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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chevalier noir au Canada – Mise à jour

Biologie

Généralités

L’âge maximum connu mentionné dans les publications est de 11 ans; la longueur totale (LT) et le poids maximums connus sont respectivement de 658 mm et de 3 200 g (Coker et al., 2001, Howlett, 1999). Selon un échantillon de 267 chevaliers noirs prélevé dans la rivière Grand (Ontario), l’âge maximum était de 16 ans, établi d’après les coupes de rayons de nageoire, la longueur totale maximum, de 511 mm, et le poids maximum, de 1 558 g (S. Reid, données inédites).


Reproduction

L’âge de maturité variait entre 2 et 5 ans dans le sud-ouest du Missouri (Howlett, 1999), et Jenkins and Burkhead (1993) le consignent comme étant de 2 à 6 ans. Dans la rivière Grand (Ontario), les individus matures les plus jeunes avaient 3 ans (femelle) et 4 ans (mâle) (S. Reid, données inédites). La fécondité du chevalier noir dans la rivière Grand (Ontario) était de 4 126 à 11 551 œufs par femelle, et le diamètre des œufs variait de 2,6 à 2,9 mm lors de la fraye (Kott et Rathman, 1985). En se basant sur ces données, on a estimé le rapport entre le nombre d’œufs et la longueur de la femelle comme suit : nombre d’œufs = (2,46*10-6)L(mm)3 713 (Mandrak et Casselman, 2004).

Les œufs ne sont pas collants (Bowman, 1970). Le succès de l’éclosion des œufs du chevalier noir n'a fait l’objet d’aucune recherche, mais en laboratoire, la survie à l’éclosion du Moxostoma robustum a été établie à environ 66 p. 100 dans des conditions idéales (Dilts, 1995). La taille des alevins à l’éclosion varie entre 8,2 et 9,1 mm (Kay et al., 1994).

En Illinois, Kwak et Skelly (1992) ont observé la fraye au printemps dans des eaux dont la température variait de 15 à 21 ºC. Le chevalier noir frayait sur des radiers, évitant les secteurs les plus rapides, sur des substrats allant du gravier fin au gros galet, avec une préférence pour les petits galets. On a récolté des individus mâles et femelles prêts à frayer dans la rivière Grand les 28 et 29 mai 2002, alors que la température de l'eau était de 15 oC, ainsi que le 23 mai 2003 (température de l’eau, 13 oC) et le 20 mai 2004 (température de l’eau, 17,4 oC (S. Reid, données inédites).

On observe un dimorphisme sexuel chez les individus reproducteurs du chevalier noir. Les mâles présentent une coloration nuptiale sur le corps et ont des tubercules sur les nageoires anale et caudale. La coloration des femelles change peu sinon pas du tout au moment de la fraye (Kwak et Skelly, 1992). Selon Kwak et Skelly (1992), les femelles n’ont pas de tubercules, mais Scott et Crossman (1998) indiquent qu’elles pourraient en avoir de minuscules. Seules quelques populations ont fait l’objet d'une étude du sex-ratio, et aucune ne s’écartait vraiment du rapport 1:1 (Meyer, 1962; Bowman, 1970; Parker et Kott, 1980). Dans les frayères toutefois, les mâles sont généralement plus nombreux que les femelles, mais cela signifie probablement qu’ils y demeurent plus longtemps que celles-ci (Meyer, 1962; Bowman, 1970).

Kwak et Skelly (1992) ont observé des chevaliers noirs qui frayaient dans une rivière de l’Illinois. Un grand nombre de poissons (de 7 à 80) des deux sexes s’étaient réunis en bordure des radiers pour se diviser en plus petits groupes à mesure qu’ils avançaient sur les radiers. Les individus des deux sexes ont pris leur place, souvent derrière de grosses roches, sans manifester de territorialité. Les groupes pouvant atteindre six poissons, les individus placés à quelques centimètres les uns des autres, étaient courants. Les individus des deux sexes changeaient souvent de position, parfois en roulant sur le dos d’autres membres du groupe de reproducteurs, mais en restant toujours face à l’amont. Les femelles étaient parfois flanquées de quatre mâles. L’accouplement, qui se résumait à un frémissement de la zone caudale de tous les poissons participants, durait environ deux secondes et prenait habituellement fin quand un ou plusieurs des membres du groupe se déplaçaient rapidement vers un nouvel endroit; dans certains cas, toutefois, le groupe a simplement réduit son frétillement de façon graduelle et est resté au même endroit.


