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Programme de rétablissement de la Paruline orangée au Canada [Proposition] 2007

1.     Contexte

1.1       Évaluation de l’espèce par le COSEPAC

Date de l’évaluation : Mai 2000

Nom commun : Paruline orangée

Nom scientifique : Protonotaria citrea

Statut selon le COSEPAC : En voie de disparition

Justification de la désignation : Cette espèce fait face à un déclin important dans toute son aire de répartition, surtout en raison de la perte et de la détérioration de l’habitat. L’espèce a connu un déclin radical en Ontario, où l’on estime qu’il n’existe actuellement que treize couples répartis sur deux sites.

Présence au Canada : ON

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « préoccupante » en avril 1984. Réexamen du statut : l'espèce a été désignée « en voie de disparition » en avril 1996. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation existant.


1.2    Description

La Paruline orangée est l’un des plus éblouissants oiseaux chanteurs de l’Amérique du Nord. Les mâles et les femelles se ressemblent, mais le plumage des mâles est beaucoup plus éclatant. Dans les deux cas, la tête et la poitrine sont jaune doré, le dos est vert olive, les ailes et la queue sont bleu azur. La Paruline orangée n’a pas de barre alaire, mais elle arbore des taches blanches très visibles sur la queue. Bien qu’elle soit plutôt grosse pour une paruline, la Paruline orangée est tout de même un petit oiseau : elle pèse environ 14 g et mesure environ 14 cm en longueur. Le mâle entonne énergiquement son chant territorial, un « tsouit-tsouit-tsouit-tsouit » fort et retentissant, qu’il émet par groupes de quatre à six syllabes.

1.3    Populations et répartition

La population continentale de la Paruline orangée est estimée à environ 900 000 couples[1] (Rich et al., 2004), dont plus de 99 % résident aux États-Unis. À l’échelle mondiale et aux États-Unis, l’espèce est considérée comme étant non en péril (NatureServe, 2006), mais s’est vue attribuer des cotes de conservation infranationales allant de gravement en péril à non en péril (tableau 1). Selon le Relevé des oiseaux nicheurs (Sauer et al., 2005), la population continentale a connu un important déclin de 1,5 % par année en moyenne entre 1966 et 2004 (environ 44 % en tout).

Moins de 1 % de la population mondiale de Parulines orangées se trouve au Canada. La population canadienne est cotée entre gravement en péril et en péril (NatureServe, 2006). À l’heure actuelle, il y a moins de 20 couples au Canada, ce qui représente une baisse par rapport à la quarantaine de couples observée au milieu des années 1980.

Tableau 1.  Cotes de conservation infranationales (cotes S) aux États-Unis et au Canada pour la Paruline orangée (NatureServe, 2006)
PaysCotes de conservation infranationales
États-UnisAlabama (S5B), Arizona (S1M), Arkansas (S4B), Caroline du Nord (S5B), Caroline du Sud (S3B), Colorado (SNA), Connecticut (SNA), Dakota du Sud (SNA), Delaware (S4B), District de Columbia (S1B), Floride (SNRB), Géorgie (S5), Illinois (S5), Indiana (S4B), Iowa (S3B,S3N), Kansas (S3B), Kentucky (S5B), Louisiane (S5B), Maryland (S4B), Massachusetts (S3), Michigan (S3), Minnesota (SNRB), Mississippi (S5B), Missouri (S4), Nebraska (S2), New Jersey (S4B), New York (S2), Nouveau-Mexique (S4N), Ohio (S3), Oklahoma (S4B), Pennsylvanie (S2S3B), Rhode Island (S1B,S1N), Tennessee (S4), Texas (S3B), Virginie (S4), Virginie-Occidentale (S2B), Wisconsin (S3B)
CanadaOntario (S1S2B)

S1 – gravement en péril; S2 – en péril; S1S2 – gravement en péril à en péril; S2S3 – en péril à vulnérable; S3 – vulnérable; S4 – apparemment non en péril; S5 – non en péril; SNR – non cotée; B – population reproductrice; N – population non reproductrice; M – population migratrice ou de passage; SNA – aucune cote de conservation applicable car l’espèce n’est pas considérée comme une cible convenable pour des activités de conservation.

La Paruline orangée se reproduit dans tout l’est des États-Unis et, vers le nord, jusque dans le sud-ouest de l’Ontario (figure 1). L’espèce est le plus abondante dans le sud-est des États-Unis et le long du fleuve Mississippi. Son aire de répartition hivernale va du sud du Mexique jusqu’au nord de l’Amérique du Sud en passant par l’Amérique centrale. Elle se concentre notamment dans le nord du Venezuela, en Colombie (Bent, 1953; Lefebvre et al., 1992, 1994) et sur les côtes du Panama (Lefebvre et Poulin, 1996). Cependant, aucun relevé quantitatif majeur des populations hivernantes n’a été mené dans les différentes régions.

