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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la bocaccio au Canada

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COSEPAC
Résumé

Bocaccio
Sebastes paucispinis

Information sur l’espèce

Le bocaccio compte parmi les nombreuses (plus de 35) espèces de sébastes retrouvées dans les eaux marines de la Colombie-Britannique. Il se distingue des autres sébastes (Sebastes sp.) par sa grosse mâchoire. La couleur va de l’orange olive à l’orange brûlé ou au brun sur le dos, pâlissant pour devenir rose à rouge sur le ventre. Ce sébaste porte le même nom commun en anglais, mais il est aussi connu sous le nom de rock salmon, salmonrockfish, Pacific red snapper, Pacific snapper et Oregon snapper. Dans le présent rapport, nous traitons tout le bocaccio de la côte de la Colombie-Britannique comme une seule population; on n’a effectué aucune recherche sur les unités évolutionnaires significatives à ce jour en Colombie-Britannique.

Répartition

Le bocaccio fréquente les eaux côtières du secteur est de l’océan Pacifique, du golfe de l’Alaska à la Basse-Californie, au Mexique. La population de bocaccio de la Colombie-Britannique chevauche probablement dans une certaine mesure les populations que l’on retrouve au nord et au sud dans les eaux des États-Unis. La plus grande partie des prises effectuées en Colombie-Britannique proviennent des eaux océaniques, près de l’accore de la plate‑forme continentale, les principales captures étant réalisées sur la côte nord‑ouest de l’île de Vancouver et dans le bassin Reine-Charlotte. L’espèce a été signalée dans certains bras de mer et dans le détroit de Georgia.

Habitat

En Californie, des larves de bocaccio ont été capturées jusqu’à 480 km des côtes. Les jeunes de l’année restent dans les eaux de surface pendant quelques mois, puis migrent vers les eaux précôtières de 30 à 120 m de profondeur, où ils se rassemblent en bancs. Les adultes peuvent être semi-pélagiques, fréquentant une gamme de fonds allant le plus souvent de 60 à 340 m de profondeur. Le bocaccio est capturé dans les eaux de la Colombie-Britannique en compagnie de plusieurs autres espèces de poisson de fond, dont le sébaste à longue mâchoire, le sébaste à queue jaune et le sébaste canari.

Biologie

Peu de recherches ont été effectuées sur le bocaccio dans les eaux de la Colombie-Britannique. La majorité des données biologiques disponibles sur ce poisson sont issues d’études réalisées en Californie. Le bocaccio est vivipare. Durant la phase ovulaire, la femelle peut porter de 20 000 à 2 300 000 œufs selon sa taille. L’accouplement a lieu au début de l’automne, mais la fécondation est retardée. La femelle porte les œufs fécondés dans son corps jusqu’à l’éclosion et pendant une bonne partie du développement embryonnaire, qui dure environ un mois; dans les eaux de la Colombie-Britannique, les jeunes sont expulsés en hiver. Ils descendent sur le fond dans les eaux littorales et démersales de la fin du printemps jusqu’à la fin de l’été. Les larves mesurent approximativement de quatre à cinq millimètres de longueur à la ponte et se métamorphosent ensuite en juvéniles pélagiques au cours d’une période de plusieurs mois. On pense que le bocaccio atteint la maturité à l’âge de quatre ou de cinq ans. Il peut peser jusqu’à sept kilos et mesurer plus de 90 cm. Les femelles ont tendance à être plus grosses que les mâles. La datation isotopique des otolithes indique que le bocaccio peut atteindre un âge maximal d’au moins 40 ans.

Les juvéniles se nourrissent de larves de poisson et d’invertébrés, de crevettes pélagiques, de jeunes sébastes, de ditrèmes, de maquereaux, ainsi que de divers petits poissons côtiers. Les adultes font leurs proies d’autres sébastes, de la morue charbonnière, d’anchois, de poissons-lanternes et decalmars. En Californie, les principaux prédateurs des juvéniles sont les oiseaux de mer et les principaux prédateurs des adultes sont les mammifères marins. Le bocaccio est l’hôte de plusieurs parasites, dont un nématode qui attaque les tissus musculaires, ce qui lui donne, dans le commerce, la réputation d’être un poisson infesté de vers. Le bocaccio peut aussi être l’hôte unique d’une espèce de cestode.

