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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la bocaccio au Canada

Biologie

Généralités

On a effectué très peu de recherches visant directement le bocaccio dans les eaux de la Colombie-Britannique. La base de données biologiques du ministère des Pêches et des Océans sur les spécimens de poissons de fond (GFBio) contient des renseignements sur seulement 1 503 spécimens prélevés de 1967 à 2000 (tableau 4). Ces données ont été recueillies dans toutes les régions, au cours de différentes saisons, au moyen de divers engins, et dans les prises destinées à la recherche comme dans les captures commerciales. Il est évident qu’il n’existe pas assez d’information pour examiner les tendances de la taille moyenne. Toutefois, les données disponibles sont suffisantes pour indiquer que la majorité des bocaccios capturés au chalut sont presque complètement développés et ont une taille qui dépasse considérablement la taille commerciale limite des sébastes, qui est d’environ 32 cm (figures figure11 et figure12). Il n’existe pratiquement pas de données d’âge concernant les spécimens canadiens. La majorité des recherches biologiques portant sur cette espèce ont été effectuées en Californie.

Tableau 4 : Sommaire de tous les échantillons de bocaccio actuellement inscrits dans la base de données biologiques sur les poissons de fond, GFBio, à la Station biologique du Pacifique
(Région, Engin et Source)
 4B3C + 3D5A + 5B5C + 5D5ETotal
CCFCPCFMCFCFPP
Comm.Rech.Comm.Rech.Comm.Rech.Rech.Rech.Comm.Rech.Comm.Comm.Rech.Comm.
1967       21      21
1969 1     9      10
1970 1            1
1984         15    15
1987         8    8
19881             1
1989         5    5
19901             1
1991 3 2 17  3    16
1993         5 4  9
1996             11
1997            1 1
1998          1   1
1999  1 1   1 1   4
2000  1         2 3
2001   1    2     3
Total2523117303362431100

Liste des abréviations :
CF : Chalut de fond
Comm. : Pêche commerciale
CP : Chalut pélagique
FM : Filet maillant
C : Canne
P : Palangre
Rech. : Recherche


Figure 11 : Histogramme de fréquence cumulative des longueurs des bocaccios, pour toutes les longueurs tirées de  la base de données biologiques sur les poissons de fond (GFBio)

Figure 11 : Histogramme de fréquence cumulative des longueurs des bocaccios, pour toutes les longueurs tirées de  la base de données biologiques sur les poissons de fond (GFBio).


Figure 12 : Courbes de croissance de Von Bertalanffy pour les bocaccios mâles et femelles

Figure 12 : Courbes de croissance de Von Bertalanffy pour les bocaccios mâles et femelles. Les paramètres relatifs aux mâles et aux femelles sont respectivement : Lµ= 76,6, 87,8; K = 0,130, 0,110; t0 = -1,81, -1,73 (d’après Froese et Pauly, 2000).

Les paramètres relatifs aux mâles et aux femelles sont respectivement : L∝= 76,6, 87,8; K = 0,130, 0,110; t0 = -1,81, -1,73 (d’après Froese et Pauly, 2000).


Reproduction et cycle biologique

Le bocaccio est ovovivipare comme tous les membres du même genre. L’accouplement a lieu au début de l’automne (Moser, 1967), mais la fécondation est retardée (Wyllie Echeverria, 1987). La femelle porte les œufs fécondés dans son abdomen, où les larves connaissent une bonne partie de leur développement avant d’être libérées. La femelle peut produire de 20 000 à 2 300 000 œufs selon sa taille (Phillips, 1964). Le développement embryonnaire dure approximativement un mois (Moser, 1967).

La parturition survient en hiver dans les eaux de la Colombie-Britannique (Westrheim, 1975). La période de parturition des populations installées plus au sud semble être plus longue, et il peut y avoir plusieurs portées par année (Moser, 1967). L’installation sur le fond dans les eaux littorales et démersales a lieu de la fin du printemps jusqu’à la fin de l’été en Californie. Selon les estimations issues de trois études distinctes réalisées aux États-Unis, les femelles mesurent de 36 cm à 50 cm de longueur lorsqu’elles parviennent à 50 p. 100 de leur maturité (Haldorson et Love, 1991). D’après Rogers (1995), l’espèce atteint 50 p. 100 de sa maturité à l’âge de quatre ou de cinq ans.


Croissance

Au moment de la parturition, les larves atteignent approximativement de 4 à 5 mm de longueur (Moser, 1967). Elles se métamorphosent en juvéniles pélagiques sur une période de plusieurs mois lorsqu’elles mesurent de 19 à 40 mm (Moser, 1967; Moser et Boehlert, 1991; Woodbury et Ralston, 1991). La croissance des juvéniles est rapide, atteignant de 0,56 à 0,97 mm par jour (Love et al., 2002). Les juvéniles peuvent mesurer 24 cm dès la fin de la première année (MacCall et al., 1999). Les femelles atteignent une taille supérieure à celle des mâles. La longueur maximale enregistrée est de 91 cm chez les femelles et de 75 cm chez les mâles. Le poids maximal signalé est de 6,8 kg (Love et al., 2002). Les courbes de croissance sont présentées dans la figure 12 (Froese et Pauly, 2000).


