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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'oreillard maculé (Euderma maculatum) au Canada

COSEPAC Résumé

Oreillard maculé
Euderma maculatum

Information sur l’espèce

La classification de l’oreillard maculé (Euderma maculatum) est la suivante : ordre des Chiroptères, famille des Vespertilionidés, tribu des Plecotini. Le genre ne comprend qu’une seule espèce, et aucune sous-espèce n’est reconnue. Avec son pelage noir semé de grosses taches blanches sur le croupion et les épaules et ses énormes oreilles, l’oreillard maculé est la chauve-souris la plus spectaculaire du Canada.

Répartition

L’aire de répartition mondiale de l’oreillard maculé s’étend du Mexique au sud de la Colombie-Britannique, au Canada, en passant par l’ouest des États-Unis. Comme cette espèce peut être détectée et identifiée grâce à ses signaux d’écholocation, qui sont facilement audibles pour la plupart des observateurs humains, on peut déterminer sa répartition à partir de relevés acoustiques. Les relevés réalisés ces deux dernières décennies révèlent que cette chauve-souris habite les vallées de l’Okanagan, de la Similkameen, de la Thompson, du Fraser et de la Chilcotin, en Colombie-Britannique. Les 80 mentions de répartition géographique (aires de gîte et d’alimentation) de l’oreillard maculé au Canada renvoient à une quarantaine d’occurrences élémentaires. La zone d’occupation est inconnue, alors que la zone d’occurrence au Canada mesure environ 10 590 km², ce qui représente moins de 5 p. 100 de l’aire de répartition mondiale de l’espèce.

Habitat

On trouve les gîtes diurnes d’été (y compris les colonies de maternité) de l’oreillard maculé dans les crevasses ou les fissures (de 2,0 à 5,5 cm de largeur) des hautes falaises à parois verticales. L’espèce n’est pas réputée utiliser des gîtes nocturnes au Canada. Elle peut hiberner sur les falaises se trouvant dans son aire de répartition canadienne ou migrer aux États-Unis pour y passer l’hiver. L’oreillard maculé se nourrit dans les marais, les habitats riverains, les champs à découvert, les terrains de golf et les clairières. Les cartes de la qualité de l’habitat mises au point pour le sud de la vallée de l’Okanagan montrent que l’habitat d’alimentation est vaste, alors que les aires de gîte sont fragmentées et irrégulièrement distribuées. Les impacts du développement agricole et de l’urbanisation sur les aires de gîte de l’oreillard maculé sont minimes.

Biologie

Les femelles donnent naissance à un seul petit au cours de la saison de reproduction. D’après les données limitées, au Canada, la parturition aurait lieu à la fin juin ou au début juillet. On ne sait pas à quel âge les oreillards maculés atteignent la maturité sexuelle.

Les oreillards maculés s’éloignent de 6 à 10 km de leur gîte diurne pour se rendre dans les aires d’alimentation. De mai à juillet, ils sont très fidèles à leur gîte diurne, y retournant nuit après nuit. Dès le début août, les déplacements quotidiens deviennent moins prévisibles. On ne sait rien des déplacements saisonniers ni des migrations sur de longues distances.

L’espèce se nourrit principalement de papillons de nuit (de 5 à 12 mm de longueur). Les oreillards maculés capturent leurs proies en vol après les avoir détectées et suivies grâce à leurs signaux d’écholocation. Les signaux d’écholocation à basse fréquence, variant entre 9 et 12 kHz (audible à l’oreille humaine), sont inaudibles ou repérables seulement de très près par la plupart des papillons de nuit capables de détecter la présence de chauves-souris.

La structure sociale est inconnue : on ne sait pas si les oreillards maculés gîtent seuls ou en groupes.

Taille et tendances des populations

Les oreillards maculés peuvent être inventoriés par relevés acoustiques dans les aires potentielles de gîte ou d’alimentation. Aucun relevé systématique utilisant une méthode normalisée n’a été effectué dans l’ensemble de l’aire de répartition canadienne. Toutefois, les données de recensement disponibles montrent que la population canadienne compte moins de 1 000 individus. Sept dénombrements réalisés dans le sud de la vallée de l’Okanagan au cours des 20 dernières années indiquent que la tendance de la population est stable.

Facteurs limitatifs et menaces

En raison de ses besoins particuliers en matière de gîte ainsi que de sa répartition irrégulière, l’oreillard maculé est une espèce préoccupante qu’il faut protéger dans l’ensemble de son aire de répartition. La disponibilité de gîtes de qualité peut constituer un facteur limitatif pour cette espèce au Canada. Aucune menace ne pèse sur les habitats d’alimentation ni les gîtes. Par ailleurs, rien n’indique que les habitats d’alimentation ou le fait d’avoir des papillons de nuit comme proies constituent des facteurs limitatifs. Les menaces connues, par exemple la perturbation des gîtes sur les falaises ou l’utilisation de pesticides, sont d’ordre général.

Importance particulière de l’espèce

L’oreillard maculé est l’une des trois espèces de chauves-souris de l’ouest de l’Amérique du Nord qui sont confinées aux prairies intramontagnardes de la Colombie-Britannique, au Canada. Ses signaux d’écholocation audibles et de basse fréquence (ils peuvent être détectés sans détecteur électronique de chauves-souris) rendent cette espèce idéale pour la recherche, les relevés détaillés et les programmes éducatifs qui encouragent la conservation des chauves-souris.

Protection actuelle et autres désignations

L’oreillard maculé a été jugé espèce préoccupante par le COSEPAC en 1988. Sa cote mondiale est G4 (apparemment hors de danger); ses cotes nationales sont N3N4 (vulnérable à apparemment hors de danger) pour les États-Unis et N3 (vulnérable) pour le Canada. Trois États (Montana, Oregon et Wyoming) classent l’oreillard maculé dans la catégorie S1 (gravement en péril), alors que quatre autres États lui donnent les cotes S1S2 ou S2 (gravement en péril ou en péril). La Colombie-Britannique a désigné l’oreillard maculé S3S4 (vulnérable à apparemment hors de danger). L’espèce est protégée : il est interdit de la tuer aux termes de la loi provinciale sur la faune (Wildlife Act). De plus, elle figure sur la liste des espèces fauniques désignées (Identified Wildlife Species) du Forest and Range Practices Code de la Colombie-Britannique. Ce code ne s’applique toutefois qu’aux terres publiques de la province. Or, dans la portion sud de l’aire de répartition canadienne, plus de la moitié de l’habitat de l’oreillard maculé n’est pas assujettie au Code.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant. 

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en peril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens. 

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates. 

Définitions (depuis mai 2004)

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement ou génétiquement distincte.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du pays (DP)*
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)**
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)***
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)****
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)*****
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manqué de données scientifiques.

* Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.
** Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
*** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
**** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
***** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.