Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Musaraigne de Bendire (Sorex Bendirii) au Canada - Mise à jour

À l’exception de l’alimentation et de l’habitat, la biologie fondamentale de cette espèce a été très peu étudiée. L’information sur les caractéristiques du cycle vital se réduit à une étude d’individus en captivité (Pattie, 1969), une seule étude des habitudes alimentaires (Whitaker et Maser, 1976), des observations dans divers résumés régionaux sur les mammifères (voir par exemple, Maser et Franklin, 1974; Maser et al., 1984; Nagorsen, 1996; Verts et Carraway, 1998) et des données concernant des spécimens de musée. Il est également possible d’inférer certains aspects du cycle biologique à partir d’études effectuées sur la musaraigne palustre (Conaway, 1952; Calder, 1962), une musaraigne aquatique de taille comparable ayant des besoins écologiques similaires. Même s’il s’agit d’une musaraigne aquatique présentant plusieurs adaptations anatomiques à un tel mode de vie, il est possible que le cycle biologique de la musaraigne de Bendire possède les caractéristiques types des musaraignes de régions tempérées, soit un taux métabolique élevé ainsi qu’une durée de vie courte.

Cycle vital et reproduction

La musaraigne de Bendire est fondamentalement insectivore; cependant, elle consomme également certains animaux vertébrés et des matières végétales. Pattie (1969) a vu cette musaraigne se nourrir sous l’eau. Plusieurs spécimens de musée récents sont des individus qui se sont noyés dans des nasses à vairon submergées, ce qui constitue une autre preuve de l’alimentation sous l’eau. Dans le cadre d’une étude menée sur les côtes de l’Oregon, Whitaker et al. (1976) ont signalé 26 types d’aliments, les larves d’insecte, les limaces, les escargots, les éphémères et les vers de terre étant les proies dominantes. Au moins 25 p. 100 des proies étaient aquatiques. Parmi les cinq espèces de musaraignes étudiées par Whitaker et al. (1976), la musaraigne de Bendire était la seule espèce ayant fait des éphémères et des vers de terre ses principales proies. Les autres données sur l’alimentation se limitent à des observations anecdotiques. Lampman (1947) a signalé une musaraigne aquatique (identifiée selon le site comme un S. bendirii, voir Verts et Carraway, 1998) capturant un alevin de saumondans un petit bassin peu profond. Maser et Franklin (1974) ont noté que, sur la côte de l’Oregon, un escargot terrestre (Haplotrema vancouverense) est fréquemment consommé par la musaraigne de Bendire. Le H. vancouverense est présent dans des habitats boisés de la vallée du Fraser en Colombie-Britannique (Forsyth, 2004). Les données alimentaires de la population canadienne sont rares. L’étiquette d’un spécimen de muséecapturé le 8 juillet 1929 à Peardonville comportait la note suivante : « l’estomac contenait des coléoptères aquatiques, des vers, des insectes ». Glen Ryder (comm. pers.) a observé des musaraignes de Bendire se nourrissant de salamandres et de larves de libellules en Colombie-Britannique.

Il n’existe pas non plus de données sur la reproduction pour la population canadienne. En Oregon, la saison de reproduction s’étend de février à août (Maser et al., 1984). Des femelles gravides ont été observées en avril et en mai, et on a trouvé des nouveau-nés en mars. La taille des portées de trois femelles d’Oregon variait de cinq à sept petits (Verts et Carraway, 1998). Le nombre de portées d’une femelle au cours de la saison de reproduction n’a pas été documenté, mais il pourrait s’établir à deux ou trois, comme chez la musaraigne palustre(Conaway, 1952). Selon Pattie (1969), les mâles n’atteignent pas la maturité sexuelle pendant leur premier été et leur premier accouplement se produit vers l’âge de 10 mois. Conaway (1952) a signalé un régime similaire de maturité sexuelle chez les musaraignes palustres mâles. L’âge de la maturité sexuelle de la musaraigne de Bendire femelle est inconnu mais, chez la musaraigne palustre, il est fréquent queles femelles deviennent gravides pendant leur premier été (Conaway, 1952). La durée de vie maximale serait d’environ 18 mois, soit une durée similaire à celle de la musaraigne palustre (Conaway, 1952). En supposant que la plupart des femelles ne se reproduisent pas pendant leur premier été, la durée de génération est d’environ un an.

La structure de la population et les taux de mortalité sont inconnus.

Prédateurs

Maser et al. (1984) ont supposé que les hiboux, les chats domestiques, les poissons et les grandes salamandres (Dicamptodon tenebrosus) faisaient leur proie des musaraignes de Bendire. Le crâne d’une musaraigne de Bendire a été récupéré dans une pelote de régurgitation d’une Effraie des clochers (Tyto alba) trouvée près du bog Burns, en Colombie-Britannique. Galindo-Leal et Runciman (1994) ont suggéré que les chats domestiques en étaient un prédateur important.

Physiologie

Il n’existe pas de recherche sur les besoins physiologiques. Comme il est habituel chez toutes les espèces du genre Sorex, elle aurait un taux métabolique élevé ainsi que de grands besoins d’énergie. Des musaraignes palustrescaptives, par exemple, ont consommé 10,3 grammes de nourriture par jour (Conaway, 1952). Les caractéristiques physiques et chimiques (par exemple, température, pH, salinité, turbidité, qualité de l’eau) des habitats aquatiques tolérés par la musaraigne de Bendire n’ont pas été documentées, bien que l’espèce soit associée aux habitats aquatiques.

