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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la droséra filiforme (Drosera filiformis) au Canada

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur le
Droséra filiforme
Drosera filiformis
au Canada

droséra filiforme

Espèce en voie de disparition 2001

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2001. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le droséra filiforme (Drosera filiformis) au Canada - Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 12 p.

Freedman, B., et J. Jotcham. 2001. Rapport du COSEPAC sur la situation du droséra filiforme (Drosera filiformis) au Canada – Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le droséra filiforme (Drosera filiformis) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-12.

Rapports précédents

Zinck, M. 1991. COSEWIC status report on the thread-leaved sundew Drosera filiformis in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 42 p.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web de COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the thread-leaved sundew Drosera filiformis in Canada.

Illustration de la couverture

Droséra filiforme -- Annette Luttermann

© Ministre de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2002
No de catalogue CW69-14/123-2002F-IN
ISBN 0-662-87034-4

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Sommaire de l’évaluation – Mai 2001

Nom commun : Droséra filiforme

Nom scientifique : Drosera filiformis

Statut : Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : Espèce des tourbières qui se trouve dans seulement quelques sites très isolés de l’aire de répartition principale de l’espèce le long de la côte de l’Atlantique et qui est sujette à des risques permanents en raison de l’extraction de la tourbe.

Répartition : Nouvelle-Écosse

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1991. Réexamen et confirmation de son statut en mai 2001.

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Droséra filiforme
Drosera filiformis

Information sur l’espèce

Le droséra filiforme est une herbacée carnivore de petite taille, qui ne pousse que dans des tourbières ombrotrophes. La plante peut produire jusqu’à 15 fleurs violacées au cœur jaune, portées par une longue hampe aphylle souvent recourbée à l’extrémité. L’espèce est vivace et produit chaque été de longues feuilles filiformes érigées, issues d’un tubercule blanchâtre. Les feuilles sont couvertes de pseudo-poils glanduleux violet-rouge qui sécrètent un liquide visqueux servant à capturer de petits arthropodes (insectes et araignées). Ce liquide contient des enzymes capables de digérer la proie, source supplémentaire d’éléments nutritifs pour la plante.

Répartition

Au Canada, le droséra filiforme est rare et ne se rencontre que dans cinq tourbières d’une petite région de l’extrême Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse. L’espèce est aussi présente dans l’Est des États-Unis, où on trouve notamment quelques populations sur la côte de la Nouvelle-Angleterre et d’autres, plus abondantes, sur la côte du golfe du Mexique, en Floride et en Louisiane.

Habitat

En Nouvelle-Écosse, le droséra filiforme pousse uniquement dans des tourbières hautes. Ce sont des milieux palustres bombés, acides, très pauvres en éléments nutritifs, où dominent les sphaignes, les éricacées arbustives ainsi que les graminées et cypéracées courtes. 

Biologie

Le droséra filiforme est une herbacée vivace de petite taille. L’espèce est autotrophe et capable de synthétiser toute sa matière par photosynthèse, mais elle est aussi carnivore et capable de capturer, avec ses feuilles visqueuses, de petits invertébrés, de les digérer et d’en assimiler certains éléments nutritifs.

Taille et tendances des populations

L’effectif total du droséra filiforme au Canada est de plusieurs dizaines de milliers de sujets, répartis dans cinq localités.  

Facteurs limitatifs et menaces

Une des plus importantes populations de droséra filiforme est menacée par un projet d’exploitation commerciale de la tourbe, qui entraînerait la dégradation ou la destruction de son habitat. Les quatre autres populations connues de l’espèce sont susceptibles de se trouver un jour sous la même menace, les tourbières où elles se trouvent pouvant elles aussi être exploitées pour l’extraction de la tourbe et la culture de la canneberge.

Importance de l’espèce

Parce que c’est une plante carnivore, le droséra filiforme est une espèce fascinante pour bien des gens. D’autres espèces du même genre occupent une place mineure en phytothérapie, mais on ne connaît pas de tels usages au D. filiformis.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l’échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de pageb
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page a

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

Retour à la référence de la note de bas de pagea

Note de bas de page b

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de pageb

Note de bas de page c

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

Retour à la référence de la note de bas de pagec

Note de bas de page d

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Nom et classification

Nom scientifique :

Drosera filiformis Raf.

