Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Cisco à mâchoires égales (Coregonus zenithicus) au Canada

Facteurs limitatifs

Aucun facteur unique ne semble à lui seul être responsable du déclin du cisco à mâchoires égales dans les Grands Lacs. Dans le lac Érié, par exemple, de profonds changements écologiques ont créé des conditions mésotrophes dans le lac (en fait, l’eutrophie dans le lac a diminué grâce au contrôle du phosphore et aux effets des moules zébrées), au détriment de la communauté oligotrophe présente dans le passé en eaux profondes (Hartman, 1972). Bien que les conditions physiques des lacs Michigan et Huron n’aient pas vraiment changé, à l’exception notable de la baie de Saginaw, la communauté vivante y a été modifiée considérablement (Smith, 1972). Il ne fait pas de doute que la pêche intensive a eu des répercussions négatives au cours du XXe siècle, surtout au départ sur les gros individus, puis sur les individus plus petits à mesure que le maillage des filets était réduit pour maintenir le volume des prises. Par contre, la compétition et la prédation par l’éperlan arc-en-ciel et le gaspareau ont certainement eu davantage d’influence au cours des 30 dernières années, période pendant laquelle la pêche vivrière des ciscos d’eau profonde était bien en deçà des niveaux historiques (Crowder, 1980; Rice et al., 1987; Fleischer, 1992). La lamproie continue à faire des victimes dans les Grands Lacs; en effet, elle s’attaque maintenant à de petites espèces comme les ciscos d’eau profonde, en plus de s’en prendre aux grandes espèces comme le touladi, la lotte et le grand corégone (U.S.G.S., Great Lakes Science Center, données inédites). Des facteurs abiotiques comme les changements climatiques et thermiques sont également soupçonnés de jouer un rôle dans la déstabilisation des populations (Brown et al., 1987; Eck et Wells, 1987; Taylor et al., 1987). Ce genre de déstabilisation peut favoriser une espèce par rapport à une autre et entraîner des remplacements par compétition ou de l’hybridation (Smith, 1964; Todd and Stedman 1989; Davis and Todd 1998). Une très forte majorité des travaux de recherche sur les ciscos d’eau profonde des Grands Lacs ont été réalisés sur des adultes ou des jeunes de l’année de bonne taille, surtout à cause de leur vulnérabilité aux engins de capture utilisés par les pêcheurs commerciaux et les chercheurs. Toutefois, l’accumulation des données relatives à l’influence des changements biotiques et non biotiques sur les populations a révélé que les stades larvaires et juvéniles étaient les plus vulnérables, et qu’il fallait mieux comprendre les facteurs limitant la survie à ces stades.

Les facteurs limitant les populations dans les lacs plus petits sont très mal connus. L’éperlan arc-en-ciel, qui a été introduit dans un grand nombre de lacs à ciscos, dont le lac Nipigon en Ontario, a produit un effet non négligeable sur l’écologie de ces systèmes (Wain, 1993; Franzin et al., 1994). Il semble que la réduction et l’altération des populations de zooplancton n’aient pas provoqué la disparition des populations de ciscos à mâchoires égales, mais il faut s’inquiéter des situations où l’éperlan et le cisco à mâchoires égales vivent en sympatrie dans les systèmes lacustres à cause du risque de déstabilisation écologique.