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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'esturgeon à museau court (Acipenser brevirostrum) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Il n’y a aucune pêche commerciale d’esturgeon à museau court. Seuls les spécimens de plus de 122 cm (48 po) peuvent être conservés par les pêcheurs récréatifs (lignes directrices sur la pêche du ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement). Cependant, des prises accessoires par des pêcheurs d’autres espèces anadromes sur la côte Est et du braconnage ciblé ont probablement lieu dans l’ensemble de son aire de répartition (Dadswell, 1979; Collins et al., 1996; Kynard, 1997). L’ampleur de la pêche et des marchés illégaux est inconnue, mais on croit qu’elle est importante (NatureServe, 2004).

Dans la rivière Saint-Jean, l’esturgeon à museau court est capturé accessoirement par les pêcheurs commerciaux de gaspareau (Alosa pseudoharengus) et d’alose (A. sapidissima) (Litvak, obs. pers.). La plupart du temps, les esturgeons sont relâchés indemnes. Cependant, ils sont hautement vulnérables à la capture lors de leur migration de fraye du printemps, qui coïncide avec les déplacements du gaspareau. Certains indices suggèrent que la capture avec remise à l'eau durant la migration génésique pourrait interrompre la fraye et provoquer l’abandon de la migration (National Marine Fisheries Service, 1998).

À ce jour, peu de recherches ont étudié les effets des contaminants sur l’esturgeon à museau court, et aucune n’a été menée sur la population de la rivière Saint-Jean. Étant donné que l’espèce vit très longtemps et se nourrit d’animaux benthiques, elle est un candidat idéal à la bioaccumulation de métaux lourds et d’autres substances toxiques (Dadswell, 1979). Kocan et al. (1993) ont étudié les effets du lixiviat de goudron de houille (HAP) sur le développement des embryons et des larves. L’exposition à cette substance s’est traduite par un taux de mortalité extrêmement élevé après 18 jours.

Quatre barrages se dressent sur la rivière Saint-Jean : Grand-Sault, Tobique, Beechwood et Mactaquac. L’érection de barrages sur les grands cours d'eau d’Amérique du Nord a eu des effets dévastateurs pour les espèces anadromes. Les barrages hydroélectriques peuvent restreindre l’habitat de l’esturgeon à museau court en altérant le débit de la rivière et/ou la température de l’eau dans les zones de fraye et d’incubation des œufs (National Marine Fisheries Service, 1998). Des barrages bloquent le passage vers l’amont à presque toutes les populations d’esturgeons à museau court, et confinent par conséquent la fraye aux eaux d’aval (Kynard, 1997). Les poissons aux premiers stades du cycle vital sont donc vulnérables à la régularisation des eaux exercée par les barrages. Par contre, aucune donnée historique ne fait état de la présence de l’esturgeon à museau court en amont du barrage Mactaquac, et aucune étude sur les effets du barrage sur la fraye en aval du barrage n’a été menée, bien que les modifications de débit et de température puissent nuire au développement de l’esturgeon à museau court.

Des activités industrielles ont cours le long de la rivière Saint-Jean. On y trouve une grande industrie forestière comptant cinq usines de pâtes et papiers. La vallée de la rivière Saint-Jean accueille l’une des industries agricoles les plus productives du Canada maritime, comptant notamment quatre usines de transformation de pommes de terre. Les eaux d’égout brutes des villes, notamment Saint-Jean, s’écoulent directement dans la rivière. Les usines de pâtes et papiers, l’agriculture et la foresterie contribuent directement ou indirectement au déversement de contaminants dans la rivière, et un rejet accidentel de substances toxiques ou d’autres polluants pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la seule population d’esturgeons à museau court du Canada. On sait que la baisse de la concentration d’oxygène est causée par l’eutrophisation liée aux usines de pâtes et papiers, à la sylviculture, à l’agriculture et aux rejets d’égouts (Dadswell et al., 1984; NatureServe, 2004). La hausse de la température de l’eau en été exacerbe la situation en diminuant la concentration d’oxygène dissous dans l’eau.

Quoique l’on décrive la rivière Saint-Jean comme « hautement industrialisée et urbanisée », ceci doit être relativisé à l’échelle du Nouveau-Brunswick : le bassin versant de la rivière est en grande majorité couvert de forêts. Trois villes se trouvent sur le cours de la rivière Saint-Jean : Fredericton, soit 80 000 habitants, Saint-Jean (autour de l’embouchure de la rivière, plutôt que sur la rivière elle-même), soit environ 125 000 habitants, et Edmunston, soit un peu plus de 20 000 habitants. De nombreuses petites municipalités bordent également la rivière, mais toutes possèdent aujourd’hui un système de traitement des eaux usées. Les usines de traitement ont des déversoirs de trop-plein, mais ceux-ci ont rarement été utilisés. Un certain pourcentage des eaux usées de la municipalité de Saint-Jean est déversé dans l’embouchure de l’estuaire sans avoir été traité, mais la situation s’est améliorée au cours des dernières années (M. Toner, comm. pers., 2005).

L’introduction accidentelle d’espèces exotiques comme l’esturgeon blanc (Acipenser transmontanus) ou l’esturgeon jaune (Acipenser fulvescens) par des aquariophiles ou des aquaculteurs pourrait constituer une menace pour la population existante (NatureServe, 2004). L’introduction de maladies par l’aquaculture est également une menace potentielle.