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Programme de rétablissement du pèlerin (Cetorhinus maximus) dans les eaux canadiennes du Pacifique [version finale]

4. Menaces

La population de pèlerins du Pacifique est menacée par divers facteurs anthropiques. Quatre catégories de menaces actuelles ont été relevées dans le présent programme de rétablissement, à savoir l’emmêlement dans des engins de pêche, les collisions avec des navires, le harcèlement associé aux activités maritimes et la disponibilité des proies. Parmi les menaces historiques, mentionnons l’emmêlement dans des engins de pêche, les efforts d’éradication et les pêches dirigées. L’incidence de certaines ou de l’ensemble des menaces actuelles peut avoir un effet sur le comportement normal ou l’utilisation de l’habitat ou, encore, peut se traduire par une mortalité directe. Les menaces passées et actuelles dans les eaux canadiennes sont également présentes dans les parties américaine et mexicaine de l’aire de répartition de l’espèce. Ailleurs dans le Pacifique Nord, y compris les régions côtières de l’Asie, le pèlerin a connu un déclin qui serait principalement attribuable à l’exploitation directe. Les pèlerins risquent également de s’emmêler dans les filets dérivants utilisés en haute mer dans le Pacifique Nord; même si la pêche au calmar a été interdite en 1992, les pèlerins peuvent encore être vulnérables à d’autres pêches au filet dérivant pratiquées en haute mer (McFarlane et al., 2009). On ne sait pas dans quelle mesure la population du Pacifique Nord-Est est liée aux populations du milieu et du nord-ouest du Pacifique. Comme cette population migre dans les eaux canadiennes, américaines et mexicaines du Pacifique, il est évident qu’une collaboration internationale s’impose.

4.1 Classification des menaces

Tableau 1 : Tableau de classification des menaces

Les menaces suivantes ont été relevées et classées par ordre d’importance, les menaces les plus grandes pesant sur la survie de l’espèce apparaissant au haut du tableau. Les menaces actuelles et historiques sont présentées sous des rubriques distinctes. Il convient de noter que seules les menaces actuelles ont été classées. Les menaces historiques sont indiquées en raison de l’impact qu’elles ont eu sur la population, mais n’ont pas été prises en considération dans le classement, du fait qu’elles ne concernent plus la population actuelle. Les menaces ont été relevées à partir des meilleures données disponibles, comme le rapport de situation du COSEPAC (COSEPAC, 2007), l’évaluation du potentiel de rétablissement (McFarlane et al.,2009) ainsi que des données nouvelles ou mises à jour. Une description détaillée de chaque menace est donnée à la suite du tableau. L’annexe C donne d’autres explications sur les caractéristiques des menaces.

