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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'héliotin d'Aweme (Schinia avemensis) au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Au cours des 75 dernières années, il n’y a eu aucune mention consignée de l’héliotin d’Aweme pour la région d’Aweme (dunes de Brandon [Brandon Sandhills]). L’espèce a été décrite à partir de spécimens capturés à cet endroit vers 1930 par Norman Criddle, résident de la région. Depuis lors, la seule mention consignée d’héliotin d’Aweme pour le Manitoba est celle de quatre spécimens capturés dans les collines Bald Head (= dunes Spirit), au nord de Glenboro, en juillet et août 1958 (annexe 1). Cependant, durant leurs recherches effectuées les 27 et 28 juillet 2004 dans les dunes Spirit, sises dans le parc provincial Spruce Woods, J. Troubridge et J.D. Lafontaine ont découvert des héliotins d’Aweme sur des fleurs et des feuilles d’hélianthes des prairies près du versant dunaire actif, tôt le matin (J. Troubridge, comm. pers., 2004).

Pratiquement toutes les dunes actives des dunes de Brandon se trouvent aujourd’hui dans le secteur des dunes Spirit du parc provincial Spruce Woods(David, 1977; Wolfe, 2001). Gary Anweiler a visité la région des dunes Spirit le 28 juillet 2004. Il a parcouru toute la bordure du secteur des dunes Spirit dans le parc à la recherche d’héliotins et de colonies de la plante hôte de l’espèce, ainsi que toutes les zones dégagées de sable mobile dans les dunes. Il y avait des colonies d’hélianthe des prairies un peu partout dans les dunes, mais les fleurs étaient encore toutes en bouton en raison d’une saison de croissance tardive, et aucun héliotin n’a été vu. Anweiler est retourné dans le secteur le 4 août et a recherché l’espèce aux mêmes endroits. Cette fois, la floraison des hélianthes était commencée (proportion de plantes en fleur estimée à 0,25 p. 100) et des héliotins adultes étaient présents, s’accouplaient et visitaient des fleurs pour s’alimenter de nectar. Bien qu’il y avait des colonies éparses de la plante hôte dans une bonne partie du secteur, les héliotins n’ont été observés que dans un ensemble de colonies d’hélianthe adjacentes près du versant dunaire actif. Quand le secteur a été revisité les 26 et 27 août 2004, les hélianthes des prairies étaient en pleine floraison, mais aucun héliotin n’a été observé, la saison de vol paraissant alors terminée (G. Anweiler, données inédites).

Du 28 juillet au 4 août, les routes sillonnant le reste des dunes de Brandon, les dunes du lac Oak et les dunes de Lauder (Lauder Sandhills) ont été parcourues en automobile à la recherche de terrains favorables à l’héliotin d’Aweme (dunes dégagées et importants creux de déflation) avec colonies d’hélianthe des prairies. Aucun milieu propice n’a été relevé, et ces secteurs semblaient peu susceptibles d’abriter des colonies d’héliotins (G. Anweiler, données inédites).

Bien qu’aucun héliotin d’Aweme n’ait été rapporté ailleurs au Canada que dans la région des dunes de Brandon avant les recherches sur le terrain réalisées en 2004, on sait qu’il y a des milieux favorables à l’espèce (dunes actives avec colonies de sa plante hôte) plus étendus dans le sud-ouest de la Saskatchewan et près de là en Alberta. La possibilité que l’héliotin d’Aweme soit présent dans d’autres dunes dans le sud des provinces des Prairies avait été soulignée par Hardwick (1996). À la fin de juillet 2004, Anweiler a recherché des héliotins d’Aweme et des milieux favorables à l’espèce dans plusieurs sites dunaires prometteurs le long de la route Yellowhead, et a parcouru les dunes sises à l’extrémité est du lac Good Spirit à la recherche d’héliotins et de colonies d’hélianthe des prairies (tableau 1). En outre, le 6 août 2004, une série de grandes dunes dégagées du secteur nord des dunes Great, au sud de la région de Sceptre et Prelate, de même qu’une série de plus petites dunes dégagées sises au nord de la ville de Burstall ont été parcourues. Seul un vieux spécimen de papillon femellea été trouvé au site de Burstall (annexe 1).

