’après les relevés effectués à bord des navires de recherche dans les divisions 4TVWX et 5Z

Tendances de l'effectif total de la raie tachetée

Figure 7 : Estimations de la population totale de raies tachetées, d’après les relevés effectués à bord des navires de recherche dans les divisions 4TVWX et 5Z.

Il est à noter que les relevés ont commencé en 1971 dans la division 4T et en 1986 dans la division 5Z. Les données proviennent de Simon et al. (2003).


Population de l’est du plateau néo-écossais

Relevés effectués en été à bord des navires de recherche dans les eaux du plateau néo-écossais (division 4VWX)

Les relevés effectués en été à bord des navires de recherche dans la division 4VWX sont les plus anciens de tous les relevés scientifiques de la raie tachetée effectués dans les Maritimes et sont l’une de nos deux principales sources de données pour l’estimation des déclins dans la région. Les autres relevés effectués dans cette région sont utilisés pour comparaison en ce qui concerne les tendances démographiques. Entre 1970 et 2003, la population de raies tachetées adultes (> 75 cm) du plateau néo-écossais a connu un déclin de 91,8 p. 100 (intervalle de confiance à 95 p. 100 = 76,1-97,2 p. 100; r2 = 0,40) (figure 8). Aucune tendance significative n’a pu être dégagée à l’égard de l’ensemble de la population, toutes classes d’âge confondues, pour cette période.


Figure 8 : Courbe logarithmique des captures par unité d’effort (CPUE) de raies tachetées adultes (75 cm+) pour les relevés NR d’été du MPO sur la plate-forme néo-écossaise (4VWX), de 1970 à 2003

Courbe des CPUE de raies tachetées adultes pour les relevés effectués en été à bord des navires de recherche dans les eaux du plateau néo-écossais

Figure 8 : Courbe logarithmique des captures par unité d’effort (CPUE) de raies tachetées adultes (75 cm+) pour les relevés des navires de recherche d’été du Ministère des Pêches et des Océans sur la plate-forme néo-écossaise (4VWX), de 1970 à 2003.

La courbe (trait continu large) représente un déclin de 91,8 p. 100 (r2=0,40). La probabilité que le déclin réel se situe entre 76,1 et 97,2 p. 100 (traits minces) est de 19 sur 20. La ligne pointillée représente un déclin de 50 p. 100.

Les relevés effectués en été à bord des navires de recherche sont faits dans cette région chaque année en juillet depuis 1970 (Simon et al., 2003). Le matériel d’échantillonnage (chaluts de fond) et le navire de recherche ont été changés en 1982. Jusqu’en 2002, les relevés totalisent 5 621 traits de chaluts, dont 815 (14,5 p. 100) ont ramené des raies tachetées. Le taux global de captures, toutes classes d’âge confondues, a varié au cours de ces années entre un maximum de 2,1 raies par trait de chalut, en 1979, et un minimum de 0,3 raie par trait, en 2002. Le taux moyen a diminué depuis le milieu des années 1990; toutefois, en 2003, il approchait 1,0, soit une valeur supérieure à la moyenne de l’ensemble de la période des relevés.

Les fréquences de taille couvrent un intervalle de 9 cm à 121 cm, avec un pic à 49 cm. Le nombre de prises dans les classes de tailles de 0 à 35 cm et de 36 à 59 cm n’a pas varié. Par contre, dans les classes de tailles de 60 à 74 cm et de 75 cm et plus, il n’a pas cessé de diminuer, de sorte que la pyramide de taille de la population se trouve sévèrement tronquée (Simon et al., 2003). Quatre-vingts pour cent des raies prises depuis le début des relevés mesuraient moins de 75 cm de longueur, soit la taille à laquelle l’espèce atteint la maturité sexuelle dans cette région; pour la période de 1995 à 2002, ce pourcentage s’élève à 93 p. 100. Les spécimens capturés lors des relevés récents sont presque tous des juvéniles (Simon et al., 2003).