Menaces actuelles
 1 Emmêlement dans des engins de pêcheCaractéristiques de la menace
Catégorie de menaceMortalité accidentelleÉtendueGénéralisée
 LocaleGlobale
Menace généralePêche/aquacultureOccurrence Actuelle
Fréquence Récurrente
Menace particulièreEmmêlement dans des engins de pêche, prises accessoires, changement de comportementGravité Élevée
Certitude causale Élevée
StressRéduction de la taille/viabilité de la population, disparitions locales, petite populationNiveau de préoccupationÉlevé
 2 Collision avec des naviresCaractéristiques de la menace
Catégorie de menaceMortalité accidentelleÉtendueGénéralisée
 LocaleGlobale
Menace généraleTransport maritimeOccurrence Actuelle
Fréquence Récurrente
Menace particulièreCollision avec des navires, perturbation du comportement ou du cycle biologique, dommages ou blessures aux individusGravité Inconnue
Certitude causale Faible
StressRéduction de la taille/viabilité de la population, moins bonne condition physique, blessures, mortalitéNiveau de préoccupationMoyen
 3 HarcèlementCaractéristiques de la menace
Catégorie de menacePerturbation ou dommagesÉtendueGénéralisée
 LocaleGlobale
Menace généraleActivités maritimesOccurrence Actuelle
Fréquence Récurrente
Menace particulièrePerturbation du comportement ou du cycle biologique, dommages ou blessures aux individusGravité Inconnue
Certitude causale Faible
StressChangements comportementaux, productivité réduite, mortalité naturelle accrueNiveau de préoccupationFaible
 4 Disponibilité des proiesCaractéristiques de la menace
Catégorie de menaceClimat et désastres naturelsÉtendueGénéralisée
 LocaleGlobale
Menace généraleChangement du climat et des conditions océanographiquesOccurrence Inconnue
Fréquence Inconnue
Menace particulièreRéduction de l’habitat d’alimentation et de la disponibilité des proiesGravité Inconnue
Certitude causale Moyenne
StressProductivité réduite, mortalité naturelle accrueNiveau de préoccupationFaible
Menaces historiques
 - Emmêlement dans des engins de pêche (historique)Caractéristiques de la menace
Catégorie de menaceMortalité accidentelleÉtendueGénéralisée
 LocaleGlobale
Menace généralePêcheOccurrence Historique
Fréquence Continue
Menace particulièreEmmêlement dans des engins de pêcheGravité Élevée
Certitude causale Élevée
StressRéduction de la taille/viabilité de la population, population locale décimée, petite populationNiveau de préoccupations.o.
 - Efforts d’éradicationCaractéristiques de la menace
Catégorie de menacePerturbation ou dommagesÉtendueLocalisée
 LocaleGlobale
Menace généraleAbattage sélectifOccurrenceHistorique 
FréquencePonctuelle 
Menace particulièreProgramme d’éradicationGravitéÉlevée 
Certitude causaleÉlevée 
StressRéduction de la taille/viabilité de la population, disparitions locales, petite populationNiveau de préoccupations.o.
 - Pêche dirigéeCaractéristiques de la menace
Catégorie de menaceUtilisation de la ressource biologiqueÉtendueGénéralisée
 LocaleGlobale
Menace généralePêche commerciale, pêche récréativeOccurrence Historique
Fréquence Continue
Menace particulièrePrélèvementsGravité Élevée
Certitude causale Élevée
StressRéduction de la taille/viabilité de la population, disparitions locales, petite populationNiveau de préoccupations.o.


4.2 Description des menaces

Menaces actuelles

Emmêlement dans des engins de pêche

Les causes de mortalité anthropique connues présentement pour la population de pèlerins du Pacifique sont associées principalement aux interactions continues avec des engins de pêche. Historiquement, les zones connues d’occurrence élevée coïncidaient avec des zones de pêche productives, ce qui est vraisemblablement encore le cas aujourd’hui. L’utilisation conjointe de zones productives augmente la probabilité d’interaction avec les engins de pêche et les navires. À l’échelle mondiale, on a observé des pèlerins qui étaient emmêlés dans des filets maillants, des chaluts (de fond, pélagiques et à crevettes), des palangres, des lignes de casiers et des sennes (Wallace et Gisborne, 2006). Le pèlerin serait également vulnérable aux emmêlements avec l’équipement utilisé en aquaculture, comme des filets et des lignes (COSEPAC, 2007). Depuis 1996, les seuls cas de mortalité signalés chez le pèlerin dans les eaux canadiennes du Pacifique ont été quatre observations faites sur des chalutiers pêchant le poisson de fond (COSEPAC, 2007). Ces quatre captures accidentelles représentent une proportion élevée des 13 observations confirmées2 dans les eaux canadiennes du Pacifique pendant cette période. Dans les zones connues d’occurrence historique élevée (voir la figure 2), les emmêlements étaient associés à des lignes de casiers, à des filets maillants, à des chaluts et à des installations aquicoles. Dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce, on a récemment observé des pèlerins prisonniers dans des filets maillants en Basse-Californie (Sandoval-Castillo et al., 2005) et en Californie. L’évaluation du potentiel de rétablissement de cette population permet d’avancer qu’un taux de mortalité annuelle pour l’ensemble de l’aire de répartition se situant entre 10 et 17 individus serait acceptable (McFarlane et al., 2009). La mortalité documentée dans les eaux canadiennes est inférieure à un spécimen par année; la mortalité ailleurs dans l’aire de répartition de l’espèce demeure inconnue. Qui plus est, étant donné qu’on a observé des pèlerins en regroupements serrés, il est possible que plusieurs requins puissent s’emmêler en même temps dans des engins de pêche. En raison de la faible taille de leur population et de l’incertitude entourant celle-ci, de la vulnérabilité historique de l’espèce aux emmêlements dans des engins de pêche, des taux de mortalité élevés des poissons emmêlés et de l’incertitude entourant les taux d’emmêlements réels ailleurs dans l’aire de répartition de l’espèce, le niveau de préoccupation associé à cette menace est considéré comme étant « élevé ».

