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Saumon sockeye (saumon rouge) (Oncorhynchus nerka)

Taille et tendances de la population

Indices d’abondance des géniteurs

Étant donné que tous les saumons rouges meurent après la fraye et toujours l’année même où ils atteignent la maturité, on estime habituellement le nombre de poissons adultes d’une population en considérant qu’il correspond au nombre de poissons qui survivent pour se reproduire. Dans la plupart des populations, ce nombre équivaut à peu près au nombre de poissons qui échappent aux pêches côtières et atteignent leur habitat de fraye natal (qu’on appelle « échappée de géniteurs »). Les estimations des échappées de géniteurs du lac Sakinaw sont consignées pour la période de 1947 à 2002 dans le Système de données sur la remonte des salmonidés (SDRS) du MPO. La plupart des années, entre 1949 et 1989, l’estimation inscrite dans le SDRS est fondée sur le dénombrement des saumons rouges entrant dans le lac Sakinaw par la passe migratoire et est considérée comme un indice raisonnablement fiable des abondances relative et absolue (voir l’analyse dans Murray et Wood, 2002). Le dénombrement à la passe migratoire a été interrompu de 1990 à 2001, mais le nombre de saumons rouges frayant près du rivage a été estimé à l’aide de diverses méthodes dont la fiabilité et l’uniformité ne sont pas connues.

Les estimations du SDRS ne permettent pas de dégager une tendance nette entre 1947 et 1987, car elles fluctuent entre 750 et 16 000 adultes, la moyenne étant d’environ 5 000. Bien que cette population n’ait jamais été « gérée activement », l’échappée cible proposée par le MPO est de 14 000 saumons rouges (DFO, 1988). Depuis 1987, les estimations des échappées ont diminué régulièrement (figure 5). Si l’on résume les données sur les échappées par périodes de 5 ans, la valeur moyenne obtenue pour les années 1988 à 1992 se situe juste au-dessus de 1 000 (fourchette de 500 à 2 500); entre 1993 et 1996, on obtient une valeur de moins de 200 (fourchette de zéro à 250), et de 1997 à 2001, la valeur tombe à moins de 50 (fourchette de 1 à 122). Dans une certaine mesure, l’effort de dénombrement et le manque d’uniformité des méthodes ont eu une incidence sur l’exactitude des estimations annuelles de 1989 à 1998, mais il est indubitable que, dans l’ensemble, il y a un déclin important. Des relevés plus systématiques effectués par des plongeurs sur les frayères de 1999 à 2002 ont donné des estimations allant de 14 (23 nids) à 122 géniteurs (60 nids). En 2002, les saumons rouges ont été dénombrés à la passe migratoire et à l’aide d’un relevé par des plongeurs, ce qui permet une comparaison directe; à la barrière, on a recensé 78 géniteurs alors que, sur les frayères, les plongeurs n’ont compté que 44 géniteurs (G. McBain, MPO, comm. pers.). D’après ces résultats, il semble que les relevés effectués par les plongeurs sous-estiment l’abondance réelle; toutefois, cette situation est étonnante compte tenu des excellentes conditions de visibilité et de la possibilité de compter un même poisson une deuxième fois lors d’un relevé subséquent. D’un autre côté, ces résultats peuvent indiquer qu’il y a une forte mortalité chez le saumon rouge après son entrée dans le lac Sakinaw. Cette dernière explication semble plus plausible parce que le saumon rouge entre dans le lac plusieurs mois avant la fraye et est vulnérable à la prédation, en particulier celle d’une lamproie parasite non anadrome (probablement Lampetra tridentata). Tous les saumons rouges capturés comme géniteurs en 2002 portaient des cicatrices laissées par des lamproies, mais aucun ne présentait une blessure fraîche (G. McBain, MPO, comm. pers.).


Figure 5 : Tendances du nombre d’individus matures dans la population de saumons rouges du lac Sakinaw

Figure 5.  Tendances du nombre d’individus matures dans la population de saumons rouges du lac Sakinaw.

Les cercles vides correspondent aux estimations annuelles des échappées de géniteurs; les cercles pleins représentent les estimations correspondantes lissées sur une génération (4 ans); la courbe est ajustée aux données lissées suivant la procédure LOWESS.

