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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Loup tacheté (Anarhichas minor) au Canada

Taille et tendances des populations

Le ministère des Pêches et des Océans du Canada (MPO) a fourni des données des relevés scientifiques à stratification aléatoire réalisés au chalut au large de la côte est de Terre-Neuve (Atkinson, 1994), données que Villagarcía (1995) a résumées (voir aussi Haedrich et Barnes, 1997). Le but premier des relevés est d'évaluer la taille des stocks de poissons commerciaux, mais ils permettent aussi de capturer la plupart des espèces de la communauté des poissons benthiques (Brown et al., 1996). Le nombre de traits de chalut (nombre de sites) effectués au cours d'une année au large de la côte est de Terre-Neuve peut dépasser six cent.

Le nombre de poissons par trait (ce que les biologistes des pêches appellent les « captures par unité d'effort [CPUE] ») des relevés scientifiques sert d'indice de la taille de la population. Entre 1978 et 1993, cet indice a été défini comme le nombre total de loups tachetés capturés au cours d'une année, divisé par le nombre total de sites échantillonnés à des profondeurs et à des températures convenant à l'espèce au cours de cette même année. Les gammes de profondeurs et de températures convenables sont déterminées à l'aide de la méthode de l’axe de niche mise au point par Fischer et Haedrich (2000); il s'agit de la fourchette des deux paramètres environnementaux dans laquelle le loup est le plus susceptible d'être présent, soit entre 50 et 600 m de profondeur et à des températures de -0,6 à 5,0°C

Les données des relevés scientifiques indiquent un déclin marqué de la taille de la population de loup tacheté. Le nombre de poissons par trait était le plus élevé en 1978, soit une moyenne de 1,25 individu par trait. L’année suivante, cette valeur a chuté de presque 25 p. 100 à 0,83. En 1982, elle a remonté à plus de 1,00, mais a baissé constamment par la suite. En 1984, elle était à moins de 0,60, et en 1993 elle n’était plus que de 0,09 individus par trait. Sur toute la période de 16 ans allant de 1978 à 1993, qui correspond à environ deux générations du loup tacheté, le nombre par trait a baissé de  93p. 100 (figure 5). La série chronologique du PESCEAN (de 1978 à 1994) donne aussi un rythme de déclin de la population de 93 p. 100. Dans le nord du golfe du Saint-Laurent, où le loup tacheté est généralement moins abondant (nombre moyen par trait de 0,03 depuis 1983), le déclin de la population a été tout aussi important, soit de 97 p. 100 de 1983 à 1994. Depuis 1995, les relevés au large de Terre-Neuve sont effectués selon un protocole d’échantillonnage différent (filet plus grand, maillage plus petit, vitesse plus grande et durée de trait plus courte) : on ne peut donc comparer directement les données. Néanmoins, les données que le MPO a fournies en juillet 2000 montrent que les effectifs restent très faibles et qu’il n’y eu aucun changement significatif dans la tendance à la baisse (figure 5). Le déclin total calculé de 1978 à 1999 se chiffre à 96 p. 100.

Le principal instrument d'évaluation des populations du MPO est le programme informatique STRAP. Ce programme extrapole les prises d'au moins deux traits de chalut effectués dans une strate donnée à la superficie totale de la strate (dans laquelle l'espèce est présumée uniformément abondante) pour estimer le nombre de poissons présents dans la strate. La population totale est la somme des chiffres obtenus pour toutes les strates où l’on a trouvé le poisson. La superficie d'une strate peut varier entre 30 et 2 817 milles marins carrés. Comme la superficie moyenne des strates est de 697 milles marins carrés (soit 25 748 576 526pieds carrés) et que chaque trait de chalut de relevé couvre environ 274 000 pieds carrés, le facteur d’extrapolation est énorme (Schneider et al., 1999).

