Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'héliotin d'Aweme (Schinia avemensis) au Canada

Biologie

Cycle vital et reproduction

Il y a peu de données sur le cycle vital de l’héliotin d’Aweme. Comme tous les Lépidoptères, il connaît une métamorphose complète, passant par les stades d’œuf, de chenille, de chrysalide et d’imago (adulte). L’espèce est univoltine (une génération ou un cycle par année); des adultes ont été recueillis au Canada dans la période estivale s’étendant du 10 juillet au 20 août (tableau 1). On a observé en 2004 au parc provincial Spruce Woods que les adultes ont émergé au moment où les premiers hélianthes des prairies (plante hôte) fleurissaient, et la période de vol s’est terminée tandis que les hélianthes étaient encore en pleine floraison (26 août) (G. Anweiler, données inédites, 2004).

Toutes les espèces de Schina étudiées par Hardwick (1996) pondent leurs œufs dans le capitule en fleur de la plante hôte ou sur lui. L’ovipositeur de l’héliotin d’Aweme présente les lobes modifiés durs semblables à des lames qu’on trouve chez les espèces qui introduisent leurs œufs vers le bas dans les fleurs du capitule des Composées. Hardwick (1996) affirme catégoriquement qu’au Manitoba, les chenilles du Schinia avemensis s’alimentent dans les capitules de l’Helianthus petiolaris, sans plus de détails.

Les œufs des Schinia éclosent en quelques jours, et les chenilles s’alimentent à la surface ou à l’intérieur du capitule en fleur, sur les pièces florales et, dans certains cas, sur les graines en développement de la plante hôte. Les jeunes chenilles de certaines espèces ont des habitudes alimentaires très spécialisées, choisissant un élément particulier de la structure florale, comme les anthères ou le réceptacle. Les espèces qui s’alimentent sur les Composées le font habituellement d’abord à l’intérieur des tubes des corolles. Les chenilles des Schina bouclent leur développement relativement rapidement (en deux à quatre semaines, selon les espèces). On a observé que les espèces qui s’alimentent sur les plantes annuelles (comme l’héliotin d’Aweme) se développent plus rapidement que celles qui s’alimentent sur des vivaces, dans certains cas en moins de 14 jours (Hardwick, 1996).

Une fois son développement terminé, la chenille quitte la plante, s’enfouit dans le sol et forme une loge dans laquelle elle se chrysalide. L’insecte demeure à l’état de chrysalide durant l’hiver et le printemps, et, dans l’été, l’adulte émerge pour s’accoupler et se reproduire quand la plante hôte entre en floraison (Hardwick, 1996). Certaines espèces de Schinia peuvent demeurer à l’état de chrysalide plus d’un an, ce qui constitue une adaptation à la vie en milieu xérique, où les conditions peuvent ne pas permettre à la plante hôte de fleurir chaque année (Hardwick, 1996).

Il semble que tous les Héliothinés adultes vivent peu de temps; dans des élevages en laboratoire, aucun n’a vécu plus d’une semaine (Hardwick, 1996). Il n’existe apparemment pas d’espèce étroitement apparentée à l’héliotin d’Aweme, et l’hybridation, peu probable, n’a jamais été observée.

Herbivores/prédateurs

Il n’y a pas de données relatives aux herbivores et aux prédateurs portant spécifiquement sur l’héliotin d’Aweme. Les observations suivantes, tirées de Hardwick (1996), ont trait à la sous-famille des Héliothinés en général.

Durant les premiers stades larvaires, le cannibalisme tant interspécifique qu’intraspécifique est commun chez les espèces de Schinia qui s’alimentent sur les Composées. 

Les chenilles de différentes espèces de Schinia ont développé certains comportements pour éviter les parasites et les prédateurs : elles peuvent par exemple quitter la plante hôte pour passer la journée dans une loge créée par elles à la surface du sol, ou ramener les rayons du capitule sur le disque et les lier avec de la soie pour former un abri couvert. La forme et la couleur des chenilles de nombre d’espèces leur permettent d’être bien camouflées quand elles sont immobiles sur la plante hôte. Les espèces ont développé des comportements spécifiques quant aux parties de la plante hôte sur lesquelles elles se reposent, de façon à être le moins visibles possible : certaines espèces s’enroulent autour de la base du réceptacle du capitule tandis que d’autres se tiennent droites le long de la tige (Hardwick, 1996).