Collision avec des navires

Souvent, le pèlerin s’alimente en se déplaçant lentement à la surface de l’eau et, par conséquent, il est possible qu’il y ait des contacts entre des bateaux (coque et hélice) et des requins. Les collisions avec des navires, comme celles qui sont observées dans le cadre de projets d’identification photographique, sont chose courante dans les secteurs où les pèlerins sont présents en plus grand nombre, comme dans le nord-est de l’Atlantique (Gore et al., 2010). Les pèlerins semblent attirés par les hélices des bateaux, peut-être par le bruit qu’elles produisent (Darling et Keogh, 1994). Plusieurs pèlerins observés dans la baie Clayoquot, au début des années 1990, présentaient des cicatrices révélant des contacts avec des hélices de bateaux (Darling et Keogh, 1994). Aucune collision récente avec des navires n’a été signalée dans les eaux canadiennes du Pacifique ou ailleurs dans l’aire de répartition de l’espèce. L’étendue de cette menace et les conséquences qu’ont les collisions avec des navires sur la population demeurent inconnues. Le niveau de préoccupation associé à cette menace est considéré comme étant « moyen ».

Harcèlement

Historiquement, il était courant que des pèlerins soient dérangés le long de la côte de la C.-B. (p. ex. par des tirs d’arme à feu, la collision volontaire causée par des petits bateaux) (Wallace et Gisborne, 2006). Même si l’étendue de cette menace demeure inconnue à l’heure actuelle pour la côte de la C.-B., on prévoit que si la population de pèlerins augmente, le harcèlement prenant la forme de perturbations provoquées par les bateaux utilisés pour l’écotourisme ou par des individus pourra avoir une incidence sur le comportement d’alimentation normal en surface, comme on l’a observé dans le nord-est de l’Atlantique (Gore et al., 2010). Les impacts qu’ont sur les requins en général les bruits sous‑marins occasionnés par les activités d’exploration sismique, des explosions ou d’autres sources de bruits ne sont pas bien documentés. Dans l’ensemble, le niveau de préoccupation associé à cette menace est considéré comme étant « faible ».

Disponibilité des proies

Les données recueillies dans l’aire de répartition mondiale de l’espèce indiquent que le pèlerin s’alimente principalement de copépodes calanoïdes lorsqu’il se trouve dans les eaux de surface (Sims, 2008); cependant, les préférences alimentaires et la composition du régime alimentaire des individus de la population de pèlerins du Pacifique demeurent inconnues. On connaît mal les proies consommées dans les eaux profondes, mais il est possible qu’il s’agisse de formes plus grandes de zooplancton. Le contenu stomacal d’un pèlerin capturé dans les eaux de subsurface (~100 m) au large de la côte est du Japon était constitué uniquement de crevettes pélagiques (Sergestes similis), ce qui laisse sous-entendre que les proies de plus grande taille (p. ex. les euphausiacés) peuvent constituer une partie importante du régime alimentaire du pèlerin (Sims, 2008). On ignore également si le pèlerin peut choisir d’autres proies pendant les périodes de faible abondance des copépodes. Les pèlerins sont fortement adaptés pour s’alimenter de petit zooplancton (~2 mm) et affichent une préférence avérée pour un éventail limité de proies dans les eaux de surface. À de petites échelles spatiales et temporelles, la répartition et l’occurrence des pèlerins semblent fortement liées à l’abondance du zooplancton (Sims, 2008). En outre, dans le nord-est de l’Atlantique, les tendances à long terme que présentent les observations en surface sont corrélées avec la température à la surface de la mer, laquelle peut également avoir une incidence sur l’abondance et la répartition du zooplancton (Sims, 2008). Une baisse à long terme de la disponibilité des proies en raison de causes naturelles ou anthropiques aura certainement une incidence sur le comportement du pèlerin et pourrait menacer la population dans son ensemble, compte tenu de sa faible abondance. Les tendances relatives à la disponibilité des proies, dans le contexte du rétablissement du pèlerin, n’ont pas été étudiées en profondeur. Le niveau de préoccupation associé à cette menace est considéré comme étant « faible ».

