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Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur l’hermine de la sous-espèce haidarum au Canada - Mise à jour

Biologie générale

La biologie générale de la sous-espèce Haidarum n’a fait l’objet d’aucune étude spécifique; cependant, il est raisonnable de penser qu’elle est largement apparentée à celle des autres sous-espèces d’hermine.

Reproduction et mortalité

Chez les autres sous-espèces d’hermine, l’accouplement a lieu au printemps, peu après la parturition. Chez les femelles non fécondées, l’œstrus peut se prolonger jusqu’à l’automne. L'implantation dans l'utérus de l'ovule fécondé est retardée; elle se produit au printemps en réponse à l’allongement des jours (Fagerstone, 1987).

Les femelles des autres sous-espèces ont une seule portée par année, dont la taille varie entre 4 et 13 petits, avec une moyenne de 6 (Fagerstone, 1987). L’hermine, comme la belette pygmée, donne naissance à un plus grand nombre de petits lorsqu’il y a abondance de proies et ne se reproduit pas lorsque la densité de proies est trop faible (Erlinge, 1983; King, 1985; Jedrzejewski et al, 1998; Korpimaki et al., 1991). Vu la relative pauvreté du bassin de proies disponibles pour l’hermine à Haida Gwaii, le nombre moyen de petits par portée et le taux de recrutement dans la classe juvénile chez cette sous-espèce se situent probablement dans les valeurs inférieures des plages constatées pour les autres sous-espèces.

Le taux annuel de survie chez les autres sous-espèces d’hermine se situe autour de 40 p.100, et la durée de vie moyenne est d’environ 1 à 1,5 an (Fagerstone,1987). On ne connaît pas l’importance relative des divers facteurs de mortalité chez l’hermine; la prédation semble cependant être un facteur important. Il est raisonnable de supposer qu’à Haida Gwaii, l’hermine est exposée à la prédation, en particulier par la martre. Reid et al. (2000) mentionnent des cas de prédation par le chat domestique. L’hermine est aussi une proie occasionnelle pour l’ours noir et le raton laveur. L’Autour des palombes, le Pygargue à tête blanche et la Buse à queue rousse sont observés fréquemment à Haida Gwaii, et les deux dernières espèces se reproduisent dans ces îles (Campbell et al., 1990). Ces trois rapaces sont probablement capables de s’emparer d’une hermine (Kaufman, 1996) et peuvent constituer une menace pour le M. e. haidarum. La prédation, en particulier par la martre, est traitée de façon plus détaillée aux sections 8.2 et 8.3.


Domaine vital et territoire

En règle générale, le domaine vital des femelles chevauche beaucoup plus celui des mâles que celui d’autres femelles. Le plus souvent, le domaine vital d’un mâle chevauche celui de plusieurs femelles, mais chevauche peu celui d’autres mâles. Les individus de même sexe préfèrent probablement s’éviter grâce à des signaux olfactifs ou sonores plutôt que de s’affronter et de se livrer combat. On peut penser que les combats entre mâles sont plus fréquents durant la saison de reproduction qu’en tout autre temps de l’année (Fagerstone, 1987; Simms, 1979a; Simms, 1979b).

En Amérique du Nord, l’étendue du domaine vital de l’hermine varie grandement : des études ont montré que le domaine vital de la femelle est en moyenne de 80 ha en Alberta (Lisgo, 1999), de 10 à 15 ha en Ontario (Simms, 1979b) et de 3,5 à 7 ha en Californie (Fitzgerald, 1977), et que celui des mâles est à peu près le double de celui des femelles. On a observé des cas d’accroissement de l’étendue du domaine vital chez l’hermine d’Eurasie (Erlinge, 1983) et la belette pygmée d’Eurasie (Jedrzejewski et al., 1995), associé apparemment à une raréfaction des proies.