Noms commun :

droséra filiforme; rossolis filiforme

Famille :

Droséracées

Grand groupe végétal :

Dicotylédones

Description

Le droséra filiforme est une herbacée vivace (Fernald, 1950; Gleason, 1952; Gleason et Cronquist, 1963; Zinck, 1991; Freedman et al., 1992 ). Ses feuilles, longues, filiformes et dressées, forment une rosette à partir d’un tubercule riche en amidon, blanchâtre, à peu près sphérique (figure 1). La plante possède le plus souvent de 3 à 5 feuilles pouvant atteindre 11 cm de longueur (données valables pour les populations de la Nouvelle-Écosse; la plante est plus grande dans la partie méridionale de son aire géographique, dans l’Est des États-Unis). Les feuilles n’ont pas de pétiole distinct et sont entièrement couvertes de pseudo-poils glanduleux sécrétant un liquide visqueux incolore. Ces poils sont violet-rouge et confèrent à la plante un aspect rougeâtre. Le tubercule peut atteindre 5 mm de diamètre; il se développe à la surface de la tourbe ou juste sous la surface. La hampe florale, allongée et aphylle, peut atteindre 22 cm de longueur et est souvent recourbée au sommet. Elle peut porter de 12 à 15 fleurs, qui parviennent à maturité de façon séquentielle, depuis la base vers le sommet. La fleur a environ 1 cm de diamètre. Elle est voyante avec ses cinq pétales violets, dans leur partie supérieure, et jaunes, à la base. Les graines sont noires, elliptiques et longues de 0,5 à 0,8 mm.

Figure 1. Droséra filiforme (dessin d’Annette Luttermann).

Figure 1.  Droséra filiforme (dessin d’Annette Luttermann).

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Répartition mondiale

Le droséra filiforme se rencontre aux États-Unis depuis la côte du golfe du Mexique, en Louisiane et en Floride, jusqu’à la plaine côtière atlantique et à l’extrême Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse, au Canada (Fernald, 1918; Wynne, 1944; Gleason, 1952; Maher et al., 1978; Juniper et al., 1989; Zinck, 1991; Freedman et al., 1992). Dans la partie septentrionale de cette aire, les populations sont disséminées (figure 2).

Certains taxinomistes classent les populations de la côte atlantique et de la Nouvelle-Écosse sous l’espèce Drosera filiformis et les populations de la côte du golfe du Mexique sous l’espèce Drosera tracyi (Sorrie, 1998).

Répartition canadienne

Au Canada, le droséra filiforme se trouve uniquement dans cinq tourbières de l’extrême Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse, dans le comté de Shelburne, connues sous les noms de (1) tourbière de Swaines Road (ou de Barrington), (2) tourbière de Port La Tour (cette tourbière communique probablement avec celle de Swaines Road), (3) tourbière de West Baccaro, (4) tourbière de Quinns Meadow et (5) tourbière de Villagedale. Le droséra filiforme a été observé pour la première fois au Canada dans la tourbière de Swaines Road, en 1977, et les découvertes les plus récentes ont été faites en 1999 dans la tourbière de Villagedale. Plus de 20 autres tourbières hautes du Sud-Ouest de la province ont été explorées à fond, à la recherche de cette espèce rare, mais en vain. La recherche se poursuit dans les tourbières plus éloignées, dans l’espoir de découvrir de nouvelles populations de l’espèce.

