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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saumon chinook population de l’Okanagan, au Canada

Biologie

La biologie générale du saumon chinook a été bien décrite en Amérique du Nord. Les sections suivantes sont en grande partie fondées sur Healey (1991) et Myers et al. (1998). Les caractéristiques de la population de chinooks de l’Okanagan n’ont commencé que récemment à être décrites, mis à part les connaissances écologiques traditionnelles et les observations sporadiques passées. La principale source actuelle d’information sur cette population est une compilation d’observations recueillies par le Fisheries Department de l’Okanagan Nation Alliance (Wright et Long, 2005).


Cycle vital et reproduction

D’après les connaissances écologiques traditionnelles (Ernst et Vedan, 2000) et les observations récentes sur les dates de montaison (Wright et Long, 2005), le chinook de l’Okanagan fraye en automne. Comme on a relevé des arrivées de chinooks dans la rivière en amont du lac Osoyoos au printemps et au début de l’été, il pourrait y avoir une seconde population qui fraye à la fin juin ou au début juillet avant l’élévation des températures de la rivière; il se pourrait aussi que ces arrivées précoces constituent plutôt un segment migratoire hâtif de la même population qui fraye en automne. Les pêches indiennes qui s’effectuaient en mai, en juin et au début juillet visaient probablement le chinook de printemps (type dulcicole) (Moore et al., 2004). Par ailleurs, le biologiste canadien Gartrell a signalé la présence de 100 à 300 chinooks de printemps dans les frayères en amont du lac Osoyoos en mai 1936 (dossiers inédits du MPO, fichier de la base de données sur les échappées de saumon [Salmon Escapement Data System – SEDS] de 1936). Des données sur les dates de montaison ont été recueillies pour l’UES du saumon chinook du haut Columbia aux États-Unis, comprenant du chinook de type océanique (rivière Okanagan aux États-Unis) et de type dulcicole (rivière Methow), et un sommaire des dates de montaison observées dans le bassin de la rivière Okanagan a été compilé (figure 5). Récemment, on a observé la fraye du chinook en amont du lac Osoyoos en octobre, ce qui est typique des populations de type océanique dans le bassin du haut Columbia. La fraye est probablement déclenchée par une baisse des températures sous 16 °C (Healey, 1991), qui se produit dans la rivière Okanagan à la fin septembre ou au début octobre (Hyatt et Rankin, 1999). Bien que cette période de fraye soit typique du chinook de type océanique, les conditions du lac peuvent permettre aux individus d’une population de type dulcicole de réguler leur température corporelle de façon à retarder leur fraye jusqu’en octobre, comme cela se produit ailleurs dans le bassin du Columbia (Myers et al., 1998).

On possède peu d’information sur la distribution des âges des reproducteurs dans la rivière Okanagan au Canada. Cependant, des évaluations des stocks dans la partie américaine du bassin ont indiqué environ 21 p. 100 de mâles de 3 ans (c.-à-d. les jeunes mâles précoces, ou jacks), 44 p. 100 de reproducteurs de 4 ans et 34 p. 100 de reproducteurs de 5 ans (Howell et al., 1985; Chapman et al., 1994). (L’âge est déterminé à partir du moment où les œufs sont pondus.) On n’a relevé aucun reproducteur de 2 ans (c.-à-d. âge 1+) dans la partie américaine du bassin de l’Okanagan, et seulement 1 p. 100 des reproducteurs étaient des poissons de 6 ans. Dans la partie canadienne du bassin de l’Okanagan, la plupart des petits chinooks qui ont été capturés dans le lac Osoyoos ont été identifiés comme âgés de 2 ans (c.-à-d. 1+) (FDONA, données inédites, 2005). Avant 2005, on avait déterminé l’âge de 7 chinooks adultes du bassin de l’Okanagan au Canada : l’un avait 4 ans (sexe inconnu), et les 6 autres (3 mâles et 3 femelles) étaient âgés d’au moins 5 ans (Wright et Long, 2005). Pour 2005, on a déterminé l’âge de 23 chinooks au total (laboratoire de détermination de l’âge des poissons du MPO) dans la partie canadienne du bassin de l’Okanagan (FDONA, données inédites, 2005). Le sex-ratio était de 43,5 p. 100 de mâles et de 56,5 p. 100 de femelles. Pour 2005, il y avait 43,5 p. 100 de reproducteurs de 3 ans (5 mâles et 5 femelles), 47,8 p. 100 de reproducteurs de 4 ans (4 mâles et 7 femelles) et 8,7 p. 100 de reproducteurs de 5 ans (1 mâle et 1 femelle). 

