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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le stylophore à deux feuilles au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Les données historiques donnent à croire que le Stylophorum diphyllum était très rare en Ontario même avant que l’établissement des colons européens n’entraîne la destruction de son habitat. Il s’est écoulé près d’un siècle entre les rares premières mentions de l’espèce et les observations récentes. Pourtant, la plante est très voyante lorsqu’elle apparaît au début du printemps et pourrait difficilement passer inaperçue. De plus, les sites se trouvant dans l’aire de répartition historique connue de l’espèce sont plutôt bien herborisés.

Depuis 1987, la rédactrice principale du présent rapport a mené des recherches dans l’aire de répartition historique connue du Stylophorum diphyllum, de même que les chercheurs Brinker, Oldham et Stephenson. À partir d’anciennes photos aériennes (1947), ils ont délimité les secteurs de l’aire de répartition historique qui étaient couverts par des forêts matures en 1947 et ont pu conserver un couvert forestier depuis ce temps. Les sites prometteurs ont été explorés à pied durant la période de la floraison du Stylophorum diphyllum. En tout, plus de 70 heures-personnes ont été consacrées à la recherche de l’espèce.

Les seules populations canadiennes connues du Stylophorum diphyllum sont séparées entre elles par au moins 15 km et séparées des populations sauvages américaines les plus proches par quelque 200 km. Les populations canadiennes comprennent chacune un groupe de quelques individus à plusieurs centaines d’individus, avec quelques individus ou colonies poussant à l’écart de la population principale. Les populations de London et d’Ilderton occupent une superficie de 100 à 150 , sans compter les individus périphériques situés respectivement jusqu’à 40 et 150 m de la population principale. La population de Fanshawe est beaucoup plus petite : jusqu’en 2005, elle comptait à peine 5 à 8 individus matures, occupant une superficie inférieure à 1 m². En 2005, elle a connu un certain recrutement. En 2006, toute la population d’origine était disparue, mais 24 nouveaux individus ont été recensés dans une superficie d’environ 19,5 m².

Abondance

Les trois populations connues du Stylophorum diphyllum telles qu’elles étaient en 2006 sont décrites plus bas. Chacune a connu une augmentation au cours des deux ou trois dernières années, mais celle-ci résulte peut-être d’une fluctuation normale en réponse aux facteurs climatiques ou autres, plutôt que d’une réelle croissance.

London

Découverte en 1987, la population de London se trouve aujourd’hui à l’intérieur des limites de la ville. Selon les estimations, la population d’origine aurait compté environ 740 individus regroupés dans une principale colonie dont la superficie mesurait environ 10 m par 15 m ainsi que quelques petites colonies et individus isolés, pour un total d’environ 800 individus (Bowles, 1997). Le compte de 5 000 individus donné par Gosnell et Stephenson (1996) est jugé erroné, en raison de la façon de définir les individus et de la méthode de dénombrement qui consistait à multiplier les mesures de densité par la superficie occupée.

En 1993, il y a eu récolte de bois et travaux de remblayage dans le site, et la population principale s’est trouvée enfouie. Selon Gosnell et Stephenson (1996), il serait resté de la population d’origine quelque 160 individus répartis entre 6 colonies, puis il y aurait eu un certain recrutement.

En 1997, une cartographie et un relevé plus complets ont permis de recenser environ 235 individus matures et une cinquantaine de nouveaux individus. Parmi les problèmes qui influent sur le dénombrement des individus mentionnons les pentes très abruptes et des colonies d’individus comportant chacun plusieurs tiges.

La population de London a fait l’objet d’une surveillance de 1997 à 2005, mais n’a pas fait l’objet d’un nouveau recensement. Les colonies ont conservé un effectif plus ou moins stable, d’environ 250 individus, avec un certain recrutement et renouvellement. En 2006, le propriétaire a refusé l’accès au terrain pour un recensement de la population.

Fanshawe

La population de Fanshawe a été redécouverte en 1994. Elle comptait alors environ 8 individus occupant une superficie d’environ 1,5 m de diamètre. Au cours des dix années suivantes, plusieurs des individus de cette population sont morts, apparemment par suite de la pourriture du collet. Aucun recrutement n’a été observé jusqu’en 2005. En 2006, il ne restait aucun des individus de la population d’origine, mais 24 nouveaux individus ont été relevés dans une superficie d’environ 5 m par 6 m.

Ilderton

La population d’Ilderton a été redécouverte en 1996. Elle se composait alors d’un groupe principal d’environ 140 individus et d’un groupe de 20 individus isolés. Le relevé de 2006 a permis de dénombrer un groupe principal de 180 individus, deux autres colonies étalées d’environ 35 et 28 individus et un certain nombre d’individus isolés, pour un total d’environ 255 individus. Un relevé supplémentaire réalisé en mai 2006 a mené à la découverte de deux autres colonies, de 5 et 12 individus, à environ 150 m de la population principale. Il semble donc que la population d’Ilderton se soit légèrement accrue.

Immigration de source externe

Le recrutement à partir des populations les plus proches, situées au Michigan et en Ohio, est peu probable. En effet, ces populations sont situées à de grandes distances des populations de l’Ontario, et le territoire les séparant comprend de vastes étendues d’un habitat non propice au Stylophorum diphyllum, notamment des terres agricoles, des zones urbaines et de grandes étendues d’eau (en l’occurrence, le lac Érié, le lac Sainte-Claire et les rivières Sainte-Claire et Détroit). Il semble par ailleurs que le Stylophorum diphyllum soit dispersé par les fourmis, et on ne connaît aucun agent assurant sa dispersion à grande distance. La survie à long terme du Stylophorum diphyllum au Canada dépend donc de la conservation des trois populations connues.