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Sterne de Dougall (Sterna dougallii)

Contexte

Information sur l’espèce

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Situation : Désignée en 1999 comme espèce « en voie de disparition » par le COSEPAC (COSEPAC, 2003), à la suite d’une reclassification par rapport à la désignation antérieure (1986) d’espèce menacée. Également désignée comme espèce en voie de disparition (Endangered) depuis 2000, en vertu de la Endangered Species Act (1998, ch. 11, art. 1.) de la Nouvelle‑Écosse; enfin, la population du Nord-Est figure parmi les espèces en voie de disparition (Endangered) aux États‑Unis (USFWS, 1987).

Justification de la désignation : Le statut de l’espèce a été revu à la suite d’une réévaluation de la taille de la population et de sa répartition, conformément aux révisions apportées aux critères entre le dernier rapport de situation (1999) et le précédent (1986). Durant cette période, la population est demeurée faible et principalement concentrée dans trois colonies, dont une seule est restée stable. Une de ces colonies (île Grassy) a été abandonnée depuis (Leonard et al., 2004). La prédation et les perturbations sont responsables des faibles taux de productivité et de recrutement.

Répartition :Principalement en Nouvelle‑Écosse, avec quelques couples au Québec et au Nouveau‑Brunswick.

 

Répartition

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Aire de répartition mondiale :Se reproduit partout dans le monde, habituellement sur des îles marines (voir la carte de l’annexe B). En Amérique du Nord, la population du Nord‑Est se reproduit du golfe du Saint‑Laurent (îles de la Madeleine) jusqu’à l’État de New York; une population isolée des Caraïbes se reproduit de la Floride et des Bahamas jusqu’aux Petites Antilles.

Aire de répartition au Canada :Depuis 1982, l’espèce a niché à environ 28 endroits, pour la plupart des îles côtières de la Nouvelle‑Écosse; 12 au plus de ces endroits ont été fréquentés année après année (voir la carte de l’annexe B). L’emplacement des colonies change de façon imprévisible au fil des ans et ne peut pas toujours être précisé, malgré des recherches intensives. Au cours des dix dernières années, seulement trois colonies ont accueilli plus de 20 couples; il s’agit des îles Brothers (de 33 à 86 couples), de l’île Grassy (de 0 à 30 couples) et de l’île Country (de 0 à 53 couples). Certaines années, l’espèce a niché dans un sous-ensemble variable d’autres sites, dont les îles de la Madeleine (Québec) (trois sites), l’île Machias Seal (Nouveau‑Brunswick) et environ 21 autres endroits en Nouvelle‑Écosse (Whittam, 1999; Leonard et al., 2004; annexe B).

Pourcentage de l’aire de répartition mondiale au Canada :Les couples qui nichent au Canada représentent de 3 à 4 % de la population du nord‑ouest de l’Atlantique et moins de 1 % de la population mondiale (dont l’estimation est cependant imprécise) (Gochfeld et al., 1998).

 

Taille et tendances de la population

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Bien que les estimations des effectifs soient imprécises, il est probable qu’entre 1982 et 1985 jusqu’en 1999, le nombre de couples nicheurs soit demeuré assez stable, à environ 100 couples [de 100 à 121 de 1982 à 1985 (Kirkham et Nettleship, 1986) à un nombre variant entre 123 et 149 en 1999 (Whittam, 1999)]; en revanche, la répartition de l’espèce a certainement été variable.En 2000, des relevés n’ont été effectués qu’à l’île Country et aux îles Brothers, mais ces sites réunissaient l’équivalent d’au moins 95 % de la population nicheuse, alors estimée à <149 couples reproducteurs (Leonard et al., 2004). Entre 1988 et 1991, la population du nord‑est des États‑Unis est passée de 2 743 à 3 430 couples (USFWS, 1998), ce qui représente un taux de croissance annuel de 4,6 %. Après un déclin d’environ 17 % entre 1991 et 1992, attribué à l’ouragan Bob (Nisbet et Spendelow, 1999; Lebreton et al., 2003), les effectifs sont passés de 2 743 à 4 310 couples entre 1992 et 2000 (USFWS, 1998; B. Blodget, comm. pers.), ce qui représente une hausse moyenne des effectifs de 5,8 % par année. Il semble que cette hausse ait été attribuable à la fois à une gestion intensive des colonies existantes et à l’aménagement d’autres colonies (Nisbet et Spendelow, 1999). En 2002, toutefois, la population a diminué à environ 3 500 couples.

