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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la chauve-souris de Keen (Myotis keenii ) au Canada – Mise à jour

Résumé

Chauve-souris de Keen
Myotis keenii

Information sur l’espèce

La chauve-souris de Keen, Myotis keenii (Merriam, 1895), est l’une de six espèces morphologiquement très semblables de chauves-souris à longues oreilles du genre Myotis en Amérique du Nord. Sur le plan taxinomique, on la classe dans le groupe evotis avec le vespertilion à longues oreilles (M. evotis), le vespertilion nordique (M. septentrionalis) et le vespertilion du Sud-Ouest (M. auriculus) , bien que de récentes analyses de l’ADNmt aient démontré qu’elle pourrait en fait appartenir à un groupe monophylétique comprenant le M. evotis, la chauve-souris à queue frangée (M. thysanodes) et le vespertilion de Miller (M. milleri). Le M. keenii et le M. evotis sont morphologiquement si semblables qu’il est impossible de les distinguer sur le terrain, ce qui rend l’étude de ces deux espèces très difficile dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique et l’ouest du Washington, où les deux espèces sont sympatriques. Le faible degré de divergence de leur séquence d’ADNmt laisse supposer que le M. keenii et le M. evotis pourraient être conspécifiques.

Répartition

Le M. keenii a une des aires de répartition les plus réduites de toutes les chauves-souris d’Amérique du Nord, limitée à l’ouest de l’État du Washington, à l’ouest de la Colombie-Britannique et au sud-est de l’Alaska. C’est la seule chauve-souris nord-américaine qui soit confinée à la côte du Pacifique. On l’a observée à vingt-cinq endroits au Canada.

Habitat

Certaines de ses caractéristiques écomorphologiques (ailes courtes et larges, longues oreilles) et ses signaux d’écholocation à haute fréquence et à faible intensité laissent penser que le M. keenii est adapté aux vieilles forêts pluviales côtières, bien que l’espèce ne semble pas limitée à cet habitat. Le M. keenii a aussi été capturé alors qu’il était en quête de nourriture dans des estuaires, des habitats riverains et des milieux urbains.

On sait que le M. keenii gîte dans des crevasses de rocher et sous des blocs rocheux, mais on l’a aussi trouvé gîtant dans des arbres et des édifices, de même que sous des ponts. La seule colonie de maternité décrite en détail est plutôt inhabituelle en ceci qu’elle est associée à une activité hydrothermale. À Gandl K’in Gwaayaay, à Haida Gwaii, environ 40 femelles reproductrices profitent de crevasses, de blocs rocheux et d’une petite caverne réchauffés où elles gîtent et élèvent leurs petits. La seule autre colonie de maternité connue se trouverait dans un arbre situé à faible altitude sur une falaise faisant face au sud-ouest à la colline Knoll, près de Tahsis, dans l’île de Vancouver.

Les seuls hibernacles connus sont situés dans le nord de l’île de Vancouver, où on a trouvé des M. keeniidans huit cavernes situées dans trois régions différentes. Dans le bassin versant du ruisseau Weymer, on a capturé quatre espèces de chauves-souris en train d’« essaimer » en août dans les entrées d’au moins 14 cavernes en altitude (de 550 à 945 m) et on a confirmé que le M. keenii hiberne dans trois d’entre elles. Les chauves-souris en hibernation ont été trouvées dans des conditions d’humidité relative constante à 100 p. 100 et à une température stable de 2,4 à 4,0 °C.

Biologie

On dispose de renseignements détaillés sur la reproduction grâce à une étude réalisée sur deux ans à la colonie de maternité de Gandl K’in Gwaayaay à Haida Gwaii. Les M. keenii femelles sont retournées à cette colonie vers la fin mai et la mise bas a eu lieu au début juillet. Les mâles et les femelles non reproductrices ne sont pas apparus aux colonies de maternité avant juillet. Les jeunes ont pris leur envol au début d’août mais ont continué d’utiliser les colonies de maternité jusqu’au début septembre. Les adultes ont quitté la colonie dès que les jeunes ont su voler.

La chronologie de reproduction des chauves-souris de la colonie de maternité de Gandl K’in Gwaayaay était variable et dépendait des conditions météorologiques. Pour le M. keenii, la période de gestation a semblé plus courte en 1999, année fraîche et humide, qu’en 1998, année chaude et sèche. On attribue ce phénomène à la capacité de l’espèce de glaner ses proies, ce qui lui permet de continuer de s’alimenter d’invertébrés non volants dans des conditions fraîches et humides qui rendent les insectes moins susceptibles de voler. Les résultats de l’examen de boulettes fécales amènent à conclure que les M. keenii de Gandl K’in Gwaayaay se nourrissent surtout d’araignées et de lépidoptères. Rien ne semble indiquer que la nourriture soit un facteur limitatif.