Menaces historiques

Emmêlement dans des engins de pêche

Dès 1901, on a observé des pèlerins prisonniers de filets maillants utilisés pour pêcher le saumon dans les eaux canadiennes du Pacifique. Les aires de pêche au saumon productives de la baie Barkley et du bras de mer Rivers sont des zones où plusieurs interactions ont été signalées (Wallace et Gisborne, 2006). On estime qu’entre 400 et 1 500 pèlerins peuvent être morts après s’être emmêlés dans des engins de pêche entre 1942 et 1969 (COSEPAC, 2007). Des cas d’emmêlement dans des engins de pêche ont aussi été signalés dans la partie américaine de l’aire de répartition de l’espèce au cours des années 1880 et 1920 (Thomas, 2004). Cette menace a entraîné une diminution de la population, laquelle a même été décimée à certains endroits.

Efforts d’éradication

Entre 1943 et 1954, le nombre de pèlerins prisonniers dans des filets maillants utilisés pour la pêche au saumon dans les eaux canadiennes du Pacifique a augmenté (Wallace et Gisborne, 2006). Pour aider les pêcheurs, un programme d’éradication dirigée a été mis en œuvre de 1955 à 1969. Les pèlerins étaient tués à l’aide d’une grande lame installée sur la proue d’un navire de patrouille des pêches. Les registres gouvernementaux indiquent que 413 pèlerins ont été tués à l’aide de cette méthode (Wallace et Gisborne, 2006). Outre la méthode de la lame, les navires de patrouille avaient également comme directive de foncer sur les pèlerins lorsque l’occasion se présentait (COSEPAC, 2007). Un petit effort d’éradication a également été consenti en 1943 dans le bras de mer Rivers, où six requins ont été tués (Wallace et Gisborne, 2006).

Pêche dirigée

Les registres historiques révèlent que la majeure partie de la pêche commerciale au pèlerin pratiquée dans les eaux canadiennes du Pacifique a eu lieu entre 1941 et 1947 dans la baie Barkley et qu’il y a probablement eu quelques autres pêches dans les années 1920 (Wallace et Gisborne, 2006). On pêchait alors le pèlerin principalement pour extraire l’huile que contient son foie massif. On ne dispose cependant pas de suffisamment d’information pour estimer avec précision le nombre de requins que l’on a tués afin d’exploiter commercialement leur huile. Outre la pêche commerciale, le harponnage récréatif de pèlerins était une activité répandue entre 1940 et le milieu des années 1960 (COSEPAC, 2007). Dans la baie Monterrey, le pèlerin a fait l’objet d’une pêche commerciale qui a débuté au milieu des années 1920 et qui s’est poursuivie jusqu’en 1952 (Thomas, 2004). Pendant cette période, les débarquements américains ont varié de 25 à 200 requins par année (McFarlane et al., 2009). Une pêche récréative au harpon a également eu lieu pendant cette période.

2 Dans le cadre du présent programme de rétablissement, « confirmée » renvoie à une identification photographique/vidéo ou à une source expérimentée (p. ex. observateur à bord d’un navire).