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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Musaraigne de Bendire (Sorex Bendirii) au Canada - Mise à jour

Besoins en matière d’habitat

En Oregon et au Washington, la musaraigne de Bendire est associée aux marais de choux puants (Lysichiton americanum), aux habitats d’aulnes rouges (Alnus rubra) riverains et lotiques, ainsi qu’aux forêts humides denses de cèdre rouge de l’Ouest (Thuja plicata) (Maser et al., 1984; Johnson et Cassidy, 1997; Verts et Carraway, 1998). McComb et al. (1993) ainsi que Gomez et Anthony (1998) ont montré des taux de capture sensiblement plus élevés dans les habitats riverains que dans les milieux secs; Gomez et Anthony (1998) ont conclu que cette musaraigne était une espèce obligatoire de l’habitat riverain. Anthony et al. (1987), qui ont comparé les captures de petits mammifères à l’extrémité de cours d’eau (~ 1 m de l’extrémité du cours d’eau) et dans la lisière riveraine (15-25 m du cours d’eau), ont capturé la musaraigne de Bendire uniquement dans les transects d’extrémité de cours d’eau. Cependant, d’autres chercheurs l’ont capturée à 25-350 m de cours d’eau dans des forêts riveraines et de haute terre matures (McComb et al., 1993; Gomez et Anthony, 1998). West (1991) a signalé des captures dans les forêts sèches de Douglas taxifoliés (Pseudotsuga menziesii) à des distances considérables de l’eau (aucune distance réelle établie). On ignore si les individus capturés loin de l’eau sont résidants ou de passage. En raison du petit nombre de captures de musaraigne de Bendire, les petites tailles des échantillons de la plupart des études de l’habitat restreignent les analyses statistiques. Néanmoins, les données de captures donnent fortement à penser que la musaraigne de Bendire est plus abondante dans des stades biotiques de forêts anciennes que dans les forêts jeunes (Aubry et al., 1991; McComb et al., 1993; Gomez et Anthony, 1998). Dans l’Olympic National Forest de l’État de Washington, Lomolino et Perault (2001) n’ont jamais détecté cette espèce dans les habitats de coupe à blanc.

Au Canada, l’utilisation de l’habitat est sans doute similaire à celle des populations de l’Oregon et de l’État de Washington, même si les données sur l’habitat sont restreintes aux captures ou observations occasionnelles. Brooks (1902) a signalé que l’espèce utilisait les bois denses et les marécages dans la vallée de la rivière Chilliwack. L’habitat des 3 individus capturés par Zuleta et Galindo-Leal (1994) était des ruisseaux de forêts de conifères (cèdre rouge de l’Ouest, pruche occidentale, Tsuga heterophylla) ou des forêts mixtes (érable grandifolié, Acer macrophyllum, Douglas taxifolié) dont le couvert forestier dépasse 50 p. 100. En se fondant sur les données de capture en Colombie-Britannique relatives à l’habitat, Craig (2003) a élaboré un modèle d’habitat pour un système de classement en quatre catégories. Le modèle suppose que les habitats riverains des forêts matures (stades structurels 4-7) de thuya géant ou de pruche occidentale et les forêts décidues(stades structurels 4-7) ou de conifères matures associées aux marais ou aux terres humides constituent l’habitat idéal pour cette espèce. Le modèle suppose également que l’espèce est généralement présente à au plus 60 m de ruisseaux ou de terres humides. Toutefois, comme l’a noté Craig (2003), il faudra disposer de davantage de données sur l’habitat, y compris la couverture de terres humides et les habitats anthropiques, pour raffiner le modèle. Il est également impératif de tester le modèle et de le vérifier à l’aide de relevés terrestres réels. L’espèce a été capturée en Colombie-Britannique dans des zones herbeuses non boisées longeant des fossés et des bourbiers bien que les habitats boisés y soient importants (Craig et Vennesland, 2004a). Jackson (1951) a effectué la capture la plus inhabituelle pour ce qui est de l’habitat; il s’agissait de 9 musaraignes de Bendire à Point Grey, à Vancouver, dans des débris sur des plages océaniques près de bassins alimentés par une source d’eau douce.

Tendances en matière d’habitat

Il n’existe pas de données précises sur les tendances de l’habitat de la musaraigne de Bendire ni de données quantitatives sur le taux de perte d’habitat au cours des 10 dernières années. Toutefois, il est possible d’inférer des tendances générales à partir d’études des changements des types de terre (Moore, 1990; Boyle et al., 1997) et de la perte de terres humides et de cours d’eau (ministère des Pêches et des Océans, 1998; Moore et al., 2003). Malheureusement, ces études ne s’appliquent généralement qu’à une partie des habitats occupés par la musaraigne de Bendire et n’abordent pas l’étendue de la perte de l’habitat pendant la dernière décennie. Néanmoins, elles montrent que, historiquement et au cours de la dernière décennie, des habitats forestiers et riverains ont disparu de cette aire de répartition de l’espèce.