Les populations isolées de droséra filiforme du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse font partie d’un groupe floristique de la plaine côtière qui comprend plusieurs espèces rares ou inconnues dans le reste du Canada (Fernald, 1918; Roland et Smith, 1969; Wisheu et al., 1994). Ces populations d’espèces de la plaine côtière sont les reliques d’une flore qui occupait autrefois une aire plus étendue, couvrant notamment la partie de la plateforme continentale laissée à nu par l’abaissement du niveau de la mer au quaternaire. On pense en effet qu’à cette époque, une bande de terre aurait relié le cap Cod à la pointe sud-ouest de la Nouvelle-Écosse; il y a 5 000 ans, il en restait un archipel assez important (Bousfield et Thomas, 1975; Roland, 1982). Le rehaussement du niveau de la mer après les glaciations a séparé les populations établies en Nouvelle-Écosse des communautés principales renfermant ces espèces dans l’Est des États-Unis. Plusieurs espèces de la plaine côtière présentes en Nouvelle-Écosse sont rares et en voie de disparition (Maher et al., 1978; Keddy, 1979, 1985; Keddy et Wisheu, 1989; Wisheu et al., 1994).

Figure 2. Répartition du droséra filiforme en Amérique du Nord. Information tirée de Wynne (1944), sauf pour les populations découvertes plus récemment dans l’extrême Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse.

Figure 2.  Répartition du droséra filiforme en Amérique du Nord. Information tirée de Wynne (1944), sauf pour les populations découvertes plus récemment dans l’extrême Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse.

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Description

Au Canada, le droséra filiforme se trouve uniquement dans des tourbières hautes (Zinck, 1991; Freedman et al., 1992). Ce sont des milieux palustres bombés, ombrotrophes et très pauvres en éléments nutritifs, qui se sont formés en terrain plat et bas, sous un climat doux et humide de type tempéré-maritime. Ces tourbières présentent un microrelief bosselé. Les creux sont relativement humides, tandis que les buttes sont plus sèches. L’eau interstitielle est très acide, accusant un pH compris entre 3,1 et 3,3 (Freedman et al., 1992). L’acidité tient au régime trophique de la tourbière ainsi qu’à la présence d’acides fulviques en forte concentration, lesquels, par ailleurs, donnent à l’eau une coloration brun foncé (Freedman et al., 1989). La teneur en calcium de l’eau est comprise entre 0,4 et 1,3 mg/L, soit la même que celle des eaux des lacs de type oligotrophe du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse (Freedman et al., 1989). La teneur en magnésium est comprise entre 0,8 et 2,0 mg/L, soit le double environ de celle des eaux des mêmes lacs. Selon la saison et la quantité de précipitations, l’eau peut monter près de la surface de la tourbe ou affleurer.

La végétation de ces tourbières est dominée par des sphaignes (Sphagnum spp.) et des arbustes bas. Elle est abondante, mais les strates supérieures sont clairsemées, ce qui crée des conditions de faible compétition propices au droséra filiforme (Juniper et al., 1989; Freedman et al., 1992). L’indicateur le plus fiable de l’habitat du droséra filiforme est un scirpe (Scirpus caespitosus) poussant en touffes basses (Freedman et al., 1992). Dans les zones relativement sèches et broussailleuses, les lichens Cladina mitis, C. terrae-novae et Cladonia cervicornis sont relativement abondants, de même que les arbustes Aronia prunifolia, Gaylussacia baccata, G. dumosa, Juniperus communis et Kalmia angustifolia. Dans les zones plus humides, où la tourbe est souvent exposée, la sphaigne Sphagnum tenellum est abondante, de même que le Carex exilis, le Rhynchospora alba et plusieurs espèces de mousses et d’hépatiques. Les tourbières hautes sont ceinturées par un lagg (marécage bordier) discontinu, où la circulation de l’eau est lente ou nulle, dans la bordure intérieure duquel poussent des éricacées hautes et d’autres espèces arbustives. Cette ceinture entoure une plus grande étendue peuplée d’espèces basses, qui constitue l’habitat du droséra filiforme.

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L’habitat critique du droséra filiforme en Nouvelle-Écosse n’est pas véritablement en déclin. Des véhicules tous terrains circulent dans certaines des tourbières où pousse l’espèce, et de petites quantités de tourbe sont prélevées par des particuliers pour usage horticole, mais la perturbation occasionnée par ces activités est légère et ponctuelle et ne présente pas une réelle menace pour la survie de l’espèce. En fait, on voit souvent des semis ou des jeunes plantes pousser dans les petites surfaces perturbées par l’activité humaine, de même que dans les traces des cerfs.