Facteurs biologiques limitatifs

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Le taux annuel de survie de la Sterne de Dougall adulte est peu élevé pour un oiseau de mer (83 %), cette sterne produit une seule petite couvée par année (taille moyenne de la ponte = 1,7 œuf par couple) et ne se reproduit habituellement qu’à partir de l’âge de 3 ans (Spendelow et al., 2002).Même lorsque le taux de reproduction est élevé (>1,1 jeune par année), comme c’est le cas dans certaines colonies situées aux États-Unis, le taux de survie jusqu’à la première reproduction est faible [environ 37 % jusqu’à l’âge de 3 ans (Lebreton et al., 2003)].Il se peut que les sites propices à l’établissement d’une colonie soient limités, même en l’absence de délogement par les mouettes et goélands (voir ci‑dessous), en raison des exigences particulières de l’espèce en ce qui a trait à ses sites d’alimentation soit les hauts‑fonds où il n’y a pas concurrence avec les Sternes pierregarins (Nisbet et Spendelow, 1999).

Menaces

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La prédation des colonies nicheuses par le Goéland argenté et le Goéland marin a été, de toute évidence, le principal facteur qui a limité la productivité dans une colonie canadienne (île Country), et on estime que le délogement et la prédation par ces goélands constituent les principaux facteurs qui limitent la répartition de l’espèce au Canada (Lock et al., 1993; Whittam, 1999). D’autres prédateurs (p. ex. les renards aux îles de la Madeleine) sont également une menace, en particulier dans les colonies situées près du continent. Enfin, selon de récentes recherches menées aux États-Unis et au Royaume-Uni, la mortalité élevée après l’envol, ainsi que la pénurie de mâles, menacent le rétablissement de l’espèce, même après que les prédateurs aient été contrôlés (Nisbet et Spendelow, 1999).

 

Exigences en matière d’habitat

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Utilisation de l’habitat

Au Canada, les Sternes de Dougall nichent dans des colonies situées presque exclusivement sur de petites îles à végétation peu élevée; à l’occasion, elles nichent sur des flèches littorales (Whittam, 1999).Elles choisissent en général des sites de nidification couverts de végétation, mais elles nichent aussi sous des débris de plage et du bois flotté (T.C. D’Eon, comm. pers.) et dans des pneus et des nichoirs s’ils sont fournis (Spendelow, 1982).La plus importante caractéristique de l’habitat dans le nord-est de l’Amérique du Nord pour les Sternes de Dougall reproductrices semble être la présence de Sternes pierregarins reproductrices (Gochfeld et al., 1998), puisque l’on ne les a pas vu nicher dans des sites sans ces dernières.Les sternes ont besoin de sites de colonie relativement exempts de prédateurs; elles abandonneront une colonie après une saison de forte prédation (Nisbet, 1981; Whittam, 1997).Les Sternes de Dougall qui se reproduisent en Amérique du Nord sont limitées par le nombre de sites de colonie exempts de prédateurs (ou de colonies faisant l’objet d’une lutte contre les prédateurs) qui sont aussi situés près de bonnes aires d’alimentation.

La Sterne de Dougall s’alimente généralement dans les eaux peu profondes du littoral, près des hauts-fonds et des rides de marée (Gochfeld, et al., 1998), mais on possède peu d’information sur l’écologie de son alimentation au Canada.Après leur premier envol, au début d’août, les Sternes de Dougall juvéniles de la population du Nord-Est se dispersent avec leurs parents vers les aires de rassemblement.On possède également peu d’information sur les habitats de rassemblement des oiseaux au Canada, mais en 2002, deux Sternes de Dougall qui avaient été baguées sur les îles Brothers (Nouvelle-Écosse) alors qu’elles étaient des oisillons, ont été observées à l’île Great Gull (État de New York), dans le mois qui a suivi leur envol (H. Hays, comm. pers.).Les Sternes de Dougall migrent vers le sud à la fin d’août ou au début de septembre.Dès octobre, elles arrivent en Amérique du Sud, où elles ont déjà été observées et capturées le long de la côte septentrionale depuis l’ouest de la Colombie jusqu’à l’est du Brésil, entre 11° et 18° de latitude S. (Hays et al., 1997).

