Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le noyer cendré au Canada

Biologie

Généralités 

Le noyer cendré est un arbre qui vit relativement peu longtemps, rarement plus de 75 ans. Il ne tolère pas l’ombre. Les jeunes individus peuvent tolérer l’ombre provenant des côtés, mais l’espèce ne peut survivre si l’ombre provient d’en haut (Rink, 1990).

En Ontario, le noyer cendré pousse généralement seul ou en petits groupes à l’intérieur de peuplements mélangés de feuillus, ou encore à l’état de vestige ou de repousse spontanée le long de clôtures ou en plein champ. Au Nouveau-Brunswick, le noyer cendré pousse à l’état dispersé dans les sols alluviaux de toute l’écorégion des Grands Lacs, et il est commun dans les haies séparant les champs. Il en existe de grands peuplements purs dans plusieurs îles inondables. Le noyer cendré pousse également à l’état dispersé dans toute la forêt de feuillus des terrains élevés de l’écodistrict de Meductic (écorégion des Basses-Terres de la vallée), caractérisé par des calcaires riches (Sabine, comm. pers., 2003).


Reproduction et génétique

Le noyer cendré fleurit d’avril à juin, selon les localités. L’espèce est monoïque (les fleurs mâles et femelles sont distinctes mais produites par le même individu) et pollinisée par le vent. Les fleurs mâles sont réunies en chatons verts et épais issus de bourgeons axillaires. Les fleurs femelles sont plus courtes et situées à l’extrémité de courts pédoncules à l’aisselle des nouvelles feuilles. Chez un même arbre, les fleurs des deux sexes arrivent généralement à maturité à des moments différents (Rink, 1990).

Le fruit est une noix oblongue enveloppée d’un brou semi-charnu, indéhiscent et pubescent (Harlow et al., 1979). Il arrive à maturité durant le mois de septembre ou octobre suivant la pollinisation. Les fruits sont solitaires ou en groupes de 2 à 5. Le fruit mûr est ovoïde, vert, long de 4 à 6 cm. L’embryon que renferme la noix possède deux gros cotylédons et est enveloppé d’un tégument séminal et d’un épais péricarpe (coque). Les cotylédons sont doux, huileux et comestibles. Le fruit reste généralement sur l’arbre jusqu’après la chute des feuilles (Rink, 1990). L’embryon peut demeurer à l’état dormant pendant 2 ans (MRNO, 2000), mais il germe habituellement le printemps suivant la chute de la noix (Rink, 1990).

L’arbre commence à produire des noix à 20 ans, et la production maximale est atteinte entre 30 et 60 ans. Une bonne quantité de noix est produite tous les deux ou trois ans, et une quantité moindre les autres années. Il arrive que peu de graines soient viables, généralement en raison de dégâts causés par les insectes ou d’un échec de la pollinisation (Rink, 1990). La levée de la dormance exige une stratification froide de 90 à 120 jours (Young et Young, 1992).

On estime que la noix ne tolère pas l’entreposage à long terme et demeure viable 3 à 5 ans si elle est entreposée dans un contenant scellé, à une température à peine supérieure au point de congélation (Anonyme, 1948; Wang, 1974). On peut obtenir une conservation satisfaisante pendant au moins deux ans en entreposant les noix dans un contenant fermé où sont maintenus un taux d’humidité relative de 80 à 90 p. 100 et une température de 0 à 5 °C. La noix ne tolère pas une forte dessiccation (jusqu’à une teneur en eau de 5 p. 100, par exemple) et est sensible aux températures inférieures à - 40 °C (Wang et al., 1993). La souche des jeunes noyers cendrés peut produire des rejets (Rink, 1990), et la plante peut être multipliée au moyen de boutures racinées.

Aucune des espèces avec lesquelles le noyer cendré peut s’hybrider ne pousse naturellement au Canada. Cependant, plusieurs de ces espèces ont été plantées pour la production de noix ou l’aménagement paysager. Le croisement du noyer cendré avec le noyer cordiforme (Juglans cordiformis) donne un arbre appelé en anglais « buartnut » (Millikan et al.,1991); le croisement du noyer cendré avec le noyer du Japon (J. ailanthifolia) donne le J. x bixbyi; enfin, le croisement du noyer cendré avec le noyer commun (J. regia) donne le Jx quadrangulata. Rink (1990) signale également que le noyer cendré peut être croisé avec succès avec le noyer à petits fruits (J. microcarpa) et avec le noyer de Mandchourie (J. mandschurica). Il n’existe aucune mention confirmée d’hybridation entre le noyer noir (J. nigra) et le noyer cendré.

