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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le stylophore à deux feuilles au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Destruction et modification de l’habitat

La destruction de l’habitat (provoquée par le remblayage) a été la principale cause du déclin de la population de London observé en 1994. Malgré son caractère unique, cette perturbation a eu des effets persistants, notamment l’érosion, la sédimentation et la modification des strates de la végétation ligneuse, où les gaules remplacent graduellement les arbres morts et moribonds. Les populations de mauvaises herbes risquant de faire compétition au Stylophorum diphyllum ont également augmenté.

La population d’Ilderton est située à la lisière d’une érablière exploitée et est adjacente à un canal de drainage municipal. Certaines activités menées dans l’érablière, comme l’abattage d’arbres ou l’aménagement de chemins d’accès, risquent de nuire à la population. Plusieurs individus isolés se sont établis dans les débris évacués par le canal de drainage et risquent fort d’être perturbés par de futurs travaux d’entretien.

Lotissement

Comme la population de London se trouve maintenant à l’intérieur des limites de la ville, ce n’est qu’une question de temps avant que les terres adjacentes ne soient aménagées à des fins résidentielles. Le Stylophorum diphyllum et son habitat sont bien sûr protégés en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario et de la Déclaration de principes provinciale. Or, certains individus sont établis tout près de la lisière du terrain boisé et subiront assurément les effets des activités d’aménagement par suite d’une augmentation du piétinement, d’une multiplication des espèces envahissantes, d’autres perturbations. Comme le site est situé sur des pentes très abruptes, toute visite constitue une menace pour la plante. Il est effet très difficile de traverser, d’escalader ou de descendre les versants sans endommager le substrat et les plantes.

Espèces envahissantes

L’Alliaria petiolata est abondant dans le site de Fanshawe et peut faire directement compétition au Stylophorum diphyllum et particulièrement les plantules de cette espèce. Dans le cadre d’activités de rétablissement, les rosettes de cette espèce envahissante qui se trouvaient près d’individus établis de S. diphyllum ont été éliminées chaque printemps. La perturbation causée par l’extirpation de ces rosettes a créé des sites propices à la germination des graines et à la croissance des plantules du S. diphyllum et semble y avoir entraîné une diminution des effectifs de l’A. petiolata en 2006. En revanche, la population d’A. petiolata va croissant dans les sites de London et d’Ilderton.

La renouée du Japon (Polygonum cuspidatum) est présente dans le site de London. Des mesures de lutte y ont été appliquées pour empêcher sa propagation, mais n’ont pas encore permis de l’éradiquer. Le géranium de Robert (Geranium robertianum), dont nombre de plantules ont été observées sous des individus adultes de Stylophorum diphyllum et autour de ceux-ci, y est également préoccupant, car il pourrait faire compétition aux plantules du S. diphyllum.

Prédation des graines

On a observé une prédation des graines par des cerfs de Virginie et des marmottes communes qui se nourrissaient de capsules et par des souris qui mangeaient les graines tombées sur le sol. Le broutage semble être limité et ne devrait pas constituer un facteur limitatif important pour les populations de London ou d’Ilderton. En revanche, la prédation des graines par les souris peut constituer un facteur limitatif important qui toucherait le recrutement à Fanshawe, où la population est très réduite (Bowles, 2000).

Intrusion et activités récréatives

La population de London est située dans un secteur où circulent de nombreux vélos de montagne. On voit parfois surgir des sentiers non autorisés, certains près du peuplement de Stylophorum diphyllum.

En 1998, la relocalisation d’un sentier, qui était situé non loin de la population de Fanshawe, a permis de réduire le risque de piétinement.

Contamination génétique

Le Stylophorum diphyllumest une plante attrayante et est vendu dans les jardineries du sud de l’Ontario. On ne connaît pas l’origine des plantes en vente sur le marché, mais elles viennent sûrement des États-Unis. Sachant la plante indigène, certains jardiniers amateurs bien intentionnés l’ont introduite dans des ravins et d’autres zones naturelles, mais ils ne tiennent habituellement aucun registre de ces introductions. Or, selon les résultats préliminaires d’analyses génétiques (Galbraith, comm. pers., 2005), les populations canadiennes pourraient être génétiquement distinctes de celles des États-Unis. Elles risquent donc d’être génétiquement contaminées par celles des États-Unis, et il est fort possible que le rétablissement soit difficile à suivre à cause de l’impossibilité de distinguer les populations indigènes des populations introduites en se fondant sur l’aspect de la plante.

Autres facteurs naturels ou anthropiques

En raison de son aspect frappant, surtout pendant la floraison, les jardiniers amateurs de fleurs sauvages, qui chercheraient à transplanter des individus ou à récolter des graines, ou les photographes et les naturalistes, qui risqueraient de piétiner, pourraient présenter une menace pour la population de Stylophorum diphyllum.