Vu la pauvreté relative du bassin de proies pour l’hermine à Haida Gwaii, on peut supposer que le domaine vital des individus est relativement grand. La situation de l’hermine en Nouvelle-Zélande est analogue à celle du M. e. haidarum à Haida Gwaii et peut nous éclairer sur ce point. La souris domestique (Mus musculus) et le rat noir (Rattus rattus), introduits en Nouvelle-Zélande, sont les seuls petits mammifères dont l’hermine peut se nourrir. Lorsque la densité des populations de ces deux rongeurs est faible, le domaine vital des hermines est très étendu, atteignant en moyenne 223 ha pour les mâles et 94 ha pour les femelles, avec un chevauchement très important des domaines des individus de même sexe comme des domaines des mâles et des femelles (Alterio, 1998). On a observé un recouvrement semblable des domaines vitaux en Suisse lorsque la densité des populations de campagnol terrestre, espèce préférée de l’hermine, est faible, en dépit de la disponibilité d’autres espèces de campagnols (Debrot, 1983). L’hermine présente en Nouvelle-Zélande provient de Grande-Bretagne (Alterio, 1998). Elle est sensiblement plus grande que l’hermine de Haida Gwaii. On peut donc supposer que son domaine vital est également plus grand que celui de l’hermine de Haida Gwaii. Par ailleurs, le domaine vital du M. e. haidarum n’est probablement pas moins étendu que celui de la sous-espèce étudiée par Lisgo (1999) en Alberta, région qui abrite des rongeurs de la sous-famille des Arvicolinés. Pour les besoins de la présente analyse, on peut supposer que le domaine vital du M. e. haidarum à Haida Gwaii est de l’ordre de 100 ha pour les femelles et peut-être de 150 à 200 ha pour les mâles et qu’il y a probablement un chevauchement important entre les domaines vitaux des individus de même sexe et entre ceux des mâles et des femelles.


Alimentation

On connaît peu de choses sur l’alimentation de la sous-espèce Haidarum. On ne peut donc que supposer de quoi se compose son régime d’après les habitudes alimentaires connues d’hermines d’ailleurs et d’après les proies disponibles à Haida Gwaii.

Le comportement de chasse typique des Mustela est décrit par King (1985). Chasseurs énergiques, ils parcourent leur territoire de chasse en tous sens, fouillant chaque trou et chaque anfractuosité susceptible d’abriter une proie. Ils localisent leurs proies plutôt à la vue et à l’ouïe qu’à l’odorat. La vue d’une proie, surtout si elle bouge, déclenche une réaction instinctive d’attaque et de mise à mort. Ces espèces tuent, poussées ou non par la faim, et les proies qui ne sont pas dévorées sur-le-champ sont souvent cachées pour être consommées plus tard.

Vu ce type de comportement, il ne paraît pas étonnant que l’hermine s’attaque à une grande diversité de proies. Des études sur des hermines d’ailleurs ont montré qu’elles se nourrissaient principalement de petits mammifères, mais que son régime inclut des oiseaux, des reptiles, des poissons, des amphibiens, des insectes et d’autres invertébrés (Fagerstone, 1987). Cependant, l’hermine est avant tout un prédateur spécialisé recherchant de préférence les Arvicolinés (campagnols et lemmings); le corps mince de la femelle lui permet de s’introduire dans les galeries souterraines ou subnivales de ces rongeurs (Fagerstone, 1987; Simms, 1979a). Le principal facteur expliquant la différence de taille entre l’hermine d’Amérique du Nord et l’hermine d’Eurasie est probablement la présence généralisée en Europe du campagnol terrestre (Arvicola terrestris). Ce grand campagnol ne se trouve pas en Amérique du Nord, et les hermines nord-américaines seraient plus petites pour pouvoir mieux attraper les petits campagnols du continent (Simms, 1979a).