Tendances en matière d’habitat

Depuis le début des années 1900, des colonies de sternes ont été abandonnées dans le nord-est des États‑Unis et du Canada, les sternes ayant apparemment été délogées par la propagation de mouettes et goélands de grande taille dans la région (Kress et al., 1983) et peut-être dissuadées par la prédation nocturne par des strigidés (Nisbet et Welton, 1984).L’apparent déclin récent des populations de mouettes et goélands laisse croire que cette tendance pourrait avoir été freinée ou renversée (Boyne et al., 2001b; Boyne et Hudson, 2002).Cependant, aucun effet apparent sur la disponibilité de l’habitatn’a été relevé (Whittam, 1999).

 

Rôle écologique

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Au Canada, les Sternes de Dougall sont des prédateurs de petits poissons, essentiellement le lançon (Ammodytes spp.), le hareng (Clupea spp.) et la merluche blanche (Urophycis tenuis; Whittam 1999). Cependant, en raison de leur répartition clairsemée au Canada, leur incidence sur ces populations de poissons est négligeable.

La Sterne de Dougall est la proie de diverses espèces, en particulier le Grand‑duc d’Amérique (Bubo virginianus) et d’autres oiseaux de proie, des mouettes et goélands de grande taille, des corvidés et des mammifères qui se nourrissent des œufs et des oisillons (Gochfeld et al., 1998). Cependant, compte tenu de leur faible nombre, les Sternes de Dougall ont, là encore, une importance négligeable pour les populations de tous ces prédateurs.

Importance pour la population humaine

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La valeur socioéconomique de la Sterne de Dougall tient davantage à son esthétique qu’à son écologie, mais elle demeure importante. Cette espèce, qui fut à une époque fort prisée des modistes (cet attrait a provoqué le déclin marqué de l’ensemble des sternes au XIXsiècle), est récemment devenue le symbole pour les activités de conservation. Elle est ainsi l’emblème de Bird Life International, de la Association of Field Ornithologists et du Centre de données sur la conservation du Canada Atlantique. L’observation des Sternes de Dougall est fort appréciée des écotouristes et des ornithologues amateurs. Il s’agit sans doute de la deuxième espèce côtière rare la mieux connue dans le Canada atlantique, après le Pluvier siffleur (Charadrius melodus).La Sterne de Dougall sert ainsi de point de mire pour lesefforts de conservation dans les régions côtières et de source de fierté locale.

Conflits ou difficultés anticipés

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Les principales difficultés pour le rétablissement de l’espèce sont les suivants : 1) les coûts liés à l’affectation de gardiens sur les sites de colonie durant la saison de reproduction; 2) le maintien de partenariats durables entre les administrations publiques et les intendants issus des populations locales, alors que le financement public est parfois irrégulier et que la participation du public dépend de l’enthousiasme des intervenants; 3) les conflits, à certains sites, entre l’utilisation des îles à des fins récréatives et la nécessité de protéger les colonies; 4) l’importance de la mortalité dans les aires d’hivernage, problème auquel le Canada ne peut s’attaquer qu’indirectement; 5) les questions éthiques associées à la lutte contre les prédateurs et les défis que celle‑ci présente en matière de relations publiques.

Lacunes dans les connaissances

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Les recherches menées aux États‑Unis, notamment dans le cadre du Roseate Tern Metapopulation Project, ont fait de la Sterne de Dougall une des espèces d’oiseaux les mieux étudiées en Amérique du Nord (Nisbet et Spendelow, 1999). On possède en revanche peu de données qui portent spécifiquement sur les sites canadiens, en partie parce que la taille des échantillons est inévitablement réduite, mais en partie aussi en raison de l’absence d’efforts systématiques et soutenus.La présente section énonce les lacunes les plus importantes dans nos connaissances sur la population canadienne.