Survie

On connaît peu les taux de mortalité aux premiers stades. MacCall et al. (1999) ont utilisé une échelle de 0,15 à 0,25 pour estimer le taux instantané de mortalité naturelle des adultes (M). Leur modèle présentait un meilleur ajustement lorsque = 0,20, mais cela dépendait du type de données utilisées. Il est difficile d’établir l’âge d’un bocaccio, et on ne connaît pas l’âge maximal de ce poisson. Le datage isotopique des otolithes appuie l’estimation fixant l’âge maximal à 40 ans mais il se peut que le bocaccio vive jusqu’à 50 ans (Love et al.,2002). Les estimations de M, de l’âge à la maturité et de l’âge maximal permettent de penser que la durée d’une génération est de neuf ans (4 + 1/0,2). Par conséquent, une période d’évaluation de trois générations servant à déterminer les risques d’extinction serait d’environ 27 ans.


Physiologie

Comme toutes les espèces appartenant au même genre, le bocaccio possède des vessies gazeuses physoclistes qui ne peuvent s’adapter rapidement au changement brusque de pression qui se produit lorsqu’on le remonte à la surface. Le barotraumatisme ainsi causé entraîne la mort de presque tous les poissons qui sont capturés à des profondeurs dépassant les 20 à 30 m (Starr et al., 2002). On connaît peu son adaptabilité à d’autres types de changements environnementaux.


Déplacements et dispersion

On a réalisé deux études de marquage sur le bocaccio dans les eaux de la Californie. Dans le cadre d’une étude effectuée de 1977 à 1981, on a marqué 1 149 bocaccios juvéniles et adultes (Hartman, 1987). On a recapturé 66 de ces bocaccios. Dix‑neuf d’entre eux ont parcouru de 0,9 à 148 km. Sept de ces derniers, tous des juvéniles, ont parcouru de 13 à 148 km. Les adultes marqués dans le cadre de l’étude se sont très peu déplacés; ils ont tous été recapturés sur les lieux où ils ont été marqués, à la suite de périodes de liberté atteignant jusqu’à 827 jours.

Starr et al. (2002) ont marqué 16 bocaccios, dont la taille allait de 35 à 58 cm, dans le cadre d’une étude réalisée en 1997-1998. Certains d’entre eux ont manifesté une fidélité au site en restant dans la zone visée par l’étude ou en y retournant après l’avoir quittée, tandis que d’autres ont parcouru de grandes distances au cours de la période de surveillance de 3,5 mois. Les auteurs jugent que l’échantillon était trop petit pour qu’ils puissent analyser les déplacements par rapport à la longueur ou à l’état de maturité des poissons. Les résultats de ces deux études indiquent que le bocaccio est mobile au cours des premières années de sa vie, mais qu’il devient peut-être plus sédentaire à mesure qu’il vieillit. Les déplacements semblent diminuer considérablement une fois que le poisson atteint une longueur d’environ 47 cm (Hartmann, 1987).

En outre, lors de l’étude de 1997-1998, on a doté huit bocaccios d’émetteurs pour enregistrer leur profondeur. Quatre des poissons ont fait de rapides déplacements verticaux. Trois de ceux-ci sont remontés à la verticale jusque près de la surface et sont ensuite retournés dans les profondeurs tandis que le quatrième poisson a plongé à 220 m et est remonté à 100 m en moins d’une journée.


Alimentation et interactions interspécifiques

Selon les études sur l’alimentation réalisées en Californie, le bocaccio est principalement piscivore. Les juvéniles se nourrissent des jeunes d’autres sébastes, de ditrèmes et de maquereaux ainsi que de divers autres petits poissons côtiers (Phillips, 1964). Ils consomment également des larves et des euphausiacés. Le régime alimentaire des adultes se compose notamment de sébastes, de morue charbonnière, d’anchois, de poissons-lanternes et de calmars (Phillips, 1964; Eschmeyer et al., 1983). Les principaux prédateurs du bocaccio juvénile sont les oiseaux de mer comme les petites sternes. Les principaux prédateurs des adultes sont les mammifères marins, tels que le phoque commun et l’éléphant de mer boréal (Love, 1996).

Jensen (1976) mentionne que le bocaccio est peut‑être l’hôte unique d’une espèce de cestode, leParabothriocephalus sagitticeps. Il s’agit de l’une des deux espèces de cestodes qui composent ce genre. Ces conclusions sont fondées sur l’examen de 19 espèces de sébastes qui ont été capturées dans le Sud de la Californie. La présence de ce parasite dans les eaux de la Colombie-Britannique n’a pas été confirmée, mais personne ne recherchait ce cestode en particulier (D. Whitaker, communication personnelle, annexe 1). La présence d’un second cestode, le Bothriocephalus scorpii, a été signalée chez le bocaccio des eaux de la Colombie-Britannique.

La réputation d’être infestée de vers, qui est celle de cette espèce en Colombie-Britannique, tient à la prévalence et à l’intensité élevées d’infection par le « ver de la morue/du phoque », un nématode (Phocanema decipiens). Une fois enkysté, ce ver peut vivre durant de longues périodes dans le corps du poisson et s’y accumule donc au fil du temps de sorte que les poissons plus âgés peuvent contenir un grand nombre de ces vers. Étant donné que l’hôte final est un mammifère (phoque), ce parasite peut poser un danger pour la santé humaine. Cependant, la congélation à une température de - 20° C pendant 72 heures, ou la cuisson, éliminent ce danger (D. Whitaker, communication personnelle, annexe 1).


Comportement et adaptation

La répartition semi-pélagique dans la colonne d’eau, la probabilité de la migration verticale quotidienne, et le degré de déplacement des poissons aux stades juvéniles permettent de penser que le bocaccio peut réagir à une perturbation localisée de l’habitat. Ce déplacement peut en outre favoriser la recolonisation, du moins au cours des stades juvéniles, comme c’est le cas de la phase larvaire planctonique.