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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Noctuelle sombre des dunes au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Les éléments suivants sont considérés comme des facteurs limitatifs et des menaces pour le C. longipenne au Canada.

 

Stabilisation des dunes

La stabilisation progressive des dunes actives résultant de leur colonisation par la végétation est considérée comme une grave menace pour le C. longipenne. Cette menace pèse sur toutes les populations de la noctuelle au Canada.

 

Aménagement et développement d’infrastructure

Les activités d’aménagement et de développement, comme la construction de routes et d’infrastructures pétrolières et l’excavation de mares-abreuvoirs pour le bétail, entraînent la perte directe de dunes et sont de ce fait considérées comme une menace pour le C. longipenne. Certains types de perturbations associés aux activités de développement peuvent toutefois favoriser la création d’habitats favorables en augmentant les zones de sable dénudées ou en stimulant l’activité dunaire.

 

Isolement et effondrement des populations

Les populations canadiennes de C. longipenne pourraient être menacées d’effondrement démographique. Les populations de la noctuelle, à l’instar de celles d’autres espèces confinées à des îlots d’habitats discontinus, sont isolées spatialement. Selon la théorie écologique, le risque qu’une sous-population disparaisse d’un îlot d’habitat (p. ex. une dune) est inversement proportionnel au nombre de sous-populations qui l’entourent (Hanski, 1982). Cette diminution du risque est due à l’immigration externe d’individus entre les îlots d’habitat favorable, qui prévient l’effondrement définitif d’un groupe de sous-populations. Hugenholtz et Wolfe (2005) ont documenté les déclins du nombre et de la taille des îlots de dunes actives dans plusieurs champs de dunes, dont les Seward Sand Hills, les GreatSand Hills et les Tunstall Sand Hills. Toutefois, la présence du C. longipenne dans de petites dunes isolées, dans les Cramersburg Sand Hills et les Dundurn Sand Hills, révèle qu’un nombre relativement faible de dunes actives suffit pour maintenir une population de C. longipenne. La viabilité à long terme de ces populations isolées est cependant incertaine. La conversion du paysage entourant les habitats sableux et les dunes en terres agricoles pourrait avoir amplifié le risque d’effondrement démographique qui pèse sur l’espèce en réduisant les possibilités de dispersion.

 

Pâturage par le bétail

Le pâturage par le bétail a des effets contradictoires sur l’habitat du C. longipenne. La circulation des animaux peut favoriser le mouvement du sable dans les dunes et entraver la colonisation des dunes par la végétation (figure 10). Selon Hugenholtz et Wolfe (2005), l’activité dunaire observée récemment dans la portion nord-ouest des Great Sand Hills pourrait être due à une sécheresse récente et aux effets du pâturage par le bétail. Le piétinement par le bétail peut toutefois entraîner le compactage des sols et la destruction des plantes hôtes et des œufs, des chenilles ou des chrysalides. Le pâturage par le bétail est considéré comme une menace potentielle pour le C. longipenne.


Figure 10 : Effets du pâturage par le bétail sur un habitat de dunes

Figure 10. Effets du pâturage par le bétail sur un habitat de dunes.

Les effets du piétinement par le bétail sont bien visibles du côté droit de la clôture. On notera les sentiers tracés par le bétail, la réduction du couvert végétal et la superficie nettement plus grande des zones de sable dénudées. À gauche de la clôture, la dune est plus stable, et la végétation y est plus haute. Photo prise dans le secteur Straw Road, dans les Great Sand Hills (Saskatchewan) Photo : N.A. Page (2005)

 

Activités récréatives

Certaines dunes peuvent être l’objet d’activités récréatives intensives, comme l’équitation, la conduite de VTT ou de véhicules hors route, la promenade ou la randonnée pédestre. Ces activités peuvent provoquer une perte de végétation et la perturbation des substrats sableux (figure 11). Les activités récréatives sont considérées comme une menace potentielle pour le C. longipenne. Elles touchent généralement des secteurs relativement restreints, mais elles étaient pratiquées de façon intensive dans les Burstall Sand Hills (Saskatchewan) et dans des dunes accessibles du secteur Straw Road, dans les GreatSand Hills (Saskatchewan), ainsi que dans les dunes Spirit, près de Brandon (Manitoba). Les activités récréatives sont considérées comme une menace potentielle pour le C. longipenne au Canada. Elles peuvent cependant contribuer au maintien ou à la création de zones de sable dénudées.


Figure 11 : L’utilisation de VTT dans les Burstall Sand Hills a perturbé la végétation et les sols.

Figure 11. L’utilisation de VTT dans les Burstall Sand Hills a perturbé la végétation et les sols.

 

Collecte de spécimens

La collecte de spécimens n’est pas considérée comme une menace pour le C. longipenne.


Préoccupations relatives à la conservation d’espèces similaires

Toutes les espèces de Copablepharon présentes au Canada se trouvent dans des habitats de dunes, lesquels sont considérés comme rares au Canada. Le C. grandis Strecker et le C. viridisparsa Dod partagent des habitats similaires avec le C. longipenne dans les Prairies canadiennes, et leur statut fait l’objet d’une évaluation par le COSEPAC (COSEPAC, 2007a; COSEPAC, 2007b). Il convient de signaler que parmi les papillons nocturnes, le C. viridisparsa spp. hopfingeri Franclemont est le seul taxon reconnu comme disparu de l’ouest du Canada (Lafontaine et Troubridge, 1998). Anciennement, cette sous-espèce se rencontrait dans un petit site à sol sableux, à Brilliant (Colombie-Britannique) (près de Castelgar). Le C. fuscum (noctuelle de l’abronie) est le seul représentant canadien du genre Copablepharon à l’ouest des monts Cascade. Très rare dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique (de trois à cinq populations), il a été désigné « espèce en voie de disparition » par le COSEPAC en 2003 (COSEPAC, 2003). Cette espèce est probablement plus vulnérable que le C. longipenne aux changements qui touchent son habitat, car elle dépend d’une seule plante hôte.