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Saumon sockeye (saumon rouge) (Oncorhynchus nerka)

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les besoins du saumon rouge Sakinaw en matière d’habitat sont en général les mêmes que ceux des saumons rouges d’autres populations (voir Foerster, 1968; Burgner, 1991). Le saumon rouge Sakinaw a besoin d’un habitat approprié pour la fraye et la croissance des juvéniles dans le lac Sakinaw où il se reproduit, ainsi que d’un habitat dans le Nord de l’océan Pacifique où il peut s’alimenter et atteindre sa taille adulte. Comme les autres populations anadromes, il doit également disposer d’une voie de passage pour se déplacer librement entre ces deux habitats. Les smolts en migration vers la mer doivent traverser les détroits de Géorgie et de Johnstone pour atteindre le Pacifique Nord, où ils passeront deux étés avant de retourner au lac Sakinaw par le même chemin. Dans l’océan, les saumons rouges se tiennent en général dans les eaux fraîches (2 à 7 °C) de la surface (à moins de 15 m de profondeur), et ceux de la Colombie‑Britannique demeurent habituellement au nord de 48 °N et à l’est de 160 °O (French et al., 1976). Leur survie dépend des conditions existantes dans tous ces habitats, mais la taille maximale de la population est probablement limitée par la disponibilité d’habitats appropriés pour la fraye et la croissance dans le lac Sakinaw.


Caractéristiques limnologiques du lac Sakinaw

Le lac Sakinaw a une superficie de seulement 6,9 km2 et un périmètre de 35 km (Shortreed et al., 2003). Il comprend deux bassins distincts (figure 4). Le bassin inférieur, le plus grand, atteint une profondeur maximale de 140 m, sa profondeur moyenne étant de 43 m. Le bassin supérieur est petit et peu profond, avec une profondeur maximale de 40 m seulement. Dans les deux bassins, l’eau est claire, la zone euphotique s’étendant jusqu’à un peu plus de 15 m (Shortreed et al., 2003). Le bassin de drainage total est de seulement 64 km2, mais englobe un certain nombre de petits cours d’eau et de lacs, dont le plus grand, le lac Ruby, a une profondeur maximale de 112 m.


Figure 4 : Le lac Sakinaw, ses tributaires et les frayères littorales (numérotées) du saumon rouge

Figure 4 : Le lac Sakinaw, ses tributaires et les frayères littorales (numérotées) du saumon rouge : 1 (ruisseau Sharon’s); 2 (ruisseau Haskins); 3 (baie du ruisseau Ruby); 4 (baie du ruisseau Kokomo); 5 (sans nom) (tiré de Murray et Wood, 2002).

1 (ruisseau Sharon’s); 2 (ruisseau Haskins); 3 (baie du ruisseau Ruby); 4 (baie du ruisseau Kokomo); 5 (sans nom) (tiré de Murray et Wood, 2002).

Les conditions chimiques, la température et la salinité observées au lac Sakinaw sont rares et inhabituelles parce qu’il s’agit d’un plan d’eau méromictique dans lequel une couche d’eau douce de 30 m recouvre des eaux salées chaudes et anoxiques (Northcote et Johnson, 1964); cette configuration empêche le mélange saisonnier des eaux et crée une forte stratification thermique (Hutchinson, 1957; Walker et Likens, 1975). En été, l’épilimnion s’étend jusqu’à 7 m de profondeur et devient trop chaud pour le saumon rouge, mais entre 7 m et 30 m, une couche d’eau fraîche, bien oxygénée et riche en zooplancton, constitue un habitat très propice à la croissance des saumons rouges juvéniles (Shortreed et al., 2003). La productivité primaire totale dans le lac Sakinaw est plus élevée que dans d’autres lacs côtiers de la Colombie‑Britannique mais plus faible que dans la plupart des lacs du réseau du Fraser, y compris le lac Cultus (Shortreed et al., 2003). La concentration de matières totales dissoutes se situe entre 113 ‰ et 140 ‰. Entre 30 et 60 m, la température, la salinité et la conductivité augmentent toutes de façon marquée en fonction de la profondeur. La température passe de 5 °C à un maximum de 9 °C à 60 m. La salinité continue d’augmenter légèrement avec la profondeur jusqu’à une valeur maximale légèrement supérieure à 11 ‰. Une forte odeur de sulfure d’hydrogène se dégage dans les échantillons d’eau prélevés à plus de 30 m de profondeur, et les échantillons prélevés à plus de 60 m peuvent écumer lorsqu’on les ramène à la surface. Il ne semble pas y avoir intrusion d’eau de mer dans le bassin supérieur.


Habitat de fraye du lac Sakinaw

Contrairement à la plupart des populations de saumons rouges, le saumon rouge du lac Sakinaw fraye presque exclusivement dans le lac, probablement parce les tributaires ont un débit inadéquat (beaucoup s’assèchent à l’embouchure) ou sont particulièrement sujets à l’affouillement en période de fortes précipitations. Les remontées d’eaux souterraines sont probablement essentielles à la fraye en bordure du rivage dans le lac Sakinaw. La fraye a été observée jusqu’à une profondeur de 25 m, apparemment uniquement dans le voisinage de cônes alluviaux à des endroits où le gravier est suffisamment fin pour permettre l’aménagement des nids pour la ponte (G. McBain, MPO, comm. pers.).

D’après un relevé effectué sur le rivage du lac en 1979, seule une petite partie du rivage offre un habitat approprié pour la fraye. Aucune grande frayère n’a été repérée dans le bassin inférieur (principal) et les recherches subséquentes y ont été centrées sur deux petites aires de fraye. À toutes les frayères, la fraye se déroulait à des profondeurs allant de 0,25 m à 25 m, le plus grand nombre de nids se trouvant entre 3 et 10 m de profondeur. Toutes les frayères principales se trouvaient près de ruisseaux ou de sources évidentes d’eau souterraine. Il y avait de nettes indications de dégradation de l’habitat étant donné que toutes les frayères étaient jonchées de débris ligneux et que des plantes aquatiques y croissaient jusqu’à une profondeur de 3 m. La plupart des saumons rouges qui frayaient ont été observés dans le bassin supérieur du lac, et presque tous (95 p. 100) se trouvaient dans la région qui aurait été la plus touchée par un projet de développement riverain.

La dégradation de l’habitat a été le plus marquée avant le relevé effectué par des plongeurs en 1979, mais elle a continué. Des relevés effectués par des plongeurs en 1999 et en 2000 indiquent qu’actuellement, le saumon rouge n’utilise plus que 15 p. 100 de la frayère 1 (900 m2 comparativement à 6 000 m2). La frayère 2 n’est plus utilisée, et l’habitat propice y a été réduit des trois quarts depuis 1979 (1 500 m2 comparativement à 6 000 m2). D’anciennes frayères actuellement non utilisées par le saumon rouge sont couvertes d’une épaisse couche de boue, de débris organiques et de grumes. L’examen d’autres frayères depuis la surface réalisé en 2000 et en 2001 donne à penser qu’une dégradation similaire de l’habitat s’est produite aux frayères 3, 4 et 5 (G. McBain, MPO, comm. pers.).