Taille et tendances des populations

L’abondance du bocaccio dans les eaux de la Colombie-Britannique est mal connue. Sa faible importance commerciale fait entrave à la recherche dirigée; la faiblesse des prises limite l’utilité des données sur la pêche pour suivre l’évolution de l’abondance. Les prises révèlent que l’espèce est présente non loin des côtes, au rebord de la plate-forme continentale, de la frontière de l’État de Washington à celle de l’État de l’Alaska. La répartition de l’espèce dans les eaux du littoral continental est moins connue, mais on continue de capturer des adultes dans plusieurs bras de mer ainsi que dans le détroit de Georgia. La tendance de l’abondance dans les eaux océaniques des côtes nord et centrale est inconnue.

Sur la côte ouest de l’île de Vancouver, le nombre de bocaccios semble avoir diminué de plus de 95 p. 100 au cours des deux dernières décennies et de plus de 90 p. 100 au cours des dix dernières années. Il n’existe aucune tendance apparente pour les cinq dernières années. Il se peut que le nombre de bocaccios soit en déclin dans le détroit de Georgia, mais on ne dispose pas de données quantitatives. Dans les eaux américaines avoisinantes situées au sud, il semble que l’abondance ait diminué de 90 p. 100 au cours des deux dernières décennies.

Facteurs limitatifs et menaces

Les débarquements de la pêche commerciale au chalut (de 1996 à 2000) ont atteint de 200 à 300 tonnes par année. Les rejets de la pêche au chalut ont atteint neuf tonnes en 2000. Les débarquements de la pêche à la canne se situent approximativement à 2 tonnes par année. On a signalé des rejets dans cette pêche, mais on n’en connaît pas l’ampleur. Si ces rejets étaient considérables, cela aurait une incidence sur la productivité, car les prises accessoires meurent habituellement à cause de l’expansion de la vessie gazeuse. Les prises des pêches autochtones et récréatives sont probablement négligeables à l’heure actuelle, mais les prises de la pêche récréative pourraient augmenter à mesure que cette activité prend de l’ampleur et s’oriente vers la capture d’espèces autres que les salmonidés.

La diminution de l’abondance du bocaccio dans l’État de Washington signifie probablement que le nombre de recrues qui pénètrent dans les eaux de la Colombie-Britannique en provenance des États-Unis a diminué, mais on ne sait pas dans quelle mesure la population canadienne est tributaire de cette immigration. Les prises des États-Unis sont maintenant considérablement restreintes par la réduction des limites de prises par sortie, mais les rejets ne font l’objet d’aucun suivi.

Il n’existe aucun moyen d’estimer les incidences des deux parasites cités sur les populations de bocaccio. Nous ne possédons en outre aucun renseignement sur d’autres effets biotiques ou abiotiques qui affecteraient les populations de bocaccio, mais on estimegénéralement que le recrutement a été faible chez la plupart des espèces de poissons de fond au cours des années 1990 en Colombie-Britannique et dans les eaux américaines avoisinantes. On ne sait pas encore si le recrutement s’améliorera au cours des années 2000.

Importance de l’espèce

Le bocaccio a été l’objet des pêches autochtones, il joue un rôle économique mineur dans les pêches de la Colombie-Britannique et est susceptible de capter l’intérêt de certains pêcheurs à la ligne, car les sébastes attirent de plus en plus l’attention. Il est peut‑être l’unique hôted’uneespèce de cestode; toutefois, la présence de ce cestode dans les eaux de la Colombie-Britannique n’a pas été confirmée.    

Protection actuelle et autres statuts attribués

La population de cette espèce présente dans les eaux canadiennes ne jouit d’aucune mesure précise de protection ni d’aucun statut particulier. Celle des eaux américaines fait l’objet d’une pétition visant à la faire inscrire sur la liste de la Endangered Species Act. L’Union mondiale pour la nature (UICN) considère que cette espèce est gravement menacée, et le Fonds mondial pour la nature (FMN) considère qu’elle est menacée.

Résumé du rapport de situation

On connaît peu la biologie du bocaccio qui vit dans les eaux de la Colombie-Britannique. Il s’agit d’un poisson marin que l’on retrouve le long de la côte du Pacifique, mais que l’on capture principalement le long de l’accore de la plate‑forme continentale. Il est difficile d’inférer les tendances del’abondance des populations. Certaines des meilleures données disponibles, qui ont trait à la côte ouest de l’île de Vancouver, révèlent qu’il s’est produit une diminution de plus de 90 p. 100 au cours des dix dernières années et de 95 p. 100 au cours des vingt dernières années (données allant jusqu’en 2001). Le déclin marqué de la population des eaux américaines voisines, qui chevauche les eaux canadiennes, soulève d’autres préoccupations au sujet de la situation du bocaccio en Colombie-Britannique. Parmi les principales menaces qui le guettent, mentionnons les captures et les prises accessoires des pêches ainsi que la faiblesse du recrutement.