Par contre, la tourbière de Swaines Road, qui abrite l’une des plus importantes populations de droséra filiforme au Canada, a fait l’objet de plusieurs propositions d’exploitation commerciale pour l’extraction de la tourbe. Or, l’exploitation de cette tourbière entraînerait la dégradation, voire la destruction de l’habitat du droséra filiforme, soit directement par l’extraction de tourbe dans les sites mêmes de la plante, soit indirectement par la perturbation du régime hydrologique de la tourbière en conséquence de l’extraction de tourbe dans les milieux adjacents. En 1991, le ministre de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse a refusé d’autoriser l’extraction de tourbe à Swaines Road. Il a appuyé sa décision sur le fait que cette activité menacerait la survie du droséra filiforme en Nouvelle-Écosse et au Canada. Voilà un exemple rare où le sort d’une espèce végétale en voie de disparition met fin à un projet d’exploitation de ressources, au Canada comme ailleurs. Il ne faut cependant pas perdre de vue que cette tourbière continue d’être convoitée pour son potentiel commercial, en raison de l’épaisseur de la couche de tourbe exploitable qui s’y trouve et de l’accessibilité du lieu. En outre, même si la tourbière de Swaines Road est la seule, pour l’heure, a avoir suscité l’intérêt des entrepreneurs, il faut penser que toutes les tourbières abritant le droséra filiforme sont menacées par l’exploitation commerciale, soit pour la culture de la canneberge, soit pour l’extraction de tourbe, dont la valeur ne cesse de croître comme combustible et comme matière horticole.

Protection/Propriété

Aucun des habitats critiques connus du droséra filiforme ne se trouve dans un secteur officiellement protégé. La majeure partie de la tourbière de Swaines Road appartient à la municipalité de Barrington, et certaines parties appartiennent à des intérêts privés. Les autres tourbières sont essentiellement de propriété privée, avec certaines parties appartenant au gouvernement de la province.

Le Department of Natural Resources de la Nouvelle-Écosse est en voie de préparer un plan de gestion des espèces de la plaine côtière et de leurs habitats dans la province. Bien que le droséra filiforme n’ait pas le même habitat que les autres espèces de ce groupe, dont la plupart poussent sur les rives de lacs et de rivières, il est inclus dans ce plan de gestion.

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Généralités

Le droséra filiforme est une herbacée vivace de petite taille. L’espèce est autotrophe, mais aussi carnivore (voir ci-dessous). Sa répartition dans les tourbières ombrotrophes qui constituent son habitat en Nouvelle-Écosse est très fragmentée.

Reproduction

Le droséra filiforme est une espèce entomophile. L’anthèse commence à la fin de juillet et se poursuit en août. La plante produit généralement environ huit capsules contenant chacune autour de 70 graines (Zinck, 1991). L’espèce se reproduit par les graines, celles-ci étant probablement dispersées dans l’entourage de la plante par l’eau. Les micromilieux perturbés, où la tourbe est mise à nu, semblent particulièrement propices à l’établissement des semis. L’espèce peut se transplanter entière, avec son tubercule, et peut être multipliée par bouturage (Lloyd, 1942; Schwartz, 1975; Swenson, 1977; Juniper et al., 1989; Lecoufle, 1991).

Survie

Le droséra filiforme est vivace, mais on ne connaît pas sa longévité. La majorité des 12 sujets qui ont été transplantés dans un milieu côtier propice, dans le comté de Halifax, étaient toujours vivants 15 ans plus tard (Wolfgang Maass, comm. pers.).

Dispersion

Les graines du droséra filiforme peuvent être dispersées dans le milieu par l’eau.

