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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la taupe de Townsend (Scapanus townsendii) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

La taupe de Townsend habite dans des sols constitués de loam limoneux de texture moyenne à bonne teneur en humus comme on en trouve dans les champs, les prés, les pelouses et d’autres habitats herbeux. Elle préfère les pâturages fumés et les prairies de fauche (Pedersen, 1963; Giger, 1973; Nagorsen, 1996) où les lombrics sont abondants (Edwards et Lofty, 1972). Dans la vallée du Fraser, il existe une superficie d’environ 30 km² de loam limoneux (figure 3), dont seulement 13 km² ont jusqu’ici échappés à l’expansion urbaine (Sheehan et Galindo-Leal, 1996). La taupe de Townsend peut également vivre dans des forêts claires et dans des sols sablonneux légers (Dalquest, 1948; Johnson et Yates, 1980; Nagorsen, 1996). Les densités de population varient considérablement d’un type d’habitat à l’autre, selon l’abondance des lombrics. Les sols graveleux présentent les effectifs les plus faibles, et les pâturages fumés et les prairies de fauche, les effectifs les plus élevés (Pedersen, 1963; van Zyll de Jong, 1983).

La taupe de Townsend habite généralement des pâturages, des terres agricoles et des pelouses dans des basses terres. Ce type d’habitat s’étend de la vallée du Fraser à l’État de Washington en chevauchant la frontière (voir en annexe les photographies aériennes montrant les terres agricoles avoisinant les ensembles résidentiels, ainsi que les habitats de basses terres s’étendant jusqu’à Nooksack, Washington). Le couvert herbacé contient une plus grande biomasse de son aliment favori, le lombric de grande taille Lumbricus terrestris, que les terres arables et les forêts (Gorman et Stone, 1990). L’herbe protège le sol du gel, qui réduit les quantités de lombrics (Edwards et Lofty, 1972). De plus, les sols des prairies sont très structurés et conviennent mieux à l’établissement de réseaux de galeries.

La taupe de Townsend semble préférer des sols plus humides que la taupe du Pacifique (B.C. Ministry of Environment, Lands and Parks, 2001). Toutefois, les besoins en matière d’habitat et de nourriture des taupes de Townsend et du Pacifique se ressemblent et il est difficile de savoir pourquoi la taupe de Townsend n’a pas, au Canada, la même aire de répartition que la taupe du Pacifique.

Tendances des populations

On a avancé que le nombre de taupes de Townsend et du Pacifique dans la région des États du Nord-Ouest des États-Unis bordés par le Pacifique a augmenté au cours des derniers siècles. L’explication se trouve vraisemblablement dans la création de terres agricoles par l’endiguement de prairies marécageuses et la présence d’espèces introduites de lombrics de grande taille (Glendenning, 1959; Schaefer, 1978). Aujourd’hui cependant, il ne se crée plus de nouveaux habitats. De fait, le piégeage, les pratiques d’agriculture intensive, l’étalement urbain dans les régions agricoles et la fragmentation des habitats sont tous susceptibles de réduire les populations de taupes.

Protection et propriété des terrains

Au Canada, une grande partie de l’habitat dans lequel vivent les taupes est située sur des propriétés privées. La zone comprise entre Riverside Road et Angus Road, qui contient 3 des 16 territoires recensés récemment, a été atteinte par l’exploitation urbaine. Le reste de l’aire de répartition fait partie de la réserve de terres agricoles (RTA) et est dans une certaine mesure protégé contre l’exploitation (British Columbia Agricultural Land Commission, 1996). Cependant, l’agriculture intensive tue les taupes, et des terrains sont continuellementt retranchés de la RTA. La taupe de Townsend, jugée nuisible à l’agriculture, peut également être piégée dans les zones résidentielles où elle détruit des pelouses. L’espèce est protégée en vertu de la « liste rouge » de la Colombie-Britannique (annexe A).

Figure 3.  Carte des sols du secteur Huntingdon-Abbotsford (Commission géologique du Canada, 1976, carte 1485A, géologie des dépôts meubles, Mission, C.-B.). Remarquer la zone SAb (sédiments organiques recouverts d’une couche de jusqu’à 1 m de loam limoneux, de limon et de sable) légèrement à droite du centre, dans laquelle la plupart des taupes de Townsend ont été observées dans les environs de Huntingdon. Les deux observations à l’est d’Abbotsford ont été faites dans la zone SAq, où du sol dont la texture va de l’argile au limon recouvre des sédiments du fleuve Fraser.

Figure 3.  Carte des sols du secteur Huntingdon-Abbotsford (Commission géologique du Canada, 1976, carte 1485A, géologie des dépôts meubles, Mission, C.-B.). Remarquer la zone SAb (sédiments organiques recouverts d’une couche de jusqu’à 1 m de loam limoneux, de limon et de sable) légèrement à droite du centre, dans laquelle la plupart des taupes de Townsend ont été observées dans les environs de Huntingdon. Les deux observations à l’est d’Abbotsford ont été faites dans la zone SAq, où du sol dont la texture va de l’argile au limon recouvre des sédiments du fleuve Fraser.