Aire de reproduction et aire d'hivernage de la Paruline orangée

Figure 1.    Aire de reproduction et aire d’hivernage de la Paruline orangée

[1] Rich et al. (2004) ont établi leur estimation continentale à partir d’observations faites en bordure des routes et non à partir de relevés dans l’habitat convenable. Il peut donc s’agir d’une surestimation.

Puisque le sud-ouest de l’Ontario constitue la limite septentrionale de son aire de répartition, la Paruline orangée occupe principalement des sites qui se trouvent sur la rive du lac Érié ou près de celle-ci (p. ex. Holiday Beach, île Pelée, parc national de la Pointe-Pelée, parc provincial Wheatley, parc provincial Rondeau, Long Point et anciennement Point Abino; figure 2). Les oiseaux ont niché régulièrement dans un site sur la rive du lac Ontario (Hamilton) et aussi, mais rarement, dans un autre site sur la rive du lac Huron (parc provincial Pinery). La Paruline orangée niche également à l’occasion dans certains sites intérieurs du sud-ouest de l’Ontario. Autrefois, l’espèce nichait à Turkey Point, près de London (à Lobo), et près d’Orwell et de Copenhagen.

Occurences de reproduction actuelles et historiques de la Paruline orangée au Canada

Figure 2.         Occurrences de reproduction actuelles et historiques de la Paruline orangée au Canada

1.4    Description des besoins de l’espèce

1.4.1   Besoins biologiques, besoins en matière d’habitat, rôle écologique et facteurs limitatifs

La Paruline orangée arrive en Ontario en provenance de ses aires d’hivernage au cours de la première semaine du mois de mai. Les femelles arrivent généralement environ deux semaines après les mâles, et les oiseaux plus âgés des deux sexes précèdent habituellement les jeunes oiseaux. Toute la population adulte a normalement atteint son aire de reproduction dès la première semaine de juin. Lorsque les femelles arrivent, les mâles ont déjà établi leur territoire et ont commencé à sélectionner des sites de nidification potentiels que pourront inspecter les femelles. La Paruline orangée est la seule paruline de l’est de l’Amérique du Nord à construire son nid dans des cavités d’arbres. La Paruline orangée est un occupant secondaire des cavités, ce qui signifie qu’au lieu d’en creuser pour elle-même, elle cherche des cavités naturelles ou des cavités qui ont été creusées par des occupants primaires – des mésanges (Poecile spp.) ou des Pics mineurs (Picoides pubescens) la plupart du temps. Les mâles construisent souvent un ou plusieurs nids incomplets (Bent, 1953; Petit, 1989; Blem et Blem, 1992). Ces nids incomplets sont des nids non fonctionnels dont la quantité et la qualité peuvent avoir une grande incidence sur la formation des couples (Petit, 1999). Les femelles choisissent souvent un de ces nids pour le compléter, mais peuvent également décider de construire elles-mêmes un tout nouveau nid. Les couvées comptent généralement six œufs, mais souvent huit, et les femelles pondent seulement un œuf par jour. La femelle couve seule les œufs pendant environ 12 jours, et le mâle lui apporte de la nourriture pendant ce temps. Les deux parents nourrissent les oisillons pendant quelque 10 à 12 jours. Lors de leur premier vol, en tentant d’atteindre l’arbuste le plus proche, les oisillons risquent de se noyer dans l’eau qui se trouve généralement sous le nid. Pendant la saison de reproduction, les adultes et les juvéniles sont tributaires d’une grande variété d’insectes et de mollusques (escargots). Ils se nourrissent surtout de larves de papillons diurnes et nocturnes, de mouches, de coléoptères, d’araignées et d’éphémères communes (Petit, 1999). À la mi-août, presque tous les oiseaux ont amorcé leur migration vers leur aire d’hivernage.

La disponibilité des sites de nidification est un facteur limitatif connu pour cette espèce. Au Canada, la Paruline orangée n’est pas un important compétiteur pour l’occupation des sites de nidification dans les cavités. En raison de la très petite taille de sa population au Canada, cette espèce ne joue probablement pas un rôle écologique majeur au pays. Les paragraphes suivants décrivent en détail les caractéristiques de l’habitat de l’espèce.