Aucun relevé visant spécifiquement l’héliotin d’Aweme n’a été réalisé en Alberta. Cependant, le 29 juillet 2004, en travaillant à autre chose, Chris Schmidt a trouvé une colonie assez importante d’héliotin d’Aweme dans un petit secteur de creux de déflation dans des sables mobiles au bord de la rivière Red Deer, au nord de Bindloss(B.C. Schmidt, comm. pers., 2004). En juillet 2005, Anweiler a trouvé une deuxième colonie, dans les dunes du lac Pakowki, lui aussi en travaillant à autre chose (Anweiler, observation inédite).

La figure 8 indique les endroits où ont été effectuées des recherches visant l’héliotin d’Aweme et l’habitat propice à l’espèce en 2004 et 2005, et le tableau 1 présente les résultats de ces recherches.

La majeure partie de l’habitat le plus grand et offrant le meilleur potentiel pour l’héliotin d’Aweme a fait l’objet de recherches. D’autres petites parcelles d’habitat potentiel sont dispersées à l’échelle des prairies du sud, mais n’ont pas fait l’objet de recherches récemment pour cette espèce en particulier. En conséquence, il est plausible qu’un nombre limité de sites additionnels renfermant l’héliotin d’Aweme soit trouvé si les recherches dirigées sont menées sur ces sites n’ayant pas encore fait l’objet de relevés. Tous les sites additionnels seront petits et seront également en déclin.

Figure 8. Endroits où l’héliotin d’Aweme a été recherché en 2004 et 2005

Figure 8. Endroits où l’héliotin d’Aweme a été recherché en 2004 et 2005
NuméroEndroitDateHeures de recherche*ObservationsObservateur
1Au nord de Chavin, Alberta29-07-04
10
aucun S. avemensisSchmidt
2Au sud-ouest de North Battleford, Saskatchewan26-07-04
1
aucun S. avemensis ni hôteAnweiler
3Borden Bridge, Saskatchewan26-07-04
0,5
aucun S. avemensis ni hôteAnweiler
4Lac Good Spirit, Saskatchewan27-07-04
6
aucun S. avemensis ni hôteAnweiler
5Certaines des dunes de Brandon, et dunes du lac Oak et de Lauder, Manitoba30-07-04
12
aucun S. avemensis, présence éparse de l’hôteAnweiler
6Dunes Spirit, Manitoba29-07-04
04-08-04
12
S. avemensis et hôte présentsAnweiler
7Dunes Great, au sud de Prelate, Saskatchewan06-08-04
8
aucun S. avemensis ni hôteAnweiler
8Dunes de Burstall, Saskatchewan06-08-04
2
S. avemensis et hôte présentsAnweiler
9Rivière Red Deer, au nord de Bindloss, Alberta29-07-04
3
S. avemensis et hôte présentsSchmidt
10Dunes du lac Pakowki, Alberta21-07-05
4
S. avemensis et hôte présentsAnweiler

Abondance

Il n’existe pas de données quantitatives sur la taille des populations d’héliotin d’Aweme. On devra effectuer des travaux de terrain pour déterminer quelle quantité de milieu propice pourrait abriter des populations de l’espèce, quelle proportion du milieu est occupée dans les secteurs où des colonies ont été trouvées et le nombre d’héliotins dans les colonies sur une période de plus d’un an. Il est difficile de bien évaluer les effectifs, même dans les milieux occupés, à cause de la petite taille et de la mobilité des adultes ainsi que des changements dans les effectifs durant la période d’émergence des adultes et d’année en année. On sait que les effectifs varient grandement d’une année à l’autre en raison des conditions météorologiques et d’autres facteurs (Pohl et al., 2004).

