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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Morse de l'Atlantique au Canada – Mise à jour

Importance de l'espèce

Les morses sont les seuls représentants vivants de la famille des Odobénidés, et un intermédiaire important dans la chaîne trophique de l’Arctique entre les invertébrés benthiques et les humains. Ils revêtent une grande importance pour les Inuits tant sur le plan culturel qu’économique. Les familles qui passent l’été dans des camps traditionnels de chasse entretiennent le mode de vie inuit. Ces valeurs culturelles sont importantes, mais difficiles à mesurer en termes économiques. Anderson et Garlich-Miller (1994) ont estimé à l’aide de méthodes variées que la valeur économique nette des produits de la chasse des morses de l’été 1992 à Igloolik et à Hall Beach avait atteint entre 160 000 et 659 000 $. La valeur la plus basse ne tient pas compte des effets de la substitution d’aliments importés du sud par de la viande de morse nutritive sur la santé des Inuits.

Dans le passé, les Inuits utilisaient l’ivoire pour fabriquer des harpons, des boutons et des poignées, des patins de traîneau et des rebords protecteurs pour les pagaies de kayak. Ils fabriquaient, avec la peau épaisse des morses, des tentes d’été et de la corde. Aujourd’hui, les morses sont chassés principalement pour leurs défenses en ivoire, qui sont vendues soit à l’état brut, soit sous forme de sculpture, de même que pour leur viande, qui est consommée ou servie aux chiens (Freeman, 1964; Schwartz, 1976; Anderson et Garlich-Miller, 1994; Born et al., 1995). Ils sont chassés et consommés saisonnièrement, selon leur abondance, qui varie d’une collectivité à l’autre (Fleming et Newton, 2003). Les défenses en ivoire et le baculum (os pénien) demeurent la propriété du chasseur qui a abattu le morse, mais la viande est généralement partagée dans la collectivité. Elle peut être bouillie et mangée fraîche, congelée pour l’hiver ou fermentée à l’air pour fabriquer l’igunak (Orr et al., 1986; Anderson et Garlich-Miller, 1994). L’igunak est fabriqué en déposant la viande et la graisse d’un morse abattu l’été dans un sac en peau de morse, qui est ensuite cousu et enfoui dans la plage. Le contenu du sac est récupéré et consommé au printemps après un processus de fermentation et de vieillissement (R.E.A. Stewart, MPO – Winnipeg, comm. pers., 2003). On doit prendre soin de ne pas laisser fermenter la viande dans des conditions anaérobiques, comme par exemple dans un sac en plastique scellé, pour éviter le botulisme (Proulx et al., 1997). Hall Beach a échangé des igunak avec d’autres collectivités et a demandé la permission d’en faire la vente (Cosens et al., 1993). Les morses abattus trop tard en automne pour être transformés en igunak sont congelés et consommés durant l’hiver. Les Inuits raffolent des mollusques se trouvant dans l’estomac des morses (Dunbar, 1949; Reeves, 1978, 1995).

Les Autochtones de la baie d’Hudson et de la baie James ont chassé les morses à l’occasion dans le passé pour nourrir leurs chiens et fabriquer de la corde avec la peau (Fleming et Newton, 2003). Ils ne se nourrissaient de morses que lorsqu’aucune autre nourriture n’était disponible.