Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la chauve-souris de Keen (Myotis keenii ) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Perte d’habitats

Il manque de données pertinentes pour qu’on puisse démontrer que l’aire de répartition du M. keenii se limite aux vieilles forêts côtières, mais c’est surtout dans ces habitats qu’on le capture et on sait qu’il s’alimente sous le couvert forestier des peuplements de ce type. Plusieurs études démontrent que, si certaines espèces de chauves-souris peuvent chercher leur nourriture à l’orée des parterres de coupe (Grindal, 1996), peu d’entre elles s’aventurent dans les coupes à blanc ou dans la forêt dense de seconde venue qui leur succède (Thomas, 1988; Parker et al., 1996; Humes et al., 1999; Ericksen et West, 2003). Les chauves-souris qui gîtent dans les arbres dépendent aussi fortement des vieilles forêts, qui leur fournissent le type de gîtes dont elles ont besoin (Kellner, 1999; Grindal, 1998, 1999). On ne sait pas encore dans quelle mesure un parterre de coupe pourrait constituer une barrière pour les chauves-souris forestières, mais les pratiques de coupe actuelles causent peut-être une fragmentation importante de l’habitat. On peut donc craindre la perte d’habitats, puisque les vieilles forêts côtières continuent de faire l’objet de coupes forestières. À Haida Gwaii, par exemple, près de 60 p. 100 des vieux peuplements disponibles pour l’industrie forestière ont été éliminés (Gowgaia Institute, 2002), et on continue de pratiquer la coupe forestière dans ce qui reste.

Perturbations

Dans l’île de Vancouver, les cavernes associées aux paysages karstiques servent lors de l’essaimage et sont utilisées comme hibernacles; on a d’ailleurs confirmé la présence de M. keenii dans huit de ces cavernes. Comme la période d’hibernation s’étend d’octobre à la mi-mai et que les chauves-souris s’assemblent en essaim d’août à septembre (Mather et al., 2000), les M. keenii fréquentent donc ces cavernes près de dix mois sur douze. Les chauves-souris en hibernation sont particulièrement vulnérables aux perturbations et une brève visite par des humains suffit à les éveiller, même sans perturbation physique (Thomas, 1995). Les réveils hivernaux coûtent cher en énergie : à chaque réveil, l’animal brûle la même quantité de graisse qu’en 68 jours de torpeur (Thomas et al., 1990). Les perturbations à l’entrée de la caverne peuvent également nuire aux chauves-souris en essaimage.

Les activités de spéléologie récréative et d’exploitation forestière constituent des perturbations potentielles pour les chauves-souris qui fréquentent ces cavernes. Les spéléologues dérangent les chauves-souris en visitant les cavernes pendant la période d’hibernation; la popularité grandissante de la spéléologie pourrait en faire un facteur important pour la survie hivernale des chauves-souris. Bien que les activités d’exploitation forestière aux abords de l’entrée d’une caverne ne semblent pas en modifier le microclimat (Davis et al., 2000a), des débris de coupe peuvent s’accumuler à l’entrée de la caverne et en bloquer l’accès. Les effets du dynamitage et des autres activités associées à la construction de routes forestières demeurent inconnus, mais les impacts sismiques et les autres bruits risquent de perturber les chauves-souris hibernantes.

La seule colonie de maternité connue à Gandl K’in Gwaayaay est située à moins de 50 m, et dans certains cas à moins de 10 m de bassins de baignade fréquemment utilisés par les visiteurs. On a toutefois inventorié les emplacements des gîtes et mis en œuvre des mesures pour réduire au minimum les perturbations causées par les activités des visiteurs.

Prédation

Le fait que le M. keenii vole et gîte près du sol le rend vulnérable à la prédation par les chats. Il est difficile de quantifier cette prédation, mais au moins trois individus ont été tués de cette façon rien qu’à Sandspit (Burles, données inédites) et plusieurs spécimens de musée provenant d’autres parties de l’aire de répartition ont aussi été tués par des chats.

Comme il gîte fréquemment dans des falaises ou des cavernes, le M. keenii peut être vulnérable à des prédateurs comme les petits rongeurs et le raton laveur, qui sont capables d’entrer dans les gîtes ou d’y glisser la patte. Il faut souligner la présence de souris (Peromyscus spp.), connues comme prédateurs des chauves-souris en hibernation, dans les cavernes du parc Weymer Creek; cependant, personne n’a étudié leur impact sur les chauves-souris qui hibernent dans ces cavernes. La souris de Keen est présente à Gandl K’in Gwaayaay très près des gîtes, mais son impact sur la colonie de maternité est aussi inconnu.

À Haida Gwaii, où la faune indigène est pauvre, les mammifères introduits sont devenus des prédateurs importants. On a documenté la prédation de ratons laveurs sur des oiseaux de mer (Hartman, 1993; Golumbia, 2000) et, comme le chat, le raton laveur est peut-être capable de capturer des M. keenii en quête de nourriture. Il a aussi été établi que les rats (Rattus rattus, Rattus norvegicus) et l’écureuil roux (Tamiasciurus hudsonicus) sont des prédateurs d’oiseaux de mer et d’oiseaux chanteurs (Harfenist, 1994; Martin et al., 1994; Martin et al., 2001); l’introduction éventuelle de l’un de ces prédateurs à Gandl K’in Gwaayaay pourrait avoir un effet dévastateur sur la colonie qui s’y trouve.

Pour évaluer la situation du M. keenii, il faut garder à l’esprit les questions suivantes, qui demeurent sans réponse :

  1. Quelle est la relation taxinomique entre le M. keenii et le M. evotis?
  2. Le M. keenii est-il vraiment rare ou est-il simplement difficile à capturer dans des filets japonais ou des pièges-harpes?
  3. Où hiberne la majorité de la population?
  4. Quels habitats sont essentiels pour ce qui est de l’alimentation et des gîtes d’été?
  5. Cet animal dépend-il fortement des vieilles forêts?
  6. Quelles sont les menaces immédiates pesant sur les hibernacles et les habitats d’alimentation?