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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chevalier noir au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

La répartition du chevalier noir est probablement limitée par la disponibilité de l’habitat préféré de l’espèce au Canada (Parker, 1989). Ce poisson habite des cours d’eau de taille moyenne, aux eaux chaudes et à pente forte à modérée (Bowman, 1970). Il tolère moins bien les pentes faibles, la turbidité et l’envasement que les autres espèces de chevaliers qui fréquentent la même aire (Trautman, 1981). Par contre, il est souvent plus abondant que le chevalier doré dans les cours d’eau rapides à substrat rocheux et aux eaux fraîches (Jenkins et Burkhead, 1993). En raison de ses préférences (profondeur de l’eau et substrat) en matière de lieu de fraye, le recrutement de l’espèce est vulnérable aux changements dans le régime d’écoulement. Bowman (1970) a notamment observé que des débits élevés avaient chassé les poissons d’un haut-fond historiquement utilisé pour la fraye. Dans la rivière Grand, d’importantes augmentations de débit au cours de la période de fraye ont empêché la reproduction des individus mûrs d’une autre espèce de chevalier, le chevalier jaune (Cooke et Bunt, 1999).

La plupart des biologistes de terrain ont beaucoup de mal à identifier correctement le chevalier noir, particulièrement les chevaliers juvéniles (Parker, 1989). Le chevalier noir et le chevalier doré se rencontrent souvent ensemble (ils sont syntopiques) là où leurs aires de répartition sont sympatriques, et figurent parmi les espèces les plus difficiles à distinguer l'une de l'autre (Jenkins et Burkhead, 1993). Les études biologiques antérieures (p. ex. les relevés de prises, les inventaires des communautés de poissons) menées en Ontario ont souvent omis de signaler la présence d’espèces de chevaliers à cause de problèmes d’identification et parce qu’elles regroupaient ces poissons dans la catégorie générale des suceurs ou des poissons communs (Cooke et Bunt, 1999). Ces problèmes d’identification nuisent à notre capacité de dégager des tendances et de repérer de nouveaux sites pour les protéger.

Les deux plus importantes populations de chevaliers noirs au Canada se trouvent dans les rivières Grand et Thames. Le développement urbain, l’aménagement de retenues dans les milieux riverains et les activités agricoles menacent les populations restantes. La croissance démographique prévue dans le bassin de la rivière Grand pour les 20 prochaines années est de 30 p. 100 (www.grandriver.ca). Les grands centres urbains de la partie centrale du bassin se trouvent aux mêmes lieux  dont on sait fréquentés par des populations de chevaliers noirs. La dégradation de l’habitat et de la qualité de l’eau pourrait être due aux changements dans l’utilisation des terres et de l’eau et aux rejets des eaux d’égout (Portt et al., 2003). Dans le cours supérieur du bassin de la Thames, la qualité de l’habitat est également affectée par les utilisations des terres urbaines et agricoles. L’essentiel du couvert forestier du bassin a été coupé. Par ailleurs, les déversements, les pratiques de drainage, le ruissellement et l’altération des rives ont un impact négatif sur la qualité de l’eau.

Les barrages et les retenues ont été identifiés comme étant des facteurs limitatifs éventuels pour les populations de chevaliers noirs (Portt et al., 2003). Il y a plus de 50 barrages dans le bassin de la rivière Grand, et les populations de chevaliers noirs se concentrent généralement dans la région peu fragmentée du milieu du bassin (Armstrong-Philips, 1983). On compte 78 huit barrages dans le cours supérieur du bassin de la rivière Thames (www.thamesriver.org). Tout nouveau barrage aurait une incidence négative sur les populations de chevaliers noirs en modifiant l’état des habitats en amont et en aval, en gênant les déplacements des poissons et en limitant le flux génique entre les populations. Aux États-Unis, les retenues ont une lourde incidence négative sur l’abondance de l’espèce (Travnichek et Maceina, 1994; Quinn et Kwak, 2003). Des échelles à poissons construites au déversoir de Mannheim (rivière Grand) permettent au chevalier doré, au chevalier jaune, au meunier noir (Catostomus commerconi) et au meunier à tête carrée (Hypentelium nigricans) de migrer en amont pour frayer, atténuant ainsi certains effets négatifs des barrages sur les Catostomidés (Bunt et al., 2001). Toutefois, les données de surveillance des échelles à poissons des déversoirs de Mannheim et de Dunnville sur la rivière Grand indiquent une utilisation différente par les espèces de Moxostoma. Malgré leur présence et leur relative abondance en amont et en aval du déversoir de Mannheim, aucun chevalier noir n’a été prélevé au cours des trois années de surveillance à cet endroit (Bunt et al., 2001).

Comme la rivière Grand est un endroit recherché pour la pêche récréative, les pressions associées à cette pêche devraient augmenter avec l’étalement urbain. Les populations de chevaliers noirs pourraient être touchées directement par la pêche à la ligne et indirectement par le développement des occasions de pêche sportive (p. ex. l’ensemencement de la truite brune et du doré jaune) (Portt et al., 2003; MRNO et GRCA, 1998). On a signalé la prise accessoire de chevaliers noirs par des pêcheurs à la ligne et des chasseurs à l’arc qui visaient les carpes dans la rivière Grand (Portt et al., 2003). Le Plan de gestion de la rivière Grand (MRNO et GRCA, 1998) a permis de déterminer le risque éventuel, mais inconnu, lié à l’introduction de prédateurs supérieurs, tels que le doré jaune et le grand brochet, ou de compétiteurs possibles (p. ex. la truite brune) pour les espèces de poisson résidentes. La vulnérabilité des espèces de poisson à corps mou, telle que celle des suceurs, face aux poissons piscivores, est bien connue. L’importance des invertébrés benthiques dans l’alimentation du chevalier noir et l’utilisation des fosses par celui-ci permet de supposer qu’il pourrait y avoir de la compétition entre les salmonidés vivant dans les ruisseaux et le chevalier noir. Cependant, aucune étude de cas en faisant l’évaluation n’a été rapportée (Jenkins, 1970; Jenkins et Burkhead, 1993). Parmi les obstacles à l’hybridation des espèces du genre Moxostoma figurent les comportements agressifs ainsi que les différences dans les périodes de fraye et dans les préférences en matière de température et d’habitat (Curry et Spacie, 1984; Kwak et Skelly, 1992).