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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Cisco à mâchoires égales (Coregonus zenithicus) au Canada

Variabilité phénotypique et génétique

Les ciscos à mâchoires égales présentent des variations morphologiques dans l’ensemble de leur aire géographique (Clarke, 1973). Des études antérieures ont révélé une subdivision de la population dans le lac Supérieur (Todd et Smith, 1980), mais la possibilité que plus d’une forme existe au Canada n’a pas été étudiée. Todd et Steinhilber (2002) ont trouvé que deux groupes principaux de ciscos à mâchoires égales existaient au Canada. La forme la plus commune vit dans des lacs de grande taille comme le lac Supérieur, le lac Nipigon et le Grand lac des Esclaves et se distingue par ses branchicténies plus nombreuses et plus longues que chez l’autre forme, qui semble plutôt associée aux petits lacs, comme le lac Basswood (Ontario), le lac George (Manitoba) et le lac Barrow (Alberta). Une étude récemment effectuée dans le lac Athapapushkow (Manitoba) donne à penser que la forme à branchicténies peu nombreuses attribuée au C. zenithicus serait en fait une forme conspécifique du C. artedii (Aoki, 2003). Cependant, la plupart des populations de ciscos à mâchoires égales du Canada, des Grands Lacs à l’Arctique, partagent une morphologie similaire.

De nombreuses analyses génétiques effectuées sur les ciscos n’ont en bout de ligne pas permis de très bien différencier les populations (Todd, 1981b; Reed et al., 1998; Steinhilber et al., 2002). Les espèces de ciscos, dans leur ensemble, présentent assez de variabilité génétique pour qu’on puisse penser qu’elles composent, à tout le moins, des populations distinctes. Cependant, il a été impossible jusqu’ici d’identifier des marqueurs génétiques permettant de différencier les espèces. Néanmoins, des analyses récentes du polymorphisme des microsatellites chez les ciscos du lac Nipigon (Turgeon et al., 1999) ont révélé que le cisco à mâchoires égales était génétiquement différent du cisco de lac (C. artedii), du cisco de fumage (C. hoyi) et du cisco à nageoires noires (C. nigripinnis regalis), qui sont des espèces sympatriques, même si aucun marqueur propre à une espèce n’a été trouvé. Les résultats de Turgeon indiquent la présence de deux groupes colonisateurs principaux chez les ciscos nord-américains (Smith et Todd, 1984; Todd et Smith, 1992; Turgeon et Bernatchez, 2001a, b). Cependant, un examen à grande échelle des relations génétiques entre plusieurs taxons de ciscos dans toute l’Amérique du Nord a nettement montré que cinq des populations de ciscos à mâchoires égales (lac White Partridge, lac Supérieur, lac Nipigon, lac George, lac Barrow) sont génétiquement plus proches des populations sympatriques ou avoisinantes de ciscos de lac qu’elles ne le sont entre elles. Dans l’ensemble, les données obtenues par Turgeon semblent confirmer que la diversification du groupement spécifique de ciscos s’est produite au cours de la période postglaciaire, comme cela a été démontré dans le cas de plusieurs autres espèces de poissons des lacs postglaciaires (Schluter, 1999).