Présence d’eau stagnante ou à écoulement lent – De manière générale, les territoires sont presque entièrement couverts d’eau stagnante (p. ex. bassins ouverts permanents ou semi-permanents dans les forêts marécageuses situées le long des rives des Grands Lacs) ou à écoulement lent (p. ex. de larges ruisseaux sylvestres aux eaux tempérées et à écoulement lent qui se déversent dans les Grands Lacs). Pendant la saison de nidification, la profondeur optimale de l’eau à proximité des nids se situe entre 0,5 et 1,5 m. L’eau couvre entre 70 et 100 % des territoires, et les plans d’eau peuvent s’étendre sur 1 ha ou plus. L’espèce occupe également des sites contenant de plus petits bassins s’ils incluent plusieurs bassins très rapprochés. Les nids sont presque toujours situés au-dessus d’un plan d’eau stagnante ou à moins de 5 m d’un tel plan, ou sur des terres basses facilement inondées (Petit, 1999). Les territoires les plus productifs sont inondés en permanence, mais la Paruline orangée peut tout de même nicher dans des mares vaseuses saisonnières qui peuvent s’assécher entièrement au milieu ou à la fin de l’été. Il est cependant important que le couvert d’eau soit maintenu du mois de mai à la mi-juin.

Forêt marécageuse– En Ontario, la Paruline orangée fréquente les forêts marécageuses caducifoliées matures et semi-matures, ainsi que les plaines inondables riveraines. L’érable argenté (Acer saccharinum), le frêne (Fraxinus spp.), le bouleau jaune (Betula alleghaniensis) et le saule (Salix spp.) dominent généralement le couvert végétal (McCracken et Dobbyn, 1997). L’étendue du couvert forestier dépend de la profondeur de l’eau et de la durée de l’inondation, mais représente généralement entre 20 et 90 % de la superficie des sites -- un peu plus de 50 % en moyenne -- et est assez vaste pour limiter la croissance d’un sous-étage herbacé et arbustif. Les sites de nidification sont habituellement à l’ombre pendant au moins une partie de la journée (Blem et Blem, 1991, 1992; Best et Fondrk, 1995). L’étage arbustif de la forêt marécageuse est habituellement peu développé en raison du manque de lumière et de la profondeur de l’eau, bien qu’il y ait généralement des buissons ou des arbrisseaux à proximité immédiate des nids. Dans les habitats plus ouverts et en eau plus profonde, c’est souvent le céphalanthe occidental (Cephalanthus occidentalis) mature qui domine. La présence de buissons ou d’arbrisseaux à quelques mètres du nid offre un refuge immédiat aux jeunes à l’envol.

La Paruline orangée évite généralement les marécages ouverts portant une importante végétation herbacée émergente. Sur les territoires occupés par l’espèce, on trouve fréquemment, par endroits, des touffes éparses de massettes (Typha sp.), de roseaux communs (Phragmites australis), de graminées et de carex, mais ces espèces ne sont habituellement pas dominantes, surtout au début de la saison de nidification (du mois de mai jusqu’à la mi-juin). La végétation émergente qui croît autour des sites de nidification est le plus souvent éparse (la présence d’une masse d’eau ouverte est généralement une caractéristique dominante).

Superficie de la forêt :On connaît peu de choses sur l’incidence de la taille de la forêt ou de sa fragmentation sur la Paruline orangée, qui est décrite comme une espèce sensible à la superficie par Keller et al. (1993), Petit (1999) et Thompson et al. (1993), mais non par Robbins et al. (1989) ni par Hodges et Krementz (1996). Dans les forêts riveraines du sud-est des États-Unis, les populations de Parulines orangées et d’autres oiseaux des milieux humides forestiers peuvent probablement être conservées si un corridor d’habitat convenable d’une largeur de 100 m est protégé (Hodges et Krementz, 1996). Kilgo et al. (1998) estiment pour leur part que les probabilités d’occurrences de la Paruline orangée sont plus élevées dans les forêts d’au moins 500 m de largeur. Au Canada, presque tous les sites de reproduction connus se trouvent dans des parcelles de forêt d’au moins 25 ha.

Arbres morts, ou mourants, dotés de cavités – Tel que mentionné précédemment, la Paruline orangée adopte des cavités qui se trouvent presque toujours directement au-dessus de l’eau. Il semble que chaque territoire doive abriter plusieurs cavités convenables de façon à fournir des sites pour les nids fonctionnels ainsi que pour le ou les nids incomplets. Le nombre de cavités à moins de 25 m d’un nid varie grandement, soit de un à dix (moyenne = 2,3; McCracken et Dobbyn, 1997). Les cavités occupées sont petites et peu profondes (elles ont un volume d’environ 1 à 1,5 L) et se trouvent entre 0,5 et 2,5 m au-dessus de la surface de l’eau.

