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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Loup tacheté (Anarhichas minor) au Canada

Évaluation et statut proposé

Protection existante ou autres désignations

Comme le loup atlantique ne fait l'objet d'aucune pêche dirigée dans l'ouest de l'Atlantique Nord, il n'est soumis à aucune forme de gestion, et aucun mécanisme particulier, comme des totaux autorisés de capture, n'assure sa protection. L’article de la Loi sur les pêches portant sur l’habitat pourrait permettre de le protéger. Le moratoire sur le poisson de fond de l'Atlantique canadien décrété en 1992 en réponse à l'effondrement de la morue atlantique (Gadus morhua) pourrait avoir protégé indirectement le loup tacheté en réduisant le chalutage. Le loup tacheté ne fait actuellement l'objet d'aucune désignation du COSEPAC, de l'UICN ou d’une convention sur la protection des espèces. 

L’habitat physique du loup tacheté peut lui conférer une certaine protection limitée : vivant directement sur le fond, il ne risque guère d'être capturé dans les chaluts au-dessus du fond marin. En outre, comme il fréquente les grottes et les crevasses entre et sous les gros rochers, le loup peut être protégé dans une certaine mesure contre le chalutage de fond et le dragage.

Évaluation de la situation et recommandations des auteurs

Selon le critère A (Réduction de la population) des Catégories et critères de l’UICN, le taux de déclin de la population du loup tacheté de 93 p. 100 sur un peu plus de deux générations rangerait l’espèce dans la catégorie « gravement menacée », définie comme une « une réduction de la population d’au moins 80 p. 100 en 10 ans ou en trois générations ».

Selon Musick (1999), les poissons marins, en raison de leur vaste répartition et de leur abondance relativement grande, devraient être traités différemment des autres espèces pour leur évaluation en tant qu’espèces en péril. Cet auteur propose une démarche en deux étapes : d’abord déterminer la classe de productivité de l’espèce (selon ses caractéristiques de croissance, de fécondité et d’âge), puis classer l’espèce en fonction de seuils de déclin arbitraires. Ainsi, selon son âge à maturité et sa durée de vie, le loup tacheté se range dans la catégorie de « faible » productivité de Musick (1999), et son déclin de 96 p. 100 sur trois générations dépasse amplement le seuil de déclin de 85 p. 100 pour les espèces de cette catégorie. Dans la classification proposée par Musick, le loup tacheté serait automatiquement classé comme « vulnérable » et ferait ensuite l’objet d’un examen approfondi pour établir son classement définitif. Cet examen aborderait explicitement les questions liées au rétrécissement de l’aire de répartition, à la répartition locale, aux habitudes de nidification et à la possibilité de destruction de l’habitat. Les données disponibles sur ces questions appuient le rangement du loup tacheté dans une catégorie de risque plus élevé.

Dans une critique scientifique bien étayée et bien documentée, Hutchings (2000 et 2001) montre que les données empiriques n’appuient pas l’idée (de Musick) d’exempter les poissons marins des critères établis d’espèces en péril, et que cela ne serait pas conforme  à l’approche de précaution en gestion des pêches et en conservation de la biodiversité. Il fait valoir que le risque de disparition seul n’est pas très utile sur le plan de la gestion ou de l’écologie, et qu’il faudrait prendre sérieusement en compte l’envers de la question, c’est-à-dire la probabilité de rétablissement, pour établir le statut de l’espèce. Il suggère donc de remplacer la classification en des classes allant de « vulnérable » à « gravement menacé » par une classification en des catégories de conservation de priorités I à IV. Les données empiriques montrent que le rétablissement d’une population de poisson marin est inversement corrélé à l’ampleur de son déclin. Étant donné le taux de déclin élevé de 93 p. 100 des populations de loup tacheté, il est très peu probable qu’elles montreraient des signes de rétablissement au bout de 15 ans; cette espèce se rangerait sûrement dans la catégorie de conservation de priorité IV, soit la classe correspondant au risque le plus élevé dans la classification de Hutching.

Les données de relevés scientifiques montrent un déclin de 93 p. 100 de la population canadienne du loup tacheté sur environ deux générations (soit les 16 ans de 1978 à 1993), et on estime que le déclin global de 1978 à 1999 a atteint 96 p. 100. Selon le critère A (Population totale en déclin) des catégories et critères de risque du COSEPAC, ce taux de déclin range le loup tacheté dans la catégorie « menacée », définie comme une réduction de la population d’au moins 50 p. 100 en 10 ans ou en trois générations. Aucune des autres informations disponibles sur la biologie du loup tacheté ne justifie de modifier ce classement. Nous recommandons donc de désigner le loup tacheté (Anarhichas minor Olafsen, 1774) espèce menacée. Cette désignation concorde aussi avec les évaluations fondées sur d’autres classification, comme il a été indiqué plus haut.

En résumé :

  1. Le loup tacheté (Anarhichas minor Olafsen, 1774) est admissible à l’évaluation, car il se reproduit au Canada, et le centre de son aire de répartition dans l’Atlantique ouest se trouve en eaux canadiennes.
  2. Les effectifs de l’espèce baissent constamment, tel que l’indiquent les rélevés scientifiques (figure 5), son aire de répartition rétrécit (figure 3), et le nombre d’endroits où l’espèce est présente a diminué (figure 4).
  3. Sa croissance lente, ses habitudes de nidification et sa dispersion limités rendent improbable son rétablissement. Séparées du Canada par une vaste étendue d’eau profonde non convenable dans le bassin du Labrador, les populations du Groenland sont en déclin ou ne font que se maintienir.
  4. Le chalutage de fond et le dragage ont sans doute endommagé son habitat.