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4. Menaces

4.1 Évaluation des menaces

L’évaluation des menaces (tableau 2) est effectuée à l’échelle de l’aire de répartition actuelle. Il s’agit donc d’une évaluation générale, qui peut ne pas être représentative de certaines situations locales.

Les menaces les plus critiques à la survie de la population actuelle (Québec) de salamandres pourpres sont le développement à des fins résidentielles, récréotouristiques et de production d’énergie (éolien), de même que le captage de l’eau souterraine à des fins résidentielles, agricoles et commerciales. Les autres menaces auxquelles fait face l’espèce sont : l’exploitation forestière, l’introduction ou l’ensemencement de poissons, les changements climatiques, la production agricole et l’altération de la qualité de l’eau de surface par les pluies acides et les sels de déglaçage. Le tableau 2 présente l’évaluation de ces menaces.

En Ontario, on ne connait pas précisément les menaces qui auraient pu peser sur la salamandre pourpre notamment parce que la seule observation valide de l’espèce date de 1877 et qu’elle est imprécise géographiquement. De façon générale, la péninsule du Niagara a depuis longtemps connu une importante expansion agricole, industrielle, commerciale et domiciliaire. Le tableau 2 n’inclut pas les menaces ayant probablement contribuées à la disparition de l’espèce en Ontario, puisqu’elles sont majoritairement inconnues.

Tableau 2. Évaluation des menaces dans l’aire de répartition de la population actuelle (Québec) Version accessible du Tableau 2

MenaceNiveau de préoccupation1ÉtendueOccurrenceFréquenceGravité2Certitude causale3
Changements dans la dynamique écologique ou les processus naturels
Captage de l’eau souterraine à des fins résidentielles, agricoles et commercialesÉlevéGénéraliséeActuelleContinueÉlevéeÉlevée
Exploitation forestièreMoyenGénéraliséeActuelleSaisonnièreModéréeÉlevée
Dégradation ou perte d’habitat
Développement  à des fins résidentielles, récréotouristiques et de production d’énergie (éolien)ÉlevéGénéraliséeActuelleContinueÉlevéeÉlevée
Production agricoleFaibleGénéraliséeActuelleSaisonnièreInconnueMoyenne
Altération de la qualité de l’eau de surface par les pluies acides* et les sels de déglaçage**Faible* Généralisée
** Inconnue
InconnueInconnueModéréeMoyenne
Espèce ou génome exotique, envahissant ou introduit
Introduction / ensemencement de poissonsMoyenLocaliséeInconnueInconnueModéréeÉlevée
Climat et désastres naturels
Changements climatiquesMoyenGénéraliséeAnticipéeContinueInconnueMoyenne

1 Niveau de préoccupation : signifie que la gestion de la menace représente une préoccupation (élevée, moyenne ou faible) pour le rétablissement de l'espèce, conforme aux objectifs en matière de population et de répartition. Ce critère tient compte de l'évaluation de toute l'information figurant dans le tableau.

2 Gravité : indique l'effet à l’échelle de la population (Élevée : très grand effet à l’échelle de la population, modérée, faible ou inconnue).

3 Certitude causale : indique le degré de preuve connu de la menace (Élevée : la preuve disponible établit un lien fort entre la menace et les pressions sur la viabilité de la population; Moyenne : il existe une corrélation entre la menace et la viabilité de la population, p. ex. une opinion d'expert; Faible : la menace est présumée ou plausible).

4.2 Description des menaces

Les menaces sont présentées en ordre décroissant de niveau de préoccupation pour la population actuelle du Québec, la majorité des menaces n’étant pas documentée en Ontario.

Menace 1. Développement à des fins résidentielles, récréotouristiques et de production d’énergie (éolien)
Le développement à des fins résidentielles, récréotouristiques et de production d’énergie (éolien) pourrait détruire (ex. : déboisement), détériorer (ex. : perturbation du régime hydrique) et fragmenter (ex. : routes) l’habitat de la salamandre pourpre. En effet, il implique très souvent l’ajout de nouveaux puits pour l’approvisionnement en eau, ce qui risquerait d’affecter la disponibilité en eau dans l’habitat de cette espèce (voir menace 2). Ces types de développement pourraient également augmenter les risques de mortalité directe d’individus (ex. : mortalité routière) (Frenette, 2008, COSEPAC, 2011).

