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Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur l’hermine de la sous-espèce haidarum au Canada - Mise à jour

Information sur l'espèce

Classification et taxinomie

L’hermine de Haida Gwaii (Mustela erminea haidarum L.) a été décrite pour la première fois comme espèce distincte, sous le nom de Putorius haidarum (Preble, 1898). Aujourd’hui, elle est classée comme sous-espèce du Mustela erminea (Hall, 1951). Outre l’hermine et les belettes (M. frenata et M. nivalis), le genre Mustela comprend le vison (M. vison), le furret et les putois (en Amérique du Nord, le putois d’Amérique, M. nigripes) (Fagerstone, 1987).

Des analyses récentes de l’ADN mitochondrial (ADNmt) de quelque 200 individus provenant de l’ouest de l’Amérique du Nord ainsi que de Russie, d’Irlande et du Japon montrent que le Mustela erminea comprend trois lignées évolutives très divergentes : l’une se rencontre en Europe, en Asie et dans la majeure partie de l’Alaska; une autre, dans la majeure partie du sud-est de l’Alaska, l’Ouest canadien et le reste des États continentaux des États-Unis; la troisième, aux îles de la Reine-Charlotte (archipel Haida Gwaii) ainsi qu’au sous-archipel Prince of Wales de l’archipel Alexander, situé dans le sud-est de l’Alaska, vis-à-vis l’extrémité nord de Haida Gwaii, de l’autre côté de l’entrée Dixon (Fleming et Cook, 2000). Des résultats préliminaires laissent penser que l’hermine présente dans l’île de Vancouver appartiendrait à une quatrième lignée aussi ancienne (Byun, 1999; Fleming, comm. pers.).

On peut tirer de ces nouvelles données génétiques deux conclusions importantes. D’abord, il est possible qu’il existe une deuxième population de M. e. haidarum, dans le sud-est de l’Alaska, vis-à-vis l’île Graham, de l’autre côté de l’entrée Dixon. Dans l’ADNmt, le gène codant pour le cytochrome b, analysé chez huit spécimens provenant du sous-archipel Prince of Wales (Alaska), est identique à celui du seul spécimen frais dont on dispose pour Haida Gwaii et très semblable à celui de deux spécimens de musée (peaux) provenant de Haida Gwaii (Fleming, comm. pers.; Byun, 1999). Il semble donc que la population de Haida Gwaii et celle du sous-archipel Prince of Wales sont issues d’une même population, qui aurait été de petite taille (M. Fleming, comm. pers.). Un deuxième gène de l’ADNmt, la boucle D, analysé chez les spécimens du sous-archipel Prince of Wales et le spécimen frais de Haida Gwaii, diffère par une seule paire de bases sur les 305 qui composent la séquence. Cette légère différence résulterait de l’évolution divergente des deux populations depuis la dernière glaciation (M. Fleming, comm. pers.). On peut penser que les hermines de Haida Gwaii et celles du sous-archipel Prince of Wales auraient passé ensemble la dernière glaciation dans un même refuge côtier, peut-être, comme le pense Byun (1999), sur les terres actuellement ennoyées par les eaux du détroit d’Hécate.

En second lieu, les hermines qu’on trouve aujourd’hui à Haida Gwaii ainsi qu’au sous-archipel Prince of Wales seraient les seuls représentants connus de l’une de trois ou quatre lignées évolutives anciennes du M. erminea. D’après les différences génétiques constatées entre la lignée de Haida Gwaii et les autres lignées, on peut supposer que leur séparation remonte à longtemps avant la dernière glaciation; cependant, dans l’état actuel des connaissances relatives aux taux de mutation, il est impossible de la situer plus précisément dans le temps (M. Fleming, comm. pers.). La séparation des différentes lignées est également manifeste dans l’anatomie du mammifère. Sur la base des différences anatomiques, Hall (1951) soutient que l’hermine de la sous-espèce haidarum plus que tout autre sous-espèce du M. erminea pourrait être considérée comme espèce distincte. L’analyse de la forme et des dimensions du crâne (Eger, 1989) appuie les résultats d’analyse génétique récents : les crânes des hermines de Haida Gwai et du sous-archipel Prince of Wales sont semblables, mais différents de ceux des hermines de toutes les autres populations étudiées.

Pour ces raisons, il semble justifié de traiter le M. e. haidarum presque comme s’il s’agissait d’une espèce distincte, et il y a certainement lieu de lui accorder plus d’importance qu’on n’en accorderait à n’importe quelle autre sous-espèce du M. erminea dans les mêmes circonstances.


Description

L’hermine d’Amérique du Nord est de taille intermédiaire entre celle de la belette à longue queue (M. frenata), plus grande, et celle de la belette pygmée (M. nivalis), plus petite. Outre ces différences de taille, on distingue ces trois espèces nord-américaines de Mustela par la longueur de la queue, qui est relativement longue chez la belette à longue queue, relativement courte chez la belette pygmée, et de longueur intermédiaire chez l’hermine. De plus, la belette à longue queue et l’hermine, à la différence de la belette pygmée, ont le bout de la queue noir (Fagerstone, 1987). On pense que ce caractère servirait à tromper les prédateurs (Powell, 1982).

L’hermine de la sous-espèce haidarum revêt un pelage blanc en hiver, ce qui est plutôt étonnant, car à Haida Gwaii, à faible altitude, le sol est rarement enneigé (Reid et al., 2000; Banner et al., 1989), de sorte qu’un pelage blanc ne procure à l’animal aucun avantage. Chez les autres populations d’hermine, la couleur de la fourrure en hiver varie généralement en fonction du climat : elle devient blanche dans les régions froides où la couverture neigeuse est persistante; elle demeure brune dans les régions où le climat est doux; elle peut prendre une couleur intermédiaire dans les régions où le climat n’est ni très rigoureux, ni très doux (King, 1990).

