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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la bocaccio au Canada

Taille et tendances des populations

Débarquements de la pêche commerciale au chalut et indices d’abondance

La première partie de la discussion, en ce qui concerne l’abondance des populations, porte sur les tendances des débarquements ou des prises, ou des captures par unité d’effort (CPUE) de la pêche commerciale. Nous soulignons que l’utilité des séries chronologiques sur les prises et les CPUE à titre d’indices d’abondance du bocaccio peut être mise en question. Depuis la mise en place de la vérification à quai et d’une couverture par observateurs de 100 p. 100 en 1996, les statistiques relatives aux prises sont considérées fiables. Les estimations établies avant cette période, et plus particulièrement au cours de la période de 1985 à 1995, ne sont pas fiables (voir Stanley et Kronlund, 2001).

Nous signalons aux lecteurs qu’un plan de gestion fondé sur les quotas individuels de bateau (QIB) a été mis en œuvre dans le secteur de la pêche au chalut de la Colombie-Britannique en 1997. Par conséquent, la capture de toutes les espèces qui étaient gérées par quotas avant 1997 est maintenant contrôlée par l’attribution à chaque navire de limites annuelles de prises (retenues et rejetées) dans une région donnée. La capture du bocaccio n’est pas limitée au moyen de QIB, mais elle est restreinte par une limite de 15 000 livres par sortie pour l’ensemble des sébastes non visés par un quota. La distribution de fréquences du poids des prises de bocaccio dans le cadre du chalutage de fond et du chalutage pélagique est illustrée à la figure 13. Les prises côtières totales actuelles de 295 t (tableau 1) correspondent à environ 74 000 individus, selon un poids moyen de 4 kg (base de données PacHarvHL, se reporter au tableau 2 de l’annexe). Cela ne comprend pas les rejets.

Les prises de bocaccio enregistrées à l’échelle de la côte ont varié, passant de 90 t à 1 322 t, avec une moyenne de 418 t depuis 1967 (tableau 1, tableaux 1 et 2 de l’annexe). Les prises de la pêche commerciale au chalut ont atteint de 200 t à 300 t depuis la mise en place d’une couverture par observateurs de 100 p. 100 au sein de la flotte de chalutiers en 1996. Les statistiques commerciales ne comprennent pas les rejets de la pêche commerciale aux lignes ni ceux de la pêche récréative. On signale que la présence du bocaccio constitue une nuisance dans la pêche du saumon aux lignes de traîne, en particulier dans la zone 5E (F. Crabbe et A. Amos, communication personnelle, annexe 1), mais les prises réelles sont probablement faibles par rapport aux prises signalées dans la pêche commerciale au chalut.


Figure 13 : Distribution de fréquences du poids des prises de bocaccio dans des traits de chalut de fond et de chalut pélagique

Figure13 : Distribution de fréquences du poids des prises de bocaccio dans des traits de chalut de fond et de chalut pélagique.

On n’a relevé aucune tendance constante au cours des dernières années (de 1996 à 2001) (tableau 1) quant aux débarquements des chalutiers pêchant sur la côte sud-ouest de l’île de Vancouver (3C) et dans le Bassin Reine-Charlotte (5A et 5B). Les prises de bocaccio sont répandues dans les eaux du Nord, mais elles y ont toujours été beaucoup plus faibles que dans les zones du Centre et du Sud (tableau 1). Elles atteignent actuellement moins des deux tiers de leur moyenne à long terme. Les débarquements sont restreints par la limite de 15 000 livres par sortie visant les sébastes non assujettis à un quota. Les chalutiers signalent que les débarquements pourraient de nouveau atteindre la moyenne à long terme de 400 t si les restrictions étaient relâchées (R. Gorman, communication personnelle, annexe 1). Il se peut donc que le bocaccio soit plus nombreux dans les eaux du Nord que l’on pourrait supposer en se fondant sur les prises actuelles de la pêche au chalut.

Des pêcheurs au chalut nous ont en outre informés qu’ils capturent souvent le bocaccio lorsqu’ils ciblent le sébaste canari (S. pinniger) (B. Dickens, communication personnelle, annexe 1). Les QIB visant actuellement le sébaste canari sont tellement faibles que les pêcheurs ciblent rarement ces derniers; ils atteignent leur quota de sébastes canaris dans la pêche visant d’autres espèces. Par conséquent, les QIB peu élevés du sébaste canari ainsi que la limite de 15 000 livres par sortie visant les sébastes restreignent les prises de bocaccio au chalut.