Depuis le début des années 1990, le développement à des fins résidentielles, récréotouristiques et de production d’énergie (éolien) a augmenté de façon significative dans l’aire de répartition de la population actuelle (Québec) de salamandres pourpres (COSEPAC, 2011). Le développement à des fins résidentielles est particulièrement en augmentation dans le piémont des Montagnes vertes, alors que l’essor du développement à des fins récréotouristiques (ex. station de ski, véhicule tout-terrain, terrain de camping) est davantage généralisé et touche de plus en plus de sous-populations (certains exemples sont rapportés dans COSEPAC (2011)). D’autre part, la production d’énergie éolienne est en augmentation au Québec et un important potentiel éolien se situe dans l’aire de répartition de la salamandre pourpre, notamment dans les collines montérégiennes, les collines de Bécancour et le piémont des Montagnes blanches (Benoît et Wu, 2004). Des projets, qui couvrent plusieurs centaines de kilomètres carrés, touchent certaines sous-populations, de même que de nombreux secteurs où se trouve l’habitat convenable de l’espèce (Anaïs Boutin, comm. pers.). Le développement et l’entretien du réseau routier à l’intérieur de ces parcs éoliens représentent des menaces spécifiques associées à la production d’énergie éolienne.

En Ontario, la péninsule du Niagara a depuis longtemps connu une importante expansion industrielle, commerciale et domiciliaire (Environnement Canada, 2010). Les changements drastiques dans l’usage des terres, tels que ceux mentionnés précédemment, combinés à d’autres critère comme l’insuccès à détecter l’espèce malgré des efforts de recherche non négligeables (ex. Yagi et al., 2009), a mené le Comité de détermination du statut des espèces en péril en Ontario (CDSEPO) à considérer la salamandre pourpre disparue de l’Ontario (Committee on the Status of Species at Risk in Ontario, 2010).

Menace 2. Captage de l’eau souterraine à des fins résidentielles, agricoles et commerciales
La recharge de la majorité des tributaires de tête dépend en grande partie de l’apport de la nappe phréatique. Cet apport est d’une importance capitale pour le maintien des débits d’étiage[5] (Larocque et Pellerin, 2006) et constitue un élément clé au maintien de la qualité de l’habitat des salamandres de ruisseaux (Fournier, 2008). Le captage de l’eau souterraine à des fins résidentielles, agricoles et commerciales est susceptible d’affecter la salamandre pourpre en réduisant la disponibilité en eau dans son habitat et en modifiant le régime naturel des fluctuations de l’eau (Jutras, 2003; Frenette, 2008), ce qui pourrait provoquer une perte ou une dégradation de l’habitat et une mortalité significative en raison de la capacité de dispersion limitée de ces animaux. Des individus pourraient également se retrouver isolés dans des fragments d’habitat résiduel séparés par de l’habitat peu propice à leur survie. La diminution des niveaux d’eau pourrait également affecter le succès reproducteur et les ressources alimentaires de cette salamandre.

La demande en eau souterraine est de plus en plus importante dans l’aire de répartition de la population actuelle (Québec), notamment dans sa portion sud-ouest (piémont des Adirondacks, piémont des Montagnes vertes et collines montérégiennes). Le captage de l’eau souterraine à des fins agricoles (ex. irrigation des vergers), récréotouristiques (ex. campings, golfs) ainsi que pour l’alimentation en eau potable (ex. embouteillage) sont les principales activités recensées qui pourraient avoir un impact négatif sur la salamandre pourpre.

Dans l’aire de répartition historique (Ontario), il n’est pas connu si le captage de l’eau souterraine à des fins résidentielles, agricoles et commerciales est une menace qui a contribuée à la disparition de l’espèce.

