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Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur l’hermine de la sous-espèce haidarum au Canada - Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Hermine de la sous-espèce Haidarum
Mustela erminea haidarum

L’hermine qu’on trouve aux îles de la Reine-Charlotte (archipel Haida Gwaii) est classée comme sous-espèce Haidarum du Mustela erminea. En raison des différences anatomiques qui la distinguent des autres sous-espèces d’hermines, certains chercheurs sont d’avis qu’elle devrait être considérée comme espèce distincte. Cet avis est renforcé par des analyses récentes de l’ADNmt, qui montrent que la sous-espèce Haidarum s’inscrit dans l’une de trois, peut-être quatre, lignées évolutives anciennes du M. erminea, dont l’une se rencontre en Eurasie et en Alaska, une autre dans presque tout le reste de l’Amérique du Nord, et la troisième, à Haida Gwaii ainsi que dans un groupe d’îles voisines situées dans le sud-est de l’Alaska. Il est possible qu’il en existe une quatrième, à l’île de Vancouver; cependant, les résultats génétiques concernant cette dernière ne sont que préliminaires. D’après les différences observées dans l’ADNmt, on peut supposer que la séparation des différentes lignées remonte longtemps avant la dernière glaciation; cependant, dans l’état actuel des connaissances concernant les taux de mutation, il est impossible de la situer plus précisément dans le temps.

L’analyse complète des récentes données génétiques permettra de déterminer si la population des îles du sud-est de l’Alaska appartient ou non à la sous-espèce Haidarum. Il reste que cette population a été infiltrée par des mâles, et peut-être des femelles, d’une autre lignée, provenant du continent. La population de Haida Gwaii est donc la seule de la lignée Haidarum qui soit génétiquement intacte, et elle a des chances de le demeurer. Elle est également la seule population de cette lignée au Canada.

On peut penser que l’hermine de la sous-espèce Haidarum, comme tous ses congénères, est un prédateur spécialisé, recherchant de préférence les rongeurs de la sous-famille des Arvicolinés (campagnols et lemmings). Or, il n’y a pas d’Arvicolinés à Haida Gwaii, et les deux seuls petits mammifères indigènes, à savoir la souris Peromyscus keenii et la musaraigne sombre (Sorex monticolus), semblent être des proies de moindre qualité. Le manque de ressources alimentaires a probablement toujours limité la population d’hermine à Haida Gwaii, et c’est probablement encore le cas aujourd’hui.

Depuis le premier rapport de situation du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) (Youngman, 1984), des efforts considérables ont été consacrés à l’évaluation de la situation de l’hermine à Haida Gwaii. De 1992 à 1998, pour plus de 6 700 nuits-pièges, quelque 2 700 nuits-stations de relevé de pistes et plus de 900 km parcourus à la recherche de pistes dans la neige, seulement 2 individus ont été capturés, et aucune piste ni aucun autre indice de la présence de l’espèce n’a été relevé. Récemment, des entretiens avec des habitants de Haida Gwaii ont permis de confirmer et d’apporter des précisions sur un grand nombre d’observations non répertoriées de l’hermine ou d’indices de sa présence. Les données dont on dispose indiquent que l’hermine de la sous-espèce Haidarum n’est pas inféodée aux forêts mûres et qu’elle fréquente une grande diversité de milieux situés principalement à faible altitude et peut-être de préférence à proximité de l’océan, de cours d’eau ou d’estuaires. Rien n’indique que le milieu en soi, considéré indépendamment des ressources alimentaires et du risque de prédation, est un facteur limitatif important pour ce mammifère.

L’hermine de la sous-espèce Haidarum semble très rare, peut-être beaucoup plus rare qu’autrefois. Bien qu’il n’existe pas de données démographiques pour appuyer cette affirmation, le nombre de captures au début du 20e siècle donne à penser que les populations du mammifère à Haida Gwaii étaient sensiblement plus importantes à cette époque qu’aujourd’hui.

Les menaces pouvant peser sur le M. e. haidarum sont l’insuffisance des ressources alimentaires, la prédation par la martre d’Amérique (Martes americana) et la compétition par exploitation et par interférence avec la martre d’Amérique et des espèces introduites, dont l’écureuil roux (Tamiasciurus hudsonicus), le rat noir (Rattus rattus), le rat surmulot (Rattus norvegicus) et le raton laveur (Procyon lotor). Il n’est pas démontré que la prédation et la compétition ont réellement cours ou constituent de réelles menaces pour l’hermine à Haida Gwaii; cependant, les données disponibles indiquent que la prédation par la martre est probablement la principale menace pour l’hermine. Il existe des cas documentés de prédation par la martre sur d’autres populations d’hermine, et à Haida Gwaii, les hermines prises dans des pièges sont souvent mangées par des martres. De plus, le comportement de chasse de la martre laisse peu de doute qu’elle s’attaque aux hermines qu’elle trouve sur son chemin.

Le risque de prédation par la martre n’est pas nouveau. Il est devenu une menace pour la survie de la sous-espèce Haidarum en raison de l’accroissement spectaculaire de l’effectif de la martre à Haida Gwaii, probablement en conséquence de l’introduction d’espèces dont elle s’alimente, notamment le cerf à queue noire (Odocoileus hemionus), l’écureuil roux, le rat noir, le rat surmulot et le rat musqué (Ondatra zibethica). Tous les trappeurs interviewés disent que les martres à Haida Gwaii sont de cinq à dix fois plus nombreuses aujourd’hui que dans les années 1940, et on peut penser qu’à cette époque, l’effectif de la martre avait déjà augmenté en conséquence de l’introduction du cerf à queue noire, qui est antérieure à 1916. Vu le comportement de prédateur opportuniste de la martre, la prédation sur l’hermine à Haida Gwaii a probablement augmenté à peu près proportionnellement à l’accroissement de l’effectif de la martre, peut-être d’un ordre de grandeur. L’introduction du cerf à queue noire a peut-être exacerbé la pression de prédation, puisque cet herbivore a brouté une grande partie de la strate arbustive, qui servait vraisemblablement de couvert à l’hermine.