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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saumon chinook population de l’Okanagan, au Canada

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COSEPAC
Résumé

Saumon chinook
Oncorhynchus tshawytscha
Population de l'Okanagan

Information sur l’espèce

Le saumon chinook (Oncorhynchus tshawytscha Walbaum) est l’une des six espèces de saumon du Pacifique (genre Oncorhynchus) indigènes de l’Amérique du Nord. Le présent rapport évalue la situation de la population de saumons chinooks du bassin de la rivière Okanagan, en Colombie-Britannique, en tant qu’unité désignable du COSEPAC.

Les arguments pour reconnaître la population canadienne de saumons chinooks de l’Okanagan comme unité désignable se basent sur : 1) sa différentiation génétique par rapport à d’autres populations canadiennes de saumons chinooks; 2) son isolement géographique et reproductif; 3) les caractéristiques inhabituelles de son cycle de vie, y compris la preuve du grossissement prolongé en eau douce et de la maturation possible en eau douce. Nous appellerons cette population unique de saumons chinooks du Canada « chinook de l’Okanagan ».

 

Répartition

Les populations reproductrices de saumons chinooks se trouvent dans les cours d’eau depuis le nord de l’île d’Hokkaido (Japon) jusqu’au fleuve Anadyr (Russie), sur la côte asiatique, et depuis le centre de la Californie jusqu’à au moins la baie de Kotzebue (Alaska), sur la côte nord-américaine. Le chinook de l’Okanagan semble n’exister que dans la partie canadienne de la rivière Okanagan (affluent du fleuve Columbia). Sa limite septentrionale actuelle est le barrage McIntyre (près de Oliver, C.-B.), et sa limite méridionale pourrait être le bassin nord du lac Osoyoos, juste au nord de la frontière entre la Colombie-Britannique et l’État de Washington. Si c’est bien le cas, l’ensemble de la population reproductrice de chinooks de l’Okanagan se trouverait au Canada, les individus anadromes effectuant leur descente vers le Pacifique et leur montaison dans la partie américaine du fleuve Columbia.

 

Habitat

Le saumon chinook naît en eau douce et grossit dans les cours d’eau, les lacs, les estuaires et/ou l’océan. Les poissons sexuellement matures ou en maturation migrent vers leur cours d’eau natal pour frayer, après quoi les adultes meurent. Les frayères présentent des débits, des profondeurs et des granulométries très variés, mais l’espèce préfère les zones où il y a circulation d’eau dans le gravier. Dans l’océan, le chinook peut demeurer dans des zones côtières ou effectuer de grandes migrations en mer.

Les chinooks de l’Okanagan anadromes adultes remontent depuis le Pacifique le fleuve Columbia (en passant par neuf barrages américains sur le cours principal du fleuve) puis la rivière Okanagan jusque dans le lac Osoyoos et la partie canadienne de l’Okanagan. La partie accessible de la rivière Okanagan prend fin au barrage McIntyre, et la fraye se produit entre le barrage et le lac Osoyoos. Durant la migration, les adultes anadromes peuvent demeurer dans la rivière Okanagan en aval de sa confluence avec la Similkameen ou dans le lac Osoyoos jusqu’à ce que les températures soient favorables pour la fraye. À l’émergence des alevins, le chinook de l’Okanagan peut grossir soit dans la rivière Okanagan soit dans le lac Osoyoos durant une période variable avant que les individus anadromes ne migrent au stade de smolt par le fleuve Columbia jusqu’au Pacifique. Les individus non anadromes (résiduels/résidents) demeurent dans le lac Osoyoos. Les milieux de fraye et de grossissement disponibles au Canada pourraient abriter plusieurs fois plus de chinooks de l’Okanagan qu’on en observe depuis des dizaines d’années.

 

Biologie

Les chinooks anadromes de l’Okanagan entrent dans la rivière Okanagan en juin ou en juillet et y demeurent probablement jusqu’à la fraye, qui a lieu en octobre. Le pic de la fraye se produit généralement durant la troisième semaine d’octobre, lorsque les températures de l’eau sont environ entre 10 °C et 14 °C. On ne sait pas s’il y a fraye au début juillet quand les températures sont également favorables. Les œufs incubent durant l’hiver, et les alevins émergent entre janvier et mai.

Les alevins grossissent dans la rivière Okanagan et (ou) le lac Osoyoos durant une période allant de quelques semaines à un an ou plus. Les migrants anadromes sortent du lac Osoyoos probablement en avril ou en mai ou au début juillet. La phase marine de leur cycle de vie varie de 1 à 3 ans, et les adultes reviennent principalement vers l’âge de 4 ou 5 ans. Certains chinooks de l’Okanagan ne semblent pas migrer et viennent plutôt à maturité dans le lac Osoyoos. On ne sait pas s’ils se reproduisent avec succès.