Les Parulines orangées adoptent d’emblée et préfèrent peut-être même les nichoirs (p. ex. boîtes de bois) spécialement conçus pour elles (voir notamment Best et Fondrk, 1995; McCracken et Wood, 2005). Des nids de Parulines orangées ont occasionnellement été observés à des endroits plutôt inhabituels, comme une boîte métallique à café, une boîte de conserve, un bocal en verre, un ancien nid de frelons et une boîte aux lettres (Bent, 1953).

Disponibilité de matériaux pour le nid – La Paruline orangée utilise des mousses vertes et des feuilles mortes, de même que de fines radicelles, des lichens et des graminées pour construire les nids, incomplets et fonctionnels, et pour en tapisser l’intérieur. L’oiseau préfère de loin les habitats qui regorgent de mousses. Ces dernières sont généralement plus abondantes dans les marécages inondés depuis longtemps, plus particulièrement là où le couvert forestier crée suffisamment d’ombre pour permettre leur croissance. Les mousses sont considérées comme un facteur limitatif, mais on ne sait pas si la Paruline orangée a une préférence pour une espèce en particulier.

Habitat après l’envol– Aucune étude n’a été publiée sur les besoins en matière d’habitat des jeunes oiseaux après qu’ils aient quitté le nid. Néanmoins, on a observé que les jeunes oiseaux se répartissent sur de grandes étendues et qu’ils occupent souvent la strate supérieure du couvert forestier, à 300 m ou plus du nid pendant au moins un mois, et ce, sans égard à la présence d’eau stagnante (J.D. McCracken, obs. pers.). Ainsi, une fois que les juvéniles ont quitté le nid, l’espèce peut occuper tous les secteurs d’une forêt, y compris les portions sèches. De façon générale, pendant cette période, la Paruline orangée devient en quelque sorte un oiseau de la strate supérieure du couvert forestier et privilégie probablement les arbres d’au moins 15 m de hauteur (J.D. McCracken, obs. pers.).

Habitat d’hivernage– La mangrove côtière de l’Amérique centrale et de la portion septentrionale de l’Amérique du Sud constitue le principal habitat d’hivernage de la Paruline orangée (Lefebvre et al., 1992, 1994; Petit et al., 1995; Lefebvre et Poulin, 1996). La Paruline orangée hiverne également dans les marécages et les forêts humides, et occasionnellement dans des forêts plus sèches (notamment les pinèdes), principalement à moins de 1 300 m d’altitude (Bent, 1953; Arendt, 1992; Curson, 1994). Les préférences en matière d’habitat (p. ex. structure, composition taxinomique, caractéristiques spatiales, âge des peuplements, régimes d’humidité) de la Paruline orangée en hivernage n’ont pas été décrites sur le plan quantitatif, mais la forêt de palétuviers noirs (Avicennia germinans) constitue l’un des principaux types d’habitat au Venezuela et au Panama (Lefebvre et al., 1994; Lefebvre et Poulin, 1996).

1.5    Menaces

Voici la liste et la description des menaces connues ou présumées qui pèsent sur la Paruline orangée* et son habitat**, par ordre d’importance.

i)     Perte ou dégradation de l’habitat de reproduction**

Aux États-Unis, le déclin des populations de la Paruline orangée est attribuable aux pertes des habitats humides (Petit, 1999). Dans les États contigus des États-Unis, il ne reste plus que 10 % de l’habitat forestier de plaine inondable que l’on y trouvait à l’origine (Dickson et al., 1995). Dans les États du sud-est, les milieux humides forestiers disparaissent très rapidement (Winger, 1986; Hefner et al., 1994), et les pertes ont été particulièrement élevées sur les côtes de la Louisiane et des Carolines (U.S. Department of the Interior, 1994), qui sont deux des principales régions de reproduction de la Paruline orangée. Les pertes d’habitat sont similaires dans l’aire de reproduction de la Paruline orangée au Canada où presque toutes les forêts caducifoliées marécageuses ont été asséchées à divers degrés ou déboisées. Dans le sud de l’Ontario, Snell (1987) estime qu’environ 1,5 million d’hectares de milieux humides (soit 61 %) ont été réduits entre le début de la colonisation du pays par les Européens et 1982. Entre 1967 et 1982, ce sont 39 000 ha de milieux humides qui ont disparu dans le sud de l’Ontario, principalement au profit des activités agricoles (Snell, 1987). Puisque 86 % des milieux humides qui restaient alors dans le sud de l’Ontario étaient des forêts marécageuses (Snell, 1987), on présume que la majorité des pertes ont touché ce type d’habitat. L’information dont on dispose sur l’ampleur des pertes de milieux humides dans le sud de l’Ontario remonte aux années 1980 et l’assèchement des sites se poursuit (p. ex. activités continues d’installation de canaux de drainage municipaux).