On ne dispose d’aucune donnée sur la fécondité du chinook de l’Okanagan. Cependant, des chinooks du haut Columbia capturés au barrage Wells, le barrage le plus proche en aval de la confluence avec la rivière Okanagan, ont montré une fécondité moyenne de 5 041 œufs par femelle, les poissons atteignant en moyenne 90,4 cm de long (Hymer et al., 1992; Myers et al., 1998). Les poissons plus gros ont tendance à produire des œufs plus nombreux et plus gros, mais la relation n’est pas linéaire (Myers et al., 1998). Divers autres facteurs influencent le nombre et la taille des œufs, dont l’âge des poissons, les particularités du cycle vital, la distance de migration et la latitude (Myers et al., 1998).

Chez le chinook, la survie jusqu’au stade d’alevin est très variable, mais Healey (1991) a établi une limite supérieure de 30 p. 100 pour les œufs déposés et incubés dans des conditions naturelles. La survie des œufs peut être relativement élevée là où la percolation dans le gravier est bonne et où les nids de fraye ne sont pas perturbés par l’affouillement, le dessèchement ou le dépôt de particules fines (Healey, 1991). Quand la densité de reproducteurs est élevée, les nids de fraye établis sont souvent perturbés par des reproducteurs subséquents, ce qui entraîne la perte d’œufs.


Figure 5 : Sommaire des observations de saumons chinooks anciennes et récentes dans la partie canadienne du bassin de l’Okanagan et de quelques observations anciennes dans la partie américaine du bassin.


Chinook d’été de la rivière Okanagan (É.-U.)1
  • Montaison (2ième semaine de mai jusqu'a la fin de juillet)
  • Fraye (octobre et novembre)

Chinook de printemps de la rivière Methow1
  • Montaison (dernière semaine de mars jusqu'a la fin de mai)
  • Fraye (août et Septembre)

Lieu (Date)

--- États-Unis ---


Rivière Okanagan (observations anciennes)2
  • Montaison (mai, juin et juillet)
  • Fraye (3ième et 4ième semaines de septembre)

Ville d’Okanagan (1909)3
  • Fraye (dernière semaine de septembre)

Ville d’Omak (1932)3
  • Fraye (dernière semaine de septembre)

--- Canada ---


Rivière Okanagan (observations anciennes)4
  • Fraye (septembre et octobre)

Rivière Okanagan (1936; frayères)7
  • Montaison (mai)

De Oliver aux chutes Okanagan (années 1960)2
  • Fraye (3ième et 4ième semaines d'octobre)

Rivière Okanagan (1965)8
  • Présent – migration ou fraye? (septembre)

Rivière Okanagan (1968)7
  • Présent – migration ou fraye? (septembre)

Rivière Okanagan (1969)7
  • Présent – migration ou fraye? (août)

Rivière Okanagan (1976, 1981, 1982, 1984)7
  • Présent – migration ou fraye? (août, septembre et octobre)

Rivière Okanagan (1977)8
  • Présent – migration ou fraye? (octobre)

Rivière Okanagan (1987)7
  • Présent – migration ou fraye? (octobre)

Barrage John Day/Osoyoos Inlet (1993)5
  • Montaison (2ième semaine de may, 2ième et 3ième semaines de juillet)

Rivière Okanagan (1994, 1997, 1998, 1999)7
  • Présent – migration ou fraye? (octobre)

Barrage McIntyre (2000)6
  • Montaison (3ième semaine de juillet)

Rivière Okanagan (2001)6
  • Fraye (3 premières semaines d'octobre)

Rivière Okanagan (2002)6
  • Fraye (3 premières semaines d'octobre)

Rivière Okanagan (2003)6
  • Fraye (3 premières semaines d'octobre)

1 Myers et al., 1998;
2 Smith, 2002 (fraye du chinook décrite comme se produisant près de la fin de la fraye du saumon rouge);
3 Smith, 2003b;
4 Vedan, 2002 (pêche du chinook décrite comme s’effectuant à l’automne, mais avant la pêche du saumon kéta, s’effectuant en novembre);
5 MDE, 1993;
6 Wright et Long, 2005;
7 dossiers inédits de la base SEDS du MPO;
8 dossiers de correspondance de la base SEDS du MPO.


Prédateurs

Les prédateurs représentent habituellement le principal agent de mortalité chez les jeunes chinooks juvéniles (Healey, 1991). Les oiseaux et les poissons piscivores consomment des chinooks juvéniles en eau douce, dans les estuaires et dans le milieu marin. De plus, on a observé des prédateurs invertébrés tuer ou blesser des saumons juvéniles, mais la prédation par les prédateurs invertébrés à l’extérieur des écloseries n’est pas bien connue (Healey, 1991). On a relevé des taux de mortalité de 70 p. 100 à 90 p. 100 chez les jeunes saumons du Pacifique juvéniles dans plusieurs bassins hydrographiques (Healey, 1991).

