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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'oreillard maculé (Euderma maculatum) au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce

Généralités

Aux États-Unis, on rencontre l’oreillard maculé depuis le niveau de la mer jusqu’à une altitude de 3 230 m (Watkins, 1977; Reynolds, 1981). L’espère fréquente une variété d’habitats, allant des déserts aux forêts de conifères. Au Canada, elle est confinée aux prairies, à la steppe arbustive et aux forêts ouvertes de pins ponderosa (Pinus ponderosa) ou de douglas (Pseudotsuga menziesii), où la plupart des observations ont été faites à des altitudes variant de 300 à 900 m dans les zones biogéoclimatiques de la prairie à graminées cespiteuses, à pin ponderosa et intérieure à douglas (Meidinger et Pojar, 1991).

Gîtes

On croit que l’oreillard maculé a des besoins particuliers en matière de gîtes puisque les gîtes diurnes se trouvent dans des crevasses. En effets, les gîtes diurnes (y compris les colonies de maternité, où les femelles mettent bas) sont situés dans les crevasses ou les fissures (de 2,0 à 5,5 cm de largeur) des parois des hautes falaises (Poché, 1981; Leonard et Fenton, 1983; Sarell et Haney, 2000). En Colombie-Britannique, les oreillards maculés choisissent généralement des parois verticales situées jusqu’à 400 m sur de hautes falaises (figures 4 et figure 55) ou des affleurements rocheux de gneiss granitique, de calcaire ou de basalte (Roberts et Roberts, 1993; Sarell et Haney, 2000). Ces sites présentent habituellement des conditions chaudes, mais les caractéristiques physiques particulières des gîtes choisis par l’espèce ne sont pas connues. Wai-Ping et Fenton (1987) ont constaté des variations considérables dans la hauteur, la longueur et l’aspect de six falaises utilisées comme gîtes diurnes dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Comme ces gîtes situés dans des crevasses sont inaccessibles, aucune étude sur leur microclimat n’a été entreprise.

Wai-Ping et Fenton (1989), qui ont suivi des oreillards maculés munis de radio-émetteurs, n’ont rien trouvé qui montre l’utilisation de gîtes nocturnes (gîtes temporaires utilisés après les épisodes nocturnes de recherche de nourriture) par cette espèce dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Toutefois, dans le parc national du Grand Canyon, dans le nord de l’Arizona, on a trouvé trois oreillards maculés femelles en train de gîter sur des trembles (Rabe et al., 1998). C’est la seule mention rapportant des oreillards maculés gîtant dans des arbres et ayant des gîtes nocturnes.

Figure 4. Le lac Vaseux et la falaise McIntyre dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Les parois de la falaise McIntyre abritent une trentaine d’oreillards maculés (Euderma maculatum); les zones marécageuses en bordure du lac constituent un important habitat d’alimentation. Photo de D. Nagorsen.

Figure 4. Le lac Vaseux et la falaise McIntyre dans le sud de la vallée de l’Okanagan

Figure 5. Méandre mort de la Chilcotin. Les oreillards maculés (Euderma maculatum) gîtent dans les cheminées de fée et se nourrissent dans les fourrés riverains adjacents. Photo de T.  Chatwin.

Figure 5. Méandre mort de la Chilcotin. Les oreillards maculés (Euderma maculatum) gîtent dans les cheminées de fée et se nourrissent dans les fourrés riverains adjacents

On ne connaît pas les hibernacles de cette espèce. Hardy (1941) a signalé quatre oreillards maculés en hibernation dans une caverne du Utah, mais cette observation anecdotique ne concorde pas avec plusieurs relevés approfondis effectués dans des mines et des cavernes de diverses régions de l’aire de répartition (voir par exemple Poché, 1981; Kuenzi et al., 1999), qui n’ont révélé aucun gîte à ces endroits.

Un modèle de l’habitat conçu pour le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998; Sarell et Haney, 2000) était fondé sur la présence de falaises à pentes raides et à crevasses horizontales ou verticales pouvant servir de gîte. La carte de la qualité de l’habitat (figure 6) montre que les aires de gîtes sont fragmentées et irrégulièrement distribuées, patron qui correspond à la distribution des gîtes connus décrits par Sarell et Haney (2000). Les aires de gîte dans les vallées de la Thompson, du Fraser et de la Chilcotin devraient présenter une distribution semblable.

Habitat d’alimentation

La surveillance des signaux d’écholocation et l’observation des individus munis de radio-émetteur au Canada révèlent que les oreillards maculés se nourrissent dans des marais, des habitats riverains et des clairières (Leonard et Fenton, 1983; Wai-Ping et Fenton, 1989; Holroyd et al., 1994). Les prés semblent être d’importants habitats d’alimentation dans certaines régions des États-Unis (Storz, 1995). L’espèce se nourrit aussi de façon opportuniste lors de ses déplacements entre son gîte diurne et ses aires nocturnes d’alimentation. Les aires d’alimentation se trouvent généralement dans un rayon de 6 km des gîtes sur les falaises et très près de l’eau (Collardet al., 1990). Dans les six habitats étudiés par Leonard et Fenton (1983) dans le sud de la vallée de l’Okanagan, des individus à la recherche de nourriture ont été observés sur des champs abandonnés et des prés de fauche bordant la forêt de pins ponderosa. Des bourdonnements particuliers associés à l’alimentation (signaux d’écholocation associés à la capture des proies) ont été détectés dans ces habitats, ce qui confirme que les oreillards maculés étaient en train de chasser des proies. Les activités de quête de nourriture étaient faibles dans les forêts brûlées et les forêts mûres de pins ponderosa ainsi que dans les habitats riverains : comme aucun bourdonnement n’a été détecté, on suppose que les oreillards maculés ne faisaient que s’y déplacer. Leonard et Fenton (1983) n’ont observé aucune activité dans une cerisaie. En outre, on n’a vu aucune chauve-souris chasser les insectes qui se concentrent autour des lampadaires et des lumières de jardin (Fenton, comm. pers.). Une autre étude sur l’alimentation, menée dans le sud de la vallée de l’Okanagan par Wai-Ping et Fenton (1989), a donné des résultats semblables, bien qu’une forte activité de quête de nourriture ait aussi été observée dans les zones marécageuses et les forêts ouvertes de pins ponderosa. Dans la vallée de la Chilcotin, à l’extrémité nord de l’aire de répartition, les oreillards maculés se nourrissent dans des habitats riverains et des zones sèches dégagées à douglas.