La superficie occupée aux dunes Spirit (Manitoba) est assez petite, l’estimation pour 2004 ayant été d’environ 50 ha, et les secteurs occupés comptaient un assez grand nombre de papillons. Bien qu’il soit difficile d’estimer les effectifs de ce petit papillon très actif au vol rapide réparti sur des parcelles dans le milieu disponible, on peut raisonnablement avancer que le nombre d’adultes à cet endroit se situait en 2004 entre 10 et 50 individus par hectare, ce qui correspond à de 50 à 5 000 adultes (G. Anweiler, données inédites). On doit toutefois souligner qu’il s’agit là d’une estimation fondée sur les observations non systématiques d’un seul observateur, expérimenté, et non sur des données précises.

En Saskatchewan, l’observation de la femelle unique au site de Burstall était inattendue; il pourrait s’agir d’un individu colonisateur issu d’un site sis à un autre endroit encore à découvrir. Par ailleurs, bien que la superficie de dunes à la colonie de Bindloss (Alberta) soit estimée à environ 50 ha, les papillons n’y occupaient que le centre de deux creux de déflation dans des sables mobiles au sein de ces dunes, soit une superficie bien inférieure à ces 50 ha. On peut raisonnablement penser que ce site comptait entre 100 et 500 adultes en 2004 (C. Schmidt, comm. pers., 2004). Aux dunes du lac Pakowki, peu d’hélianthes étaient en fleur au moment du relevé, et après observation de l’ensemble des fleurs dans le plus grand complexe dunaire, le compte total d’héliotins a été de 15 individus. Cependant, l’émergence des adultes ne faisait que commencer, de sorte que le nombre de papillons observés ne représentait probablement qu’une fraction de la population totale du site. On peut raisonnablement penser que l’effectif y était comparable à celui du site des dunes de Burstall, de superficie similaire, soit de 100 à 500 individus.

Fluctuations et tendances

On dispose de trop peu de données pour pouvoir établir les tendances quantitatives des populations, mais on peut se faire une certaine idée de la tendance générale. Premièrement, l’espèce est présente au site du Manitoba depuis au moins 100 ans, et elle est également présente dans le sud-est de l’Alberta depuis au moins 1939. Avant 2004, la colonie manitobaine était la seule connue au Canada. On sait maintenant que l’héliotin d’Aweme est plus répandu dans le sud des provinces des Prairies. Deuxièmement, seule une fraction des dunes actives présentes il y a un siècle existe encore. Bien qu’il semble que ce déclin des dunes actives ait ralenti (David, 1977), à moins de changements climatiques majeurs, il devrait se poursuivre. Ce déclin étendu de l’habitat de dunes actives de l’héliotin d’Aweme au cours des 100 dernières années ou plus s’est sans doute accompagné d’une réduction de la taille et du nombre des populations de l’espèce durant cette période.

Effet d’une immigration de source externe

Les 750 km qui séparent les deux populations canadiennes d’héliotin d’Aweme, situées le long de la partie sud de la frontière entre l’Alberta et la Saskatchewan et dans le sud-ouest du Manitoba (figure 2), renferment peu de milieux propices à l’espèce, l’échange d’individus entre ces populations s’en trouvant probablement impossible.

On ne connaît que trois sites de l’espèce (constituant deux populations) à l’extérieur du Canada, tous au Colorado, à environ 1 200 km au sud (figure 2). Par conséquent, la probabilité que des individus du Colorado s’établissent au Canada est, elle aussi, essentiellement nulle. De plus, les individus du Colorado pourraient peut-être survivre au Canada, mais leurs importantes différences phénotypiques (plus grande taille et coloration plus foncée) laissent toutefois penser qu’ils pourraient être adaptés à des conditions différentes.