Parmi les poissons piscivores qui chassent probablement le chinook de l’Okanagan, il y a de nombreuses espèces exotiques, dont 13 ont été relevées (Wright et al., 2002). Les espèces exotiques composent 84 p. 100 de la population de poissons littoraux dans le lac Osoyoos, et on en trouve également dans le cours principal de la rivière Okanagan (Wright et al., 2002). Les chinooks juvéniles présents dans le lac Osoyoos peuvent être les proies du crapet arlequin (Lepomis macrochirus), de la marigane noire (Pomoxis nigromaculatus), de l’achigan à petite bouche (Micropterus dolomieui), de la perchaude (Perca flavescens) et de l’achigan à grande bouche (Micropterus salmoides).

La mortalité par prédation durant l’avalaison des smolts a très probablement augmenté dans le Columbia à cause des barrages construits dans le cours du fleuve (Myers et al., 1998). En témoigne le fait que des mesures de lutte contre les prédateurs ont été prises dans le Columbia afin d’améliorer la survie des smolts des diverses populations de saumon en aval (Zimmerman, 1999; Zimmerman et Ward, 1999a; Idem, 1999b).

En analysant plusieurs études sur les taux de mortalité du saumon chinook qui grossit en mer, Healey (1991) a conclu que le taux de mortalité marine est probablement inférieur à 35 p. 100 par an et probablement plus près de 20 p. 100 par an. De plus, il a conclu que les taux de mortalité sont probablement plus élevés durant la première année ou les deux premières années en mer, et plus élevés dans les zones côtières, ce qui entraînerait des taux de mortalité relativement plus élevés chez le chinook de type océanique que chez le chinook de type dulcicole (qui effectue souvent de grandes migrations en mer; Healey, 1983). Les causes de mortalité des chinooks de grande taille sont les pêches commerciale et récréative, la prédation par les grands poissons et les mammifères, les maladies et les mauvaises conditions en mer certaines années.


Physiologie

Les températures supérieure et inférieure pour une mortalité pré-éclosion de 50 p. 100 chez le chinook sont de 16 °C et de 2,5 °C  à 3,0 °C, respectivement (Alderdice et Velsen, 1978, cité dans Healey, 1991). Les mêmes auteurs ont établi le temps jusqu’à l’éclosion de 50 p. 100 des œufs à environ 159 jours à 3 °C et à 32 jours à 16 °C, et ont conclu qu’un modèle simple de somme thermique (période de développement = 468,7/T, où T est la température moyenne durant l’incubation) convient pour prédire le temps d’éclosion.

La percolation de l’eau dans le gravier de fraye est essentielle à la survie des œufs et des alevins, exigence qui peut être gravement compromise par la l’envasement des lits de fraye (Healey, 1991). Shelton (1955, cité dans Healey, 1991) a conclu que la survie des œufs jusqu’à l’éclosion était supérieure à 97 p. 100 à des taux de percolation d’au moins 0,03 cm/s, mais que l’émergence était de 13 p. 100 ou moins dans le petit gravier à des taux de percolation inférieurs à 0,06 cm/s. Des taux d’émergence beaucoup plus élevés (87 p. 100) ont été relevés chez le chinook dans le gros gravier avec circulation adéquate de l’eau.

Les adultes interrompent leur migration et cherchent des refuges quand la température de l’eau dépasse 22 °C (Alexander et al., 1998). La température préférée des alevins est de 12 °C à 14 °C, et la température létale supérieure est de 25,1 °C (Scott et Crossman, 1973).


Déplacements et dispersion

La montaison des chinooks de l’Okanagan matures s’effectue principalement durant le jour, quelques poissons migrant la nuit (Healey, 1991). Par contre, le déplacement des alevins vers l’aval s’effectue principalement la nuit, surtout autour de minuit, bien qu’un petit nombre d’alevins se déplacent durant le jour (Healey, 1991). Tel qu’illustré à la figure 5, le moment de la montaison dans la rivière Okanagan correspond avec celui relevé dans la partie américaine du bassin.

Les seules observations de chinooks de l’Okanagan quittant le lac Osoyoos ont été effectuées grâce à un piège rotatif placé 300 m en aval du barrage Zosel (décharge du lac Osoyoos) (Hansen, 1996a; idem, 1996b). Les chinooks de l’Okanagan n’étaient pas le groupe cible (smolts de saumon rouge), et peu d’information a été tirée de ces captures outre le fait que des alevins de chinook (nouvellement émergés) ont été capturés dans une majorité de périodes d’échantillonnage entre le 17 avril et le 31 mai. Les alevins de chinook observés pouvaient ne pas provenir des frayères situées en amont du lac, mais plutôt de nids de fraye situés entre le piège et le barrage Zosel, où se trouve de l’habitat de fraye approprié, sans que la fraye y ait toutefois été confirmée (C. Fisher, comm. pers., 2005). Des alevins nouvellement émergés ont également été capturés en amont du lac Osoyoos en avril et en mai (Wright et Long, 2005). On n’a pas relevé de smolts de chinook de l’Okanagan quittant le lac Osoyoos.