Au Canada, l’assèchement des forêts marécageuses par divers moyens -- excavation de fossés, drains agricoles, canaux de drainage municipaux, irrigation -- a pour conséquence d’abaisser la nappe phréatique et d’évacuer les eaux stagnantes. Il s’agit de l’une des menaces les plus significatives, les plus généralisées et les plus soutenues auxquelles doit faire face la Paruline orangée au pays.

Les activités de développement peuvent également contribuer à la perte d’habitat. Un site de nidification régulièrement utilisé par la Paruline orangée (Turkey Point) a été détruit à la suite de l’aménagement d’une marina et d’un parc pour caravanes (McCracken, 1981). Du fait que certaines compétences du sud de l’Ontario ne disposent d’aucun règlement concernant l’abattage d’arbres, il est possible que certaines activités de développement entraînent l’enlèvement de larges couloirs de forêt et le remplissage des marécages. Par exemple, on a récemment tenté de transformer une grande forêt marécageuse du comté d’Essex (« Marshfield Woods ») qui, croit-on, accueille une ou plusieurs Parulines orangées, en un terrain de golf (McCracken et Mackenzie, 2003). De plus, les projets de développement résidentiels adjacents aux forêts marécageuses risquent d’augmenter artificiellement les effectifs des populations locales de prédateurs de nids (p. ex. ratons laveurs [Procyon lotor]) et/ou de compétiteurs (p. ex. Troglodytes familiers [Troglodytes aedon]).

L’exploitation forestière dans les habitats importants crée des ouvertures dans la forêt ainsi que des habitats de lisière qui peuvent réduire l’étendue de l’eau libre dans les forêts marécageuses en raison d’une augmentation de l’évaporation. La pénétration accrue de la lumière peut également entraîner la croissance rapide d’espèces envahissantes (p. ex. roseau commun, aulne glutineux [Alnus glutinosa]). En outre, l’enlèvement des arbres morts encore sur pied (p. ex. pour en faire du bois de chauffage) entraîne la perte de cavités pouvant servir à la nidification.

ii)    Perte d’habitat d’hivernage**

La mangrove côtière en Amérique latine est grandement menacée par le déboisement pour la production de matériaux de construction et de charbon de bois ainsi que par la construction de centres de villégiature (Terborgh, 1989; Petit et al., 1995). L’élevage de crevettes exerce de plus une pression croissante sur l’habitat de mangrove (voir p. ex. Arendt, 1992). On croit que la dégradation et la perte de l’habitat d’hivernage ont des effets marquants sur la Paruline orangée en hivernage (Lefebvre et al., 1994; McCracken, 1998) et contribuent probablement au déclin de l’espèce à l’échelle continentale.

On ne dispose que de très peu d’information sur la fidélité aux sites d’hivernage d’une année à l’autre, mais les données disponibles (McNeil, 1982; Faaborg et Arendt, 1984; Lefebvre et al., 1994; Woodcock et al., 2004) portent à croire que la Paruline orangée est assez fidèle. Cette caractéristique peut rendre l’espèce plus sensible à la perte et à la perturbation de l’habitat (voir p. ex. Holmes et Sherry, 1992; Warkentin et Hernandez, 1996).

iii)   Menaces qui augmentent la compétition pour les sites de nidification et réduisent la productivité de la reproduction*

Plusieurs modifications apportées à l’habitat (p. ex. perte ou réduction du couvert forestier en raison de l’exploitation forestière, augmentation de la fragmentation des forêts) ont entraîné une diminution du succès de la reproduction de la Paruline orangée en raison de l’accroissement du nombre de prédateurs des nids, de parasites des couvées et de compétiteurs pour les sites de nidification.

Dans les régions où il est commun, le Troglodyte familier est le compétiteur le plus sérieux (et le plus dévastateur) pour l’occupation des cavités de nidification (Walkinshaw, 1941, 1953; Bent, 1953; Best et Fondrk, 1995; Flaspohler, 1996; Knutson et Klaas, 1997). Les troglodytes préfèrent les lisières des forêts et les forêts fragmentées et ils constituent un grave problème dans plusieurs sites qui sont importants pour la Paruline orangée au Canada (McCracken et Wood, 2005). Non seulement les troglodytes s'attaquent-ils directement aux œufs et aux oisillons des Parulines orangées (vandalisent les nids), mais ils construisent également de nombreux nids incomplets et remplissent souvent de brindilles chaque cavité disponible dans leur territoire. Les troglodytes délogent ainsi directement les Parulines orangées en nidification et réduisent indirectement la disponibilité des cavités, ce qui a pour effet d’augmenter la compétition pour l’obtention de sites de nidification. De plus, les brindilles ayant tendance à persister pendant de nombreuses années, les cavités deviennent inappropriées pour toutes les autres espèces sauf les troglodytes. Enfin, les Troglodytes familiers produisent au moins deux couvées par année, ce qui signifie que leur influence se fait sentir pendant toute la saison de nidification de la Paruline orangée.

