Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Limnanthe de Macoun (Limnanthes macounii) au Canada - Mise à jour

Habitat

Exigences en matière d’habitat

Caractéristiques générales

La limnanthe de Macoun croît dans des milieux dégagés ou des forêts claires, en général près du littoral du Pacifique. Tous les sites sont humides ou submergés en hiver et complètement secs en été. Les dépressions du sol mince recouvrant le roc (forme de mares printanières) et les petits suintements intermittents longeant les fractures du substratum sont de bons exemples de milieux dont le régime hydrique convient à la limnanthe de Macoun.

La plupart des populations croissent presque au niveau de la mer, à des altitudes allant de 5 à 35 m. Plusieurs sites se trouvent toutefois à des altitudes plus élevées pouvant atteindre 195 m.

Climat

Un climat maritime aux hivers doux et humides est essentiel à l’existence de la limnanthe de Macoun. Le macroclimat régional est de type méditerranéen, c’est-à-dire tempéré pluvieux à étés chauds et secs (type Csb de la classification de Köppen). La zone où pousse la limnanthe de Macoun est protégée des pluies par les monts Olympic, les collines Sooke et les montagnes de l’île de Vancouver, et les précipitations y sont les plus faibles de toute l’île de Vancouver. Les précipitations tombent en majeure partie pendant les mois d’hiver, puis diminuent abruptement au printemps, et il y a une sécheresse en été. La période de croissance de la limnanthe de Macoun s’étend depuis la fin septembre ou du mois d’octobre jusqu’en mai; les températures relativement douces et les précipitations abondantes de cette période sont essentielles à la survie de la plante. L’aridité estivale est importante pour que les graines aient une « période de repos ».

La plupart des sites se trouvent à proximité du littoral, où les microclimats sont plus doux que dans l’intérieur. En effet, les températures hivernales du sol sont moins basses que dans l’intérieur, et le milieu est généralement plus humide. Encore une fois, ces deux facteurs sont importants pour la croissance de la limnanthe de Macoun. Les deux facteurs les plus nuisibles au développement et à la croissance de la limnanthe de Macoun sont les basses températures hivernales et les périodes exceptionnellement sèches survenant au début du printemps. Les températures automnales trop basses peuvent nuire à la germination, tandis que les gelées hivernales peuvent tuer la plante. Cependant, selon nos observations, les températures légèrement inférieures au point de congélation (-2 ou -3 ºC environ) ne nuisent pas à la limnanthe et peuvent même empêcher la croissance d’autres espèces qui lui disputent l’espace. L’eau ne manque généralement pas pendant la période de croissance. Une période inhabituelle de temps sec survenant en automne peut nuire aux plantules qui ont levé trop tôt après les premières fortes pluies; cependant, puisque la germination des graines exige qu’une certaine quantité d’eau se soit accumulée dans le milieu, il n’y a pratiquement aucun risque de pénurie d’eau par la suite.

En ce qui concerne les exigences d’éclairement, la limnanthe de Macoun peut être considérée comme une espèce qui ne tolère pas l’ombre, car elle pousse en général dans des milieux dégagés. Lorsqu’elle croît à l’ombre (parmi les grandes graminées des forêts claires), la plante reste grêle et élancée et ne produit habituellement qu’un nombre réduit de nucules.

Caractéristiques physiographiques et topographiques

La limnanthe de Macoun croît sur des rives rocheuses. L’eau s’accumule dans les cannelures glaciaires et les autres dépressions du roc, et les eaux de suintement empruntent les fractures des rochers pour s’écouler vers la mer, ce qui crée autant de milieux propices à la croissance de la limnanthe de Macoun. Le substratum rocheux est surtout d’origine volcanique, sauf dans le secteur de la pointe Yellow et dans les îles Gabriola et Hornby, où c’est du grès. Il faut que la roche soit imperméable pour qu’il y ait formation de mares printanières et que les eaux de suintement restent à la surface par endroits. En général, le substratum n’est pas recouvert de till; s’il l’est (comme dans les sites [3] et [18]), la couche de till est très mince (moins de 15 cm).

Facteurs édaphiques

Les populations de limnanthe de Macoun croissent sur des sols minces, allant de quelques centimètres à une trentaine de centimètres d’épaisseur. Ces sols sont des régosols humiques orthiques, selon la classification du Comité canadien de pédologie (1978), ou des « protorankers » et « mull rankers », selon la classification de Kubiena (1953). Ils sont riches en humus, ce qui leur donne une couleur noire distinctive. Dans la plupart des sites, le sol est riche en éléments nutritifs, notamment en azote et en phosphore. La limnanthe peut tolérer de grandes concentrations d’éléments nutritifs, puisque plusieurs populations poussent autour de rochers où les oiseaux de mer se rassemblent et déposent des couches de guano ([7.1] ou [14]). Des essais préliminaires montrent que les sols sont assez acides (pH < 5,5) et riches en éléments nutritifs (Coger, 1985).

Le principal facteur édaphique est l’abondance d’humidité pendant l’hiver (nappe phréatique à la surface du sol, ou niveau d’eau atteignant environ 5 cm au-dessus de la surface). Le sol reste frais et humide jusqu’à la fin avril, époque à laquelle il commence à s’assécher. Il est complètement sec en l’été.

Caractéristiques biologiques

Selon la classification biogéoclimatique de Krajina (1965), la région où pousse la limnanthe de Macoun appartient à la sous-zone la plus sèche de la zone côtière à douglas. La végétation climacique de la région est constituée de forêts sèches de douglas (Pseudotsuga menziesii), où cet arbre peut être associé à l’arbousier d’Amérique (Arbutus menziesii) et au chêne de Garry (Quercus garryana); le sous-étage est occupé par le mahonia à nervures saillantes (Mahonia nervosa), la fétuque occidentale (Festuca occidentalis) et une mousse, l’Eurhynchium oreganum. Les peuplements clairs de chêne de Garry (Quercus garryana) sont caractéristiques de la partie la plus sèche de la zone côtière à douglas.