L’héliotin d’Aweme est sans doute sujet à la prédation et au parasitisme par divers oiseaux, guêpes et autres animaux à tous ses stades de développement, comme la plupart des Lépidoptères, mais on ne dispose pas de données spécifiques à ce sujet.

Le broutage de la plante hôte par des ongulés tant sauvages que domestiqués peut détruire aussi bien les plantes hôtes que les chenilles que ces dernières peuvent abriter. Le capitule en fleur de l’hélianthe des prairies est volontiers consommée par les ongulés sauvages et domestiqués, de sorte qu’il peut y avoir localement de fortes mortalités de chenilles dans certaines conditions, comme durant les périodes de sécheresse où il y a peu d’autres plantes plus désirables ou quand le cheptel est trop abondant ou confiné dans des secteurs restreints, d’où un surpâturage (http://www.npwrc.usgs.gov/resource/literatr/wildflwr/species/helipeti.htm).

Physiologie

Il n’existe pas de données portant spécifiquement sur la physiologie de l’héliotin d’Aweme.

On sait que certaines espèces de Schinia s’alimentant sur des fleurs sont physiologiquement adaptées de façon à terminer leur diapause nymphale au moment où leur plante hôte entre en floraison. Chez certaines espèces, la diapause à l’état de chrysalide peut durer plusieurs années, jusqu’à ce que les conditions redeviennent favorables à la floraison de la plante hôte. Cette adaptation est souvent observée chez les espèces désertiques, où ce sont des pluies rares ou irrégulières qui déclenchent la floraison des plantes hôtes (Hardwick, 1996).

Déplacements et dispersion

L’héliotin d’Aweme a rarement, voire jamais, été observé ailleurs que très près de colonies de sa plante hôte. Cependant, étant donné que les adultes sont petits et ont un vol rapide, ils pourraient être difficiles à voir et à identifier, sauf quand ils s’alimentent de nectar ou se reposent.

Bon nombre de papillons du genre Schinia, bons voiliers et bons colonisateurs, colonisent facilement des milieux se trouvant à un stade de transition dans la succession végétale ou composent sans difficulté avec des plantes qui ne fleurissent pas chaque année. Ils atteignent souvent de fortes densités et peuvent coloniser de petites colonies de plantes qui leur conviennent quand il s’en trouve dans les environs. Les adultes peuvent vagabonder, mais ils demeurent très près de la plante hôte des chenilles (Schweitzer, 2001 in NatureServe, 2004).

Aucun déplacement ou aucune dispersion régulière chez l’héliotin d’Aweme n’ont été observés.

Relations interspécifiques

Il semble que la seule plante hôte de l’héliotin d’Aweme soit une espèce d’hélianthe annuelle indigène. Par ailleurs, les observations de terrain faites dans les colonies de l’Alberta et du Manitoba ainsi qu’à un endroit au Colorado indiquent que l’herbe-squelette commune est la principale source de nectar pour les adultes (G. Anweiler, données inédites; B.C. Schmidt, comm. pers., 2004.; C. Harp, comm. pers., 2004).

Adaptabilité

On a observé que chez le genre Schinia, et en particulier chez les espèces désertiques s’alimentant sur les fleurs de Composées, la diapause nymphale peut durer plusieurs années, ce qui constitue une adaptation à un environnement où les cycles saisonniers de pluie et de floraison peuvent être imprévisibles (Hardwick, 1996).

Comme la plupart des Schina semblent relativement faciles à élever en laboratoire (Hardwick, 1996), il serait possible d’élever en captivité des héliotins d’Aweme en vue de les lâcher en milieu naturel, si cela se révélait souhaitable.