On ne trouve pas d’Arvicolinés à Haida Gwaii. Les seuls petits mammifères indigènes dont l’hermine peut se nourrir sont la souris Peromyscus keenii et la musaraigne sombre (Sorex monticolus) (Cowan, 1989; Nagorsen, comm. pers.). Vu le comportement de chasse de l’hermine, il est probable qu’elle se nourrit de ces espèces là où elles sont communes ou abondantes. L’écureuil roux (Tamiasciurus hudsonicus), le rat noir, le rat surmulot (Rattus norvegicus) et le rat musqué (Ondatra zibethica) ont été introduits à Haida Gwaii (Bertram et Nagorsen, 1995; Cowan, 1989). Les hermines mâles dévorent probablement des écureuils roux, surtout des jeunes sans expérience. En Alberta, l’écureuil roux est un élément majeur du régime alimentaire des mâles (Lisgo, 1999). Il faut noter cependant qu’en Alberta, le poids moyen des hermines mâles en hiver dépasse 150 g (n=10; Lisgo, 1999), tandis qu’à Haida Gwaii, il se situe autour de 110 g (n=4; annexe 1). On voit donc que le mâle de la sous-espèce Haidarum peut plus difficilement s’attaquer aux écureuils que ses congénères d’Alberta. Il peut encore moins s’attaquer au rat noir, plus grand que l’écureuil roux, ou au rat surmulot, plus grand que le rat noir, et moins encore au rat musqué, à la fois plus grand que les deux autres et probablement plus difficile d’accès dans son habitat aquatique (Banfield, 1977).

À Haida Gwaii, l’écureuil roux, le rat noir, le rat surmulot et le rat musqué risquent moins d’être attaqués par les hermines femelles que par les hermines mâles. En Alberta, les hermines femelles s’attaquent rarement à l’écureuil roux (un cas parmi 97 ; Lisgo, 1999), ce qui s’explique probablement en grande partie par la taille de ce dernier. Lisgo (1999) a mesuré, en hiver, un poids moyen de 52 g (n=9) chez les hermines femelles et, chez l’écureuil roux, un poids moyen de plus de 230 g. Il est probable que les hermines femelles auraient dévoré un plus grand nombre d’écureuils si elles en avaient été capables. Au moment où Lisgo a réalisé son étude, la densité des petits mammifères était faible et en déclin, et le domaine vital des hermines femelles était plus grand que la normale pour l’hermine d’Amérique du Nord.

Les oiseaux constituent vraisemblablement un élément important du régime alimentaire du M. e. haidarum, en particulier les espèces qui passent une bonne partie du temps au sol ou près du sol, comme le Troglodyte mignon, le Junco ardoisé, le Tarin des pins, le Merle d’Amérique, le Bruant fauve, le Bruant chanteur et le Bruant de Lincoln. En Nouvelle-Zélande, où on ne trouve pas d’Arvicolinés, l’hermine, introduite d’Eurasie, se nourrit principalement d’oiseaux (King et Moody, 1982). En Alberta, les oiseaux comptent également pour une part importante des proies de l’hermine autres que les Arvicolinés (Lisgo, 1999). À Haida Gwaii, Nagorsen et al. (1991) ont observé que les oiseaux sont les principales proies de la martre en hiver.

Le tableau 2 énumère les espèces pouvant servir de proies au M. e. haidarum à Haida Gwaii.

Tableau 2 : Espèces pouvant servir de proies au M. e. haidarumNote de bas de page a (Oiseaux)
Espèces nicheuses présentes toute l'annéeEspèces nicheuses présentes en étéEspèces de passageMammifères
Troglodyte mignonBruant fauveBécasseau des Aléoutiennesmusaraigne sombre
Mésange à dos marronBruant chanteurBécasseau à poitrine cendréesouris Peromyscus keenii
Cincle d'AmériqueBruant de LincolnBécasseau d'Alaskaécureuil roux
Junco ardoiséGrive à dos oliveBécasseau sanderling 
Tarin des pinsGrive solitaireBécasseau du ressac 
Étourneau sansonnetGuillemot colombinTournepierre noir 
Pic flamboyantBécassine des maraisCourlis corlieu 
Huîtrier de BachmanBécassin rouxBécassin à long bec 
Geai de StellerPluvier semipalméBécasseau variable 
Corneille d'AlaskaPluvier kildirChevalier errant 
Grive à collierChevalier griveléGrand Chevalier 
Merle d'AmériqueBécasseau minusculePetit Chevalier 