Menace 3. Exploitation forestière
Les effets de l’exploitation forestière sur la salamandre pourpre pourraient être importants (COSEPAC, 2011). D’abord l’érosion, qui peut être induite par certaines opérations forestières (ex. construction et entretien du réseau de transport), pourrait augmenter la turbidité de l’eau et la sédimentation, qui sont connus pour affecter négativement la survie des salamandres pourpres adultes (Lowe et al., 2004), notamment en réduisant le nombre d’abris disponibles ainsi que les ressources alimentaires (Waters, 1995; Shannon, 2000). L’érosion peut également entraîner une augmentation de la matière organique dans le milieu aquatique, ce qui provoquerait une réduction de l’oxygène dissout auquel les larves seraient particulièrement sensibles (Bider et Matte, 1994). Le recrutement des salamandres de ruisseaux, groupe dont fait partie la salamandre pourpre, pourrait également être compromis si des sédiments se déposent sur les œufs (Bruce, 1978). La coupe forestière peut également fragmenter l’habitat, et les populations de salamandres qui sont isolées dans de petits fragments d’habitat seraient davantage à risque de disparaître (Ford et al., 2002).

Au Québec, la superficie calculée par l’indice de la zone d’occupation de la salamandre pourpre se trouve majoritairement sur des terres où l’exploitation forestière est permise. L’occurrence de cette menace n’est toutefois pas quantifiée précisément. Dans l’aire de répartition historique (Ontario), il n’est pas connu si l’exploitation forestière est une menace qui a contribuée à la disparition de l’espèce.

Menace 4. Introduction/ensemencement de poissons
La prédation par les poissons représente la plus grande menace pesant sur les larves de salamandres pourpres (COSEPAC, 2011). L’omble de fontaine (Salvelinus fontinalis) est un prédateur particulièrement menaçant en raison d’exigences similaires à la salamandre pourpre en matière d’habitat. L’introduction de ce salmonidé dans l’habitat utilisé par la salamandre pourpre diminue les taux de croissance et de survie des individus (Resetarits, 1991; idem, 1995; Lowe et al., 2004), ce qui mène à une baisse de la taille de la population (Lowe et Bolger, 2002). Les spécimens ensemencés sont également susceptibles de transmettre des maladies ou encore certains parasites aux salamandres de même qu’à d’autres organismes de l’écosystème (Bonin, 2001; Jutras, 2003).

Dans l’aire de répartition de la population actuelle (Québec), plusieurs cours d’eau sont ensemencés de salmonidés annuellement, notamment l’aval de certains cours d’eau utilisés par la salamandre pourpre (Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, 2008a). Les informations disponibles ne permettent cependant pas d’établir si les poissons ensemencés atteignent véritablement les zones occupées, et si celles-ci étaient auparavant exemptes de poissons prédateurs (c.-a.-d. salmonidés).

Dans l’aire de répartition historique (Ontario), il n’est pas connu si l’introduction ou l’ensemencement de poissons est une menace qui a contribuée à la disparition de l’espèce.

Menace 5. Changements climatiques
Cette menace n’est pas identifiée par le COSEPAC (2011). Les projections climatiques nord-américaines prévoient une augmentation de la température moyenne ainsi que des changements dans les patrons de précipitations, entraînant plus d’évènements de précipitations intenses, entrecoupés par de plus longues périodes de sécheresse. Ces changements résulteraient en une augmentation de l’évaporation (assèchement de l’eau de surface et réduction de la nappe phréatique) (Brooks, 2009). Certains ruisseaux, tels que ceux utilisés par la salamandre pourpre, pourraient disparaître ou être altérés (ex. quantité insuffisante ou trop importante d’eau). De tels changements affecteraient la diversité et l’abondance des espèces qui utilisent ces cours d’eau, notamment les espèces qui ont un faible pouvoir de dispersion comme la salamandre pourpre. Il est également appréhendé que le succès reproducteur des salamandres de ruisseaux soit sévèrement compromis (Brook, 2009). D’autre part, Lowe (2012) a observé, entre 1999 et 2010, une augmentation des précipitations dans des ruisseaux occupés par la salamandre pourpre au New Hampshire. Les résultats obtenus suggèrent que cette augmentation des précipitations cause un déclin dans le recrutement des adultes et pourrait mener à la disparition de certaines populations locales. L’augmentation du débit et de la fréquence des crues printanières et automnales augmenterait la mortalité des individus au moment de la métamorphose entre le stade larvaire et le stade adulte.