Dans les secteurs plus ouverts, l’Hirondelle bicolore (Tachycineta bicolor) peut également se révéler un sérieux compétiteur pour l’obtention de sites de nidification (McCracken, 1981; Best et Fondrk, 1995). Toutefois, comme les Hirondelles bicolores nichent relativement tôt et qu’elles produisent généralement une seule couvée, la compétition pour l’obtention des sites de nidification devient moins intense à la fin du mois de juin. Pour ces raisons, l’Hirondelle bicolore ne représente pas un compétiteur aussi sérieux que le Troglodyte familier. De plus, contrairement aux troglodytes, les hirondelles ne détruisent pas agressivement les œufs des compétiteurs et n’usurpent pas les autres cavités en construisant des nids incomplets.

Les nids de la  Paruline orangée sont probablement protégés dans une certaine mesure contre les prédateurs parce qu’ils sont logés dans des cavités et qu’ils sont généralement situés au-dessus de masses d’eau libre (voir p. ex. Nice, 1957). Les taux de prédation des nids -- y compris les nichoirs -- signalés dans la documentation varient grandement : entre 2,6 et 53,3 % au Tennessee (Petitet al., 1987; Petit, 1989, 1991; Petit et Petit, 1996); 15,5 % en Virginie (Blem et Blem, 1992); 27,6 % au Wisconsin (Flaspohler, 1996); 41 % au Tennessee et au Michigan (Walkinshaw, 1941); 22 % en Ontario (J.D. McCracken, données inédites).

Les serpents, les ratons laveurs, les souris (Peromyscus spp.), les belettes (Mustela spp.) et les écureuils (p. ex. Glaucomys spp.) capturent des œufs de Parulines orangées  et des oisillons (Walkinshaw, 1938; Bent, 1953; Guillory, 1987; Petit, 1989; Blem et Blem, 1992; Flaspohler, 1996; Petit et Petit, 1996). Selon Walkinshaw (1941), les Troglodytes familiers sont largement responsables du piètre succès de la reproduction des Parulines orangées au Michigan. L’auteur souligne que les Troglodytes étaient absents de l’habitat de reproduction de la Paruline orangée au Tennessee et que le succès de la reproduction de l’espèce était beaucoup plus élevé dans cet État. De même, Flaspohler (1996) et Knutson et Klaas (1997) estiment que le Troglodyte familier a joué un rôle majeur dans l’échec de la nidification observé lors d’études menées au Wisconsin, dans les régions où, encore une fois, le Troglodyte familier était commun. Une étude menée en Ohio a également conclu que le troglodyte pouvait représenter un problème (Best et Fondrk, 1995). Au Canada, les Troglodytes familiers sont les principaux responsables de la destruction des nids de la Paruline orangée situés à des endroits où la forêt et le couvert forestier ne sont pas étendus (McCracken, 2004).

La prédation, par les ratons laveurs, des nids aménagés dans les cavités naturelles (ou dans les nichoirs non protégés qui sont fixés à un arbre plutôt qu’à un poteau en acier glissant) est également importante, plus particulièrement dans les paysages modifiés par les humains. On croit de manière générale que les oiseaux (dont la Paruline orangée) qui nichent dans les nichoirs subissent des taux de prédation moins élevés (voir p. ex. Nilsson, 1986; Moller, 1989; Blem et al., 1999; Mitrus, 2003; McCracken et Wood, 2005) que ceux qui nichent dans des cavités naturelles, en raison de la protection que confèrent les toits en saillie, les trous d’entrée à diamètre fixe, les poteaux métalliques et les dispositifs de protection.