Survie

La longévité du chevalier noir s’accroît en fonction de l’accroissement de la latitude. Au Tennessee, selon Schumate (1988), l’âge maximum du chevalier noir est de huit ans; au Missouri, il serait de dix ou onze ans (Bowman, 1970; Howlett, 1999). Parmi les chevaliers noirs récoltés dans la rivière Grand en Ontario, certains avaient jusqu’à seize ans. En Ohio, Smith (1977) a conclu que le taux annuel de survie de l’espèce était de 0,64; par contre, ce taux n’est pas subdivisé par classes d’âge. Bowman a étudié le taux de survie des chevaliers noirs âgés de cinq ans ou plus issus de deux rivières du Missouri (tableaux 1 et 2, Bowman, 1959)et s’est aperçu que les résultats étaient semblables à ceux obtenus en Ohio. Les taux de survie des chevaliers noirs de moins de cinq ans ne sont pas connus.

 

Tableau 1 : Classement et statut mondiaux, nationaux et infranationaux (États et provinces) du chevalier noir (Moxostoma duquesnei)
MondialÉtats-UnisCanadaInfranational
États américainsOntario
G5Ne se trouve pas dans le TESS (base de données sur les espèces menacées ou en voie de disparition du USFWS.Espèce menacée; N2S1 (KS MS, WI)
S2 (IA, NY)
S2S3 (IL)
S3 (MI, VA)
S4 (AR, GA, IN, MN, NC, OK, PA, WV)
S5 (AL, TN)
S ? (MO, OH)
S1

(NatureServe 2004)

 

Tableau 2 : Taux de survie des populations de chevaliers noirs des rivières Niangua et Big Piney au Missouri
Classe d’âgeRivière NianguaRivière Big Piney
50,490,68
60,480,49
70,330,03
80,030,02
90,020,01
100,01-

(Bowman, 1959)


Physiologie

Les équations longueur-poids élaborées dans le cadre de nombreuses études figurent au tableau 3. De plus, les équations de croissance de von Bertalanffy ont été déterminées pour plusieurs populations (tableau 4).

 

Tableau 3 : Sommaire des équations longueur-poids élaborées pour les populations de chevalier noir. Forme de l’équation longueur-poids : log (poids en g) = b+mlog(longueur en mm)
BMCommentairesSource
-4,582,94Rivière NianguaBowman, 1970
-4,592,95Rivière Big PineyBowman, 1970
-5,74753,363poissons immaturesSmith, 1977
-4,7482,9554mâle matureSmith, 1977
-4,66072,9227femelle matureSmith, 1977
-5,393,158Rivière GrandReid (données inédites)

 

Tableau 4 : Sommaire des équations de croissance de von Bertalanffy élaborées pour le chevalier noir. Forme de l’équation de von Bertalanffy : Lt = L[1-e-k(t-t0)]
Lkt0CommentairesSource
385,40,39-0,48Rivière JamesHowlett, 1999
369,30,390,30Ruisseau BullHowlett, 1999
378,30,34-0,29Ruisseau SwanHowlett, 1999
426,40,45-0,34Rivière ElkHowlett, 1999
490,90,26-0,75Rivière GrandS. Reid (données inédites)


Déplacements et dispersion

L'accès aux indispensables lieux de fraye est essentiel à la pérennité du chevalier noir. C’est au printemps que les chevaliers migrent vers les lieux de fraye (Jenkins, 1970). Hackneyet al. (1968) ont observé des chevaliers de rivière marqués qui parcouraient plus de 15 km en amont pour frayer. Chez le chevalier jaune, on a observé dans la rivière Grand des migrations post-fraye pouvant atteindre 15 km (Cooke et Bunt, 1999). Deux chevaliers noirs radiopistés dans la rivière Grand de juin à octobre 2003 ont parcouru respectivement une distance totale de 475 m et de 2000 m en amont de leur lieu de capture d’origine (Clark, 2004).


Alimentation et relations interspécifiques

Le chevalier noir, qui se nourrit sur le fond, est un brouteur et un récolteur qui préfère de loin les crustacés et les insectes (Coker et al., 2001). Les jeunes de moins de 65 mm de longueur seraient essentiellement planctonophages, alors que les poissons plus grands seraient essentiellement benthiques (Bowman, 1970). Au Canada, jusqu’à cinq espèces de chevaliers sont syntopiques du chevalier noir. Étant donné la similarité de leur morphologie, de leurs habitats et de leurs préférences en matière de proies (Coker et al., 2001; Clark, 2004), il y a vraisemblablement compétition entre les espèces de chevaliers. Toutefois, des différences subtiles dans ces préférences et la morphologie pourraient réduire la fréquence de ce type d’interaction (Clark, 2004).


Comportement et adaptabilité

Le chevalier noir tolérerait mal l’envasement (Scott et Crossman, 1998). Les espèces de chevaliers sont capables de rétablir des populations dans les eaux d’où elles ont disparues dans la mesure où d’autres populations existent à proximité (Jenkins et Burkhead, 1993). Cependant, la présence d’entraves à la migration (p. ex. des barrages) dans un grand nombre de rivières diminue probablement leur capacité à se remettre des perturbations.