La zone occupée par la raie tachetée s’est étendue entre les années 1970 et le début des années 1990 puis s’est rétrécie par la suite (Simon et al., 2003). Le pourcentage de traits de chalut non nuls a atteint un maximum de 21,2 p. 100 en 1992 et un minimum de 8,5 p. 100 en 2000. Le profil de répartition indique des concentrations de l’espèce dans la baie de Fundy supérieure, dans les eaux du banc Browns ainsi que dans les eaux des bancs est et du talus voisin du plateau néo-écossais. Le regroupement des données de répartition par blocs de 4 ans montre que les concentrations de l’espèce dans ces secteurs sont permanentes (figure 9).

Relevés effectués au printemps à bord des navires de recherche du plateau néo-écossais (division 4VWX)

Des relevés ont été effectués à bord des navires de recherche dans l’ensemble du plateau néo-écossais chaque année en mars, de 1979 à 1984. Les cartes annuelles de répartition de l’espèce confirment l’existence des concentrations d’individus repérées lors des relevés effectués en été à bord des navires de recherche (voir ci-dessus) et révèlent un certain rétrécissement de la zone d’occupation au cours des années antérieures à 1984 (figure 10). La période durant laquelle les relevés de printemps ont été effectués dans tout le plateau est trop courte pour autoriser des estimations valables du taux de déclin de la population.

Relevés de la morue de 4VW effectués en mars à bord des navires de recherche (division 4VsW)

Les relevés sont effectués depuis le printemps 1986. Il manque des données pour 1996 (relevé incomplet) et 1998 (aucun relevé). Abstraction faite des prises exceptionnellement élevées de 1994 (20,7 individus par trait de chalut), le taux de capture n’a jamais dépassé 6,0 individus par trait de chalut (1988). Depuis 1994, la moyenne a baissé jusqu’à environ 0,2 individu par trait de chalut, soit une valeur inférieure à la moyenne pour l’ensemble des années depuis le début des relevés, qui est de 3,0 individus par trait. Pour la période de 1986 à 2001, le déclin de la population de raies tachetées adultes (> 75 cm), estimé à partir de ces relevés, est de 96,4 p. 100 (intervalle de confiance à 90 p. 100 = 49,4-99,2 p. 100; r2 = 0,32) (figure 11). Il importe de noter que les données sur lesquelles est fondée cette estimation comprennent les prises exceptionnellement élevées de 1994, ce qui rend l’estimation inférieure à la réalité. Pour la même période, le déclin de l’ensemble de la population, toutes classes d’âge confondues, est de 90,6 p. 100 (intervalle de confiance à 90 p. 100 = 50,5-98,5 p. 100).

Les cartes de répartition établies à partir de ces relevés indiquent un rétrécissement possible au cours des dernières années de l’aire que l’espèce occupe dans ce secteur (figure 12). Deux indices de répartition (aire occupée et densité d’occupation) donnent à croire que l’aire d’occupation de l’espèce aurait diminué de moitié depuis le milieu des années 1980 (Simon et al., 2003). Il semble y avoir un déplacement des concentrations vers les eaux plus profondes du talus du plateau, mais il faudrait des analyses plus poussées pour le confirmer.


Figure 9 : Répartition de la raie tachetée (prises et trait) sur le plateau néo-écossais (4VWX) d’après les données des relevés effectués en été à bord des navires de recherche de 1970 à 2002 regroupées en blocs de 4 ans

Figure 9 : Répartition de la raie tachetée (prises et trait) sur le plateau néo-écossais (4VWX) d’après les données des relevés effectués en été à bord des navires de recherche de 1970 à 2002 regroupées en blocs de 4 ans.


