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Programme de rétablissement du pèlerin (Cetorhinus maximus) dans les eaux canadiennes du Pacifique [version finale]

3. Description de l’espèce et de ses besoins

3.1 Description de l’espèce

Le pèlerin est le deuxième plus grand poisson du monde et peut atteindre 12,2 m de longueur. Les connaissances actuelles sur le cycle biologique de ces requins indiquent qu’il s’agit d’une espèce longévive (~50 ans), à croissance lente et à maturité tardive qui affiche probablement une faible fécondité et, dans l’ensemble, une faible productivité (McFarlane et al., 2009). On pense qu’ils s’alimentent principalement du zooplancton présent dans la colonne d’eau en filtrant leurs proies à l’aide de leurs branchiténies, une adaptation spécialisée. Certaines données laissent sous-entendre qu’il peut également s’alimenter d’autres types de proies (COSEPAC, 2007). La population du pèlerin du Pacifique appartiendrait à une population unique qui effectue des migrations saisonnières. Cette affirmation est fondée sur des observations historiques qui ont permis de constater que le pèlerin disparaissait des eaux de la Californie au printemps et au début de l’été (Squire, 1967; 1990), phénomène qui coïncidait avec l’apparition du pèlerin dans les eaux de la Colombie-Britannique (Darling et Keogh, 1994). Des données de marquage par satellite récentes provenant de l’Atlantique Nord révèlent que le pèlerin peut effectuer de très longues migrations dans les bassins océaniques et les hémisphères et qu’il passe des périodes importantes loin sous la surface (Gore et al., 2008; Skomal et al., 2009). Du fait que le pèlerin présente une très faible diversité génétique et une différenciation extrêmement minime entre les bassins océanographiques, il nous est impossible de désigner des populations distinctes à partir des différences génétiques (Hoelzel et al., 2006). Jusqu’à maintenant, aucune analyse génétique n’a été effectuée pour la population de pèlerins du Pacifique Nord.

Figure 1 : Représentation d’un pèlerin

Représentation d’un pèlerin

3.2 Besoins du pèlerin

Compte tenu de sa grande taille et de sa stratégie d’alimentation planctivore, le pèlerin a besoin de conditions océanographiques qui entraînent une concentration des proies. Les conditions nécessaires peuvent changer sur des échelles spatiales et temporelles relativement petites (Sims et Quayle, 1998). Par exemple, un secteur qui offre un habitat d’alimentation approprié une journée peut ne plus l’offrir le lendemain. D’après l’expérience acquise ailleurs, les structures géologiques particulières (c.-à-d. les promontoires, les bancs) qui entraînent une concentration des proies sont utilisées régulièrement par le pèlerin (Sims et Quayle, 1998; McFarlane et al., 2009; Gore et al., 2010). Dans le nord-ouest de l’Atlantique, on a calculé que le pèlerin avait besoin d’une densité minimale de proies se situant entre 0,55 et 0,74 g·m-3 pour obtenir un gain énergétique net (Sims, 1999).

Dans les eaux canadiennes du Pacifique, aucun secteur particulier n’a été recensé pour la reproduction, la mise bas ou l’élevage (COSEPAC, 2007). Historiquement, certains secteurs ont été fréquentés par le pèlerin de façon régulière (baie Barkley, baie Clayoquot et bras de mer Rivers). Certaines caractéristiques de l’habitat qui sont recherchées par l’espèce à certains stades de développement, comme une forte disponibilité saisonnière des aliments, sont connues, mais ces caractéristiques varient sur des échelles temporelles et spatiales. Ainsi, le pèlerin a tendance à se regrouper dans les zones de transition des plateaux côtiers où on observe une abondance accrue du zooplancton (Sims et al., 2006). Qui plus est, l’abondance du zooplancton (la proie de prédilection) et la structure des communautés varient sur des échelles décennales, comme on l’a observé durant la période prolongée d’abondance relativement faible des copépodes dans certains secteurs du Pacifique Nord-Est, de 1989 à 1997 (King, 2005). À l’échelle mondiale, le pèlerin a été observé dans des eaux de surface dont la température variait de 8 à 24 °C, mais il affiche une préférence pour des eaux se situant entre 9 et 16 ºC (Sims et al., 2003).

Les principaux facteurs qui limitent le rétablissement et la survie du pèlerin sont leur croissance lente ainsi que leur maturité tardive et leur faible fécondité, ce qui se traduit par une faible productivité globale. Même en l’absence de mortalité anthropique, les populations de pèlerins croissent très lentement. On a constaté un peu partout dans le monde que, même à de faibles niveaux de mortalité anthropique, les populations de pèlerins déclinent (Gore et al., 2010). Les pèlerins utilisent souvent les eaux de surface, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la mortalité anthropique. Dans d’autres régions, on a constaté que les femelles étaient plus souvent à la surface que les mâles, ce qui augmente le risque pesant sur les populations (COSEPAC, 2007). Lorsqu’il est dans les eaux de surface, le pèlerin peut s’emmêler dans des engins de pêche, être prélevé directement, être perturbé, être blessé ou entrer en collision avec des navires. La population de pèlerins du Pacifique est en voie de disparition principalement en raison de la mortalité anthropique qui est survenue il y a entre 40 et 70 ans. Lorsque le pèlerin est en surface, c’est surtout pour s’alimenter (COSEPAC, 2007); cependant, on a également observé ce que l’on suppose être des comportements reproducteurs (Harvey Clark, 1999; Gore et al., 2010).