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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Limnanthe de Macoun (Limnanthes macounii) au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Deux conditions écologiques sont essentielles à une bonne croissance de la limnanthe de Macoun :

  1. un sol dégagé;
  2. une humidité suffisante pendant la saison de croissance, d’octobre à mars.

Depuis le rapport du COSEPAC de 1988, 16 sous-populations, soit le tiers des sous-populations énumérées dans ce rapport, sont disparues. Les causes de ces disparitions donnent une très bonne image des menaces pesant sur l’espèce.

Il y a trois catégories de menaces :

  1. les activités humaines;
  2. la concurrence des espèces végétales introduites;
  3. les animaux nuisibles.

1) Activités humaines

Les activités humaines sont directement responsables de la disparition de plusieurs populations. Une véranda a été construite au-dessus d’une dépression où poussait la limnanthe de Macoun [27], et un terrain où se trouvait un site a été loti et bâti [15]. Une des plus grandes sous-populations connues au moment de la rédaction du rapport de 1988 [3.2] a presque été éliminée (réduite à moins de 50 individus) lorsque les restes d’un bâtiment de deux étages ont été brûlés dans une dépression qui abritait cette sous-population. Récemment, une sous-population du cap Gordon, pourtant protégée par un covenant [26.4], est disparue lorsque la dépression humide a été remplie de gravier. Ce site a été rétabli en novembre 2003 et fait l’objet d’une surveillance. Toutes les sous-populations se trouvant sur des propriétés privées à l’ouest du parc Devonian [de 11.2 à 11.5] ont disparu lorsque cette zone a été bâtie.

Lorsqu’un site n’est pas directement détruit par les activités humaines, une modification de son régime hydrique (comme l’interruption d’un suintement dont la plante dépend) peut entraîner un déclin de la population.

Les activités humaines sont par contre bénéfiques pour plusieurs sites de la grande région de Victoria, où la limnanthe de Macoun pousse dans des zones fortement piétinées [18] et [24]. Dans ce cas, le piétinement aide à garder dégagé le terrain où pousse la limnanthe et à réduire la concurrence des plantes introduites. En hiver, les usagers des parcs évitent les zones humides, et les populations de limnanthe de Macoun ne sont pas dérangées. En été, par contre, ils les utilisent beaucoup, ce qui supprime les graminées ordinaires de pelouse (Lolium perenne, Agrostis capillaris, etc.) ainsi que les autres graminées (Dactylis glomerata, Anthoxanthum odoratum, Cynosurus echinatus, etc.).

Le piétinement semble également bénéfique pour les sous-populations du parc provincial Ruckle [28]et du Yellow Point Lodge [30]. Cette situation pourrait cependant changer si le piétinement finit par bénéficier à des plantes concurrentes qui y sont adaptées. Dans la région de Victoria, le Poa bulbosa et le Trifolium subterraneum se sont répandus dans l’habitat de la limnanthe de Macoun au cours des deux dernières décennies, et les populations du parc provincial Ruckle sont menacées par le Soliva sessilis, introduit à la faveur de la fréquentation humaine.

2) Concurrence des espèces végétales introduites

Les plantes introduites constituent l’une des plus graves menaces qui pèsent sur la limnanthe de Macoun. Les principales espèces dominantes des phytocénoses à chêne de Garry et des milieux dégagés connexes sont des plantes européennes introduites. De même, les principales composantes des peuplements où pousse la limnanthe de Macoun sont des espèces introduites (des tableaux énumérant les espèces associées ont été remis au COSEPAC).

Deux arbustes introduits, le Cytisus scoparius et l’Ulex europaeus, ont une grande incidence sur la végétation côtière et peuvent faire de l’ombre sur les zones humides où croît la limnanthe de Macoun. Le Cytisus scoparius est présent dans près du tiers (30 p. 100) des relevés, tandis que l’Ulex europaeus est moins fréquent (3,3 p. 100), limité aux propriétés du MDN de Rocky Point et de la pointe Gonzales.