Figure 10 : Répartition de la raie tachetée (prises et trait) sur le plateau néo-écossais (4VWX) d’après les données annuelles des relevés printaniers effectués à bord des navires de recherche de 1979 à 1984

Raie tachetée
Prises moyennes par trait de chalut lors des relevés printaniers effectués à bord des navires de recherche normalisés du MPO de 1979 à 1984


Figure 10 : Répartition de la raie tachetée (prises et trait) sur le plateau néo-écossais (4VWX) d’après les données annuelles des relevés printaniers effectués à bord des navires de recherche de 1979 à 1984.


Figure 11 : Courbe logarithmique des CPUE de raies tachetées adultes (75 cm+) pour les relevés de la morue de 4VW effectués en mars à bord des navires de recherche du MPO dans les eaux du plateau néo-écossais de 1986 à 2002

Courbe des CPUE de raies tachetées audultes lors des relevés printaniers de la morue effectués à bord des navires de recherche dans les eaux du plateau néo-écossais

Figure 11 : Courbe logarithmique des captures par unité d'effort de raies tachetées adultes (75 cm+) pour les relevés de la morue de 4VW effectués en mars à bord des navires de recherche du Ministère des Pêches et des Océans dans les eaux du plateau néo-écossais de 1986 à 2002.

La courbe (trait continu large) représente un déclin de 96,4 p. 100 (r= 0,32). La probabilité que le déclin réel se situe entre 49,4 et 99,2 p. 100 (traits minces) est de 1 sur 10. La ligne pointillée représente un déclin de 50 p. 100.

Pêches indicatrices d’automne dans l’est du plateau néo-écossais (division 4VsW)

Une pêche indicatrice de la morue et de l’aiglefin est pratiquée dans la division 4VsW depuis septembre 1995. Les pêcheurs responsables utilisent des palangres plutôt que des chaluts de fond comme ceux employés à bord des navires de recherche du MPO. Avant 1996, les raies capturées accessoirement par ces pêches n’étaient pas identifiées à l’espèce. L’existence de ce programme est trop récente pour que les données recueillies sur la raie tachetée puissent servir à estimer le déclin de la population, surtout que la taille des individus capturés (sans laquelle il n’est pas possible de distinguer les individus adultes) n’a pas été consignée (figure 13). La majorité des raies tachetées ont été prises dans les eaux du banc de l’île de Sable, et une autre part importante dans les eaux du plateau est du Banquereau (Simon et al., 2003).


Figure 12 : Répartition de la raie tachetée (prises et trait) dans les eaux du plateau néo-écossais (4VsW) d’après les données des relevés printaniers de la morue regroupées par blocs de 4 ans effectués à bord des navires de recherche

Tendance de la répartition de la raie tachetée dans les eaux du plateau néo-écossais d'après les relevés printaniers de la morue

Figure 12 : Répartition de la raie tachetée (prises et trait) dans les eaux du plateau néo-écossais (4VsW) d’après les données des relevés printaniers de la morue regroupées par blocs de 4 ans effectués à bord des navires de recherche.

Les données de 1996 ne sont pas valables, et il n’y a pas eu de relevé en 1998.


Figure 13 : Logarithme des CPUE de raies tachetées pour les pêches indicatrices d’automne dans les eaux de l’est du plateau néo-écossais de 1996 à 2001

Pêches indicatrices d'automne

Figure 13 : Logarithme des captures par unité d'effort de raies tachetées pour les pêches indicatrices d’automne dans les eaux de l’est du plateau néo-écossais de 1996 à 2001.