Busov et al. (1997) ont étudié la variabilité des alloenzymes parmi plusieurs espèces de Juglans, dont le noyer cendré, et chez chacune de ces espèces. Selon Ostry (1998), le noyer cendré possède une diversité génétique limitée. Morin et al. (2000a) ont examiné 12 locus isoenzymatiques chez 9 populations de noyer cendré situées près de la limite nord-est de l’espèce (7 du Québec, une du Nouveau-Brunswick et une du Vermont). Les taux de diversité génétique ainsi estimés étaient faibles par rapport à ceux signalés pour d’autres espèces de Juglans : seulement 3 des 12 locus étaient polymorphes, et les analyses par paires ont montré que les distances génétiques étaient très faibles, sauf lorsqu’une des populations comparées était celle du Vermont. Le taux de différenciation des populations a été estimé à environ 8 p. 100, et à seulement 3 p. 100 lorsqu’on excluait la population du Vermont. Chez une des populations du Québec, située à plus de 100 km de tout autre population de taille appréciable et ne connaissant donc pratiquement aucun échange de gènes avec d’autres populations, les locus isoenzymatiques étudiés étaient entièrement monomorphes. Les auteurs ont avancé que cette perte de diversité pourrait s’expliquer par une combinaison de facteurs, dont un étranglement génétique survenu durant la glaciation pléistocène, l’impact du chancre du noyer cendré et la faible distance de dispersion des graines, liée à la gravité.


Dispersion

Les graines sont dispersées par la gravité, l’eau, les écureuils et d’autres petits rongeurs. Selon les observations de Wykoff (1991), il se peut que certaines populations de noyer cendré et d’autres arbres produisant des noix aient été introduites dans le nord-est de l’Amérique du Nord par les Iroquois, avant l’arrivée des Européens.


Nutrition et relations interspécifiques

Le noyer cendré préfère les sols fertiles, mais se rencontre également dans des terrains rocheux secs et stériles. L’arbre produit de la juglone, substance du groupe des naphthoquinones qui présente une toxicité sélective pour certaines espèces végétales associées au noyer cendré (Rink, 1990). On trouvera sur le l’Eastern Chapter of the Society of Ontario Nut Growers(http://ecsong.ca/vol15no4.html#M) une liste d’arbres, arbustes et plantes herbacées qui sont sensibles à divers degrés, ou non sensibles, à la présence de noyers. Ces renseignements portent avant tout sur le noyer noir et proviennent de l’article Black Walnut Toxicity, rédigé par Olga Piedrahita (Factsheet No. 84-050, Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario, novembre 1984) :

[Traduction] « On a signalé une sensibilité à la toxicité du noyer noir chez les plantes suivantes : tomate, luzerne, pommier, poirier, mûrier (Rubus), bleuet (Vaccinium), kalmia à feuilles larges, azalées, rhododendrons, potentille frutescente, pin rouge, pin blanc et autres conifères. On a signalé des symptômes occasionnels de toxicité chez les plantes suivantes : danthonie, poivron, lilas commun, lilas de Perse, viorne, colchique, pivoine, pommetier, magnolia, framboisier rouge, pêcher et fusain. On n’a signalé aucun effet, ou on a observé une meilleure croissance à proximité des racines de noyer, chez les espèces suivantes : pâturin des prés, fléole, agrostide blanche, dactyle pelotonné et autres graminées, trèfle blanc, betterave, haricot commun, haricot de Lima, oignon, panais, maïs sucré, framboisier noir, vigne, rosier sauvage, forsythia, vigne vierge, herbe à puce, narcisse, sauge, impatiente, rudbeckie, genévrier rouge, chênes, érables, caryers et autres feuillus indigènes. Les plantes suivantes semblent également tolérantes au noyer noir : anémone, petit-prêcheur, athyrie fougère-femelle, cyclamen, chapeau d’évêque (Epimedium), érythrone, gentiane, hellébore vert, heuchère, hosta, iris, lis, matteucie fougère-à-l'autruche, myosotis, narcisse, liriope, podophylle pelté, sceau-de-Salomon, polystic faux-acrostic, primevères, renoncule ficaire, morelle, pigamon, lis des crapauds (Tricyrtis), trèfle blanc, trille, uvulaire, folle avoine, pervenche, fusain pourpre, chèvrefeuille, seringat (Philadelphus), chênes et herbe à puce. »