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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Loup tacheté (Anarhichas minor) au Canada

Facteurs limitants et menaces

Il n'existe aucune étude directe des facteurs qui sont à l'origine des déclins observés dans l'abondance des loups. À la suite de l'effondrement de la morue du Nord dans les eaux terre-neuviennes en 1992, on a formulé un certain nombre d'hypothèses pour expliquer le phénomène, notamment les changements environnementaux. Mais maintenant, les spécialistes conviennent que, bien que l’environnement ait pu joué un certain rôle, la surpêche était clairement la principale cause des déclins des stocks de morues et d’autres poissons de fond (Sinclair et Murawski, 1997; Villagarcía et al., 1999). On fait valoir que la surpêche dans la région aurait entraîné ledéclin extraordinaire de la grande raie (Raja laevis), une espèce non commerciale autrefois abondante et largement répandue (Casey et Myers, 1998). 

Le loup tacheté n’est pas suffisamment abondant dans les eaux canadiennes pour faire l’objet d’une pêche dirigée, mais il est capturé, de même que le loup atlantique, de façon accessoire par les chalutiers hauturiers. Par contre, au Groenland le loup tacheté est un aliment apprécié et est pêché à la palangre depuis 1948.

Figure 6. Poids moyen du loup tacheté (Anarhichas minor) de 1978 à 1999 (données du relevé d’automne effectué par le MPO à Terre-Neuve). Fournies par le MPO en juillet 2000, les données non corrigées de 1995 à 1999 (x, ligne épaisse) ont été recueillies selon différents protocoles d’échantillonnage que l’on juste donner des surestimations par rapport aux données antérieures.

Figure 6. Poids moyen du loup tacheté (Anarhichas minor) de 1978 à 1999 (données du relevé d’automne effectué par le ministère des Pêches et Océans Canada à Terre-Neuve).

Dans les données sur les pêches compilées par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les débarquements de loups dans l'ouest de l'Atlantique Nord sont présentées pour l'ensemble de la famille plutôt que par espèce. Dans l'est de l'Atlantique Nord, les débarquements annuels de la pêche du loup  atteignent quelque 30 000 tonnes depuis la fin des années 1950, avec deux pics de plus de 50 000 tonnes en 1962 et en 1974, mais les prises augmentent maintenant; en 1997, elles ont affiché une hausse marquée jusqu’à 45 000 tonnes. La pêche du loup dans l'ouest de l'Atlantique Nord (où l’on capture surtout le loup atlantique) a toujours été beaucoup moins importante. Les débarquements dans l’ouest de l'Atlantique Nord, qui oscillaient autour de 5 000 tonnes durant les années 1950, ont augmenté au cours des années 1960 et 1970, pour atteindre un sommet de 22 000 tonnes en 1979. Ils ont par la suite diminué de façon régulière dans les années 1980 et 1990; en 1984, ils n'étaient plus que de 6 000 tonnes et en 1996, ils avaient chuté à 1 700 tonnes, mais ils ont récemment commencé à augmenter de nouveau.

Seuls l’Islande et les îles Féroé précisent leurs débarquements de loups tachetés, tous capturés dans l’Atlantique nord-est. Les débarquements de l’Islande sont stables à environ 975 tonnes par année depuis 1984. Les débarquements des îles Féroé sont peu importants mais ils augmentent; les plus fortes captures annuelles ont été de 64 tonnes en 1997.

En plus de l'incidence négative directe de la pêche sur le loup atlantique, les activités humaines ont aussi des répercussions directes et néfastes sur l'espèce. Les chaluts de fond, dans lesquels on capture le loup, sont également à l'origine de mortalité et de blessures chez les poissons qui entrent en contact avec l'engin de pêche sans s'y prendre. Ce qui est peut-être encore plus grave, c'est que les panneaux d'acier qui gardent les filets ouverts, ainsi que les lourdes ralingues inférieures et les rouleaux, râclent le fond sur lequel ils sont traînés (Watling et Norse, 1998). Cette pratique peut gravement endommager l'habitat en éliminant ou en redistribuant les roches sous lesquels ces poisons s'abritent, se reproduisent et construisent leurs nids. Des études effectuées sur le banc Georges (Collie et al., 1997) et dans le golfe du Maine (Auster et al.,1996), régions situées juste au sud de l'aire de répartition du loup tacheté, ont mis en évidence les dommages considérables que peut causer le chalutage de fond. Jennings et Kaiser (1998) ont présenté un excellent survol de toute cette question des impacts de la pêche sur l'habitat; ces auteurs estiment que les impacts peuvent varier énormément selon les conditions du milieu, mais que ce sont surtout sur les substrats durs en eaux profondes, soit les habitats préférés du loup atlantique, que les répercussions sont les plus lourdes et les plus durables. 

En plus de labourer et de perturber les habitats benthiques, le chalutage de fond et le dragage des pétoncles et des bivalves fouisseurs remettent en suspension les sédiments du fond, ce qui peut colmater le sustrat des aires de fraye et endommager les branchies des poissons. D'autres activités humaines, comme le dragage de chenaux et l'extraction de gravier, peuvent gravement endommager les habitats benthiques du plateau continental canadien en déstabilisant le fond marin, en augmentant l'érosion et en polluant des zones auparavant intactes (Messieh et al., 1991).

Depuis 1992, la situation est anormale dans l'ensemble de ces eaux, et les populations de poissons sont à leur plus bas niveau historique. C'est pourquoi des interdictions de pêche (moratoires) sont en vigueur dans la plupart des régions pendant des périodes variées, et ces moratoires se poursuivent dans la région de Terre-Neuve. Les prélèvements attribuables à la pêche ont donc considérablement diminué, et les populations devraient reprendre du mieux tant que ce sera le cas; mais cette situation ne durera pas toujours. Le principe de précaution est la pierre angulaire de l'approche de gestion du Conseil pour la conservation des ressources halieutiques, un groupe quasi-indépendant qui conseille le ministre sur l’état des stocks de poissons commerciaux (CCRH, 1996). Ce principe, qui veut que, dans le doute, il faut pencher en faveur des poissons, devrait également s'appliquer à l'attribution d'un statut par le COSEPAC