Le M. keenii a probablement une longue durée de vie, comme la plupart des autres chauves-souris d’ailleurs. Le plus vieux spécimen connu de M. keenii avait 12 ans et 11 mois au moment de sa recapture.

Taille et tendances des populations 

On ne dispose d’aucune estimation de la taille ou des tendances des populations de cette espèce. La colonie de maternité de Gandl K’in Gwaayaay est demeurée viable depuis au moins 40 ans, malgré d’importantes campagnes de collecte scientifique de spécimens pendant les années 1960. Des estimations d’effectifs datant des années 1990 indiquent que la population y est demeurée stable de 1991 à 2000. Ailleurs dans l’aire de répartition, il est rare qu’on repère des M. keenii, bien que cela puisse être dû en partie au problème de son identification sur le terrain.

Facteurs limitatifs et menaces

La perte d’habitats peut constituer une menace importante pour le M. keenii. Bien que le M. keenii ne semble pas limité aux vieilles forêts côtières, il est certain qu’il s’alimente dans ces habitats. Ces vieilles forêts continuent de faire l’objet d’une exploitation forestière et les parcelles se font de plus en plus rares.

Les perturbations anthropiques constituent aussi une menace importante, tous les hibernacles connus demeurant ouverts aux spéléologues amateurs. Les chauves-souris en hibernation sont particulièrement vulnérables aux perturbations causant des réveils, qui sont énergivores et risquent d’épuiser leurs réserves de graisse. Bien que les activités d’exploitation forestière aux abords de l’entrée des cavernes ne semblent pas en modifier le microclimat, les débris de coupe peuvent en bloquer l’accès et les activités de dynamitage associées à la construction de routes risquent de réveiller les chauves-souris en hibernation.

Le fait que le M. keenii vole et gîte près du sol le rend vulnérable à la prédation par les chats et peut-être par d’autres mammifères tels que les ratons-laveurs, les martres, les écureuils et les rats. Il est aussi vulnérable à la prédation par la souris sylvestre (Peromyscus maniculatus) et la souris de Keen (Peromyscus keeni) au cours de son hibernation et lorsqu’il gîte sous des blocs rocheux et dans des crevasses. Les hiboux font occasionnellement leur proie de M. keenii, mais l’impact de ce prédateur sur l’espèce est inconnu.

Importance de l’espèce

Le M. keenii est d’une importance particulière au Canada parce qu’environ 80 p. 100 de son aire de répartition se trouve dans le pays. C’est actuellement la seule espèce de chauve-souris ayant le statut d’espèce faunique désignée en vertu de la stratégie de gestion des espèces fauniques désignées du Forest and Range Practices Code (code provincial de pratiques pour les forêts et les parcours) de la Colombie-Britannique.

Protection actuelle ou autres désignations

L’espèce ne figure pas sur les listes de l’UICN. Elle a été jugée espèce préoccupante par le COSEPAC en 1988 (voir Balcombe, 1988). Sa cote mondiale est G2; ses cotes nationales sont N1 pour les États-Unis et N1N3 pour le Canada. Elle est classée SH en Alaska et dans l’État du Washington. La Colombie-Britannique a désigné l’espèce S1S3 et il est interdit de le tuer aux termes de la loi provinciale sur la faune.

Jusqu’à présent, une seule aire d’habitat faunique a été établie (Knoll Hill Cave Wildlife Habitat Area) en vertu du Forest and Range Practices Code; elle protège une colonie de maternité près de Tahsis, dans l’île de Vancouver. On trouve non loin de là les parcs provinciaux Weymer Creek et White Ridge, qui abritent des hibernacles et autres gîtes de M. keenii. Le parc Weymer Creek possède une ébauche de plan d’aménagement qui mentionne la nécessité de protéger les gîtes de chauves-souris, mais on y décrit aussi la spéléologie récréative, la randonnée pédestre et le tourisme comme des activités acceptables dans le parc. Le parc White Ridge ne possède pas de plan d’aménagement. La colonie de maternité de Gandl K'in Gwaayaay est protégée par la réserve de parc national et site patrimonial haïda Gwaii Haanas. Le plan de secteur préparé pour l’île prévoit et documente son réaménagement tout en prenant en considération la protection de la colonie. Le personnel de Gwaii Haanas surveille l’utilisation de la colonie par les chauves-souris et patrouille l’île pour y détecter la présence d’espèces introduites.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates.

Définitions (depuis mai 2003)

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement ou génétiquement distincte.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du pays (DP)Note de bas de pagea
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de pageb
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de pagec
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de paged
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de pagee
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu'en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu'en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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