Relevés de l’espèce par l’industrie et des scientifiques, au printemps et en automne, dans les eaux du plateau néo-écossais (division 4VsW)

Dans le cadre du plan de pêche axé sur la conservation de la raie instauré en 1994, l’industrie de la pêche commerciale a consenti à effectuer conjointement avec des scientifiques deux relevés par an (au printemps et à l’automne) dans les eaux du plateau néo-écossais. En 1994, un premier relevé exploratoire a été fait dans les secteurs de pêche désignés par le MPO, au moyen des chaluts de fond commerciaux à mailles de 155 mm exigés par le MPO. En 1995, les relevés ont été effectués selon un plan aléatoire stratifié, au moyen de chaluts à mailles de 255 mm, dans les eaux où l’espèce avait été repérée lors des relevés effectués en été à bord des navires de recherche (strates 46 à 58). En 1996, on a repris les chaluts à mailles de 155 mm afin d’obtenir un échantillon plus représentatif de toutes les classes d’âge de la population (Simon et al., 2003). Les relevés de printemps totalisent 378 traits de chalut, avec des prises de raies tachetées dans 48,2 p. 100 des cas, tandis que les relevés d’automne totalisent 274 traits, avec des prises de l’espèce dans 49,6 p. 100 des cas (Simon et al., 2003).

Les estimations de la biomasse de l’espèce fondées sur les relevés de printemps de l’industrie varient entre un maximum de 20 500 tonnes, en 1996, et un minimum de 4 900 tonnes, en 1997; pour 2002, la biomasse était estimée à 5 600 tonnes (figure 14). Les estimations fondées sur les relevés d’automne de l’industrie varient entre un minimum de 9 400 tonnes, en 1995, et un maximum de 47 800 tonnes, en 1999. La moyenne pour la période commençant en 1995, estimée à partir des relevés de printemps de l’industrie, des relevés d’automne de l’industrie et des relevés effectués en été à bord des navires de recherche, est respectivement de 10 000 tonnes, 20 000 tonnes et 1 300 tonnes. On voit que les estimations fondées sur les relevés de l’industrie sont 6 à 12 fois plus élevées que celles fondées sur les relevés effectués en été à bord des navires de recherche (pour les mêmes strates que celles échantillonnées par l’industrie). Cette différence s’explique par le gain d’efficacité de pêche obtenu avec les chaluts à bourrelet sauteur par rapport aux chaluts Yankee 36 et Western IIA utilisés pour les relevés effectués en été à bord des navires de recherche. La faible efficacité relative des engins d’échantillonnage employés à bord des navires de recherce rend donc les estimations d’effectifs fondées sur ces relevés nettement inférieures à la réalité (Simon et al., 2003). Les moyennes décennales obtenues à partir des relevés effectués en été à bord des navires de recherche sont d’environ 6 000 tonnes pour les années 1970, 3 800 tonnes pour les années 1980 et 1 300 tonnes pour les années 1990 à aujourd’hui. Il faut souligner les valeurs extrêmement faibles des estimations pour 2001 et 2002 (respectivement 200 tonnes et 50 tonnes). Les résultats des relevés de l’industrie donnent à croire que la biomasse de l’espèce a peu changé depuis 1996 (Simon et al., 2003).


Figure 14 : Estimations de la biomasse totale (tonnes) de la raie tachetée pour les strates 46 à 58 de la plate-forme néo-écossaise d’après les relevés stratifiés effectués par l’industrie au printemps (1995-2002) et en automne (1995-1999)

Courbes de la biomasse totale de la raie tachetée dans les eaux du plateau néo-écossais d'après les relevés de printemps et d'automne réalisés par l'industrie

Figure 14 : Estimations de la biomasse totale (tonnes) de la raie tachetée pour les strates 46 à 58 de la plate-forme néo-écossaise d’après les relevés stratifiés effectués par l’industrie au printemps (1995-2002) et en automne (1995-1999).

Les fréquences de taille des échantillons n’ont pas été enregistrées, de sorte qu’il est impossible d’estimer l’effectif de la population adulte dans ce secteur. Au printemps, la plupart des spécimens ont été pris à la marge du Banquereau et dans le secteur est du plateau néo-écossais. En automne, les prises provenaient de ces deux secteurs ainsi que d’une troisième concentration d’individus située à l’ouest de l’île de Sable (Simon et al., 2003).