Les dénombrements annuels des géniteurs devraient représenter tous les poissons matures de la population pour chaque année, mais ils présentent souvent de grandes fluctuations à cause des variations interannuelles dans l’abondance et la survie des géniteurs de la génération parentale. Pour éliminer le « bruit » annuel non lié à toute tendance sous-jacente dans la situation de la population, il faudrait lisser les dénombrements de géniteurs, par exemple en calculant compilant une moyenne mobile sur une génération. La pente (négative) d’une droite ajustée à une série chronologique lissée présentée sur une échelle d’abondance logarithmique fournira la meilleure estimation pour un taux de déclin constant dû à une menace sous-jacente. Cette procédure facilite aussi la comparaison avec les valeurs seuils des taux de déclin qui déclenchent une désignation en vertu des critères de l’UICN. Dans la figure 6, les échappées annuelles du saumon rouge du lac Sakinaw de 1988 à 2002 ont été lissées suivant une moyenne mobile sur 4 ans pour obtenir une série chronologique de valeurs lissées couvrant 3 générations, soit une période de 12 ans (1990 à 2001; figure 6). Aucun géniteur n’a été signalé en 1995, mais cela a été traité comme un cas de donnée manquante plutôt que comme une absence de géniteurs. On a obtenu la droite de régression en fonction des années (p < 0,001) en transformant les données lissées en valeurs logarithmiques et on a ainsi pu estimer le taux de déclin à 33 p. 100 par année, ou 99 p. 100 de déclin sur les 3 générations. Les fluctuations annuelles dans l’abondance des diverses classes d’âge auront une incidence si on utilise plutôt la formule de calcul proposée dans les instructions du COSEPAC, qui est fondée sur la diminution de l’abondance entre la première année et la dernière année de la série chronologique; cette méthode est ainsi particulièrement sensible au choix des deux années utilisées pour la comparaison. Cependant, dans le cas présent, elle donne des réductions estimatives similaires se situant entre 93 p. 100 (de l’estimation visuelle de 1990 au relevé de 2001 effectué par des plongeurs) et 87 p. 100 (de l’estimation visuelle de 1991 au dénombrement à la barrière de 2002) sur trois générations.


Figure 6 : Le taux de déclin moyen du nombre d’individus matures dans la population de saumons rouges du lac Sakinaw

Figure 6 : Le taux de déclin moyen du nombre d’individus matures dans la population de saumons rouges du lac Sakinaw.

Estimé par régression des échappées lissées sur une génération (cercles pleins) est de 33 p. 100 par année ou de 99 p. 100 sur trois générations (12 ans). Les cercles vides correspondent aux estimations annuelles des échappées de géniteurs; les courbes représentent l’intervalle de confiance à 90 p. 100 de la droite de régression; les lignes pointillées correspondent aux taux de déclin seuils de l’UICN de 50 p. 100 et de 80 p. 100 sur 12 ans. La donnée de 1995 est considérée comme étant manquante.


Indices d’abondance des juvéniles

Les smolts ont été recensés à l’aide d’expériences de marquage-recapture à l’émissaire du lac Sakinaw de 1994 à 1997. Le nombre total de smolts qui ont migré vers la mer pendant ces années a été estimé respectivement à 15 880, 12 760, 2 500 et 5 200, sur la base d’un taux de piégeage de 3 à 5 p. 100 (Bates et August, 1997). Si le taux de survie des smolts jusqu’au stade adulte était de 4,5 p. 100, soit la valeur moyenne pour d’autres populations de saumons rouges où les smolts sont de grande taille (Forester, 1968), les retours totaux d’adultes correspondants avant la mortalité par pêche aurait été de 715, 574, 113 et 232 adultes en 1996, 1997, 1998 et 1999, respectivement. Bien sûr, les échappées signalées pour les années en question étaient beaucoup plus faibles (1 à 222), probablement à cause d’une sous-estimation lors du relevé visuel et des pertes réelles dues à la mortalité par pêche et à la prédation dans le lac. Cependant, même en ne tenant pas compte des estimations visuelles des échappées de géniteurs et en supposant un taux de survie en mer élevé et une mortalité par pêche négligeable, les estimations de l’abondance des smolts indiquent que les effectifs totaux d’adultes doivent avoir diminué d’un ordre de grandeur depuis les dénombrements plus fiables des années 1980.