Tel qu’il a été mentionné précédemment, le chinook de type dulcicole du bassin du Columbia effectue de grandes migrations dans l’océan avant de revenir frayer, tandis que les chinooks de type océanique fréquentent le plus souvent les eaux littorales le long de la côte de l’Amérique du Nord. Le comportement du chinook de l’Okanagan dans l’océan n’a pas été étudié.

Les chinooks de l’Okanagan qui reviennent frayer dans le bassin de l’Okanagan doivent entrer dans la rivière Okanagan avant que la température de l’eau n’y soit trop élevée ou attendre dans le fleuve Columbia que la température de l’eau baisse à un niveau tolérable. S’ils entrent dans le bassin de l’Okanagan avant que la température soit élevée, ils peuvent demeurer brièvement dans la rivière en amont du lac Osoyoos avant de revenir au lac quand la température augmente. Des expériences de marquage ont démontré que les chinooks de la remonte d’été (de type océanique) entrent dans la rivière Okanagan à partir du fleuve Columbia en juillet jusqu’à ce que la température de l’eau de la rivière Okanagan atteigne 22 °C, le pic de la migration des chinooks de l’Okanagan dans la rivière Okanagan se produisant immédiatement après que la température ait baissé sous ce niveau à la fin août (Alexander et al., 1998).


Relations interspécifiques

La prédation sur les chinooks de l’Okanagan juvéniles et adultes a été traitée plus haut et ne sera pas couverte dans cette section.

Les alevins de chinook de l’Okanagan en eau douce se nourrissent d’insectes terrestres, de crustacés, de chironomidés, de corixidés, de phryganes, d’acariens, d’araignées, d’aphidiens, de larves de Corethra et de fourmis (Scott et Crossman, 1973; Healey, 1991). La communauté macrozooplanctonique du lac Osoyoos, dont les chinooks de l’Okanagan en grossissement se nourrissent en partie, est dominée par les cyclopidés et les diaptomidés, avec des populations importantes de Daphnia et de Bosmina (Wright, 2002). On a également constaté récemment que le chinook de l’Okanagan est piscivore et se nourrit d’alevins de saumon rouge (FDONA, données inédites, 2005). On ne connaît pas le degré de compétition pour la nourriture entre les espèces cohabitantes de saumons qui grossissent en eau douce, mais il est probablement influencé par le degré de ségrégation de l’habitat entre les espèces (Healey, 1991).

Dans le milieu marin, les jeunes saumons chinooks se nourrissent principalement de poisson, particulièrement de hareng, et des invertébrés comme les calmars, les amphipodes, les crevettes, les euphausiacés et les larves de crabe composent le reste de leur régime (Scott et Crossman, 1973; Healey, 1991). L’abondance relative de poissons dans le contenu stomacal des saumons chinooks pêchés commercialement augmente avec la taille du poisson. En général, les différentes espèces d’invertébrés constituent une composante relativement petite du régime des saumons chinooks adultes dans l’océan, bien qu’il y ait une variation saisonnière et régionale considérable dans la composition du régime (Healey, 1991). Les périodes d’alimentation de pointe du saumon chinook dans l’océan semble être le printemps et l’été, le printemps étant la meilleure période dans la partie sud de son aire de répartition nord-américaine et l’été la meilleure période le long de la côte du Canada (Healey, 1991).


Adaptabilité

Le cycle biologique du saumon chinook est très variable, comme l’indique la grande variabilité de la durée des stades de grossissement en eau douce et en eau salée, de l’âge à la maturité et des besoins en matière d’habitat de fraye et de grossissement. L’existence de cette forte variation laisse penser que l’espèce est très adaptable (Healey, 1991).

Le saumon chinook est produit en écloserie en Amérique du Nord depuis plus d’un siècle, et des ensemencements ont été effectués dans une grande variété de rivières avec ou sans population de saumons chinooks indigènes (Myers et al., 1998). L’espèce a également été introduite avec succès dans des milieux très nouveaux, y compris le réseau des Grands Lacs laurentiens et des rivières de la Nouvelle-Zélande. Cependant, on s’inquiète beaucoup actuellement de l’apparente faible valeur adaptative de nombreux chinooks d’écloserie et de ses incidences possibles sur les populations sauvages (Berejikian et Ford, 2003).