Notes de bas de page

Notes de bas de page A

L’information concernant les oiseaux provient de Campbell et al., 1990, et de Campbell et al., 1997; celle concernant les mammifères provient de Cowan, 1989, et de communications personnelles avec Nagorsen.

Retour à la référence de la note de bas de page a


La prédation par l’hermine sur la plupart des espèces énumérées dans le tableau 2 n’est qu’une hypothèse fondée sur la taille des espèces et la probabilité de temps passé au sol. Toutefois, le comportement et l’habitat d’un bon nombre d’entre elles rendent leur capture par l’hermine difficile, voire impossible. Il en est ainsi des oiseaux de rivage vivant en troupeaux, en raison de leur comportement de groupe et de leur vie à découvert. Le tableau 2 montre cependant que si les petits mammifères pouvant servir de proies à l’hermine sont peu abondants à Haida Gwaii, les oiseaux par contre ne manquent pas. Il a été établi que d’autres populations d’hermines se nourrissent d’oiseaux, même lorsque leurs proies préférées, les Arvicolinés, sont disponibles (Lisgo, 1999; Fagerstone, 1987; Fitzgerald, 1977, Simms, 1977b). Il a également été établi qu’en Nouvelle-Zélande, où on ne trouve pas d’Arvicolinés, les oiseaux sont les principales proies de l’hermine (King et Moody, 1982). On peut donc supposer qu’à Haida Gwaii, les oiseaux constituent une part importante de l’alimentation de l’hermine.

Le fait que Nagorsen et al. (1991) ont observé à Haida Gwaii que les oiseaux étaient les principales proies de la martre en hiver malgré l’absence en cette saison d’une grande partie des espèces aviennes dont la martre peut se nourrir renforce l’idée que les oiseaux constituent une ressource alimentaire importante pour l’hermine. L’importance relative des oiseaux dans le régime alimentaire de la martre (29 p.100 en volume selon Nagorsen et al., 1991) est peut-être surestimée en raison de la visibilité des plumes dans les excréments des carnivores (voir Buskirk et MacDonald, 1984; Martin, 1994). Il n’en demeure pas moins que cette ressource alimentaire est très importante pour la martre, et peut-être aussi pour l’hermine.

Certaines observations mentionnées par Reid et al. (2000) ainsi que la capture d’individus dans des pièges appâtés avec de la viande (Hughan, comm. pers.) donnent à penser que le M. e. haidarum se nourrit probablement aussi de charogne. L’alimentation de la martre à Haida Gwaii peut encore une fois nous éclairer sur ce point. Des études ont révélé que la charogne de cerf à queue noire constitue plus de 15 p.100 en volume des aliments identifiables (outre les appâts) ingérés par la martre en hiver à Haida Gwaii, et plus de 14 p.100 à l’île de Vancouver (Nagorsen et al., 1989; Nagorsen et al., 1991). Il n’y a aucune raison pour que l’hermine néglige cette ressource, sauf peut-être pour éviter les rencontres avec la martre, ce dont il sera question plus loin. L’hermine se nourrit probablement aussi de carcasses de saumons ou de parties de carcasses laissées par d’autres carnivores à l’époque de la fraye.

L’hermine de la sous-espèce Haidarum exerce peut-être aussi une prédation sur les animaux de la zone intertidale, comme les crabes, et se nourrit sans doute de diverses parties de carcasses déposées par la mer.