Figure 6. Carte de la qualité de l’habitat, où figurent les aires de gîte diurne et d’alimentation de l’oreillard maculé (Euderma maculatum) dans le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique. Tiré d’Habitat atlas for wildlife at risk: south Okanagan and lower Similkameen, Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998.

Figure 6. Carte de la qualité de l’habitat, où figurent les aires de gîte diurne et d’alimentation de l’oreillardmaculé (Euderma maculatum) dans le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique

D’après une carte de la qualité de l’habitat dressée pour le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998; Sarell et Haney, 2000), les aires d’alimentation de la région sont vastes et distribuées de manière uniforme (figure 6).

Tendances

Les vallées des prairies de l’intérieur de la Colombie-Britannique ont été transformées par le pâturage, l’irrigation et la croissance urbaine. Seules le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen ont fait l’objet d’analyses détaillées des tendances de l’habitat. Si les communautés naturelles de la région ont commencé à accuser l’impact du pâturage dès la fin des années 1880, ce sont le développement de l’agriculture (tableau 1) associé à l’aménagement de vergers, de prés de fauche et de vignobles, amorcé au début du XXe siècle, de même que l’étalement urbain, plus récent, qui ont entraîné une diminution importante des prairies, des milieux humides et des milieux riverains (Cannings et al., 1987; Lea, données inédites; Ministry of Environments, Lands and Parks, 1998). Selon Redpath (1990), plus de 90 p. 100 des terres du sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen ont été altérées par rapport à leur état « normal ».

Tableau 1. Changements historiques dans la superficie (hectares) des habitats naturels et anthropiques du sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique. D’après des données inédites de Ted Lea, ministère de la Protection de l’eau, de l’air et des terres de la Colombie-Britannique.
Type d’habitat Année
Purshie tridentée 9607 7046 4279 4093
Habitat riverain1 8679 4996 2957 2957
Armoise tridentée 7243 5567 4369 4369
Zone urbaine 0 368 3567 3567
Zone cultivée 0 11482 18871 19057

1 habitats à bouleau fontinal et à peuplier

Les impacts du développement de l’agriculture et de la croissance urbaine sur les gîtes de l’oreillard maculé sont minimes. Comme les parois rocheuses et les falaises utilisées par cette chauve-souris sont inaccessibles et qu’elles présentent un faible potentiel de ressources, elles ont été épargnées par les changements historiques dans l’habitat. Garcia et al. (1995) ont conclu qu’il y avait eu une « grave » réduction de l’habitat d’alimentation, notamment causée par la croissance urbaine, la destruction des milieux humides, l’irrigation extensive et l’aménagement de vergers, de terres labourables et de terres de pâturage. Il reste toutefois difficile de quantifier la perte de l’habitat d’alimentation de l’oreillard maculé. Les habitats naturels d’alimentation, dont les zones riveraines ou marécageuses, ont de toute évidence décliné. Par exemple, selon l’Habitat atlas for wildlife at risk-south Okanagan and lower Similkameen (British Columbia Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998), environ 85 p. 100 de l’habitat riverain de fond de vallée auraient disparu. Toutefois, les habitats créés par l’être humain tels que les champs abandonnés, les prés de fauche et les terrains de golf, sont d’importantes aires d’alimentation de l’oreillard maculé (Leonard et Fenton, 1983; Gitzen et al., 2001).

Protection et tenure

On ne possède des données quantitatives sur la tenure de l’habitat de l’oreillard maculé que pour le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen (Ministry of Environments, Lands and Parks, 1998). Selon l’analyse de 1998, seulement 5 p. 100 de l’habitat potentiel de l’espèce se trouvaient sur des terres protégées (tableau 2); une importante portion était située soit sur des terres de réserves indiennes (notamment dans les réserves Inkaneep et Penticton), soit sur des terres privées. Les données du tableau 2 ont été établies avant la création des nouvelles aires protégées (parcs provinciaux South Okanagan Grasslands et White Lake Grasslands) dans le cadre de la stratégie provinciale sur les aires protégées (Provincial Protected Areas Strategy). Ces nouvelles aires protégées, qui abritent d’autres habitats de l’oreillard maculé, augmentent probablement d’environ 10 p. 100 la proportion des habitats situés sur des terres protégées.

Tableau 2. Tenure des terres abritant des habitats de l’oreillard maculé (Euderma maculatum) dans le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique. Tiré de l’Habitat atlas for wildlife at risk: south Okanagan and lower Similkameen, Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998.
Tenure uperficie (ha) % de l’habitat total1
Terres protégées 8 340 5
Terres provinciales 67 384 43
Réserves indiennes 36 455 24
Terres privées 43 553 28

1 comprend les gîtes et les habitats d’alimentation.