Figure 5. Nombre de loups tachetés (Anarhichas minor) capturés dans les relevés d’automne à des profondeurs et à des température convenables au large de Terre-Neuve de 1978 à 1993. Il s’agit des profondeurs de 50 à 600 m et des températures de -0,6 à 5,0°C auxquelles le loup tacheté est le plus susceptible d’être présent (Fischer et Haedrich, 1999). Les taux de capture de 1986 à 1999 (ligne pointillée) sont tirées des données qu’a fournies le MPO en juillet 2000. Les données de 1995 à 1999 ont été recueillies selon des protocoles d’échantillonnage différents, qui surestimeraient les résultats par rapport aux données antérieures : ces taux de captures sont donc corrigés en appliquant le facteur de conversion  Campelen/Engels de 3,1 (Bundy et al., 2000). La ligne tiretée représente le critère du COSEPAC pour la désignation d’une espèce « en voie de disparition », soit un déclin de  50 p. 100 sur trois générations.

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Le tableau 1 présente les résultats de l’analyse STRAP pour le loup tacheté de 1981 à 1999. Comme on a changé le protocole d'échantillonnage en 1995, les valeurs obtenues après 1994 sont divisées par un facteur de correction pour rendre les données comparables. Pour les espèces benthiques comme le loup, ce facteur varie entre 3,1 pour les adultes et 10,7 pour les juvéniles (Bundy et al., 2000).Les résultats de l'analyse STRAP mettent également en évidence un déclin marqué de la population de loup tacheté, soit une baisse de 90,5 p. 100 sur 12 ans (environ 1,5 génération) de 1982 à 1994 (aucun changement dans le protocole d’échantillonnage). De 1982 à 1999, soit sur un peu plus de deux générations, la baisse est de 93 p. 100 (les prises de 1995 à 1999 étant corrigées par un facteur de 3,1).Malgré le caractère discutable des chiffres absolus obtenus au moyen de l'analyse STRAP, les estimations annuelles présentent une bonne corrélation (r = 0,91) avec la mesure simple que nous privilégions, soit le nombre de captures par trait.

Le poids moyen des loups tachetés a également diminué, de façon moins marquée que leurs effectifs, mais d’un facteur de presque cinq, passant d’environ 5,6 kg en 1987 à 1,2 kg en 1996 (figure 6). Les poissons de 1,2 kg ne sont sans doute pas matures. Le changement d’engin de pêche en 1995 a favorisé la capture de juvéniles. Avant 1991, 90 p. 100 des loups tachetés capturés pesaient plus de 1,2 kg, contre seulement 35 p. 100 après 1995. Avant 1995, 2,4 p. 100 des poissons capturés pesaient moins de 200 g, contre 35 p. 100 après le changement d’engin.

 

Tableau 1. Effectifs du loup tacheté, estimés par le MPO, dans les eaux terre-neuviennes, où l’espèce est la plus abondante. Le MPO a fourni en juillet 2000 ces données obtenues au moyen de l’analyse STRAP que le ministèreapplique de façon normalisée. Les données postérieure au changement du protocole d’échantillonnage de 1995 sont corrigées par le facteur Campelen/Engels de 3,1 (Bundy et al., 2000).
Nombre estimé
de loups tachetés
Divisions 2J3KL
Année
Nombre estimé
de loups tachetés
Divisions 2J3KL
Maximum
Nombre estimé
de loups tachetés
Divisions 2J3KL
Minimum
Nombre capturé
lors du relevé
1981
7 705 887,97
2 774 076,52
248
1982
8 701 825,19
4 087 862,14
419
1986
4 327 502,37
1 545 470,74
128
1987
2 965 369,66
1 418 783,17
158
1988
3 385 562,76
1 039 927,24
158
1989
3 026 177,19
1 272 354,84
147
1990
1 602 399,4
378 467,35
88
1991
1 498 223,53
316 486,25
130
1992
1 367 933,84
-4 739,94
81
1993
1 014 307,92
-321 722,89
40
1994
1 228 654,01
-18 815,02
21
1995
326 055,04
-106 456,09
36
1996
856 676,45
5 194,87
33
1997
857 454,14
142 378,52
55
1998
738 833,29
112 552,1
37
1999
673 218,64
216 727,24
66