Comme toutes les hermines, la sous-espèce haidarum accuse un dimorphisme sexuel, le crâne du mâle étant environ 1,29 fois plus lourd que celui de la femelle (Foster, 1965). Chez pratiquement toutes les autres sous-espèces nord-américaines, le dimorphisme sexuel est plus marqué, la différence entre le crâne du mâle et celui de la femelle variant d’un facteur de 1,42 (côte du Washington et de l’Oregon) à 1,57 (Alaska) (Foster, 1965). Le M. e. anguinae, sous-espèce de l’île de Vancouver, fait exception à la règle, le crâne du mâle n’étant que 1,25 fois plus lourd que celui de la femelle, soit un dimorphisme proche de celui qu’on constate chez la sous-espèce haidarum. La différence de poids entre le mâle et la femelle est probablement légèrement plus importante que la différence de masse du crâne donnée par Foster, car de façon générale, chez l’hermine comme chez la martre, le dimorphisme sexuel est plus marqué pour la taille de l’animal que pour celle du crâne (Holmes et Powell, 1994).

Le fait que le dimorphisme sexuel soit moins marqué chez l’hermine de Haida Gwaii, et peut-être chez l’hermine de l’île de Vancouver, que chez les autres populations pourrait être attribuable à la pauvreté des ressources alimentaires, à unmoins grande pression de sélection pour les mâles de forte taille, ou aux deux facteurs à la fois. Il a été démontré que le dimorphisme sexuel chez le pékan est plus important lorsque les ressources alimentaires sont abondantes, les mâles atteignant alors une taille plus forte (Powell, 1994). Il est donc possible que le faible dimorphisme sexuel observé chez l’hermine de Haida Gwaii et l’hermine de l’île de Vancouver soit simplement le reflet de la pauvreté relative de proies dans ces îles.

Par ailleurs, il est possible que la sélection sexuelle soit chez ces deux populations insulaires différente de celle existant chez les autres populations de l’espèce. Comme le bassin de proies est relativement pauvre dans ces deux localités, il est possible que la répartition des femelles soit atypique et de nature à amoindrir l’avantage d’une forte taille chez les mâles. Si, par exemple, les femelles ont un très grand territoire ou se déplacent en permanence à cause de la rareté des proies (voir Powell, 1994; Debrot, 1983; Alterio, 1998), les rencontres entre mâles peuvent être moins fréquentes et, en conséquence, l’avantage de la taille dans la compétition pour les femelles serait moindre.

L’annexe 1 présente un sommaire des spécimens connus de l’hermine de la sous-espèce haidarum.

 


Répartition

On s’entend généralement pour dire que l’hermine de la sous-espèce haidarum ne se trouve que dans les îles de la Reine-Charlotte (Haida Gwaii), archipel situé au large de la côte centre-nord de la Colombie-Britannique (Hall, 1951; Foster, 1965; Cowan, 1989; Reid et al., 2000). Cet archipel comprend deux grandes îles, Graham au nord et Moresby au sud, et un grand nombre d’îles de moindre superficie. Les relevés récents (Reid et al., 2000) indiquent que l’hermine est probablement présente par intermittence dans une grande partie des îles Graham, Moresby, Louise et Burnaby, et peut-être dans d’autres îles de l’archipel (figure 1). Le tableau 1 donne la superficie des principales îles de Haida Gwaii et la distance séparant chacune de l’île la plus proche.

Comme il a déjà été mentionné, des données génétiques et anatomiques indiquent que la population de Haida Gwaii s’inscrit dans la même lignée évolutive que celle du sous-archipel Prince of Wales, situé dans le sud-est de l’Alaska (figure 2). Les analyses récentes ont au moins établi qu’il y a beaucoup plus de ressemblances entre ces deux populations qu’entre l’une ou l’autre d’elles et les autres sous-espèces d’hermine. On pourrait donc soutenir qu’il y a au moins deux populations de M. e. haidarum, l’une à Haida Gwaii et l’autre dans le sous-archipel Prince of Wales. Vu la distance qui sépare les îles de Haida Gwaii où l’hermine a été observée, on peut considérer cette population comme étant constituée de trois sous-populations, l’une située à l’île Graham, une autre, aux îles Moresby et Burnaby, et la troisième, à l’île Louise. Bien qu’elle n’y ait jamais été aperçue, l’hermine se trouve peut-être aussi dans d’autres îles de l’archipel, notamment les îles Langara, Lyell et Kunghit.

Tableau 1 : Les îles canadiennes où le M. e. haidarum est présent
ÎlePrésence constatée?SuperficieÎle la plus procheDistance de l’île la plus proche
GrahamOui6 389 km2Moresby0,25 km
MoresbyOui2 549 km2Graham0,25 km
LouiseOui272 km2Moresby0,10 km
LyellNon175 km2Moresby1,5 km
KunghitNon130 km2Moresby0,86 km
BurnabyOui66 km2Moresby<<0,10 km (fond peut-être découvert aux plus basses mers)
LangaraNon33 km2Graham1,1 km

Superficie totale des îles canadiennes où le M. e. haidarum est présent : 9 276 km2

Jusqu’à preuve du contraire, il est plus prudent de supposer que le M. e. haidarum ne se trouve qu’à Haida Gwaii, au Canada, et peut-être dans le
sous-archipel Prince of Wales, en Alaska.