 

Taille et tendances des populations

Dans le passé, la population de chinooks anadromes de l’Okanagan était de grande taille et permettait aux peuples autochtones de l’Okanagan de mener une importante pêche de subsistance et commerciale. Cependant, la population actuelle d’individus anadromes (selon les dénombrements) n’est actuellement que de 5 à 25 adultes. De plus, il pourrait y avoir un segment de la population qui atteint la maturité en eau douce, mais il est difficile d’en estimer le nombre, et il est probablement aussi très faible. Le chinook de l’Okanagan existe depuis longtemps, mais avec des effectifs aussi faibles, sa disparition est fortement probable.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Les facteurs limitatifs comprennent les problèmes liés à l’habitat et l’exploitation dans diverses pêches. Les problèmes liés à l’habitat comprennent : 1) les pertes directes de juvéniles et d’adultes en migration dues aux blessures et à la prédation aux barrages du cours principal et dans leurs retenues; 2) les pertes indirectes dues aux retards de migration; 3) la perte d’accès à l’habitat en amont du barrage McIntyre; 4) les problèmes de qualité de l’eau dans les habitats de fraye et de grossissement; 5) les répercussions écologiques des espèces exotiques, y compris plusieurs espèces de poissons compétitives et prédatrices, le myriophylle à épi (plante) et Mysis relicta (crustacé planctonique) dans le lac Osoyoos.

L’analyse de l’habitat entre le lac Osoyoos et le barrage McIntyre indique que la disponibilité de l’habitat ne limite pas l’activité de fraye actuelle. On ne connaît pas le taux de survie jusqu’au stade d’alevin, mais on a observé des alevins vésiculés et des alevins non vésiculés vivants en de nombreux endroits des frayères. Cependant, les habitats fluviaux de grossissement sont restreints pour les juvéniles en raison de modifications des chenaux et de températures élevées de l’eau en été. Bien qu’il y ait un habitat de grossissement des juvéniles dans le lac Osoyoos, il peut être extrêmement restreint certaines années en raison de températures élevées de l’eau dans l’épilimnion et de conditions anoxiques dans l’hypolimnion.

Les impacts liés à l’habitat dans le Columbia aux États-Unis peuvent être sévères. On estime que de 80 p. 100 à 85 p. 100 des adultes anadromes survivent à la montaison via les barrages et les retenues, mais que seulement environ 43 p. 100 des juvéniles anadromes survivent à la migration vers l’océan.

Les adultes anadromes sont capturés dans diverses pêches, tant marines que d’eau douce. La mortalité totale due à la pêche du chinook d’été dans le fleuve Columbia (les chinooks de l’Okanagan migrent avec eux) durant les années 1990 était en moyenne de 31,8 p. 100, mais a atteint un sommet de 76,4 p. 100 en 2003 (pêches marines et d’eau douce). Les pêches en eau douce ont régulièrement accru leur exploitation du chinook d’été, et les poissons qui échappent aux pêches marines et aux pêches du bas Columbia et qui entrent dans le cours supérieur du fleuve Columbia, comme le chinook de l’Okanagan, ont fait l’objet d’une pêche de plus en plus importante qui est passée d’environ 2 p. 100, en 2000, à 30 p. 100, en 2005. La mortalité résultant de l’exploitation humaine et des problèmes d’habitat, comme les barrages, menace l’existence du chinook de l’Okanagan.

Les populations voisines de saumons chinooks de la partie américaine du bassin de l’Okanagan sont considérées par les organismes responsables des pêches de l’État de Washington comme « préoccupantes » (type océanique) ou disparues (type dulcicole). Aux États-Unis, les Colville Confederated Tribes mènent un programme d’écloseries qui vise à réintroduire le chinook dulcicole dans la partie américaine du bassin de l’Okanagan, et les individus égarés de ce programme pourraient aussi menacer l’intégrité du chinook de l’Okanagan.

 

Importance de l’espèce

Le chinook de l’Okanagan est la seule population restante de saumons chinooks du bassin du Columbia qui fraye au Canada. Cette population présente un grossissement prolongé en eau douce, caractéristique qui est rare chez le saumon chinook de la partie américaine du bassin. De plus, ce grossissement prolongé en eau douce peut s’accompagner d’une reproduction sans migration vers le Pacifique, bien que cela ne soit pas encore bien attesté. Le chinook de l’Okanagan est également important pour sa contribution aux communautés des Premières Nations, particulièrement comme aliment et espèce commerciale. Il y a de nombreux postes de pêche autochtones le long de la rivière Okanagan qui ne sont pas fréquentés en raison du manque de chinooks de l’Okanagan.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

En mai 2005, dans une évaluation d’urgence, le COSEPAC a désigné le chinook de l’Okanagan comme espèce en voie de disparition, et il existe des lois et des politiques fédérales protégeant les poissons et leurs habitats dulcicoles et marins.