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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'oreillard maculé (Euderma maculatum) au Canada

Taille et tendances des populations

Comme l’oreillard maculé est une chauve-souris solitaire aux signaux d’écholocation distinctifs et audibles à l’oreille humaine jusqu’à une altitude de 250 m, on peut dénombrer la population au moyen de relevés acoustiques dans les aires présumées de gîte et d’alimentation (Fenton et al., 1987; Wai-Ping et Fenton, 1987). Les estimations les plus fiables de la population sont fondées sur les dénombrements d’émergence effectués à la brunante, lorsque les oreillards maculés sortent de leur gîte diurne pour se nourrir. Ces dénombrements sont plus fiables que le recensement des chauves-souris en quête de nourriture, car ils évitent de compter plusieurs fois le même individu. Depuis la découverte de l’espèce au Canada, en 1979, au moins neuf relevés acoustiques et estimations de la taille minimale de la population ont été réalisés dans diverses parties de l’aire de répartition canadienne (tableau 3). Toutefois, aucun relevé systématique canadien utilisant une méthodologie normalisée n’a été effectué dans l’ensemble de l’aire de répartition. Les données de recensement sont par ailleurs géographiquement biaisées pour le sud de la vallée de l’Okanagan. Les inventaires dans la région de Cariboo-Chilcotin se limitent à deux relevés effectués en 1992 et 1993 (Roberts et Roberts, 1992, 1993). Sarell et Woodgate (1991) ont rapporté les premières observations d’oreillards maculés dans la vallée de la Thompson en 1991, mais aucun relevé systématique des gîtes potentiels n’a été réalisé dans les vallées de la Thompson Nord et de la Thompson Sud.

L’oreillard maculé est peut-être la seule espèce de chauve-souris au Canada pour laquelle il y a des estimations de la population. Ces dénombrements de la population doivent toutefois être considérés avec prudence. En effet, les périodes d’échantillonnage ne sont pas régulières d’une étude à l’autre, les efforts d’échantillonnage dans l’aire de répartition canadienne sont inégaux et des individus à la recherche de nourriture ont pu être comptés plusieurs fois; le fait d’avoir seulement étudié les gîtes de qualité peut aussi constituer un biais. Garcia et al. (1995) ont estimé que la taille minimale de la population canadienne est de moins de 200 individus. Une estimation semblable, sans doute tirée de Garcia et al. (1995), a été fournie par Cannings et al. (1999). Dans le relevé le plus récent, Sarell et Haney (2000) ont détecté au moins une soixantaine d’oreillards maculé dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Ils ont estimé que la population totale de la région comptait entre 100 et 200 animaux et conclu que la population entière au Canada comptait moins de 500 individus. Si l’on présume que la région de Cariboo-Chilcotin abrite une population de taille semblable à celle du sud de la vallée de l’Okanagan, comme le supposent Roberts et Roberts (1992), et que la région de la Thompson héberge également 100 à 200 animaux, une estimation de moins de 1 000 individus au total au Canada peut être réaliste. Comme on ignore à quel âge les oreillards maculés atteignent la maturité sexuelle, le nombre d’animaux matures ne peut pas être déterminé. Mais, étant donné que les petits pouvant voler ont été inclus dans certains dénombrements, le nombre d’animaux matures est inférieur au nombre de chauves-souris dans la population totale.

Une étude approfondie de toute l’aire de répartition canadienne utilisant une méthodologie normalisée est nécessaire si on veut obtenir des données de base aux fins de la surveillance à long terme des tendances de la population. La seule région pour laquelle on possède une séquence d’estimations de la population est le sud de la vallée de l’Okanagan (tableau 3). Sept dénombrements de la population, qui couvrent environ 20 années, ne montrent aucune évidence d’un déclin de la population.

Tableau 3. Estimations de l’effectif minimal de la population d’oreillards maculés (Euderma maculatum) dans diverses régions de la Colombie-Britannique. Les estimations sont fondées sur la surveillance acoustique des dénombrements d’émergence des gîtes. D’après Sarell et Haney (2000).
AnnéeOkanagan SudSimilkameenThompsonChilcotin-CaribooSource
198150---Leonard et Fenton (1983)
198629---Fenton et al. (1986)
198734---Wai-Ping et Fenton (1987)
19893824--Collard et al. (1990)
1991550--Chapman et al. (1994)
199229-241192Holroyd et al. (1994)1; Roberts et Roberts (1992)2
1993---62Roberts et Roberts (1993)
2000602--Sarell et Haney (2000)

1 comprend les observations dans les régions de la Thompson et de Cariboo-Chilcotin.
2 recensement partiel de la région de Chilcotin-Cariboo.

Le statut de la population d’oreillards maculés dans l’État du Washington n’est pas établi, mais on a observé l’espèce dans le comté Okanogan, près de la frontière avec la Colombie-Britannique (Sarell et McGuiness, 1993; Johnson et Cassidy, 1997). Des déplacements transfrontaliers sont donc probables.