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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la chauve-souris de Keen (Myotis keenii ) au Canada – Mise à jour

Protection actuelle ou autres désignations

Le M. keenii ne figure pas sur les listes de l’UICN. Il a été désigné espèce préoccupante par le COSEPAC en 1988 (voir Balcombe, 1988). Sa cote mondiale (Natural Heritage Ranking System) est G2; ses cotes nationales sont N1 pour les États-Unis et N1N3 pour le Canada. L’espèce est classée SH en Alaska et dans l’État du Washington. La Colombie-Britannique a désigné l’espèce S1S3.

En Colombie-Britannique, la loi provinciale sur la faune (Wildlife Act) interdit de tuer le M. keenii; c’est d’ailleurs la seule espèce de chauve-souris désignée « espèce faunique désignée » dans le Forest and Range Practices Code de la Colombie-Britannique. Les espèces désignées en vertu de ce code sont considérées en péril et nécessitent une gestion particulière comportant l’établissement de zones d’habitat faunique (Wildlife Habitat Areas, WHA). Le code précise que des WHA d’un rayon de 100 m ainsi qu’une zone-tampon de 200 m seront établies afin de protéger les hibernacles, colonies de maternité et gîtes connus du M. keenii. Diverses prescriptions d’aménagement sont aussi recommandées pour ce qui est du tracé des routes forestières et des pratiques sylvicoles. Une seule zone d’habitat faunique a été établie jusqu’à présent pour le M. keenii : le Knoll Hill Cave WHA (25,2 ha), qui vise à protéger la colonie de maternité située près de Tahsis (voir le tableau 1). Le parc provincial Weymer Creek, situé à proximité, protège une zone abritant des hibernacles du M. keenii. Il est intéressant de noter qu’afin de promouvoir l’écotourisme, la Tahsis Economic Development Society a proposé la construction d’une passerelle d’observation dans le couvert forestier à l’intérieur de la zone d’habitat faunique de la colline Knoll, et la présence du M. keenii serait un des éléments dont l’organisme se servirait pour en faire la promotion. La Tahsis Economic Development Society a commandé une évaluation environnementale et la proposition est actuellement étudiée par un comité provincial.

Comme l’aire d’occupation du M. keenii est inconnue, on ignore quelle proportion de l’aire de répartition de l’espèce se trouve dans des aires protégées. Des 25 occurrences au Canada, cinq se trouvent dans des aires protégées. Deux des sept occurrences à Haida Gwaii sont situées dans la réserve de parc national et site patrimonial haïda Gwaii Haanas (147 000 ha). L’occurrence la plus importante est la colonie de maternité de Gandl K'in Gwaayaay. Il existe pour l’île un plan de secteur qui prévoit et documente son réaménagement tout en prenant en considération la protection de la colonie (Stronge, 2001). Ce plan prescrit de ne pas altérer la circulation de surface des eaux provenant des sources chaudes, car cela pourrait modifier le régime thermique des gîtes. Les visiteurs sont autorisés à utiliser les piscines d’eaux thermales situées à moins de 100 m des gîtes le jour, mais ils doivent quitter l’île avant que les chauves-souris ne commencent à émerger. Des gardiens de Haida Gwaii sont postés sur l’île pour éviter toute perturbation directe des gîtes et veiller à ce que les visiteurs quittent les lieux avant le coucher du soleil. Le personnel de Gwaii Haanas surveille régulièrement Gandl K’in Gwaayaay afin d’y détecter la présence d’espèces introduites et on effectue périodiquement des dénombrements d’émergence pour déterminer les effectifs de chauves-souris.

Trois des 15 occurrences dans l’île de Vancouver sont situées dans des aires protégées (tableau 1). Des recensements réalisés dans le parc provincial Weymer Creek (316 ha) près de Tahsis indiquent qu’en raison des formations karstiques exceptionnelles de ce parc, plusieurs cavernes servent à l’essaimage et à l’hibernation du M. keenii et de plusieurs autres espèces de Myotis (Mather et al., 2000). Au moins trois cavernes (Slot Canyon, Labyrinth) ont été fréquentées par le M. keenii, qui gîte probablement aussi dans les arbres du parc. L’ébauche de plan d’aménagement (Clover Point Cartographics, 1998) mentionne la nécessité de protéger les gîtes de chauves-souris du parc, mais on y décrit aussi la spéléologie récréative, la randonnée pédestre et le tourisme comme des activités acceptables dans le parc. Le plan ne comporte aucune indication précise sur la façon dont on compte harmoniser la protection du M. keenii avec ces activités humaines présentant une menace pour l’espèce, particulièrement la spéléologie récréative.

On a aussi trouvé des M. keenii à la caverne Windy Link, dans le parc provincial White Ridge (1 343 ha). Aucun relevé global de l’utilisation par les chauves-souris des formations karstiques du parc n’a été effectué, mais on sait que des spéléologues amateurs utilisent abondamment le parc. Il n’existe pour ce parc aucun plan de gestion à l’heure actuelle.