Le lierre commun (Hedera helix) a contribué au déclin et à la disparition de deux sous-populations, à l’anse Glencoe [26.1 et 26.3].

La concurrence des graminées cespiteuses introduites et les activités humaines ont été les principales causes de disparition de populations de limnanthe de Macoun. Toutes les populations perdues par suite de la concurrence d’espèces végétales introduites étaient petites à l’origine, ne renfermant pas plus de 50 individus. Par ailleurs, les 16 populations dont l’effectif est actuellement à la baisse et qui sont maintenant considérées comme « petites » risquent de disparaître au cours des 10 à 15 prochaines années.

Les graminées introduites font directement concurrence à la limnanthe de Macoun, et la superficie de sol dégagé diminue dans les dépressions humides et les zones de suintement. Par ailleurs, les graminées cespiteuses produisent de la biomasse qui s’accumule dans les dépressions et les rend plus sèches et moins propices à la croissance de la limnanthe de Macoun et d’autres annuelles indigènes.

C’est la concurrence des espèces introduites qui a entraîné la perte de 7 des 18 sous-populations disparues. La concurrence a également beaucoup contribué au déclin d’autres populations. En effet, chez toutes les populations dont l’effectif a diminué depuis le rapport de 1988, ce déclin est dû à la concurrence d’espèces introduites.

Les graminées vivaces introduites constituent la plus grave des menaces pour les populations de limnanthe de Macoun. (Dans les listes suivantes, les espèces sont présentées en ordre de constance décroissante, et les pourcentages indiquent la fréquence de chaque espèce par miles, 89 sites étudiés.)

  • Holcus lanatus - 55,1 %
  • Agrostis capillaris et A. gigantea - 49,4
  • Dactylis glomerata - 41,6
  • Lolium perenne - 32,6
  • Anthoxanthum odoratum - 29,2
  • Agrostis stolonifera - 18,0
  • Cynosurus cristatus - 5,6
  • Poa bulbosa - 4,5
  • Poa pratensis ? - 4,5

Les graminées qui forment de grosses touffes (Dactylis glomerata) ou des peuplements denses (Agrostis capillaris, A. gigantea et Lolium perenne) sont les plus nuisibles aux populations de limnanthe de Macoun. Le Dactylis glomerata et les Agrostis spp. poussent dans toute la zone où la limnanthe de Macoun est présente. Les peuplements denses d’Holcus lanatus et d’Anthoxanthum odoratum contribuent à l’accumulation de matière organique. Le Lolium perenne est un problème dans les zones urbaines. Le Poa bulbosa a commencé à se répandre dans les zones urbaines autour de Victoria il y a cinq ou dix ans; depuis quelques années, il forme une population de plus en plus dense dans le site de limnanthe de Macoun. Le Lolium perenne a tendance à disparaître des sites de limnanthe piétinées par les gens, tandis que le Poa bulbosa peut tolérer le piétinement ou même augmenter dans les zones piétinées; ce dernier pourrait donc constituer une menace pour les sites se trouvant dans des parcs municipaux.

Les graminées annuelles sont très communes dans les sites de limnanthe de Macoun. Le Vulpia bromoides, le Vulpia myuros, le Cynosurus echinatus et le Bromus hordeaceus sont omniprésents dans presque tous les sites. Cependant, comme leur croissance maximale survient à une époque où la limnanthe de Macoun est déjà en fruit, ils ne font absolument pas concurrence à cette espèce pour l’espace. L’Aira praecox et l’Aira caryophyllea sont également fréquents dans les sites, mais leur petite taille fait qu’ils ne constituent pas un problème.