La limnanthe de Macoun pousse dans les formations végétales suivantes (des photographies ont été remises au COSEPAC) :

  1. Mares printanières – dépressions ouvertes où poussent un grand nombre d’espèces annuelles ([5.4], [21.1], [23.1], [24.1], [24.3], [29.6], etc.).
  2. Suintements éphémères le long de versants dégagés ([10.5], [13.1], [21.2], [22.4], [26.2], [28.4], etc.).
  3. Lieux de rassemblement des goélands – dépressions humides et extrémité des suintements, là où ces oiseaux se rassemblent et se nourrissent, zones extrêmement riches en éléments nutritifs ([7.1], [14.1] et [16.1]).
  4. Forêts claires – dépressions et milieux suintants des forêts mixtes claires de douglas, de chêne de Garry, d’arbousier d’Amérique, de genévrier des Rocheuses (Juniperus scopulorum) ou de pin tordu (Pinus contorta) ([5.9], [6.1], [11.1] et [29.1]).

Les populations de limnanthe de Macoun sont plus viables dans les sols minces que dans les sols profonds. Dans les sols minces (jusqu’à 4 cm environ), l’espèce ne semble pas subir la concurrence de graminées vivaces introduites, comme les agrostides (Agrostis spp.), le dactyle pelotonné (Dactylis glomerata), l’ivraie vivace (Lolium perenne) et la houlque laineuse (Holcus lanatus), ni de certains arbustes, comme le genêt à balai (Cytisus scoparius) et la ronce discolore (Rubus armeniacus).

Tendances en matière d’habitat

Les milieux qui conviennent à la limnanthe de Macoun sont en voie de disparition. La savane à chêne de Garry qui recouvrait autrefois la partie méridionale de l’île de Vancouver a régressé. Lea (2002) a estimé que seulement 5 p. 100 de la superficie initiale des écosystèmes à chêne de Garry subsiste encore dans un état plus ou moins naturel. Dans les environs de Victoria, la majorité des forêts claires de chênes de Garry et des prairies sur sol mince ont été utilisées pour la construction domiciliaire, et de nombreux milieux naturels convenant à la limnanthe de Macoun ont disparu. De même, bon nombre de milieux dégagés où poussaient des plantes indigènes associées au chêne de Garry ont disparu, victimes du développement, notamment à « Cloverdale », à Royal Oak, à Oak Bay et dans la péninsule de Saanich.

Avant l’introduction des plantes fourragères européennes, les milieux dégagés indigènes du sud de l’île de Vancouver ne comptaient que quelques graminées vivaces, comme la danthonie de Californie (Danthonia californica), l’élyme glauque (Elymus glaucus), la fétuque de Roemer (Festucaroemeri) et la koelérie à crêtes (Koeleria micrantha), ainsi que quelques plantes graminoïdes vivaces, comme le Carex tumulicola. Aucune de ces plantes ne fait véritablement concurrence à la limnanthe de Macoun, parce qu’elles ont des besoins écologiques différents et sont rarement présentes aux mêmes endroits.

De plus, ce qui reste de la végétation à chêne de Garry a été profondément modifié. Les plantes introduites y forment maintenant près de 50 p. 100 de toutes les espèces vasculaires, et les graminées vivaces introduites dominent maintenant la strate herbacée. Le genêt à balai (Cytisus scoparius), capable de fixer l’azote atmosphérique, a fini par modifier la structure et la composition des chênaies que le développement n’avait pas encore touchées.

Les graminées vivaces, comme la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), le dactyle pelotonné (Dactylis glomerata), les agrostides (Agrostis capillaris et A. stolonifera), la houlque laineuse (Holcus lanatus), l’ivraie vivace (Lolium perenne) et le pâturin des prés (Poa pratensis), ont modifié la strate herbacée. Certaines graminées annuelles introduites jouent aussi un rôle important dans les milieux où pousse la limnanthe de Macoun. Ce sont la cynosure hérissée (Cynosurus echinatus), la canche précoce (Aira praecox), la canche caryophyllée (Aira caryophyllea), la vulpie faux-brome (Vulpia bromoides), la vulpie queue-de-rat (Vulpia myuros), le brome mou (Bromus hordeaceus) et le brome à grappes (Bromus racemosus). Ces graminées annuelles ne concurrencent pas directement la limnanthe de Macoun pour l’espace, comme le font les graminées vivaces, mais elles contribuent grandement à l’accumulation de sol et au remplissage des dépressions humides.

Protection des habitats et propriété des terrains

Toutes les formes de tenure sont représentées parmi les terrains où pousse la limnanthe de Macoun, comme le résume le tableau 1.

On a établi à l’île Trial une réserve écologique visant à protéger la limnanthe de Macoun. Les parcs provinciaux, régionaux et municipaux assurent à l’espèce une certaine protection, mais la conservation des plantes rares n’est généralement pas le principal objectif de ces parcs. Les populations et sous-populations qui se trouvent sur des terrains privés, dans des réserves indiennes ou dans un terrain de golf ne sont pas protégées, sauf dans un cas, où un covenant de conservation a été conclu.

Tableau 1. Nombre de sous-populations soumises aux diverses formes de tenure
Réserve écologique3
Lieu historique national3
Parc provincial7
Parc du District régional de la capitale3
Parc municipal8
Ministère de la Défense nationale27
Autre terrain fédéral2
Réserve de Première nation17
Terrain de golf4
Terrain privé25
Total99