Nous présentons les CPUE médianes par région pour la période de 1996 à 2001 (figure 14). On ne peut utiliser les données relatives aux taux de capture antérieurs pour inférer les tendances de l’abondance en raison de la grande variation existant entre les mesures de gestion qui ont modifié les stratégies de pêche avec le temps, à cause du nombre variable d’erreurs de déclaration des prises qui sont commises au fil du temps, et faute de données satisfaisantes sur la composition spécifique et l’effort des années antérieures (voir Stanley et Kronlund, 2001). Les indices des CPUE ont été établis à partir des traits de chalut de fond dont le point médian de la profondeur du fond se situait entre 77 m et 309 m. Les indices des CPUE commerciales ont peu changé depuis 1996 dans les quatre zones.

On n’a signalé aucun débarquement de bocaccio dans les prises au chalut du détroit de Georgia (zones secondaires 13 à 19, 28 et 29) depuis 1983 (tableau 3). Au cours des dernières années toutefois, on a interdit aux chalutiers commerciaux de conserver les sébastes capturés dans l’ensemble de la zone principale 4B, et aucun observateur n’a été posté à bord de ces navires. Les débarquements des canneurs sont trop faibles pour permettre d’établir les indices d’abondance en ce qui a trait aux années plus récentes (se reporter à la catégorie intitulée « inconnu » du tableau 1 de l’annexe). Les ligneurs de saumon pensent qu’un nombre considérable de prises accessoires de bocaccio peuvent être rejetées dans la pêche du saumon aux lignes de traîne qui se pratique sur la côte océanique (A. Amos, R.A. Best, R.N. Best, I. Bryce, F. Crabbe, communication personnelle, annexe 1), mais cette pêche est beaucoup plus restreinte qu’au cours des années antérieures.


Figure 14 : Tracé en boîtes et en moustaches des CPUE (log kg/h) de bocaccio dans la pêche commerciale au chalut pour chaque région côtière, soit a) 3CD; b) 5AB; c) 5CD; d) 5E


Figure 14 : Tracé en boîtes et en moustaches des CPUE (log kg/h) de bocaccio dans la pêche commerciale au chalut pour chaque région côtière, soit a) 3CD; b) 5AB; c) 5CD; d) 5E.

Pour chacune des boîtes, les limites supérieure et inférieure indiquent les 75e et 25e percentiles, respectivement; la ligne horizontale centrale indique la médiane; les moustaches supérieures et inférieures sont placées à 1,5 fois la fourchette interquartile; les cercles ouverts indiquent les valeurs qui se situent en dehors des moustaches. Toutefois, on peut mettre en question l’utilité de ces données en tant qu’estimations de l’abondance.


Indices fondés sur les relevés

On a effectué un certain nombre de relevés sur la côte de la Colombie-Britannique. Ces relevés ne visent pas expressément le bocaccio, mais nous les avons examinés afin de déterminer leur utilité pour suivre l’évolution de l’abondance du bocaccio. Nous résumons ci-dessous les résultats de cet examen.

Relevé triennal au chalut de fond des États-Unis (de 1980 à 2001)

Le plus solide ensemble de données sur les tendances des populations provient du relevé triennal au chalut de fond des États-Unis qui a eu lieu pour la première fois en 1977 et qui s’étend habituellement du Nord de la Californie jusqu’à la frontière canado-américaine dans le Nord de l’État de Washington (Shaw et al., 2000). On a élargi ce relevé de façon à inclure les eaux du Sud de la Colombie-Britannique pendant sept années d’échantillonnage. Les deux premiers relevés s’étendaient jusqu’à 49° 15' N; les quatre derniers allaient plus au nord, jusqu’à 49° 40' N (figures 15a et d). Les estimations de la biomasse sont calculées pour toutes les profondeurs avec des limites de confiance à 95 p. 100. À partir des données initiales sur le taux de prise au chalut, on extrapole pour estimer la biomasse en fonction de la superficie des aires balayées. Bien que nous la présentions sous forme de biomasse estimée à la figure 15a, la faible capturabilité présumée d’une espèce semi-pélagique dans les traits de chalut de fond indique qu’il vaut mieux utiliser le relevé en tant qu’indice relatif. Le relevé est en outre imprécis en raison du nombre peu élevé de traits effectués aux profondeurs où se tient le bocaccio, près de l’isobathe de 100 brasses (voir les figures figure16 et figure17).