Nutrition et interactions interspécifiques

Le droséra filiforme est une espèce autotrophe, capable de synthétiser toute sa matière par photosynthèse. Cependant, comme d’autres espèces du même genre et de genres différents, par exemple la sarracénie, elle est aussi carnivore, c’est-à-dire capable de capturer et de digérer de petits arthropodes pour en assimiler les éléments nutritifs. Si un animal se pose sur une feuille, il est englué par le liquide visqueux sécrété par les poils glanduleux. La feuille se recourbe ensuite sur elle-même pour renfermer la proie, puis celle-ci est digérée par des enzymes extracellulaires sécrétées par la plante. Le carnivorisme assure essentiellement un apport supplémentaire d’azote inorganique et de phosphate (Darwin, 1875; Krafft et Handel, 1991). Comme l’espèce croît dans un milieu oligotrophe et même très pauvre en éléments nutritifs, cette aptitude est importante pour sa survie.

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En 1991, la densité des populations de droséra filiforme dans les tourbières de Swaines Road, Port La Tour, West Baccaro et Quinns Meadow se situait en moyenne entre 12 et 40 sujets/m² et pouvait atteindre 90 sujets/m² (Freedman et al., 1991). Dans la tourbière de Villagedale, en 1999, la densité atteignait 50 sujets/m² (sujets florifères seulement; J. Jotcham, données inédites).

L’effectif exact de l’espèce dans chacune des localités de Nouvelle-Écosse où elle est présente n’est pas connu. Cependant, les tourbières de Swaines Road, de Port La Tour et de Villagedale semblent abriter chacune des dizaines de milliers de sujets, et celles de West Baccaro et de Quinns Meadow, quelques milliers de plus (Freedman et al., 1991; J. Jotcham, données inédites).

Aucune de ces populations de droséra filiforme n’a fait l’objet d’un suivi. Il semble toutefois que l’habitat de l’espèce est stable depuis dix ans au moins, et les populations le sont probablement aussi.

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Les facteurs abiotiques limitant l’abondance et la répartition du droséra filiforme en Nouvelle-Écosse ne sont pas connus. Il y a dans le Sud-Ouest de la province de grandes tourbières semblables à celles où l’on trouve le droséra filiforme, et il serait peut-être possible d’y transplanter des sujets de cette espèce rare. L’expérience a déjà été tentée avec 12 sujets dans une tourbière de la côte du comté de Halifax, à environ 200 km au nord-est de l’aire naturelle de l’espèce (W. Maass, comm. pers.). Cette population s’est adaptée à son nouveau milieu et s’est même accrue, et la croissance chez ces plantes est tout à fait comparable à celle que l’on peut constater dans l’aire naturelle de l’espèce en Nouvelle-Écosse. Il faut souligner cependant que ces observations concernent une période de temps relativement courte et ne constituent peut-être pas une indication valable de la viabilité à long terme de la population.

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Le droséra filiforme est une belle fleur sauvage, et les plantes carnivores sont fascinantes pour bien des gens. D’autres espèces du même genre occupent une place mineure en phytothérapie, mais on ne connaît pas de tels usages au D. filiformis.

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Protection actuelle et autres désignations

Le COSEPAC a désigné le droséra filiforme « espèce en voie de disparition » au Canada en 1991 (Zinck, 1991). En 2000, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse l’ajoutait à sa liste des espèces en voie de disparition. Le U.S. Fish and Wildlife Service ne tient pas le droséra filiforme comme étant en péril à l’échelle nationale. Cependant, celui-ci est considéré en péril à divers degrés dans l’État de Connecticut, en Floride, en Georgie, au Maine, au Massachusetts, dans l’État de New York, en Caroline du Nord, dans les États de Rhode Island et du Vermont, et en Virginie-Occidentale.

Évaluation de la situation et recommandation des auteurs

Le droséra filiforme semble bien établi dans chacune des cinq tourbières qui constituent son habitat en Nouvelle-Écosse, bien qu’il y soit plus ou moins abondant. Les populations les plus vigoureuses et les plus prolifiques sont celles des tourbières de Swaines Road, de Port La Tour et de Villagedale. Comme on ne connaît que cinq tourbières qui abritent l’espèce et qu’elles sont toutes menacées de destruction, de dégradation ou de transformation en faveur de l’extraction de tourbe ou de la culture de la canneberge, nous recommandons que le statut d’« espèce en voie de disparition » au Canada soit maintenu pour le droséra filiforme.