Selon Boyle et al. (1997), une grande partie du bassin du Bas-Fraser était, avant 1820, couvert d’une forêt de conifères dense et mature. La zone comportait également d'importants milieux humides, tels que des tourbières basses, des marais, des bogs et des forêts marécageuses. Dans les années 1930, de grandes zones avaient déjà été exploitées et défrichées à des fins agricoles (tableau 1). À la suite de l’assèchement et de la construction de digues, les milieux humides d’eau douce de cette région ont rétréci d’environ 87 p. 100 entre l’arrivée des Européens, dans les années 1820, et 1990. Par exemple, le lac Sumas et ses milieux humides connexes (une zone où la musaraigne de Bendire a été signalée à la fin des années 1880) ont été asséchés et poldérisés en 1924, ce qui a entraîné la perte d’environ 8 000 ha de terrain marécageux et de bourbiers (Moore, 1990). Moore et al. (2003) ont mené une étude détaillée qui quantifiait la perte récente de milieux humides dans la région. En comparant l’inventaire de données de 1989 de Ward et al. (1992) et des orthophotographies de 1999, ils ont évalué des changements dans 320 milieux humides d’eau douce. Environ 22 p. 100 des terres humides ont subi un certain empiétement occasionné par l’aménagement urbain ou agricole, se traduisant par la perte de 965 ha (tableau 2), la plupart à des fins agricoles telles que la culture de canneberges. Le ministère des Pêches et des Océans (1998) a évalué les répercussions des modifications de l’habitat et de la qualité de l’eau sur 662 cours d’eau contenant des poissons dans la vallée du Bas-Fraser (tableau 3). Ils ont observé que seulement 14 p. 100 étaient toujours dans un état sauvage; 15 p. 100 des cours d’eau sont disparus.

Tableau 1. Changements dans la couverture terrestre de l’écosystème du bassin du Bas-Fraser d’avant 1820 à 1990. Modifié de Boyle et al. (1997). La liste inclut uniquement les types de couverture terrestre utilisés par la musaraigne de Bendire (Sorex bendirii). Les valeurs entre parenthèses représentent le pourcentage du total de couverture terrestre, y compris les catégories non utilisées par la musaraigne.
Couverture terrestreAvant 182019301990
Conifères
590 800 (71)
412 000 (50)
445 800 (54)
Décidue/mixte
8 200 (1)
71 800 (8)
4 000 (0)
Tourbière basse
56 000 (7)
5 500 (1)
2 400 (0)
Marécage/bog/marais
27 100 (3)
10 800 (1)
9 700 (1)
Agricole
0
81 000 (9)
132 100 (16)
Urbaine
0
25 000 (3)
86 300 (10)
Défrichée
0
79 200 (10)
8 600 (1)

 

Tableau 2. Changements de 1989 à 1999 dans 320 milieux humides de la région du Bas-Fraser (tiré de Moore et al., 2003)
Type d’empiétementSuperficie perdue (ha)% de la superficie totale perduNombre de milieux humides affectés
Agricole
404
42
26
Terrains de golf
244
25
4
Décharges
150
16
1
Industriel
64
7
19
En transition
49
5
12
Résidentiel
38
4
11
Commercial
9
1
6
Transport
6
1
14
Tous
965
101
 

 

Tableau 3. Situation des 662 cours d’eau contenant des poissons dans la vallée du Bas-Fraser (tiré du ministère des Pêches et des Océans, 1998)
ZoneEncore sauvageEn périlMenacéeDisparueNote de tableaua
Steveston-Langley
0
95
8
45
Abbotsford à Hope
27
142
58
6
Rivière Stave à Hope
22
36
72
6
Vancouver Ouest à Rivière Stave
57
102
43
60
Total
106
375
181
117
Pourcentage du total
14
48
23
15
Note de tableau a

N’existe plus : ponceau, pavage, drainage, remplissage.

Retour à la référence de la note tableaua

Protection et propriété

La superficie de l’habitat protégé par la loi est inconnue. Les zones protégées se limitent à 26 parcs provinciaux et régionaux (voir Protection actuelle ou autres désignations de statut). Les terres domaniales situées à l’intérieur de l’aire de répartition connue incluent quatre propriétés du ministère de la Défense nationale (1 437 ha) et environ 62 terres de réserves indiennes (8 533 ha). Ces diverses terres domaniales sont petites et fragmentées. La superficie de l’habitat situé sur des terres publiques provinciales est petite et s’établit probablement à moins de 20 p. 100. Une grande partie de l’habitat de la musaraigne de Bendire au Canada se trouve sur des terres privées. La province a élaboré le document Best Management Practices Guidelines for Pacific Water Shrew in Urban and Rural Areas (Craig et Vennesland, 2004b), qui fournit aux municipalités des lignes directrices détaillées sur la protection de l’habitat de la musaraigne de Bendire, y compris une recommandation visant l’établissement de zones tampons de 100 m autour des cours d’eau ou des milieux humides.