Figure 15 : Indices d’abondance fondés sur : a) les estimations de la biomasse issues du relevé triennal des États-Unis effectué dans la zone 3C et dans une partie de la zone 3D, tracées selon une échelle logarithmique naturelle; b) les CPUE moyennes stratifiées de bocaccio (kg/h; échelle logarithmique naturelle) tirées du relevé du sébaste à longue mâchoire réalisé dans le Bassin Reine-Charlotte; c) les CPUE moyennes stratifiées de bocaccio (kg/h; échelle logarithmique naturelle) tirées du relevé des assemblages multispécifiques effectué dans le détroit d’Hécate

Figure15 : Indices d’abondance fondés sur les estimations de la biomasse issues du relevé triennal des États‑Unis effectué dans la zone 3C et dans une partie de la zone 3D, les CPUE moyennes stratifiées de bocaccio, et les CPUE moyennes stratifiées de bocaccio.


Figure 16 : Traits de chalut effectués dans la partie nord visée par le relevé triennal des États-Unis

Figure16 : Traits de chalut effectués dans la partie nord visée par le relevé triennal des États-Unis.

Les prises nulles sont représentées par le signe « + » (figure fournie par Mark Wilkins, communication personnelle, annexe 1).


Figure 17 : Nombre de bocaccios capturés dans les eaux canadiennes dans le cadre des relevés triennaux des États-Unis de 1980, de 1983, de 1989, de 1992, de 1995 et de 1998

Figure 17 : Nombre de bocaccios capturés dans les eaux canadiennes dans le cadre des relevés triennaux des États‑Unis de 1980, de 1983, de 1989 .Figure 17 : Nombre de bocaccios capturés dans les eaux canadiennes dans le cadre des relevés triennaux des États‑Unis de 1992, de 1995 et de 1998.

Figure fournie par Mark Wilkins, NMFS.

Au cours des dix dernières années, on a enregistré une diminution de plus de 90 p. 100 (1989 = 2 348 t [coefficient de variation (C.V.) = 0,52], 2001 = 157 t [C.V. = 0,84], diminution de 93,3 p. 100). Au cours des vingt dernières années, la diminution a atteint plus de 95 p. 100 (1980 = 6 541 t [C.V.= 0,94], 2001 = 157 t [C.V. = 0,84], 97,6 p. 100). Ces résultats (figure 15a) indiquent qu’il s’est produit une diminution de près de deux ordres de grandeur au cours des deux dernières décennies.

Relevé de la crevette au chalut de fond dans les zones 3C et 3D (1973 à 2001)

Les résultats de tous les relevés de la crevette effectués au chalut par le ministère des Pêches et des Océans (MPO) ont été examinés pour déceler la présence du bocaccio (figure 4). Un grand nombre de ces relevés sont maintenant exécutés au moyen de dispositifs de pêche sélective; toutefois, ils ont révélé la présence du bocaccio dans les eaux partiellement fermées.


Figure 18 : Estimations de la biomasse de bocaccio fondées sur les relevés de la crevette effectués au chalut sur la côte ouest de l’île de Vancouver

Figure18 : Estimations de la biomasse de bocaccio fondées sur les relevés de la crevette effectués au chalut sur la côte ouest de l’île de Vancouver.

La région ombragée sur la carte en cartouche indique la zone visée par le relevé.

Nous présentons également les estimations de la biomasse de bocaccio qui ont été calculées à partir du relevé annuel de la crevette réalisé au chalut sur la côte ouest de l’île de Vancouver, sans dispositifs de pêche sélective (figure 18) [Boutillier et al., 1998, et annexe 3). La zone visée par ce relevé en Colombie-Britannique est à peu près semblable à la zone visée dans le cadre du relevé des États-Unis.

L’analyse de régression des séries chronologiques indique une pente négative, mais la pente ne diffère pas significativement de 0 (p > 0,05). La capturabilité du bocaccio dans ce relevé doit être très faible étant donné la faible vitesse des traits; par conséquent, comme dans le cas du relevé des États-Unis,  les estimations sont imprécises et doivent être considérées seulement comme relatives. La variation ne permet pas de conclure à un déclin, sans toutefois réfuter le déclin indiqué par le relevé des États-Unis pour la même grande zone.

 

Relevé du sébaste à longue mâchoire au chalut de fond dans les zones 5A et 5B (1966 à 1995)

Les relevés du sébaste à longue mâchoire (Sebastes alutus) sont effectués de façon intermittente depuis 1966 (Yamanaka et al., 1996) dans le bassin Reine-Charlotte (tableau 5, figures 15b et d). Le bocaccio constitue une composante mineure des prises. Les taux de prise estimés stratifiés en fonction des profondeurs sont imprécis et faibles mais ne font ressortir aucune tendance, contrairement à ceux de la côte ouest de l’île de Vancouver (tableau 5).