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Drosera filiformis

Droséra filiforme – Thread-leaved Sundew

Répartition au Canada :

N.-É.

Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km²) :

env. 77 km² (N.-É., MRN)

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue) :

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Zone d’occupation (km²) :

env. 11,5 km² (N.-É., MRN)

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue) :

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements existants :

5

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue) :

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans le nombre d’emplacements (ordre de grandeur >1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue) :

Stable

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.) :

probabl. >5 ans

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles) :

Milliers

Tendance de la population totale quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue) :

Stable

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

 

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans le nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

Non

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations, relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d., migration réussie de < 1 sujet  / année)?

Oui

Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.

plusieurs milliers dans chacune

Préciser la tendance dans le nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur >1)?

Non

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

- risque imminent d’extraction de tourbe

Effet d’une immigration de source extérieure

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?

Oui

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

Abondantes

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

improbable en raison de la distance

Des sujets immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?

Oui

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les sujets immigrants à l’endroit en question?

Limité

Analyse quantitative

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Nous tenons à remercier Catherine Jotcham, Wolfgang Maass, Tom Oickle et Pavel Parfenov, qui ont participé aux travaux sur le terrain à diverses étapes de l’étude. Nous avons aussi reçu un appui administratif et financier du Department of Natural Resources de la Nouvelle-Écosse pour les travaux sur le terrain. Le présent rapport a été financé en partie par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada et en partie par une subvention accordée à B.F. par le CRSNG.

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Bousfield, E.L., et M.L. Thomas. 1975. Postglacial changes in the distribution of littoral marine invertebrates in the Canadian Atlantic region. Proc. N.S. Inst. Sci. 27 (suppl. 3), 47-60.

Darwin,C. 1875. Insectivorous Plants. Apple Pub., New York.

Fernald, M.L. 1918. The geographic affinities of the vascular floras of New England, the Maritime Provinces, and Newfoundland. Am. J. Bot. 5: 219-239.

Fernald, M.L. 1950. Gray’s Manual of Botany, 8e éd. American Book Co., Boston.

Freedman, B., W. Maass et P. Parfenov. 1992. The Thread-leaved Sundew, Drosera filiformis, in Nova Scotia: An assessment of risks of a proposal to mine fuel peat from its habitat. Can. Field-Nat. 106: 534-542.

Gleason, H.A. 1952. The New Britton and Brown Illustrated Flora of the Northeastern United States and Adjacent Canada. Hafner Press, New York, NY.

Gleason, H.A., et A. Cronquist. 1991. Manual of Vascular Plants of the Northeastern United States and Adjacent Canada. New York Botanical Garden, New York.

Juniper, B.E., R.J. Robins et D.M. Joel. 1989. The Carnivorous Plants. Academic Press, San Diego.

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Bill Freedman est professeur et chef du Département de biologie à la Dalhousie University, à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Il étudie depuis longtemps les répercussions écologiques de l’activité humaine. Il est auteur de plusieurs ouvrages, dont Environmental Ecology (2e éd., Academic Press) et Environmental Science. A Canadian Perspective (2e éd., Prentice Hall Canada).

Jim Jotcham est directeur de la société de consultants en environnement Marbicon Inc., dont le siège social est situé à Berwick, en Nouvelle-Écosse. Il a participé à de nombreuses études dans les domaines de la foresterie, de la botanique et de l’écologie.

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  • Mark Elderkin, biologiste spécialisé dans les espèces en péril, Division de la flore et de la faune, Department of Natural Resources de la Nouvelle-Écosse, 136 rue Exhibition, Kentville (N.-É.) B4N 4E5.
  • Wolfgang Maass, botaniste, Ketch Harbour (N.-É.)  B0J 1X0.

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