Les cours d’eau utilisés par la population actuelle de salamandres pourpres (Québec) sont susceptibles d’être affectés par les changements climatiques.

Menace 6. Production agricole
Certaines productions agricoles pourraient constituer une menace pour la salamandre pourprepuisqu’elles peuvent impliquer : 1) le déboisement, la conversion et la fragmentation de l’habitat forestier; 2) une demande accrue en eau; 3) une diminution de la qualité de l’eau (ex. : pollution, turbidité, sédimentation); et 4) la perturbation ou la mortalité directe d’individus.

Au Québec, plus de 40 % de la superficie calculée par l’indice de la zone d’occupation de la salamandre pourpre se trouve sur des terres assujetties à la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (L.R.Q., c. P-41.1). Les productions les plus susceptibles d’affecter négativement la salamandre pourpre seraient la culture des petits fruits (notamment du bleuet), des sapins de noël, des vignes et des pommes. En effet, ces productions peuvent être effectuées à des altitudes plus élevées que les productions à grande interligne. La sous-population de salamandres pourpres de Covey Hill (piémont des Adirondacks) serait particulièrement susceptible d’être affectée par les activités agricoles en raison de la présence de vergers et de vignobles à proximité d’habitats fréquentés par l’espèce (Frenette, 2008). Ailleurs dans les Appalaches, les activités agricoles se déroulent en périphérie des sous-populations et ne constitueraient pas une menace imminente[6]. Toutefois, le développement agricole en altitude demeure une possibilité à moyen terme qui pourrait compromettre la persistance de certaines sous-populations.

En Ontario, le comté de Welland ainsi que l’ensemble de la péninsule du Niagara a depuis longtemps connu une très importante expansion de la production agricole. À l’heure actuelle, 64 % de la superficie de la péninsule du Niagara est vouée à l’agriculture (Niagara Peninsula Source Protection Area 2011). Les changements drastiques dans l’usage des terres, tels que ceux observés à des fins de production agricole, combinés à d’autres critère comme l’insuccès à détecter l’espèce malgré des efforts de recherche non négligeables (ex. Yagi et al., 2009), a mené le CDSEPO à considérer la salamandre pourpre disparue de l’Ontario (Committe on the Status of Species at Risk in Ontario, 2010).

Menace 7. Altération de la qualité de l’eau de surface par les pluies acides et les sels de déglaçage
La peau perméable et le mode de vie aquatique de la salamandre pourpre la rendent sensible à une altération de la qualité de l’eau de surface causée par les pluies acides ou les sels de déglaçage.

L’acidification des cours d’eau (conséquence des pluies acides) affecte négativement la survie et l’abondance de la majorité des amphibiens (Petranka, 1998). Chez la salamandre pourpre, l’effet négatif des pluies acides est possiblement amplifié en raison du piètre pouvoir tampon des cours d’eau de tête, ce qui pourrait par exemple être problématique lors d’épisodes de précipitations abondantes (Green et Peloquin, 2008). D’autre part, le lessivage des sels de déglaçage, qui sont utilisés sur les routes en période hivernale, vers l’habitat de la salamandre pourpre pourrait provoquer une dégradation de son habitat. De fait, l’augmentation de la salinité de l’eau est reconnue pour affecter la survie de la salamandre maculée (Ambystoma maculatum) (Karraker et al., 2008) et tout porte à croire que l’effet est le même chez la salamandre pourpre, bien qu’on n’en connaisse pas la gravité. L’altération de la qualité de l’eau de surface par les sels de déglaçage n’est pas une menace répertoriée par le COSEPAC (2011), et elle n’est pas documentée actuellement dans l’aire de répartition (actuelle et historique).

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5 Niveau minimal atteint par un cours d’eau en période sèche.

6 Il est à noter que la production de sirop d’érable est une activité agricole aux termes de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. La zone d’occurrence de la salamandre pourpre se situe dans des régions acéricoles où la protection légale accordée aux érablières peut contribuer à atténuer les menaces à son habitat.