Besoins en matière de relevés

Les récents relevés aériens fournissent de bonnes données globales sur les sites de nidification des Sternes de Dougall au Canada, données qui pourraient fournir de précieux renseignements sur les exigences de cette espèce en matière d’habitat et des précisions utiles pour le choix des sites de rétablissement. Malgré cela, plusieurs améliorations s’imposent :

  1. Établir un calendrier des relevés, de manière à s’assurer que ces relevés sont complets et qu’ils sont menés à intervalles réguliers.
  2. Prévoir des visites au sol pour confirmer la reproduction et juger du succès obtenu.
  3. Déterminer les déplacements des adultes entre les divers sites de colonie ainsi qu’au‑delà de la frontière américaine (exige le baguage et la capture ou le repérage des oiseaux bagués).
  4. Déterminer l’exactitude des relevés pour l’analyse des tendances démographiques.

Exigences en matière de recherches sur la biologie et l’écologie de l’espèce

Voici les principales questions auxquelles les recherches doivent répondre :

  1. Quels sont les facteurs limitatifs dans les colonies exemptes de prédateurs?
  2. Quelle est la composition du régime alimentaire des Sternes de Dougall dans chaque colonie et où les sternes trouvent‑elles leur nourriture, pour elles et leurs oisillons?
  3. Quels sont les facteurs responsables de l’abandon et de l’occupation d’une colonie?

Classification des menaces

On connaît peu l’évolution des facteurs qui menacent la Sterne de Dougall. Les principales questions auxquelles les recherches canadiennes doivent répondre sont les suivantes :

  1. Quelle est la répartition des mouettes et goélands près des colonies de Sternes de Dougall?
  2. Les populations de mouettes et goélands sont‑elles en hausse ou en baisse? Quels sont les facteurs qui expliquent la tendance?
  3. Quelle est l’incidence des autres prédateurs (p. ex. visons, strigidés)?
  4. Quelles sont les activités récréatives dans les îles fréquentées par les Sternes de Dougall?
  5. Dans quelle mesure les Sternes pierregarins délogent‑elles les Sternes de Dougall ou leur font‑elles concurrence dans les différents sites d’alimentation?

 

Faisabilité écologique et technique du rétablissement de l’espèce

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Les paramètres démographiques de la Sterne de Dougall font que le rétablissement de l’espèce ne peut qu’être lent, et cet oiseau change fréquemment de colonie de reproduction sans raison apparente. Son rétablissement exige des efforts soutenus pour lutter contre le délogement et la prédation par les mouettes et goélands et d’autres prédateurs qui sont adaptables et bien établis dans un vaste territoire, et qui exigent une présence humaine constante et soutenue pour les éloigner. La mortalité après l’envol, qui survient principalement loin des colonies de reproduction et probablement en majeure partie dans des régions situées bien au sud du Canada, pourrait être le principal facteur limitatif du rétablissement.

Un élément positif mérite d’être souligné : l’espèce se reproduit dans de petites îles bien circonscrites, ce qui permet de cibler efficacement les activités de gestion. Comme les adultes ont une longue durée de vie, il est probable qu’ils reviendront se reproduire dans les sites où ils ont tiré parti des activités de gestion fructueuses, ce qui constituera une récompense pour les gestionnaires de ces sites (Spendelow et al., 1995; Nisbet et Spendelow, 1999). En l’absence de prédation et de perturbation anthropique irrégulière ou intense, cette espèce a une productivité particulièrement élevée pour un oiseau de mer.

Par conséquent, s’il est possible d’assurer la présence soutenue d’un personnel qualifié dans les colonies de reproduction propices, le rétablissement est probablement réalisable.

Approche recommandée et échelle des mesures de rétablissement

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La conservation des Sternes de Dougall sera bénéfique pour la conservation des Sternes arctiques et des Sternes pierregarins, mais il n’est pas indiqué d’adopter un programme de rétablissement d’espèce multiples, car ces deux dernières espèces ne figurent pas, à l’heure actuelle, parmi les espèces en péril.Le rétablissement de la Sterne de Dougall se fera donc suivant une approche fondée sur une seule espèce, même s’il est établi que la conservation de la Sterne de Dougall dépend aussi de la conservation des populations de Sternes pierregarins et de Sternes arctiques et qu’elle la favorisera.