Le parasitisme des couvées par le Vacher à tête brune (Molothrus ater) peut limiter la taille de la population de la Paruline orangée et contribuer à son déclin en réduisant sa productivité (McCracken, 1981; Flaspohler, 1996). De nombreuses études sur la reproduction des Parulines orangées ont porté sur des nichoirs, lesquels protègent généralement les couvées contre le parasitisme (Walkinshaw, 1991; Best et Fondrk, 1995; Flaspohler, 1996) parce que le diamètre de leur trou d’entrée est plus petit que ceux des nids naturels. L’étude de Twedt et Henne-Kerr (2001) constitue une exception à cet égard. En effet, les auteurs ont relevé un taux anormalement élevé de parasitisme (45 %) dans leurs nichoirs. Le diamètre des trous d’entrée des nids n’est toutefois pas précisé. Quoi qu’il en soit, dans les nids de la Paruline orangée logés dans des cavités naturelles, le taux de parasitisme par le vacher est étonnamment élevé : 21 % au Tennessee (Petit, 1989; 1991); 25,7 % en Iowa (d’après les données publiées dans Bent, 1953); 26,9 % au Wisconsin (Flaspohler, 1996); et 27,1 % en Ontario (Peck et James, 1998). Il est probable que les types d’utilisation des terres et la fragmentation de la forêt régionale jouent un rôle déterminant dans l’abondance régionale des vachers (Flaspohler, 1996), ce qui pourrait expliquer le taux de parasitisme extrêmement bas (0,01 %) enregistré en Virginie (cité dans Flaspohler, 1996). La distance qui sépare un site du centre historique de l’aire de répartition du Vacher à tête brune peut également être un facteur (Hoover et Brittingham, 2003).

iv)   Insectes forestiers envahissants**

Les infestations d’insectes forestiers peuvent tuer un grand nombre d’arbres. Bien que ces infestations puissent être bénéfiques à court terme pour la Paruline orangée parce qu’elles créent des habitats de nidification plus nombreux (sous la forme de troncs d’arbres morts), on estime cependant que l’impact à long terme sera grave si une grande proportion de la voute forestière est touchée. Tout événement qui ouvre la voute forestière de façon significative risque d’entraîner une importante dégradation de la qualité de l’habitat, que ce soit en favorisant l’empiètement par des espèces végétales envahissantes ou l’augmentation du nombre de troglodytes et de vachers.

L’agrile du frêne (Agrilus planipennis) est de plus en plus préoccupant dans le sud de l’Ontario car le frêne y est souvent un arbre subdominant des forêts marécageuses. Une récente étude a établi que le frêne représentait 47 % du couvert forestier dans les forêts marécageuses du parc provincial Rondeau (McCracken et al., 2006). En plus des pertes directement attribuables à l’insecte, les mesures agressives visant à entraver ou à contenir l’invasion de l’agrile du frêne peuvent entraîner la perte d’une importante portion du couvert forestier. Par exemple, dans le comté d’Essex, de nombreux frênes ont déjà succombé aux attaques de l’insecte, et des programmes visant à enlever les frênes sur de grandes superficies dans la région de Chatham-Kent ont été élaborés ou mis de l’avant (S. Dobbyn, obs. pers.).

Le longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis) est une nouvelle menace très préoccupante, dont l’ampleur dépendra de sa capacité à s’étendre au-delà de son territoire de confinement actuel, de même que de son affinité pour l’érable argenté.

v)    Plantes envahissantes**

Deux espèces de plantes envahissantes -- le roseau commun et l’aulne glutineux -- peuvent dégrader considérablement l’habitat de reproduction de la Paruline orangée, en particulier lorsque le niveau d’eau est bas ou que le couvert forestier est réduit.

Au cours de la dernière décennie, le roseau commun s’est répandu de manière fulgurante dans de nombreuses forêts marécageuses du parc provincial Rondeau, plus particulièrement dans les marécages plus grands et plus ouverts, de même que dans les secteurs où la fermeture de la voute forestière a diminué (en raison des arbres abattus par le vent). La Paruline orangée requiert des étendues d’eau libre et cette plante, qui envahit les mares ouvertes, rend les sites inappropriés.

De la même manière, l’aulne glutineux est un arbuste hautement envahissant capable de dégrader considérablement l’habitat de nidification de la Paruline orangée dans les forêts marécageuses ouvertes. L’espèce est déjà abondante dans au moins un emplacement de nidification principal (Hahn Woods) et constitue un important problème dans plusieurs sites où la remise en état est en cours dans le comté de Norfolk.

vi)   Catastrophes météorologiques*

On estime que le changement climatique aura pour conséquence d’augmenter l’intensité et la fréquence des tempêtes (y compris des ouragans) tant dans les territoires d’hivernage que dans les lieux de reproduction de la Paruline orangée. L’aire de répartition canadienne de l’espèce étant concentrée et restreinte, les désastres associés aux catastrophes météorologiques le long de la rive septentrionale du lac Érié constituent une grave menace pour la Paruline orangée. Le fait de s’assurer que la population soit répartie dans plusieurs sites de nidification géographiquement séparés protégera les populations canadiennes contre les désastres localisés.

vii)  Pollution par des produits chimiques toxiques et autre pollution*

Dans les lieux de reproduction de la Paruline orangée au Canada, les programmes de lutte contre les moustiques (p. ex. pour lutter contre le virus du Nil occidental) peuvent avoir des impacts sur l’espèce  que ce soit par intoxication directe des oiseaux ou par une réduction des ressources alimentaires et ce, surtout si des adulticides sont utilisés dans les habitats occupés.

