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Plan de gestion de l’otarie de Steller (Eumetopias jubatus) au Canada

Sommaire

L’otarie de Steller, le plus grand représentant des phoques à oreilles, est une espèce relativement longévive à reproduction lente. Son nom scientifique, Eumetopias jubatus, signifie « qui a un large front et une crinière » et fait référence au collier proéminent de poils drus que portent les mâles adultes autour du cou et de la poitrine et qui ressemble à la crinière d’un lion.

Toutes les otaries de Steller sont remarquablement agiles sur terre en raison de leur capacité de tourner leurs nageoires postérieures vers l’avant et de s’appuyer sur leurs nageoires antérieures. Les otaries de Steller peuvent grimper sur des rochers escarpés et sont souvent observées à de nombreux mètres au-dessus de la surface de la mer. Sur terre, elles ont tendance à être très grégaires et se rassemblent en groupes compacts dans des colonies de reproduction denses (roqueries) ou sur des échoueries ne servant pas à la reproduction. Bien que les otaries de Steller fréquentent habituellement des échoueries de façon régulière, elles passent parfois de nombreux jours ou plusieurs semaines en mer sans venir à terre et peuvent dormir dans l’eau, habituellement dans des groupes que l’on appelle des « radeaux ».

La répartition de cette espèce est transfrontalière, et les activités de recherche et de gestion réalisées à son égard sont actuellement menées par les gouvernements canadien et américain de même que par des organismes privés et des chercheurs indépendants. On recense actuellement quatre sites de reproduction en Colombie-Britannique, dont l’un a été repeuplé récemment après avoir été déserté à la suite des programmes d’abattage des prédateurs dans les années 1920. L’échouerie des îles Scott, en particulier, figure au deuxième rang en importance au monde parmi les concentrations de reproduction, et la Colombie-Britannique soutient actuellement environ 33 % de l’effectif total de la population d’otaries de Steller de l’Est. En C.-B., les otaries de Steller se reproduisent actuellement à toutes les roqueries historiques connues, et les populations ont maintenant largement dépassé les sommets historiques connus.

Selon l’estimation pour la production de petits dérivée du dernier relevé mené sur l’ensemble de l’aire de répartition en 2002, la taille totale de la population de l’Est oscillerait entre 46 000 et 58 000 individus. On a estimé que l’abondance dans les eaux canadiennes était de 20 000 à 28 000 individus selon le relevé le plus récent mené en 2006 (MPO, 2008). Pendant la saison de reproduction, le rassemblement des otaries aux quatre sites de reproduction canadiens rend la population de la Colombie-Britannique vulnérable aux perturbations humaines et aux événements catastrophiques, deux facteurs qui peuvent affecter une proportion importante de la population totale.

Alors que les facteurs limitatifs sont des processus naturels qui tendent à restreindre la taille d’une population ou à ralentir sa croissance, les menaces sont, de leur côté, les activités (tant naturelles qu’anthropiques) qui ont causé, qui causent ou qui peuvent causer des dommages, des mortalités ou des changements comportementaux chez une espèce en péril ou, encore, la destruction, la dégradation ou la détérioration de son habitat à un point tel que des effets seront ressentis par la population. La population d’otaries de Steller est limitée par des processus ascendants qui affectent la disponibilité et l’accessibilité des proies ainsi que par des processus descendants qui affectent les taux de prédation. Les menaces les plus importantes relevées pour l’otarie de Steller sont la concurrence exercée par les pêches et la variabilité environnementale qui limitent la disponibilité des proies. Par ailleurs, les déversements toxiques et la contamination chimique chronique sont modérément préoccupants au chapitre des impacts à long terme sur la santé de la population. D’autres recherches contribueront à clarifier l’importance de ces menaces.

L’otarie de Steller du Canada est inscrite à la liste de la Loi sur les espèces en péril en tant qu’« espèce préoccupante », ce qui signifie qu’elle est considérée comme une espèce sauvage qui pourrait devenir menacée ou en voie de disparition en raison d’une combinaison de caractéristiques biologiques et de menaces. Le présent plan de gestion a deux buts. Le premier est de faire en sorte que les menaces anthropiques d’origine canadienne ne provoquent pas un déclin insoutenable de la population ou une contraction de l’aire de répartition ou du nombre de sites de reproduction que l’on observe actuellement au Canada. Le second but du présent plan est d’appuyer les activités de recherche et de surveillance menées à l’égard des otaries de Steller en C.-B. qui permettent d’améliorer nos connaissances globales sur les populations de l’est du Pacifique, et de contribuer à ces activités. Six mesures hautement prioritaires concernant l’atténuation des menaces les plus préoccupantes (tableau 3) et 20 mesures en cours pour la conservation et la compréhension de l’espèce ont aussi été relevées. Six autres mesures sont indiquées concernant l’identification de nouveaux efforts utiles pour la gestion de la population. La participation des parties intéressées aux mesures précisées est la bienvenue et contribuera à la mise en œuvre du présent plan et à la conservation de l’espèce au Canada. La synchronisation des activités recommandées pour la protection, la gestion et la recherche facilitera l’adoption d’une approche plurispécifique axée sur la conservation des mammifères marins en C.-B. et permettra une utilisation efficace des ressources disponibles.