Pêches commerciales dans les eaux du plateau néo-écossais

L’exploitation commerciale à petite échelle des stocks de raies des eaux canadiennes de l’est du plateau néo-écossais (4VsW) a commencé en 1994. Le total autorisé des captures (TAC) était alors de 2 000 tonnes pour quatre chalutiers à panneaux. Les débarquements de cette pêche sont passés de 2 152 tonnes en 1994 à moins de 400 tonnes en 2001, soit une baisse de 81 p. 100, ce qui correspondait à une réduction progressive du TAC. Le TAC a été réduit par crainte de trop appauvrir le stock et, en conséquence, le nombre de navires consacrés à cette pêche est passé à 3 en 2001, puis à un seul en 2002. Les débarquements étaient majoritairement constitués de raies tachetées (> 90 p. 100), prises pour la plupart dans les eaux du Banquereau (Simon et al., 2003). Les débarquements totaux durant les années 1980 à 1993, alors que la pêche des raies était ouverte à tous les pays, étaient en moyenne d’environ 1 000 tonnes par an (Simon et Frank, 2000).

On estime que les quantités de raies tachetées rejetées par les pêches de poissons de fond avant les fermetures de 1994 dépassaient 1 000 tonnes. Depuis 1994, elles sont probablement généralement inférieures à 100 tonnes (Simon et al., 2003), mais cette estimation est avancée sous toutes réserves.

L’échantillonnage des pêches commerciales de la raie tachetée se fait depuis 1995. En 1995, la distribution des fréquences de taille présentait un pic à 76 cm, et on comptait alors un grand nombre de spécimens mesurant jusqu’à 100 cm et plus. En 1996, le pic se situait à 71 cm, soit légèrement en dessous de la taille à laquelle l’espèce acquiert la maturité dans les eaux du plateau néo-écossais (75 cm), et il est demeuré stable jusqu’en 2002.

La proportion d’individus dépassant 90 cm est passée de 25 p. 100 en 1995 à 6 p. 100 en 1996 et est inférieure à 4 p. 100 depuis 1997 (Simon et al., 2003). Les mesures recueillies par le Programme international des observateurs (PIO) dans la phase commerciale de la pêche dirigée montrent à peu près la même diminution de la proportion de grands spécimens que l’échantillonnage des pêches commerciales, avec des signes de remontée de la proportion de spécimens dépassant 76 cm. La proportion d’individus dépassant 90 cm est passée de 22 p. 100 en 1995 à moins de 3 p. 100 entre 1996 et 2000. En 2001 et en 2002, elle a augmenté respectivement à 4 et à 5 p. 100 (Simon et al., 2003).

Selon les estimations basées sur les relevés effectués en été à bord des navires de recherche, l’effectif pour l’ensemble du plateau néo-écossais aurait atteint un minimum entre le début et le milieu des années 1990 et serait demeuré inférieur à la moyenne de l’ensemble de la période de relevés, soit 2,6 millions d’individus, jusqu’en 2002. L’intervalle de variation va de 8 millions d’individus en 1979 à 750 000 individus en 2001. Selon les relevés de la morue de 4VW effectués à bord des navires de recherche, l’effectif total moyen de la raie tachetée se situerait aux alentours de 4,8 millions d’individus, compte non tenu de l’estimation exceptionnellement élevée de 43 millions d’individus pour 1994. L’estimation fondée sur les relevés effectués en été à bord des navires de recherche donne pour le même secteur une moyenne de 1,7 million d’individus. Pour les 11 dernières années, les relevés effectués à bord des navires de recherche ont donné, au printemps, une moyenne de 3 millions d’individus et  en été, une moyenne de 1,5 million d’individus (Simon et al., 2003).

D’après les relevés effectués en été à bord des navires de recherche, l’effectif minimum de l’espèce (toutes classes d’âge confondues) dans la partie est du plateau néo-écossais (4VW) se situerait aux alentours de 750 000 individus (figure 7).