  • Aira praecox - 74,2 %
  • Cynosurus echinatus - 32,6
  • Bromus hordeaceus - 18,0
  • Aira caryophyllea - 2,2
  • Vulpia bromoides - 2,2
  • Vulpia myuros - 1,1

Outre ces graminées annuelles, d’autres graminées introduites, comme le Bromus racemosus, sont abondantes dans certains sites. Cependant, comme leurs graines commencent à germer plus tard, ces espèces ne figurent pas dans les relevés, et elles ne font pas directement concurrence à la limnanthe de Macoun.

Toutes les graminées introduites contribuent cependant à l’accumulation de matière organique dans le sol et au remplissage des mares printanières. S’ajoutant à la concurrence directe, ce facteur contribue lui aussi à la disparition des populations de limnanthe de Macoun, puisque les mares printanières deviennent ainsi plus sèches et donc moins propices à la croissance de la plante.

Dans certains parcs, notamment les parcs Cattle Point, Uplands et Saxe Point, plusieurs populations de limnanthe de Macoun se trouvent à des endroits où elles sont piétinées par les usagers. Ces milieux conviennent à la limnanthe parce que la concurrence des graminées y est réduite. Pendant la saison de croissance de la limnanthe de Macoun, ces zones sont en général humides, et les gens les évitent. Par ailleurs, les deux sous-populations connues qui se trouvent à des endroits où les oiseaux se reposent [7.1] et [14.1] sont en augmentation, parce que les oiseaux y mangent les graminées vivaces et remuent la surface du sol.

Les graminées introduites suivantes sont communes dans les sites de la limnanthe de Macoun pendant sa période de croissance.

  • Geranium molle - 67,4
  • Stellaria media - 61,8
  • Plantago lanceolata - 55,1
  • Hypochaeris radicata - 51,7
  • Geranium pusillum - 32,6
  • Leontodon taraxacoides - 30,3
  • Erodium cicutarium - 18,0
  • Taraxacum officinale - 3,4
  • Ranunculus repens - 1,1

Les espèces exotiques ayant des rosettes de feuilles basilaires (Plantago lanceolata, Hypochaeris radicata, Bellis perennis, Leontodon taraxacoides, Erodium cicutarium, etc.) sont, avec les graminées cespiteuses introduites, les principales concurrentes de la limnanthe de Macoun.

Le trèfle souterrain (Trifolium subterraneum) et le soliva sessile (Soliva sessilis) sont deux espèces assez récemment introduites :

  • Trifolium subterraneum - 9,0
  • Soliva sessilis - 2,2

Le trèfle souterrain (Trifolium subterraneum) a été introduit en Colombie-Britannique il y a une quarantaine d’années et signalé pour la première fois dans la région de Becher Bay (Ceska, 1975). Aujourd’hui, c’est une plante commune dans les propriétés du MDN à Rocky Point, qui fait intrusion dans plusieurs populations de limnanthe de Macoun. Dans la région de Victoria, le trèfle souterrain est devenu une mauvaise herbe dans les pelouses de la ville; il est présent dans plusieurs sites de limnanthe de Macoun (p. ex. [3] et [20]).

Au Canada, le soliva sessile (Soliva sessilis) n’a jusqu’à présent été observé que dans le parc Ruckle, à l’île Saltspring, où Frank Lomer l’a récolté pour la première fois en 1996 (Lomer, 1997). Dans plusieurs sous-populations du parc Ruckle [28], il pousse en mélange avec la limnanthe de Macoun.

L’écologie et la phénologie du Trifolium subterraneum et du Soliva sessilis sont semblables à celles de la limnanthe de Macoun. Ce sont des annuelles d’hiver dont les graines germent en hiver, et leurs exigences en matière d’eau sont semblables, puisqu’elles croissent dans des dépressions humides. Les deux espèces poussent dans des conditions plus sèches que la limnanthe de Macoun, et elles ne constituent pas un grand danger pour les sites humides de cette espèce. Par contre, elles font toutes deux concurrence à la limnanthe de Macoun dans les sites plus secs que ses conditions optimales de croissance. Dans ces sites, leur concurrence peut réduire la population de limnanthe de Macoun.