Les effets nocifs des insecticides sont plus préoccupants dans les territoires d’hivernage d’Amérique latine car le DDT y est encore largement utilisé dans la lutte contre le paludisme (Arendt, 1992). De plus, diverses sources de pollution de l’eau associées à l’élevage de crevettes posent une grave menace pour la mangrove (Olson et al., 1996). Un important déversement accidentel de pétrole pourrait également endommager gravement l’habitat d’hivernage (Arendt, 1992).

1.6    Mesures achevées ou en cours

Voici un aperçu des activités de rétablissement qui ont été mises de l’avant pour la Paruline orangée au Canada depuis 1997.

  • Mise sur pied d’une équipe de rétablissement multipartite en 1997, et élaboration d’une ébauche de plan de rétablissement en 1998. La majorité des membres de l’équipe de rétablissement actuelle en font partie depuis sa création.
  • Instauration, en 1998, d’un programme d’installation de nichoirs dans le sud-ouest de l’Ontario. Dans le cadre de ce programme, près de 300 nichoirs ont été installés dans quelque 20 sites. Des projets parallèles ont servi à mettre à l’essai divers concepts et modèles de nichoirs expérimentaux en vue de trouver la façon la plus efficace de dissuader les Troglodytes familiers de les occuper.
  • Relevés annuels de la population et de la productivité des nids effectués depuis 1998.
  • Application, depuis 1998, d’un programme annuel de baguage à l’aide de bagues de couleur (visant principalement les adultes) en Ontario, afin d’étudier la démographie et la fidélité aux sites.
  • Évaluations détaillées et quantitatives de l’habitat effectuées en 2005 dans deux des plus importants sites de reproduction. Des évaluations moins exhaustives de l’habitat ont été menées en 1998 dans tous les sites occupés.
  • Réalisation d’une analyse de la viabilité de la population, et d’une analyse de modélisation de l’habitat à l’échelle du paysage.
  •   Évaluation et cotation du potentiel de remise en état d’environ 80 sites candidats potentiels. De concert avec un certain nombre d’organismes et organisations partenaires, diverses activités de remise en état de l’habitat ont été menées jusqu’à présent dans environ dix des sites les plus prometteurs. D’autres activités de remise en état sont en cours de planification.
  • Renseignements fournis au ministère des Richesses naturelles de l’Ontario par l’équipe de rétablissement. Ces renseignements ont mené à la désignation de l’espèce en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario.
  • Prise de contact avec les spécialistes du rétablissement de deux sites en Ohio.
  • Recherches (comprenant notamment un baguage intensif et des évaluations de l’habitat) menées sur le terrain dans plusieurs sites de mangroves du Costa Rica pendant quatre hivers complets (de décembre à mars). On recueille actuellement de l’information sur la démographie et la fidélité aux sites durant l’hiver. De plus, une analyse isotopique d’échantillons de plumes caudales provenant des sites hivernaux à l’étude a été menée afin de déterminer si la population locale en hivernage provenait de sites dispersés dans l’ensemble de l’aire de reproduction de l’espèce ou seulement d’une région plus restreinte.
  • Création d’une page Web, en 1999, par l’équipe de rétablissement. Cette page a mené à la production d’un feuillet d’information sur l’espèce. Plus de 10 000 feuillets ont été distribués et la page Web est encore une des plus visitées par les personnes à la recherche d’information sur la Paruline orangée.
  • Depuis 1998, élaboration de rapports annuels détaillés sur toutes les activités de rétablissement à l’intention des partenaires du projet.

1.7    Lacunes dans les connaissances

En plus des lacunes dans les connaissances ayant trait à la désignation de l’habitat essentiel (section 2.5), l’information actuellement disponible sur les questions suivantes est inadéquate :

  • les techniques efficaces pour lutter contre le roseau commun et l’aulne glutineux;
  • les techniques efficaces pour atténuer les impacts associés aux Troglodytes familiers;
  • les impacts potentiels des infestations d’insectes forestiers (agrile du frêne et longicorne asiatique) sur la qualité de l’habitat essentiel;
  • le type et l’ampleur des activités d’exploitation forestière que peut tolérer la Paruline orangée dans son habitat avant d’abandonner un site;
  • la provenance des oiseaux qui immigrent en Ontario à partir des États-Unis;
  • les besoins en matière d’habitat d’hivernage en Amérique latine, notamment la fidélité aux sites d’hivernage.