Déplacements et dispersion

Il n’existe pas d’information sur les régimes ou les mouvements de dispersion. Maser et al. (1984) ont noté que, pendant les pluies d’hiver, les jeunes de l’année avaient tendance à se disperser; Maser et Franklin (1974) ont signalé que cette musaraigne était « capturée à de grandes distances de l’eau pendant la saison la plus humide », mais sans fournir de détails précis. Craig et Vennessland (2004a) ont suggéré que la plupart des déplacements seraient probablement linéaires, le long des habitats riverains ou de bord de l’eau. Toutefois, McComb et al. (1993) ont capturé cette musaraigne jusqu’à 350 m de cours d’eau dans des forêts de haute terre matures, ce qui donne à penser qu’elle se dispersera dans les forêts qui manquent d’eau stagnante. L’étendue de sa dispersion dans des forêts perturbées ou des habitats anthropiques, tels que les champs cultivés, les fossés de drainage longeant les terres agricoles, ainsi que les zones urbaines, est inconnue. Toutefois, les routes asphaltées, les terres agricoles cultivées et les zones urbaines constitueraient sans doute d’importantes barrières aux déplacements.

Malgré le manque d'information sur la dispersion, l’aire de répartition canadienne de cette espèce semble fragmentée. En raison de l’intense aménagement urbain et agricole, la fragmentation est le plus marquée dans la municipalité de Vancouver et dans les zones du côté sud du fleuve Fraser. Zuleta (1993) a estimé que, des 270 fragments de forêt (la plupart de < 50 ha) de la zone de Langley, seulement 61 (23 p. 100) possédaient des forêts riveraines convenables pour la musaraigne de Bendire. Une récente analyse du SIG visant la zone d’Aldergrove (figure 4) montre l’ampleur de la fragmentation. Les fragments de forêt restants sont petits, largement dispersés et séparés par de grandes zones urbaines et agricoles. Même les cours d’eau et les milieux humides dotés d’une zone tampon de 100 m, comme le recommandent les Best Management Practices Guidelines for Pacific Water Shrew in Urban and Rural Areas (Craig et Vennesland, 2004b), sont également isolés.

Figure 4. Carte provenant d’une analyse SIG et illustrant la fragmentation de l’habitat dans la région d’Aldergrove, dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique.

Figure 4.   Carte provenant d’une analyse SIG et illustrant la fragmentation de l’habitat dans la région d’Aldergrove, dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique.

Relations interspécifiques

Quatre autres espèces de musaraignes sont sympatriques avec la musaraigne de Bendire dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique : la musaraigne cendrée (Sorex cinereus), la musaraigne sombre (Sorex monticolus), la musaraigne de Trowbridge (Sorex trowbridgii) et la musaraigne errante(Sorex vagrans). En raison des différences dans la taille corporelle, l’alimentation, le comportement et le microhabitat (Nagorsen, 1996), la compétition avec la musaraigne de Bendire est probablement minime. Cependant, la compétition avec la musaraigne palustre, une musaraigne aquatique de taille similaire à la musaraigne de Bendire, est possible. Les deux espèces sont généralement allopatriques dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique; elles sont séparées par l’altitude (Nagorsen, 1996), mais leur répartition est parapatrique dans des zones du sud de la chaîne Côtière, du côté nord du Fraser et dans la vallée de la rivière Chilliwack. On ne sait pas dans quelle mesure ce régime de répartition est maintenu par l’exclusion compétitive.

Adaptabilité

Semi-aquatique, la musaraigne de Bendire peut nager et plonger sous l’eau. L’air retenu sous le pelage lui permet de flotter et assure peut-être une isolation lorsqu’elle est dans l’eau. Les mouvements de nage sont produits par des coups alternes des membres postérieurs. Pattie (1969) a observé des périodes de nage allant jusqu’à 3,5 minutes chez des individus captifs. Les plongées sous l’eau ne durent probablement pas plus de 60 secondes (Calder, 1969). Churchfield (1990) a signalé que, malgré leur mode de vie semi-aquatique, la musaraigne aquatique européenne (Neomys fodiens) et les musaraignes aquatiques nord-américaines (S. bendirii, S. palustris) ne sont pas, sur le plan physiologique, adaptées à la plongée. Leurs spécialisations pour la nage sont rudimentaires : pieds postérieurs fimbriés, pelage résistant à l’eau et grande taille corporelle réduisant la perte de chaleur. La musaraigne de Bendire peut manifestement se déplacer sur la surface de l’eau sans se submerger pendant trois à cinq secondes. Vraisemblablement, cette espèce toilette et sèche fréquemment son pelage après avoir nagé, à l’instar de la musaraigne palustre(Calder, 1969) et de la musaraigne aquatique européenne (Vogel, 1990), afin de réduire la conductance thermique et la perte de chaleur. Pattie (1969) a observé des individus captifs cachant des excédents de vers de terre après les avoir immobilisés par une série de morsures. La musaraigne de Bendire n’est pas en mesure d’entrer en léthargie quotidiennement (McNab, 1991) et la cache de nourriture serait une importante stratégie d’alimentation visant à faire face à des pénuries périodiques.

L’estimation de Harris (1984) l’établissant à 1,09 ha constitue la seule donnée sur la taille du domaine vital. Cependant, Harris (1984) n’a pas fourni de renseignements sur la source de cette estimation. En se fondant sur cette donnée et en supposant que le domaine vital d’une musaraigne de Bendire serait de 25 m de largeur en bordure de l’eau, Craig et Vennesland (2004a) ont calculé que le domaine vital s’étendrait sur environ 400 m le long d’un plan d’eau. Il n’existe pas de données sur la structure sociale de cette musaraigne ni sur l’étendue du chevauchement de domaines vitaux. Il sera nécessaire de mener des études télémétriques afin de définir la taille du domaine vital et la structure sociale de l’espèce.