Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le méné à grande bouche au Canada – Mise à jour

Biologie générale

On possède peu d’information sur la biologie et le cycle vital du méné à grande bouche. Selon Keeton (1963 dans Tompkins, 1987), l’espèce aurait une croissance rapide et une durée de vie maximale de trois ans. En Ohio, Trautman (1981) a observé des variations considérables dans la taille de jeunes de l’année (de 28 à 50 mm) et d’individus d’âge 1+ (de 33 à 63 mm). Les poissons adultes mesuraient entre 50 et 75 mm. Dans un échantillon de ménés à grande bouche provenant de la rivière Pembina, la longueur totale des individus variait de 65 à 74 mm (K.W. Stewart, comm. pers., 2003). Dans un groupe de 129 ménés à grande bouche capturés dans la rivière Cypress à l’automne de 1995, les spécimens mesuraient de 28 à 75 mm. Il a été impossible de déterminer le sexe des spécimens qui mesuraient moins de 47 mm de longueur totale, ce qui donne à penser que la maturité n’est atteinte qu’au delà de cette longueur. Parmi les poissons dont le sexe a été déterminé, 70 p. 100 étaient des femelles et 30 p. 100, des mâles (McCulloch, données inédites). La figure 4 présente la distribution des fréquences de longueur chez les ménés à grande bouche capturés dans la rivière Cypress en 1995. Bien que la plupart des spécimens capturés aient été des individus matures, il y avait assurément recrutement dans la population.

On ne sait rien sur le comportement reproducteur et les sites de fraye du méné à grande bouche au Manitoba (K.W. Stewart, comm. pers., 2003) ou ailleurs (Tompkins, 1987). Selon Becker (1983), la fraye pourrait avoir lieu entre la fin de mai et le début d’août au Wisconsin, et Starrett (1951) a constaté que la fraye se déroule à la fin de juillet et en août en Iowa. Selon Gilbert (1980), la fraye aurait lieu de mai à juin en Illinois; au Missouri, elle a lieu en juin et en juillet (Pflieger, 1997).


Figure 4 : Distribution des fréquences de longueur chez 129 ménés à grande bouche capturés à l’automne de 1995

Figure 4 : Distribution des fréquences de longueur chez 129 ménés à grande bouche capturés à l’automne de 1995

Fedoruk (1970) a constaté que le méné à grande bouche se trouvait souvent en association avec le méné paille dans la rivière Pembina. La même association a été observée au Kansas (Cross, 1967), en Iowa (Harlan et Speaker, 1957), au Minnesota (Eddy et Underhill, 1974), en Pennsylvanie (Cooper, 1983) et au Missouri (Hanson et Campbell, 1963). Dans le cadre d’études sur les habitats effectuées dans la rivière Platte au Nebraska, O’Shea et al. (1990) ont réuni les deux espèces en un assemblage méné paille‑méné à grande bouche à cause de similarités dans leurs préférences en matière de nourriture et d’habitat et parce qu’il était difficile d’identifier les spécimens de moins de 25 mm.

Ailleurs au Manitoba, le méné à grande bouche est récolté avec le méné paille dans la rivière Assiniboine, mais les effectifs de ce dernier dépassent souvent ceux du premier selon un ratio de plusieurs centaines pour un (annexe 1 dans McCulloch et Franzin, 1996). Dans la rivière Cypress, où on peut trouver des populations de ménés à grande bouche parmi les plus élevées, l’espèce est souvent capturée avec de grandes quantités de ménés à nageoires rouges et de mulets à cornes. Le naseux de rapides et le naseux noir de l’ouest s’ajoutent souvent à cet assemblage, mais en nombre moins élevé (annexe 4 dans McCulloch et Franzin,1996). Il convient de noter que les techniques de récolte (traits de senne) utilisées dans la rivière Cypress couvrent souvent plusieurs types d’habitat, y compris des fosses et des rapides. Comme le méné à nageoires rouges et le mulet à cornes ont tous deux tendance à préférer les fosses rocheuses ou sableuses (Page et Burr, 1991), la présence de ces deux espèces dans les captures à la senne était probablement due au passage de la senne dans des fosses, alors que celle des ménés à grande bouche, des naseux de rapides et des naseux noirs de l’ouest était due au passage de la senne dans les radiers et les rapides. Stewart comm. pers., notent aussi que le naseux noir de l’ouest est communément associé au méné à grande bouche, étant donné que ces deux espèces partagent des microhabitats très similaires. La co-occurrence du naseux de rapides et du méné à grande bouche est moins commune, étant donné que le naseux de rapides préfère des eaux plus vives (K.W. Stewart, comm. pers., 2003). Il est intéressant de noter que le méné paille est souvent capturé avec le méné à nageoires rouges, le mulet à cornes, le naseux noir de l’ouest et le naseux de rapides dans la rivière Souris, où le méné à grande bouche est absent (annexe 2 dans McCulloch et Franzin, 1996).

Il n’y a pas de données disponibles sur les déplacements du méné à grande bouche au Manitoba. Cependant, comme l’espèce était régulièrement présente dans les récoltes automnales répétées faites à divers endroits dans les rivières Cypress et Assiniboine tout au long des années 1980 et 1990, on pense qu’il y a certains déplacements, de nouveaux individus venant reconstituer la population après les prélèvements effectués. Ailleurs, Mendelson (1975) a découvert que le méné à grande bouche migre vers l’amont en automne et en hiver et revient vers l’aval en été. Les déplacements nycthéméraux comprennent un déplacement vers des eaux peu profondes la nuit, probablement lié au fait que la menace présentée par les prédateurs terrestres est moindre durant cette période et à la présence de larves d’insectes émergentes (Mendelson, 1975).

On sait peu de choses sur le régime alimentaire du méné à grande bouche au Manitoba. Des spécimens capturés dans la rivière Cypress à l’automne de 1995 se nourrissaient exclusivement de corises (famille des Corixidés) (McCulloch, données inédites). En Iowa, Starrett (1950) a observé que le méné à grande bouche augmentait sa consommation d’insectes terrestres en automne par suite de la réduction du nombre de larves d’Éphéméroptères et de Trichoptères (phryganes). Starrett (1950) a également constaté que les nymphes, les larves et les Diptères aquatiques formaient une grande partie du régime alimentaire le reste de l’année. Ailleurs, Gilbert (1980) a signalé que le méné à grande bouche consomme principalement des insectes, mais il a également trouvé des matières végétales et des boues de fond dans les estomacs. Mendelson (1975) a observé que les organismes benthiques étaient plus abondants que les organismes dérivants dans les contenus stomacaux dans toutes les périodes d’échantillonnage. La présence de larves de phryganes (Hydropsyche spp.), ainsi que de Dicranota spp. et d’acariens (Libertia spp.) dans l’estomac des ménés à grande bouche confirme la préférence de l’espèce pour les microhabitats peu profonds situés en amont des fosses, comme Mendelson (1975) l’avait observé au Wisconsin.

Selon Tompkins (1987), le goût joue un rôle plus important que la vue dans la recherche de nourriture. On a observé en aquarium que la recherche de nourriture s’effectue près du fond ou sur le fond, le poisson nageant rapidement au‑dessus du substrat en aspirant le sable, dont il sélectionne les aliments en rejetant le reste par la bouche ou l’ouverture branchiale (Pflieger, 1997). La bouche basse et horizontale paraît adaptée à une alimentation sur le fond (Hubbs, 1941).