Tableau 5 : CPUE de bocaccio (log kg/h) : moyenne stratifiée et coefficient de variation (C.V.) (%) tirés des relevés effectués dans le Bassin Reine-Charlotte et le détroit d’Hécate
Zone de relevéAnnéeNbre de traitsCPUE moyennes (kg/h)CV (%)
Bassin Reine-Charlotte19661316,528,6
19673326,315,0
19693220,521,6
19713923,724,3
19733328,536,7
197636235,577,4
1977497,530,0
19842734,659,5
19843716,731,0
19955421,661,5
19955719,636,8
Détroit d'Hécate1984829,165,2
1987875,850,7
1989900,455,9
1991970,468,9
1993951,153,2
19951020,639,8
1998860,450,5
20001060,764,5


Relevé des assemblages au chalut de fond dans le détroit d’Hécate (zones 5C et 5D)

Les relevés des assemblages font partie intégrante d’une étude à long terme de l’écosystème du détroit d’Hécate (Workman et al., 1997). Ces relevés ont pour objet de classer les assemblages d’espèces en fonction de la profondeur. Le bocaccio constitue une composante très mineure des prises totales (tableau 5, figures 15c et d). On a repéré plus de bocaccios lors des premiers relevés effectués vers la fin des années 1980, mais on n’a pas dégagé de tendance particulière depuis 1989.

Autres relevés touchant le poisson de fond dans les eaux de la Colombie-Britannique

Le présent document exclut les résumés des relevés acoustiques et des relevés  au chalut pélagique visant les populations de merlu (Merluccius productus) des eaux côtières et hauturières. L’incidence du bocaccio se limitait à seulement quelques poissons par relevé (M. W. Saunders, communication personnelle, annexe 1). De même, on a effectué un chalutage pélagique et de surface intensif dans le détroit de Georgia dans le cadre d’une étude sur les écosystèmes, mais on n’a signalé aucun bocaccio parmi les prises ainsi réalisées (R. J. Beamish, communication personnelle, annexe 1).

En outre, nous n’avons pas inclus les résultats du relevé normalisé à la canne de la Commission internationale du flétan du Pacifique (CIFP) [Kronlund, 2001]. Jusqu’au début des années 1990, on regroupait le plus souvent les sébastes en une seule catégorie générale. On s’efforce de plus en plus d’identifier les sébastes depuis le début des années 1990, si bien que la plupart d’entre eux sont enregistrés au niveau de l’espèce. Toutefois, les prises totales de poissons identifiés comme étant des bocaccios de 1993 à 1999 se chiffraient à 23 individus. Ce relevé pourrait être utile pour indiquer la présence ou l’absence du bocaccio dans la zone visée par le relevé; cependant, la pêche au chalut fournit déjà une confirmation à cet égard.

Enquête sur la pêche sportive

Pêches et Océans Canada effectue des enquêtes auprès des pêcheurs sportifs qui pratiquent la pêche à la ligne dans le détroit de Georgia et ailleurs  (K. Hein, communication personnelle, annexe 1). La surveillance porte sur le saumon quinnat (Oncorhynchus tshawytscha) et le saumon coho (O. kisutch). La base de données ne contient aucune mention du bocaccio, mais nous soupçonnons que le bocaccio n’est toujours pas recensé explicitement de façon distincte des autres sébastes.

Abondance dans les eaux adjacentes

Le Fonds mondial pour la nature (1999) a inscrit le bocaccio sur la liste des espèces menacées de disparition, et l’Union mondiale pour la nature (UICN) a classé le bocaccio du secteur centre-est du Pacifique et du secteur nord-est du Pacifique dans la catégorie des espèces « gravement menacées » (Hilton-Taylor, 2000). Ces conclusions sont fondées sur les tendances à la baisse qui se sont dégagées du relevé triennal au chalut de fond des États-Unis, des CPUE du chalutage commercial, de l’indice des CPUE de la pêche sportive et d’un indice d’abondance des juvéniles (MacCall et al., 1999). Les auteurs de l’évaluation des stocks (MacCall et al., 1999) qui résume cette information signalent un échec régulier du recrutement en Californie de 1990 à 1998. Une mise à jour sur la situation de cette espèce dans les eaux américaines sera présentée en 2002 (A. MacCall, communication personnelle, annexe 1).

Il semble que le bocaccio, qui a déjà été considéré comme commun dans le Puget Sound (zone adjacente au détroit de Georgia), soit maintenant très rare (Love et al., 2002), et on l’a inclus dans une pétition visant à faire inscrire certaines espèces sur la liste de la Endangered Species Act (ESA) qui a été présentée au National Marine Fisheries Service (NMFS) pour étude.