Population du banc George, de l’ouest de la plate-forme néo-écossaise et de la baie de Fundy

Relevés effectués au printemps et en été à bord des navires de recherche dans les eaux du plateau néo-écossais (4VWX)

Le profil de répartition établi à partir des deux séries de relevés révèle des concentrations de l’espèce dans la baie de Fundy et dans les eaux du banc Browns, situé au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Le regroupement des données de répartition par blocs de 4 ans montre que ces concentrations sont stables pour toute la période pour laquelle il existe des données (figure 9). Les estimations de l’effectif total minimum de l’espèce dans la division 4X sont relativement constantes depuis le début des années 1970 (figure 7).

Relevés effectués en hiver à bord des navires de recherche dans les eaux du banc Georges (division 5Z)

Les relevés effectués en hiver à bord des navires de recherche dans les eaux du banc Georges (5Z) montrent que la population adulte (> 75 cm) de ce secteur a décliné de 1986 à 1994 puis connu un regain de 1994 à 2004 (figure 15). Cependant, ces fluctuations d’abondance ayant été observées sur une période relativement courte par rapport à la durée d’une génération de raie tachetée (estimée à 22 ans pour ce secteur), on peut penser qu’elles sont attribuables à des déplacements locaux d’individus entre les eaux canadiennes et les eaux américaines du banc Georges.

Les navires de recherche effectuent des relevés au banc Georges depuis 1984. Le premier de la série était un relevé partiel. En 1986, l’échantillonnage a été étendu à l’ensemble du banc de manière à englober la partie américaine aussi bien que la partie canadienne (Simon et al., 2003). Ces relevés totalisent 1 556 traits de chalut, avec des prises de raies tachetées pour 1 098 (70,5 p. 100) d’entre eux. Le taux de capture varie (figure 16), la moyenne étant de 18,1 spécimens par trait.

Les fréquences de taille couvrent un intervalle de 9 cm à 112 cm, avec un pic à 55 cm. Les taux de capture dans les classes de tailles < 35 cm et 36 à 59 cm ont varié avec les années, mais n’ont diminué que légèrement. La proportion d’individus dépassant 75 cm a diminué jusqu’en 1994 et augmenté par la suite jusqu’en 2004.

Les cartes de répartition montrent que la raie tachetée est présente à peu près partout sur le banc Georges et que l’aire qu’elle occupe dans ce secteur ne semble pas avoir beaucoup changé de 1986 à 2000. Aucune tendance ne se dégage quant au taux de capture; cependant, celui-ci a atteint 37,3 en 2004, ce qui est nettement supérieur à la moyenne de 19,2 individus par trait de chalut pour l’ensemble de la période depuis le début des relevés.


Figure 15 : Logarithmes des CPUE de raies tachetées adultes (75 cm+) pour les relevés normalisés d’hiver effectués à bord des navires de recherche du MPO dans les eaux canadiennes du banc Georges de 1986 à 2002

Relevés effectués en hiver à bord des navires de recherche au banc Georges

Figure 15 : Logarithmes des captures par unité d'effort de raies tachetées adultes (75 cm+) pour les relevés normalisés d’hiver effectués à bord des navires de recherche du Ministère des Pêches et des Océans dans les eaux canadiennes du banc Georges de 1986 à 2002.

Nota : Les données pour 2003 et 2004 (non indiquées sur le graphique) se situent entre 0 et 0,2.

Selon les relevés effectués en hiver à bord des navires de recherche, l’effectif pour l’ensemble du banc Georges aurait varié entre 6,9 millions d’individus en 1994 et 48 millions en 1990. Dans la partie canadienne, l’effectif aurait varié entre 600 000 individus et 3,8 millions d’individus, avec une moyenne de 1,8 million. Aucune tendance ne se dégage des données (Simon et al., 2003).

Pour 2002, les estimations minimums de la population totale des divisions 4X et 5Ze de l’OPANO sont respectivement d’environ 500 000 individus et 1 200 000 d’individus (figure 7), ce qui donne pour cette unité désignable un effectif total minimum d’environ 1,7 million.

Situation de la raie tachetée en eaux américaines

Aux États-Unis, jusqu’en 2000, la raie tachetée était considérée comme surexploitée. Cependant, le statut de l’espèce a été changé, et ce n’est plus le cas (NMFS, 2002). Dans son rapport de 2002 au Congrès, le NMFS (2002) déclare que, selon le dernier relevé, la biomasse de la raie tachetée est supérieure au seuil de surpêche (minimum stock size threshold) et que l’espèce était officiellement rayée de la liste des espèces surexploitées. Le NMFS a présenté la même position dans son rapport de 2003 au Congrès (NMFS, 2003).


Figure 16 : Prises moyennes et biomasse moyenne de raies tachetées par trait de chalut lors des relevés effectués en hiver à bord des navires de recherche dans les eaux du banc Georges de 1986 à 2002

Prises moyennes et biomasses moyenne par trait lors des relevés effectués à bord des navires de recherche au banc Georges

Figure 16 : Prises moyennes et biomasse moyenne de raies tachetées par trait de chalut lors des relevés effectués en hiver à bord des navires de recherche dans les eaux du banc Georges de 1986 à 2002.

Bien que la raie tachetée ne soit plus considérée comme surexploitée en eaux américaines, l’espèce y demeure relativement peu abondante. Aux termes de la Magnuson-Stevens Act, modifiée par la Sustainable Fisheries Act de 1996, la raie tachetée est considérée comme surexploitée lorsque la moyenne mobile sur trois ans de la biomasse moyenne par trait de chalut des relevés d’automne du Northeast Fisheries Science Center (NEFSC) est inférieure à la moitié de la valeur pour le 75e percentile de la biomasse moyenne par trait de chalut des relevés d’automne de 1967 à 1998 (NOAA, 2003a). Bien que, en 2000, l’effectif de la raie tachetée dans les eaux du banc Georges était à peu près égal à l’effectif du début des années 1970, il était quatre fois moindre que l’effectif maximum observé au milieu des années 1980 (NOAA, 2003b).

Il est fort peu probable que la population, relativement peu abondante, du banc Georges se disperse jusque dans l’est du plateau néo-écossais dans un avenir prévisible. On peut penser que la probabilité d’un éventuel rétablissement de la population de l’est du plateau néo-écossais à partir de la population américaine est très faible et qu’elle est pratiquement nulle pour la population du sud du golfe du Saint-Laurent.


Population du nord du golfe du Saint-Laurent et de Terre-Neuve

Relevés dans les eaux de Terre-Neuve et du Québec (division 3KLMNOP4RS)

La raie tachetée n’est pas commune et ne l’a jamais été dans les eaux de Terre-Neuve (Simon et al., 2003). Bien que les relevés dans ce secteur constituent la plus importante base de données disponible du point de vue de la durée, les premiers relevés de la série (antérieurs à 1978) ne suivaient aucun protocole normalisé. Un plan aléatoire stratifié a été suivi en 1970, 1971 et 1978 respectivement dans 3LNO, 3P et 2J3K. De 1947 à 2002, les relevés ont totalisé 58 677 traits de chalut, et la raie tachetée a été capturée dans seulement 240 (0,4 p. 100) d’entre eux (Simon et al., 2003).

Durant la même période, dans le nord du golfe du Saint-Laurent (3Pn4Rs), l’espèce a été prise dans seulement 33 (0,9 p. 100) des 3 615 traits de chaluts des relevés effectués en hiver et en été. Une pêche indicatrice est pratiquée par l’industrie dans le nord du golfe du Saint-Laurent en juillet et en octobre, chaque année depuis 1995 (Simons et al., 2003); pour l’ensemble des 14 relevés effectués à ce jour, seulement 5 raies tachetées ont été capturées.